Tome II · L'Algérie · Chapitre 1
L'Algérie de 1890 à 1914. La renaissance coloniale
I. M. Jules Cambon (189I-1897). — Les rapports de Burdeau et de Fonnart. — La Commission des XVIII et la réaction contre les rattachements. — Le décret de 1896. — M. Lépine (1898-1900) ; les troubles antisémitiques. — M. Laferrière (1898-1900) ; la création des Délégations financières et la réorganisation du Conseil supérieur. — M. Fonnart (1900-I90I) et le budget spécial. — L’affaire de Margueritte. — M. Révoil (1901-1903) ; les territoires du Sud. — La réforme judiciaire et les tribunaux répressifs. — La démission de M. Révoil et le voyage du président de la République. — Le second gouvernement de M. Fonnart (1903-I9II). - M. Lutaud (I9II-1918). II. Les Européens et leur situation démographique. — La colonisation. — La politique indigène. — Le développement économique.
422III. La pénétration saharienne. — L’occupation des oasis du Sud-Ouest et ses conséquences. — Le général Lyautey. — L’occupation de Béchar (1903) et de Berguent (1904). — La question touareg et le général Laperrine. — La pacification des confins algéro-marocains (1907-I91O). — Le protectorat marocain (I912).
I
NE nouvelle période, celle de la renaissance coloniale de la France, commence avec la dernière décade du dix-neuvième siècle. En moins d’un quart de siècle, avec une remarquable continuité de desseins, un vaste empire d’outre-mer, dont l’Algérie sera la pièce maîtresse, va se constituer. Dès 188I, l’établissement du protectorat français en Tunisie avait modifié à notre avantage, d’une manière capitale, la situation de la France dans l’Afrique du Nord et dans la Méditerranée. D’autre part, la convention de 1890, comme le remarque M. Jules Cambon, donnait un rôle nouveau au gouverneur général de l’Algérie. Il lui appartenait de tenir compte des nécessités qu’imposaient à notre pays les droits qui lui avaient été reconnus en Afrique. La politique saharienne de l’Algérie était liée désormais à la politique extérieure de la France.
C’est pendant cette période et plus précisément de 1896 à 1902 que l’Algérie a reçu son organisation administrative actuelle. Après tant d’hésitations, d’essais souvent malheureux, on s’est arrêté à la solution d’une large décentralisation administrative, permettant à l’Algérie de s’intéresser à la gestion de ses propres affaires et de les diriger elle-même dans une assez large mesure, sous le contrôle de la métropole. Dans cette même période a été inaugurée une politique indigène nouvelle, plus libérale et plus généreuse. Enfin, l’Algérie, dont le développement avait été fort lent dans les périodes précédentes, a pris un essor économique merveilleux. M. (1801-189) JULES CAMBON nements et les hommes trop rapprochés de nous et de Il est assez malaisé de juger équitablement les évéles mettre à leur vraie place. Le recul manque pour apprécier les faits qui n’ont pas encore produit toutes leurs conséquences. L’histoire ne dispose ni de documents d’archives, ni de mémoires privés. On peut bien cependant, sans crainte de se tromper, dire que l’Algérie a eu la bonne fortune, en quelques années, de rencontrer quatre grands gouverneurs généraux, dont le rôle a été considérable. Ce sont MM. Jules Cambon, Laferrière, Révoil et Jonnart. Très différents de tempérament et de formation intellectuelle, ils ont travaillé avec la même ardeur à la même œuvre : la création de l’Algérie nouvelle. Ils ont trouvé dans l’administration algérienne des collaborateurs remarquables ; il serait injuste de ne pas rappeler ici, entre bien d’autres, les noms de M. Boulogne, le conseiller toujours judicieux et toujours écouté des gouverneurs pendant près de trente-cinq ans, de M. Luciani, directeur des affaires indigènes, de M. de Peyerimhoff et de M. Brunel, directeurs de l’agriculture et de la colonisation.
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Parmi les hommes qui honorent le plus notre temps et notre pays, il faut faire figurer MM. Paul et Jules Cambon. Unis par une fraternelle amitié, leur carrière offre un remarquable parallélisme. Issus l’un et l’autre de l’administration préfectorale, ils ont occupé les grandes ambassades de Londres et de Berlin à une époque des plus critiques, celle qui a précédé la guerre européenne et y ont montré des qualités éminentes. L’un et l’autre ont joué un grand rôle dans l’Afrique du Nord ; M. Paul Cambon a organisé le protectorat tunisien, M. Jules C. H. Cambon a marqué sa place — une des premières — dans l’histoire de l’Algérie.
Né à Paris en 1845, M. Jules Cambon, élevé M. JULES CAMBON dans un milieu très cultivé et très libéral, se lia d’amitié avec Jules Ferry et les autres membres de l’opposition de la fin du Second Empire. Il fit la guerre de 1870 comme officier de mobiles, fut attaché au cabinet de Jules Simon en 1871, puis au gouvernement de l’Algérie en 1874 ; le général Chanzy, alors gouverneur général, voulant le mettre à même de bien connaître l’administration de la colonie, le fit passer successivement par tous les bureaux. Nommé préfet de Constantine en 1878, puis préfet de Lille et de Lyon, il fut appelé en avril 1891 par M. Constans au gouvernement général de l’Algérie. Il y demeura près de sept ans. En ce qui concerne l’organisation de l’Algérie, la politique indigène, la politique saharienne, il a préparé les solutions qui ont prévalu quelques années plus tard. Sa rare intelligence, sa connaissance des hommes, sa clairvoyance, sa finesse lui ont permis de faire triompher ses vues, qui étaient celles du bon sens et du patriotisme. Il a déblayé le terrain pour ses successeurs, rendu possibles les réformes ultérieures en restituant au gouverneur général sa légitime autorité.
424 DEAU ET DE JONNARTM. Tirman avait très bien aperçu les inconvénients du système des rattachements ; M. Jules Cambon les éprouva plus vivement encore et résolut d’y mettre un terme. La population civile se sentait capable de prendre une part active à la vie de la colonie ; des jeunes gens nés sur son sol, et qui avaient un sens aigu de la personnalité de l’Algérie, souhaitaient que des libertés locales leur permissent d’exercer leur activité politique. Cependant la France, qui se lassait des sacrifices pécuniaires qu’elle consentait, hésitait encore à attribuer à l’Algérie une autonomie financière même partielle et limitée. de Burdeau en 1891, celui de Jonnart en 1892 ES RAPPORTS DE BUR De remarquables rapports parlementaires, celui attirèrent l’attention sur la situation de l’Algérie, dont ils firent une étude très complète. Burdeau constatait que les crédits accordés à la colonie, après s’être élevés de 23 millions à 41 millions entre 1871 et 1884, étaient restés stationnaires à partir de cette date ou avaient même diminué. Il se demandait quel était le sens de cette stagnation. Ou bien le Parlement avait des doutes sur l’efficacité des sacrifices déjà faits, ou bien il considérait l’Algérie comme suffisamment pourvue des services et des travaux publics dont elle avait besoin, ou bien enfin il estimait que ce pays devait poursuivre sa croissance, que son budget devait se développer, mais qu’il devait y parvenir sans surcharger la métropole et en faisant appel à ses propres ressources. Dressant le bilan de la situation économique, administrative et sociale, il montrait que les deux premières hypothèses devaient être écartées : « Il faut, disait-il, que désormais à de nouvelles dépenses algériennes correspondent de nouvelles ressources algériennes. » Il concluait qu’avec une administration bien recrutée, instruite de la langue et des choses du pays, fortement contrôlée de France, rendue enfin indépendante des mauvais politiciens, l’avenir de la colonie était désormais assuré ; que l’heure était venue où la colonisation en Algérie allait cesser d’être une entreprise plus souvent patriotique que profitable, et que le pays donnait tous les signes de vigueur et de rapide croissance auxquels on reconnaît les colonies approchant de l’âge adulte. L’opinion de Burdeau cependant n’était pas favorable au budget spécial, qui, disait-il, ne créerait pas de ressources nouvelles et engagerait. prématurément l’Algérie dans la voie des emprunts ; il proposait une simple unification des dépenses et des recettes permettant au Parlement de suivre désormais avec plus de clarté le mouvement financier de la colonie.
425 LA COMMISTRE DE RAVIA CHEMENTSTION CONTRE LES RATTACHEMENTSChemin faisant, Burdeau critiquait assez vivement les méthodes de la colonisation officielle, le réseau ferré de l’Algérie et la manière dont il avait été conçu, l’administration des indigènes. Ces critiques furent reprises et accentuées l’année suivante par M. Jonnart dans un rapport non moins célèbre. Il insistait sur la nécessité de maintenir et de fortifier le gouvernement général, indispensable pour imprimer à l’organisme algérien une impulsion d’ensemble et pour être l’arbitre du conflit d’intérêts qui met fatalement aux prises la colonisation européenne avec les usages et les droits des indigènes. Il établissait fortement les périls de l’assimilation administrative et de la centralisation exagérée ; il dénonçait les inconvénients graves de l’organisation départementale et communale, servilement copiée sur l’organisation métropolitaine ; il critiquait non moins sévèrement que Burdeau le régime des chemins de fer. La politique indigène retenait particulièrement son attention : « C’est notre devoir, disait-il, de prendre souci de l’amélioration du sort des indigènes, de les amener progressivement dans la grande famille française et, si la fusion reste une chimère, d’opérer la réconciliation des deux races. C’est notre devoir et c’est aussi notre intérêt : si nous voulons asseoir notre conquête d’Algérie sur une base indestructible et préparer le succès de nos entreprises dans le centre africain, il est indispensable que nous nous rattachions les musulmans algériens par des liens moins fragiles que ceux qui aujourd’hui les retiennent sous notre domination. » du 6 mars 1891, clôturant une A la suite de l’ordre du jour interpellation développée par MM. Dide et Pauliat, le Sénat avait décidé la nomination d’une Commission de dix-huit membres chargée de rechercher, de concert avec le gouvernement, les modifications qu’il y avait lieu d’introduire dans la législation et dans l’organisation des divers services de l’Algérie.
La Commission des XVIII eut la bonne fortune d’avoir à sa tête Jules Ferry, qui lui consacra ce qui lui restait de force et de vie. L’homme d’Etat éminent auquel la France doit la Tunisie, l’Indo-Chine et Madagascar, l’initiateur et fondateur de notre nouvel empire colonial, se devait à lui-même de s’occuper de l’Algérie. « Il a été, dit M. Emile Combes, l’âme de la Commission ; il lui a tracé le programme de ses travaux avec une sûreté de vues qui l’a préservée des tâtonnements et des écarts. Si quelques personnes ont pu craindre tout d’abord qu’il ne sût pas maîtriser assez vigoureusement la fougue de son caractère, nous qui l’avons vu à l’œuvre, nous lui devons ce témoignage qu’il n’a jamais abondé complètement dans des idées personnelles et qu’il s’est éclairé constamment par la discussion comme un homme qui n’a pas de parti pris. Quand il présidait la Commission de l’Algérie, Jules Ferry était sorti de la période militante, ne nourrissant plus, du moins en apparence, le regret d’avoir perdu le pouvoir, ni le désir de le reprendre, uniquement soucieux de sa mission parlementaire et ne gardant de sa carrière d’homme d’Etat que l’expérience des hommes et des choses. Appliquée à l’Algérie, cette expérience se résumait dans la conviction que l’avenir de ce pays était indissolublement subordonné à un changement de système. »
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L’œuvre de la Commission fut fort importante. Après avoir arrêté son programme, elle recueillit à Paris d’intéressants témoignages, réunis dans les procèsverbaux de ses séances. En mai et juin 1892, une délégation dirigée par Jules Ferry et composée de MM. Guichard, Labiche, Reymond, Isaac, Dide et Combes poursuivit en Algérie même une enquête sérieuse, interrogeant les colons et les indigènes. La Commission s’était tracé un programme assez vaste pour embrasser l’universalité des intérêts algériens. Son but était d’ailleurs moins de rédiger des projets de lois que de recueillir des témoignages, d’analyser des documents et de dégager des conclusions générales. De 1892 à 1896 furent publiés une série de rapports, dont quelques-uns sont tout à fait remarquables : celui de Jules Ferry sur l’organisation et les attributions du gouverneur général, celui de Clamageran sur le régime fiscal, celui de Jean Guichard sur le régime forestier, celui de Franck- Chauveau sur la propriété foncière, celui d’Emile Labiche sur la colonisation, celui d’Isaac sur la justice française et musulmane, celui de Jean Dupuy sur les offices ministériels, ceux d’Emile Combes sur l’instruction primaire des indigènes et sur les médersas.
LA PRIÈRE : PREMIÈRE PHASE
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Appelé à prendre part en qualité de commissaire du gouvernement à la discussion des rapports de la Commission sénatoriale, M. Jules Cambon fit connaître son avis sur les divers problèmes qui se posaient et formula sur certains points des réserves que la haute assemblée prit en considération et dont elle tint compte dans la rédaction des ordres du jour et des projets de résolution. Le Conseil supérieur étudia toute une série de projets organiques sur les questions qu’avait abordées la Commission sénatoriale, en particulier un projet de Code forestier destiné à mettre la loi en accord avec les mœurs des populations, un projet sur la colonisation qui devait permettre de livrer de nouveaux espaces au peuplement européen, un projet contre l’usure. M. Cambon eut l’occasion également de préparer un projet de budget spécial et de Conseil colonial dont on s’inspira quelques années plus tard.
LA PRIÈRE : QUATRIÈME PHASE
428Le rapport de Jules Ferry, qui fut son testament politique, est demeuré célèbre dans les annales parlementaires ; l’élévation des idées, la vigueur du style en font une des pages les plus éloquentes qu’on ait écrites sur l’Algérie. Le système des rattachements y était condamné dans les termes les plus énergiques : « Les inspirateurs des décrets de 188ı, disait Jules Ferry, se proposaient un double but : améliorer les services, annihiler ou du moins réduire l’autorité du gouverneur général. De ce programme, la seconde partie seule a été réalisée, au grand détriment des affaires elles-mêmes. Au lieu de concentrer à Alger entre les mains d’un grand fonctionnaire, investi de grands pouvoirs, la décision du plus grand nombre des affaires, on l’a éparpillée à Paris entre neuf ministères. Mais les colonies, pas plus que les batailles, ne se commandent de loin, dans les bureaux d’un ministère. »
Le rapport de Jules Ferry fut discuté par le Sénat le 30 mai 1893 ; M. Jules Cambon intervint dans la discussion, renouvela les observations qu’il avait déjà présentées en 1891 devant la Commission, fit connaître ses vues sur le rôle du gouverneur général et sur l’organisation administrative de l’Algérie. Il montra combien était important le rôle du gouverneur, chargé d’administrer la population civile, de développer la colonisation, de veiller avec sollicitude sur les intérêts des indigènes dont il doit se considérer comme le représentant et le défenseur : « De la définition du rôle du gouverneur général, dit-il, résulte la définition même de ses attributions ; son action est complexe ; en même temps, elle doit être une action unique, car c’est le même homme qui peut tenir seul la balance entre les intérêts de la colonisation française et les intérêts de la population indigène dont il a seul la charge... En Algérie, la France se trouve en présence d’éléments de population divers, se distinguant les uns des autres, tenant à se distinguer, qui continueront de vivre sans mêler ni leurs idées, ni leurs sentiments intimes. Ne cherchez point à doter ce pays d’institutions qui se heurtent aux traditions du passé. Donnez-lui au contraire une administration capable de pénétrer la complexité de l’œuvre qui lui est confiée, munie de pouvoirs qui lui permettront de tenir compte d’intérêts en apparence opposés et d’approprier son action à la nature diverse des hommes et des choses. » Le Sénat adopta les conclusions du rapport de Jules Ferry, aux termes d’un ordre du jour constatant l’accord du gouvernement et de la Commission sur la nécessité de rapporter les décrets de rattachement et de fortifier les pouvoirs du gouverneur général.
429Quelques années plus tard, la Chambre des députés fut saisie de la même question par une interpellation de M. Fleury-Ravarin. Les séances des 8, 9 et Io novembre 1896 furent consacrées à cette interpellation ; l’Assemblée entendit successivement MM. Fleury-Ravarin, Forcioli, Samary, Thomson, Etienne, Viviani, Barthou, ministre de l’Intérieur du cabinet Méline, Bourlier. Les orateurs furent unanimes à faire le procès des rattachements ; en même temps qu’ils estimaient que les pouvoirs du gouverneur général devaient être renforcés, ils demandaient comme contre-partie l’institution d’un contrôle sous la forme d’un conseil colonial élu. M. Jules Cambon, commissaire du gouvernement, parla le dernier. Il cita un certain nombre d’exemples topiques qui montraient les inconvénients et même les dangers du système de 1881 : " Je crois, dit-il, que ce que demande M. Fleury- Ravarin et ce que je demande moi-même est une chose bien simple et qui ne constitue pas une tyrannie bien lourde ; je demande que les attributions qui sont aujourd’hui exercées à Paris, sous le contrôle du ministre, par des directeurs généraux, par des chefs de division et par des chefs de bureaux, soient exercées à Alger par le gouverneur général. Je ne vois pas en quoi l’exercice de ces attributions pèsera plus lourdement sur les populations et en quoi elles seront changées dans leur essence parce qu’elles seront remises aux mains du gouverneur général au lieu d’être laissées à des chefs de bureau et à des chefs de division... Ce que nous demandons, ce que nous croyons nécessaire, c’est de fortifier l’autorité de celui qui représente en Algérie la République et le gouvernement. Mais lorsque nous vous demandons de fortifier cette autorité — j’insiste pour écarter complètement une objection qui a couru la presse — nous vous disons aussi : mettez à côté d’elle un contrôle plus fort, plus sérieux que celui qui existe ; dotez l’Algérie d’un Conseil élu, chargé uniquement des affaires coloniales, des affaires locales, dans lequel vous ferez entrer les représentants élus des colons et ceux des indigènes eux-mêmes. » L’ordre du jour motivé qui clôtura l’interpellation déclarait que la Chambre, approuvant les efforts faits depuis quelques années pour rétablir l’ordre dans l’administration algérienne, convaincue que le système des rattachements édicté par les décrets du 26 août I88I constituait un obstacle au bon fonctionnement des services publics en Algérie et à la réalisation des réformes, invitait le gouvernement : 1° à rapporter immédiatement ces décrets et à réorganiser la haute administration de la colonie ; 2º à déposer sans retard un projet de loi, tant pour constituer le contrôle de l’administration de la colonie que pour régler la composition et le fonctionnement du Conseil supérieur. »
430E DECRET
A la suite de ces résolutions, un décret du 3I décembre 1896, abrogeant les décrets de 188I, conféra au gouverneur des pouvoirs propres, qu’une formule générale définissait en ces termes : « Le gouverneur général centralise sous son autorité le gouvernement et la haute administration de l’Algérie. » Le décret précisait ensuite les attributions conférées au gouverneur au point de vue militaire et diplomatique, au point de vue administratif et au point de vue budgétaire. Tous les services civils de l’Algérie étaient placés sous sa direction, à l’exception des services non-musulmans de la justice et des cultes, de l’instruction publique, des services de la trésorerie et des douanes. Le décret de 1896 rendit à peu près au gouverneur les pouvoirs qu’il avait en 1860 après la suppression du ministère de l’Algérie.
M. Jules Cambon avait réussi à reconquérir l’indépendance de son administration, suivant la ligne de conduite qui lui avait été inspirée par Jules Ferry. Le gouverneur redevenait vraiment le chef de l’administration algérienne. Ce résultat n’avait pas été obtenu sans peine ni sans résistances, car il menaçait certains intérêts, à vrai dire peu respectables. Sous le régime des rattachements, l’Algérie, gouvernée en théorie de Paris, l’était en réalité par quelques partisans qui menaient facilement les bureaux métropolitains, ignorants des réalités du milieu. « Ceux qui tenaient pour les rattachements, dit Robert de Caix, craignaient non pas de voir l’Algérie devenir moins française, mais de la voir devenir moins politicienne. »
M. TROUBLES ANTISEMITIQUESLe décret de 1896 était la première victoire remportée sur le régime des rattachements, le point de départ essentiel de toute réforme. Dès lors, tout s’enchaîne logiquement ; dans les années qui vont suivre, l’Algérie sera dotée d’une assemblée appelée à délibérer sur son budget, elle recevra son autonomie financière, les territoires du Sud seront pourvus d’une organisation appropriée. Les successeurs de M. Cambon vont compléter son œuvre et marcher résolument dans la voie qu’il a tracée. cession de M. Cambon s’était d’abord porté LÉPINE (1897-98) - LES Le choix du gouvernement pour la sucsur M. Lozé, qui n’accepta pas et c’est M. Lépine qui fut nommé le rer octobre 1897. On a dit de lui qu’il était un homme brave et un brave homme ; payant de sa personne, plein de sang-froid au milieu du danger, il s’était fait par ces qualités une popularité parmi les Parisiens comme préfet de police. Mais il était peu préparé aux fonctions de gouverneur général de l’Algérie, qu’il n’avait pas sollicitées et qu’il ne conserva que quelques mois.
431 M. LÉPINEUn certain malaise continuait à peser sur l’Algérie ; il se traduisait par des émeutes antijuives. Les causes de cette agitation étaient multiples : causes politiques, sociales, économiques. Il n’y avait là ni question de race, ni question de religion. Les Algériens détestent surtout dans l’Israélite le concurrent commercial ; une question électorale venait envenimer les choses et c’est de préoccupations électorales que s’inspiraient avant tout les campagnes antijuives qui ont été menées à diverses reprises en Algérie. Le droit de vote reconnu aux Israélites leur donnait en certains cas, le corps électoral étant fort peu nombreux, une influence prépondérante ; on s’efforçait de les mêler aux luttes des partis et leurs défenseurs leur nuisaient souvent autant que leurs adversaires. Ce n’étaient pas seulement les Juifs qui pesaient lourdement dans la balance électorale ; la loi de 1898 sur la naturalisation accordait le droit de cité à un grand nombre d’étrangers, Espagnols surtout, comme le décret de 1871 l’avait accordé aux Israélites ; les deux éléments, encore incomplètement fusionnés, s’opposaient l’un à l’autre. Tandis que les uns dénonçaient le « péril juif », les autres signalaient le « péril étranger », et montraient les dangers de l’afflux trop rapide dans les cadres électoraux d’hommes que la loi avait déclarés Français avant qu’ils eussent acquis la mentalité française. Les naturalisés, les Néo- Français comme on les appelait à cette époque, ont incontestablement joué un grand rôle dans le mouvement antijuif.
Depuis 187I, la question juive n’avait pas cessé d’avoir en Algérie un caractère aigu. Des troubles antisémitiques s’étaient produits à Alger en 1871, à Tlemcen, Constantine, Sétif, Batna vers 1875-78 ; à Alger, Constantine, Oran, Mostaganem en 1897. En janvier 1898, sous les excitations d’une presse extrêmement violente, des émeutes antijuives éclatèrent dans différentes villes de l’Algérie ; les désordres eurent un caractère particulièrement sérieux à Alger, où, sous la conduite d’un jeune agitateur, Max Régis, les émeutiers pillèrent et saccagèrent les boutiques, se ruant à l’assaut des magasins israélites. Régis devenu maire, Drumont élu député, étaient l’objet d’un véritable culte ; l’anarchie menaçait ; la vie économique était suspendue. M. Lépine, qui avait essayé de tenir tête courageusement, comme il avait coutume de le faire à Paris, se heurta à une foule hurlante.
432LAFERRIÈRE (1898-1900) — LA CRÉATION DES DÉLÉGATIONS
M. Laferrière, vice-président du Conseil d’Etat, remplaça M. Lépine en juillet 1898. Jurisconsulte éminent, homme grave et pondéré, il ne se contenta pas de réprimer l’émeute ; il voulut en prévenir le retour en faisant les réformes nécessaires. Il rétablit l’ordre dans la rue, dans l’administration, dans les attributions et le fonctionnement des corps administratifs. Le maire antisémite d’Alger, Max Régis, fut suspendu ; un « préfet à poigne », M. Lutaud, fut nommé. Mais M. Laferrière eut le grand mérite de comprendre que des mesures de répression ne suffisaient pas et que, pour atteindre le mal dans ses racines, pour détourner les Algériens des agitations stériles de la rue, il fallait donner un élément à leur activité. Il obtint du gouvernement les décrets du 23 août 1898, qui sont une sorte de constitution de l’Algérie.
Le premier de ces décrets, relatif aux attributions du gouverneur général, reproduisait le décret de 1896 et modifiait quelques-unes de ses dispositions pour fortifier et préciser les pouvoirs du gouverneur général. Un second décret créait, sous le nom de Délégations financières algériennes, une assemblée élective nouvelle, qui a pour but d’apporter au gouvernement général de l’Algérie le concours d’opinions libres, d’avis éclairés et de vœux réfléchis, émis par des représentants directs des contribuables algériens sur toutes les questions d’impôts et de taxes assimilées. Cette assemblée se compose de trois délégations ; celle des colons (24 membres) représente les intérêts de la colonisation et de l’agriculture ; celle des non-colons (24 membres) représente les intérêts des commerçants, des industriels, des ouvriers ; celle des indigènes (21 membres, dont 6 forment la section kabyle) représente les intérêts de la population indigène. Les Délégations délibèrent d’abord séparément, puis se réunissent en séance plénière pour le vote du budget. Corrélativement, le corps électoral, au lieu de former une masse unique, est divisé en plusieurs groupes nommant chacun une délégation. Il faut, pour être électeur aux Délégations financières, avoir vingt-cinq ans d’âge, être Français depuis douze ans au moins et résider en Algérie depuis trois ans au moins. Quant à la délégation indigène, le décret de 1898 la faisait élire par les indigènes figurant dans les conseils municipaux des communes de plein exercice ou dans les commissions municipales des communes mixtes. Un troisième décret réorganisait le Conseil supérieur en y introduisant jusqu’à concurrence de plus de moitié (3I membres sur 60) des éléments électifs issus des Délégations financières et des Conseils généraux. Ces deux assemblées devaient être purement consultatives jusqu’à l’institution du budget spécial de l’Algérie.
433Les Délégations financières reposent sur le principe de la représentation des intérêts. Elles constituent un mécanisme fort ingénieux, tel qu’on pouvait l’attendre de la science juridique de M. Laferrière et on ne peut leur reprocher qu’une excessive complication : complication voulue d’ailleurs et destinée à empêcher les écarts auxquels peut se livrer une assemblée unique et homogène. L’âge de l’électorat fixé à vingt-cinq ans, la naturalisation depuis douze ans étaient des précautions prises pour empêcher l’afflux trop rapide des Néo-Français.
Les assemblées algériennes ressemblent à première vue aux deux Chambres d’un Parlement. Mais elles n’ont en réalité ni pouvoir législatif, ni autorité souveraine. Elles ont un rôle prépondérant dans l’élaboration du budget, qu’elles votent • sous réserve d’homologation par décret rendu en Conseil d’Etat et d’approbation par le Parlement. Toute modification au régime fiscal de l’Algérie doit être voté par elles. Ce sont elles également qui votent les emprunts et autorisent le gouverneur à accorder des concessions de chemins de fer. Mais en dehors du budget, dont l’examen leur incombe, elles ne peuvent qu’émettre des vœux et donner des avis ; dans la pensée de leur créateur, elles rappelleraient donc plutôt les Conseils généraux des colonies.
La première session des Délégations financières s’ouvrit à Alger en décembre 1898 : « Je confie à votre sagesse et à votre patriotisme, disait M. Laferrière, cette institution nouvelle. Je vous la remets comme on remet au colon une terre pleine de sève, mais qui a besoin, pour devenir féconde, du travail et de la calme persévérance de celui qui la détient. » A l’ouverture de la deuxième session, en novembre 1899, M. Laferrière indiquait très bien dans quel esprit les Délégations financières avaient été conçues : « L’avenir, disait-il, ne dépend pas de l’action que la population algérienne s’efforcerait d’exercer sur les destinées de la métropole en fournissant un modique appoint aux partis qui aspirent à les diriger ; il dépend de l’action que l’Algérie peut exercer sur ses propres destinées, d’un effort fraternel de tous ses enfants vers un même but, qui est la création d’un self-government non politique assurément, mais économique et social. » Ces sages conseils furent entendus et les Délégations financières, comme on le verra, ne déçurent pas les espérances de leur fondateur.
M L. LE BUDGET SPÉCIALDe cruelles épreuves privées — la perte d’un fils — le souci de sa propre santé très ébranlée amenèrent M. Laferrière à résigner ses fonctions en octobre 1900 ; il fut nommé procureur général à la Cour de cassation et mourut l’année suivante. Il était venu en Algérie à une époque bien tardive de sa carrière et de son existence ; soucieux de ses responsabilités, il n’était pas sans montrer quelque inquié- HISTOIRE DES COLONIES. T. II tude sur ce terrain nouveau pour lui. Si bref qu’ait été son séjour, son œuvre est considérable ; sans parler de la question du Touat, dont il sera parlé plus loin, il avait, par son tact et sa fermeté, rétabli l’ordre matériel et amené les Algériens à une vue plus calme et plus raisonnable des choses. Par la création des Délégations financières, il avait contribué puissamment à l’évolution qui éloignait l’Algérie du système de l’assimilation, injuste pour les indigènes et démoralisateur pour les Français. Il avait compris qu’au moment où l’Algérie devenait majeure, il fallait se livrer à un délicat travail d’équilibre et légiférer pour chacun des groupes ethniques qui s’y coudoient sans se confondre. Il avait préparé la solution du problème qui consistait à donner à ce pays la disposition de ses deniers sans rien sacrifier des droits imprescriptibles de la mère-patrie, traduit en formules vivantes et précises les aspirations et les espérances de l’Algérie, marqué d’une empreinte ineffaçable son passage à la tête des affaires de notre grande colonie. • JONNART (1900-1901) ET sion de M. Laferrière ; son premier gouverne- C’est M. Jonnart qui fut appelé à la succesment ne dura que quelques mois (octobre 1900-mai I90I) ; comme son prédécesseur, il dut abandonner sa tâche pour des raisons de famille et de santé. Mais il devait revenir à deux reprises au gouvernement général, de 1903 à I9II et de 1918 à 1919.
434Nul n’a accompli en Algérie une œuvre plus considérable que celle de M. Jonnart et n’y a laissé des traces plus durables. Né à Fléchin (Pas-de-Calais) en 1857, il descendait d’une vieille famille d’agriculteurs de la région. Il avait vingt-quatre ans lorsqu’en 1881 M. Tirman, appelé au gouvernement général de l’Algérie par Gambetta, le choisit comme chef de cabinet. De 1885 à 1889, il fut chef des services de l’Algérie au ministère de l’Intérieur. Elu député en 1889, il fut dès 1893 appelé à faire partie du ministère Casimir-Périer comme ministre des Travaux publics. Au Parlement, il ne cessa de se préoccuper des questions algériennes ; sa parfaite connaissance des hommes et des choses de notre colonie lui permit de rédiger son rapport de 1892 et lorsque, en 1900, Waldeck-Rousseau lui confia le gouvernement général, il lui fut donné d’appliquer le programme qu’il avait lui-même tracé.
M. Jonnart est, de tous les gouverneurs de l’Algérie, celui qui l’a le plus aimée. Au cours d’une carrière exceptionnellement brillante, il a occupé avec distinction les postes les plus considérables. Mais c’est dans sa carrière africaine qu’il trouva l’emploi le plus fécond de ses hautes qualités ; c’est la partie de son œuvre à laquelle lui-même, non sans raison, attachait le plus de prix. « Nous savons, lui dit un jour 434 un homme politique anglais, que vous avez été plusieurs fois ministre ; mais beaucoup d’hommes en France ont été ministres dont les noms sont ignorés ou oubliés ; celui que nous honorons en vous, c’est le grand proconsul, le grand gouverneur de l’Algérie. »
435C’est en effet dans ces fonctions, avec lesquelles il s’était en quelque sorte identifié, que M. Jonnart donna vraiment sa mesure. L’Algérie n’était pas pour lui comme pour tant d’autres une étape à franchir plus ou moins rapidement ; elle fut vraiment le centre de sa carrière et de ses préoccupations. C’était un homme d’un commerce sûr, une intelligence et un cœur d’une noblesse parfaite. Ce grand bourgeois, d’abord assez froid, mais qui savait être séduisant lorsqu’il le voulait, jouissait en Algérie d’une véritable popularité, aussi bien parmi les colons que parmi les indigènes ; il pouvait tout obtenir d’eux. Peu d’hommes ont contribué autant que lui à la création d’une France nouvelle au delà de la Méditerranée, une des plus grandes œuvres, la plus féconde peut-être, dont s’honore notre pays depuis un demi-siècle.
M. Jonnart s’était proposé avant tout de faire aboutir le budget spécial. Les pouvoirs les plus forts donnés au gouverneur, le plus large crédit consenti aux assemblées locales sont peu de chose pour le développement d’une colonie si elle n’a pas son budget ou si ce budget est consenti loin d’elle, sous des influences et des nécessités qui lui sont étrangères. Seule, la décentralisation budgétaire peut apporter à ceux qui administrent ou représentent un pays neuf ces deux facteurs essentiels du progrès : l’esprit d’initiative et l’esprit d’économie.
En octobre 1900, dans les conversations qui précédèrent sa nomination, M. Jonnart était intervenu personnellement auprès de Waldeck-Rousseau et l’avait converti à l’idée du budget spécial, dont Rouvier, ministre des Finances, ne voulait pas. Dans les premiers rapports qu’il adressa au président du Conseil, le gouverneur expliqua que les promoteurs du mouvement antijuif n’auraient jamais constitué une opposition redoutable s’ils n’avaient trouvé un terrain propice à leur propagande, une Algérie en plein malaise de croissance nerveuse, souffrant d’un régime administratif incohérent et trop souvent infécond, que les critiques du Parlement et les avertissements si pressants de M. Jules Cambon avaient à peine ébranlé. « Les peuples, disait M. Jonnart, sont comme les individus. Plus ils sont jeunes, ardents, débordants de vie, plus il faut les occuper. Il faut se garder de les abandonner au désœuvrement de leurs pensées et aux fantaisies de leur imagination. »
La loi du 19 décembre 1900, votée presque sans discussion sur un rapport de M. André Berthelot, conféra à l’Algérie la personnalité civile et lui donna un budget spécial. « On s’accorde aujourd’hui, disait l’exposé des motifs, à ne plus considérer l’Algérie comme un simple prolongement de la France continentale. Sa situation géographique et plus encore sa formation ethnique et son développement économique lui donnent une personnalité propre. Si la solidarité nationale et politique qui l’unit à la mère-patrie ne doit pas en être affaiblie, du moins y a-t-il lieu d’en tenir compte dans l’organisation de son régime financier. » La loi laissait à la charge de la métropole les dépenses de la guerre, de la marine, des pensions et la garantie d’intérêts des chemins de fer jusqu’en 1926. En ce qui concerne les recettes, le principe de l’intégralité budgétaire s’appliquait plus complètement que pour les dépenses ; l’ensemble des recettes effectuées en Algérie, qui étaient perçues antérieurement au profit du Trésor, figurait désormais au budget algérien.
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La difficulté était, tout en conférant à la colonie l’autonomie financière, de conserver à l’Etat un contrôle suffisant. Dans ce but, les dépenses laissées à la charge de l’Algérie sont divisées en dépenses obligatoires et dépenses facultatives ; pour ces dernières, la latitude des assemblées algériennes est entière, sauf en ce qui concerne les dépenses de personnel, pour lesquelles le gouverneur seul peut proposer des augmentations. C’est le gouverneur qui établit le projet de budget, que discutent et votent ensuite les Délégations financières et le Conseil supérieur. Les dépenses sont autorisées par un décret rendu en Conseil d’Etat, la perception des droits, produits et revenus par une loi. La métropole conserve donc un contrôle et un droit de regard sur le budget algérien. Une loi devait statuer sur l’organisation et les attributions du Conseil supérieur et des Délégations financières, qui, en attendant, continueraient à être régies par les décrets de 1898.
LE PORT D’ORAN
437La loi de 19o0 est un acte marquant dans l’histoire de l’Algérie. Les hommes d’Etat qui l’ont fait voter ont compris que ce pays ne pouvait se développer et se fortifier dans les liens qui l’enserraient, qui faisaient dépendre chacun de ses mouvements d’impulsions lointaines et diverses. Alors que tout le monde reconnaissait que l’essor de la colonie et le souci de son avenir nécessitaient de sérieux efforts, la majeure partie du produit des taxes nouvelles et le bénéfice des excédents de recettes lui échappaient. Le budget spécial mit fin à cette situation. M. Laferrière avait attiré l’attention sur les graves
1 MARGUERITTE inconvénients des actes de désordre dans une colonie dont la population n’était pas entièrement française. Les événements ne devaient pas tarder à lui donner raison. Le 26 avril I90I, le village de Margueritte, situé à 9 kilomètres de Miliana, était assailli par une bande d’insurgés appartenant à la tribu des Rirhas ; l’instigateur du mouvement était un certain Yacoub, employé d’un colon européen, qui se découvrit tout à coup une vocation de prophète et d’illuminé ; les indigènes donnèrent aux Européens qu’ils rencontrèrent le choix entre la conversion à l’islam et la mort ; ceux qui consentirent à coiffer la chéchia et à prononcer la profession de foi musulmane furent épargnés. Une compagnie de tirailleurs, envoyée de Miliana, mit bientôt fin aux exploits de ces fanatiques ; cinq Européens et seize indigènes avaient été tués.
M. RÉVOILL’affaire de Margueritte, peu importante en elle-même, était grave comme symptôme. Elle montrait que la mentalité des indigènes n’avait guère changé et qu’ils étaient encore disposés à suivre le premier agitateur qui se présenterait. Elle prouvait que les querelles des Européens sont pour les indigènes un fâcheux exemple et que les Français d’Algérie, de même qu’en 1871, avaient été imprudents en agissant comme s’ils n’étaient pas entourés d’une population musulmane dix fois plus nombreuse qu’eux. Elle témoignait, comme les troubles antijuifs eux-mêmes, des inconvénients de l’incohérence administrative, conséquence du système des rattachements. Elle nous avertissait enfin que nous avions trop perdu de vue le problème indigène, trop négligé nos devoirs de surveillance et de tutelle. gramme continuerait à être appliqué et que son successeur travaillerait, comme il M. TERRITOTRES DU SUD de quelques mois, exprimait l’espoir que son pro- RÉVOIL (1901-1903). LES M. Jonnart, en donnant sa démission au bout l’avait fait lui-même, à la fusion plus intime des races et à l’essor de l’Algérie. Cet espoir ne fut pas déçu. M. Révoil, ministre de la France au Maroc, qui fut choisi pour le remplacer, était un diplomate accompli, un esprit souple et ingénieux qui excellait à résoudre les difficultés sans les heurter de front. Lettré et artiste, il séduisait tous ses interlocuteurs par le charme qui émanait de sa personne et de sa conversation. Cet homme si doux et si paisible fut d’ailleurs en matière administrative le plus audacieux de tous les gouverneurs. Il poursuivit à la fois le développement économique et l’union morale de la colonie. Comme ses prédécesseurs, il s’efforça, non sans succès, de détourner les Algériens des agitations de la rue pour les orienter vers la solution des problèmes économiques en même temps qu’il achevait la réorganisation administrative. M. Révoil n’avait pas accepté sans hésitation le gouvernement général. Mais le ministre insista pour que la direction des affaires algériennes fût confiée à l’homme qui avait si habilement conduit les affaires marocaines, qui connaissait les populations musulmanes pour avoir longtemps vécu parmi elles à Tunis et à Tanger, qui avait su donner à notre politique envers l’islam une direction ferme et rationnelle. La nomination de M. Révoil témoignait de l’unité que nous voulions donner à notre politique dans l’Afrique du Nord ; il allait appliquer ses talents, qui étaient de premier ordre, à la solution des questions qui se posaient sur nos frontières sahariennes et marocaines.
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Dès l’instant que la France entendait avoir une politique saharienne, il était nécessaire de tracer une limite entre le pays méditerranéen et les immensités désertiques. On ne pouvait pas prolonger indéfiniment vers le Sud les trois divisions algériennes et il fallait substituer une impulsion d’ensemble à leurs vues mal coordonnées et divergentes. Il importait d’appliquer dans ces régions pauvres et vides des méthodes d’administration moins pesantes et moins coûteuses que celle de l’Algérie du Nord. Enfin la colonie, pourvue d’un budget spécial, ne pouvait ni ne voulait s’imposer la charge purement impériale de la pénétration saharienne : il fallait réagir contre la tendance des conseils généraux et des assemblées algériennes à employer dans le Tell, dans les régions de colonisation, les maigres ressources fournies par le Sud.
439La loi du 4 décembre 1902 créa les nouveaux territoires et le décret du 3o décembre 1903 détermina les conditions du fonctionnement de leur budget. De ces textes est issue une colonie nouvelle, dotée de la personnalité civile, pouvant posséder des biens, concéder des chemins de fer, contracter des emprunts, tout à fait distincte en un mot de l’Algérie du Nord, à laquelle elle n’est reliée que par une sorte d’union personnelle, la communauté du chef, et par un petit nombre d’institutions communes. Les territoires du Sud sont placés sous l’autorité immédiate du gouverneur général, qui y exerce toutes les attributions qui lui ont été dévolues dans l’Algérie du Nord et en outre toutes celles qu’y exercent les préfets. Chargé d’assurer la défense de ces régions et d’y maintenir l’ordre, il dispose des troupes qui y sont stationnées, sauf à ne pas les faire sortir de leur circonscription sans autorisation préalable et à rendre compte au gouvernement des mouvements qu’il ordonne. Une direction spéciale, confiée à un fonctionnaire désigné par décret, est chargée au gouvernement général de tout ce qui concerne l’administration et le contrôle de ces territoires.
La limite entre l’Algérie du Nord et les territoires du Sud a été fixée par la loi de 1902, qui a partagé en deux les hauts-plateaux, englobant dans les territoires du Sud, pour des raisons d’équilibre financier, la partie méridionale des anciens territoires militaires. La colonie comprend quatre territoires, dont les limites et les chefs-lieux ont varié à différentes reprises. A la tête de chaque territoire, un commandant militaire, nommé par décret, dirige à la fois les services militaires et administratifs. Les territoires sont divisés en cercles et annexes, dont l’administration est confiée aux officiers du service des affaires indigènes. C’est en somme, à peu de chose près, le régime des anciens territoires de commandement de l’Algérie.
Il semblait que la nouvelle organisation dût avoir pour corollaire la suppression des départements ou tout au moins des budgets départementaux. M. Jonnart avait demandé cette suppression dès 1892 et une Commission des réformes administratives, instituée par M. Révoil en novembre 190I, avait conclu dans le même sens. Les départements algériens et leur organisation, d’un parallélisme aussi rigoureux qu’absurde avec celle des départements métropolitains, étaient un legs de la période d’assimilation ; ils ne semblaient pas devoir résister au jeu naturel de l’autonomie algérienne. En 1902, M. Bertrand, président des Délégations financières, qui jouissait d’une grande autorité dans cette assemblée, y fit le procès des départements ; il leur reprocha d’entretenir l’esprit de sofs et les rivalités locales, de faire obstacle aux plans d’ensemble en matière de travaux publics, chaque département voulant avoir le même nombre de kilomètres de routes et de chemins de fer, la même part dans les dépenses hydrauliques, etc. Mais il n’obtint pas gain de cause. Ni M. Jonnart, ni M. Révoil ne réussirent à obtenir une refonte complète de l’organisation départementale et communale, que l’un et l’autre estimaient désirable.
440 LES TRIBUNAUX REPRESSIFSA l’arrivée de M. Révoil, deux décrets du 27 juin I90I avaient de nouveau étendu les pouvoirs du gouverneur, détaché deux nouveaux services, ceux des douanes et des forêts, et soumis le personnel de ces administrations au contrôle du chef de la colonie. M. Révoil fit adopter non sans peine par les assemblées algériennes un premier projet d’emprunt de 50 millions ; les délégués financiers, qui n’avaient encore délibéré que sur un seul budget, celui de 1901, étaient incertains de la solidité de leurs ressources permanentes et hésitaient à s’engager dans la voie des emprunts ; il fallut toute l’insistance, toute la force de persuasion, toute la confiance dans l’avenir du gouverneur pour leur faire accepter ce premier et timide effort. Sur ces 50 millions, 30 millions étaient réservés à l’exécution de travaux hydrauliques, de routes et de ports. Le Parlement autorisa l’emprunt par la loi du 7 avril 1902. Dès 1891, la Commission sénatoriale réclamait pour les indigènes une justice plus prompte, plus expéditive, mieux appropriée à leurs besoins. Jusqu’en 1902, la justice répressive vis-à-vis des indigènes était exercée par les juridictions de droit commun : justices de paix, tribunaux correctionnels, cours d’assises siégeant avec l’assistance du jury. Visiblement, l’appareil compliqué de notre justice criminelle était assez mal adapté aux mœurs des indigènes, qui ne comprenaient rien aux formalités et aux lenteurs de notre procédure et contribuait à entretenir la plaie de l’insécurité. M. Révoil attacha son nom à la création de deux juridictions nouvelles : les tribunaux répressifs et les cours criminelles. Les tribunaux répressifs, créés par un décret du 29 mars 1902, remplacèrent pour les indigènes les tribunaux de première instance comme juridiction correctionnelle ; ils se composaient du juge de paix président et de deux assesseurs, un Français et un indigène, nommés pour un an par le gouverneur général ; les fonctions de ministère public étaient remplies par un administrateur ou un administrateur-adjoint. Les cours criminelles, créées par la loi du 3o décembre 1902, furent substituées à la cour d’assises pour les crimes commis par les indigènes ; elles comprenaient trois magistrats, deux assesseursjurés français et deux assesseurs-jurés musulmans.
441 IL A DEMISSION DE ME. REVOIL ET LE VOYAGE DU PRESIDENT DE LA RÉPUBLIQUECes deux juridictions furent vivement critiquées. On prétendit qu’elles constituaient un défi aux principes les moins discutables de notre droit public ; les tribunaux répressifs surtout furent qualifiés « d’odieux et de monstrueux » ; on déclara que c’était là une « justice à la turque » ; on se plaignit de l’attribution du rôle de ministère public aux administrateurs, de la suppression du droit d’appel, de la citation verbale. M. Albin Rozet se fit à la tribune de la Chambre l’écho de ces critiques. Les réclamations à vrai dire ne venaient pas seulement d’honorables scrupules juridiques ; elles émanaient pour une bonne part des agents d’affaires qui regrettaient de voir une justice simple et peu coûteuse se substituer à celle dont ils avaient si bien su profiter. L’institution, peut-être critiquable au point de vue du droit, avait le mérite d’être adaptée aux réalités et aux nécessités algériennes, de procurer une justice plus prompte, plus rapprochée du justiciable. Le garde des sceaux promit d’apporter aux tribunaux répressifs quelques retouches, qui rendirent leur fonctionnement plus satisfaisant. tique intérieure et de basses com- Victime d’incidents de polipétitions, M. Révoil se vit obligé, le Il avril 1903, de donner sa démission. Il abandonnait, contraint et forcé, l’œuvre à laquelle il avait consacré son ardeur et sacrifié une partie de sa santé. Indépendamment des causes particulières qui avaient provoqué son départ, M. Révoil s’était évidemment heurté à une opposition tenace et secrète contre les nouvelles institutions algériennes. Après avoir fait du gouverneur général un très haut personnage de l’Etat, on le brisait comme un fonctionnaire subalterne.
L’émotion fut très vive en Algérie, où M. Révoil s’était rendu populaire par son dévouement aux intérêts algériens, l’aménité de son caractère et la cordialité de ses relations. Le départ du gouverneur général était d’autant plus regrettable qu’il se produisait à la veille du voyage du Président de la République, M. Loubet. En accueillant le chef de l’Etat, M. Bertrand ne cacha pas les sentiments de l’Algérie pour son gouverneur : « M. Révoil, dit-il, qui avait donné tant de preuves de dévouement à la cause des colons et des indigènes, qui avait su grouper toutes les énergies dans un même effort pour la prospérité de l’Algérie, dont le zèle était inlassable, après les témoignages unanimes de confiance qu’il avait reçus de tous les points de la colonie, après nous avoir en dernier lieu vaillamment et avec succès défendus devant la Chambre, vient de résigner ses fonctions dans des conditions particulièrement inattendues. Nous aurions voulu pouvoir l’acclamer à vos côtés. Nous avons le devoir, au début de ce voyage, après vous avoir souhaité la plus cordiale bienvevenue, d’adresser à M. Révoil, avec nos remerciements émus, l’expression de nos plus vifs regrets. »
442Le voyage du Président Loubet dura du 15 au 26 avril. L’Espagne, l’Italie, la Russie et la Grande-Bretagne envoyèrent des navires de guerre le saluer à Alger. « J’apporte ici, déclara M. Loubet, avec la sollicitude cordiale de la mère-patrie pour ses enfants, le désir d’étudier sur place la situation et les intérêts d’un admirable pays, où nous poursuivons un idéal à la fois économique et moral, et où l’exercice de la liberté doit être concilié avec ses responsabilités et ses devoirs. » M. Loubet recommanda l’union de tous les Français d’Afrique, l’apaisement et la concorde entre tous les peuples et toutes les races. Il constata que les discordes étaient beaucoup plus superficielles de près qu’elles ne le paraissaient de loin et que le prétendu antagonisme entre les colons et les indigènes n’existait en aucune façon. Le zi avril, une magnifique revue fut passée au Khreider en présence du Président, dont le voyage contribua au rétablissement du calme dans la colonie. Quelques jours après, M. Jonnart était nommé gouverneur général et reprenait l’œuvre que son état de santé ne lui avait pas permis d’achever en 1900. Il allait, cette fois, passer près de neuf années au gouvernement général et mettre fin à la regrettable précarité qui avait caractérisé les gouverneurs généraux depuis le départ de M. Cambon.
DE MI. JONNARTL’évolution politique commencée en 1896 est à ce moment achevée. Ses principales étapes avaient été la restauration des pouvoirs du gouverneur en 1896, la création des Délégations financières en 1898, l’institution du budget spécial en 1900, l’organisation des territoires du Sud en 1902. Ces divers actes ont donné à l’Algérie sa constitution nouvelle telle qu’elle existe aujourd’hui. Les solutions adoptées tenaient compte des deux éléments du problème, les Européens et les indigènes ; ils conciliaient la liberté nécessaire à la colonie avec le contrôle non moins nécessaire de la métropole. On renonçait définitivement aux erreurs de l’assimilation aussi bien qu’à celles du royaume arabe. Cette nouvelle constitution algérienne, c’est (1903-1911) à M. Jonnart qu’il allait appartenir de la faire fonctionner et d’en tirer le meilleur parti. La colonie était à l’âge critique ; devant elle se dressaient les questions économiques, financières et sociales les plus graves et les plus complexes. Comme lors de son premier gouvernement, M. Jonnart s’appliqua à détourner les Algériens des querelles stériles ; il s’efforça de les intéresser à leurs affaires, de donner un aliment à leur activité, d’élargir leur horizon, de leur inculquer le sentiment des réalités et des responsabilités.
443Le budget spécial a été l’instrument d’indéniables progrès. Qu’il s’agit de colonisation, d’enseignement public, des œuvres de prévoyance, d’assistance et d’hygiène, de la conservation et de l’exploitation des forêts, de l’organisation des territoires du Sud, de l’exécution dans le Nord comme dans le Sud d’importants travaux publics, le nouveau régime de décentralisation provoqua d’heureuses initiatives et des solutions fécondes. Maîtresse de son budget, l’Algérie pouvait désormais en toute sécurité procéder à l’inventaire de ses ressources et de ses besoins, formuler un programme d’ensemble, escompter l’avenir, coordonner et sérier ses efforts et ses sacrifices.
Les assemblées algériennes montrèrent une prudence et une sagesse exemplaires. « Nous ignorions, dit M. Jonnart, les délégués financiers et moi, cette grande politique qui consiste à se dresser de mutuelles embûches pour épuiser le meilleur de son temps en vaines querelles et en débats stériles ; nous nous complaisions dans cette pauvre petite politique bien modeste et peu bruyante qui consistait à nous rapprocher et à nous donner la main, à rechercher consciencieusement ensemble les meilleures solutions, à associer nos faibles lumières et nos bonnes volontés, à sacrifier au besoin quelques-unes de nos vues à l’intérêt général et surtout au désir de concorde. Nous estimions que le bruit ne fait pas de bien et que le bien ne fait pas de bruit. Divisés, nous eussions été impuissants ; c’est seulement en restant unis, groupés, étroitement associés, que nous avions quelque chance d’assurer le succès de nos démarches, de protéger et de défendre utilement l’Algérie. Nous devions rester unis pour favoriser l’épanouissement de toutes les forces vives de ce pays, de toutes ses énergies latentes et pour justifier la confiance et les espérances de la mère-patrie. »
La principale préoccupation des assemblées algériennes fut de doter l’Algérie d’un budget sincère et solide ; leur gestion fut ordonnée, méthodique, prudente ; cette œuvre leur faisait d’autant plus honneur qu’elle se poursuivait au milieu de réelles difficultés économiques, notamment de graves crises viticoles. Les forces contributives d’un pays en formation, où il y avait peu de richesse acquise, où le sort de beaucoup de colons restait précaire, exigeaient de grands ménagements. En dix ans, le budget spécial fut aménagé, affermi, consolidé. La dotation annuelle des divers services fut augmentée ; un fonds de réserve, formé pour la majeure partie de plus-values budgétaires, fut constitué. Un vaste programme de travaux publics fut mis sur pied, comportant la construction de I 000 kilomètres de chemins de fer, d’un important réseau de routes nationales, l’amélioration des ports, l’exécution de travaux hydrauliques. De nouveaux centres furent créés, les anciens centres améliorés, les richesses forestières largement exploitées, un effort énorme consenti en faveur de l’enseignement tant européen qu’indigène, l’assistance publique et l’hygiène développées.
444 TYPE D’UNE GARE FORTIFIÉE DANS LE SUD-ORANAISL’emprunt était le seul moyen d’exécuter les travaux publics indispensables, tout en faisant porter une partie de la charge sur les générations futures, appelées à en bénéficier plus encore que les générations actuelles. Dès 1906, il était de toute évidence que tous les travaux portés sur la liste de 1902 ne pouvaient être exécutés avec la somme de 5o millions et que beaucoup d’autres ouvrages, non inscrits sur la liste, devaient être entrepris. Une somme de 300 millions n’eût pas été exagérée pour faire face aux améliorations prévues ; mais, pour tenir compte des facultés des services et des disponibilités du budget, on s’arrêta pour le nouvel emprunt au chiffre de 175 millions ; cet emprunt fut autorisé par la loi du 28 février 1908. Sur le total, plus de 96 millions étaient destinés aux chemins de fer, dont 72 millions pour la construction de lignes nouvelles, le surplus étant attribué à l’amélioration des lignes déjà existantes, 32 millions aux routes, 16 millions aux travaux maritimes. Ce programme de travaux publics était le plus vaste que l’Algérie eût jamais entrevu. Or la mise en valeur de l’Algérie était avant tout une question de travaux publics ; M. Jonnart, qui avait été en 1893 ministre des Travaux publics, voulut le redevenir au delà de la Méditerranée ; il s’efforça d’améliorer l’outillage indispensable au développement du pays, de donner aux Algériens plus de routes et plus de chemins de fer, un meilleur régime des transports, des ports agrandis et mieux aménagés.
sain seulement italie nes set pas assez de chemins def etamais cedre. li importait de construire des lignes nouvelles, mais il fallait avant tout tirer meilleur parti des lignes anciennes. Le gouverneur général réclama tout d’abord une modification à la loi de 1900 en ce qui concernait le régime des chemins de fer. Au système du paiement successif par la métropole et par la colonie des charges de la garantie d’intérêts, la loi du 23 juillet 1904 substitua le système du paiement simultané ; la participation de la métropole devait diminuer progressivement et celle de la colonie croître peu à peu. A partir de 1905, l’exploitation des chemins de fer de l’Algérie fut remise à la colonie, qui en assuma les charges et en encaissa les produits. C’était le seul procédé qui permît la prompte application d’un programme dont dépendaient la vie, l’essor, l’avenir de la production et du commerce algériens. Il ne s’ensuivait pas que, du jour au lendemain, toutes les questions de transports dussent être résolues au mieux des intérêts généraux, mais on pouvait désormais les aborder, les discuter, les faire aboutir.
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Les lignes algériennes étaient partagées entre cinq Compagnies, dont les réseaux étaient constitués d’une manière tout à fait incohérente, par des lignes sans soudure entre elles. Ce morcellement entraînait des inconvénients graves au point de vue des pertes de temps, des charges financières de l’exploitation, de la décroissance des taxes M. JONNART pour les longs parcours, de la diversité et de la complication des tarifs, qui différaient suivant les réseaux et souvent d’une ligne à l’autre d’un même réseau. M. Jonnart songea tout d’abord à racheter toutes les concessions pour constituer un réseau unique, mais ce projet rencontra de tels obstacles qu’il dut se contenter de poursuivre l’unification des tarifs, leur communauté sur les divers réseaux et l’exécution du programme des travaux complémentaires en s’adressant séparément à chacun des concessionnaires. La plupart des Compagnies s’y prêtèrent, mais la Compagnie de l’Est-Algérien, par suite des règles qui avaient présidé à la construction de son réseau, déclara ne pouvoir s’engager dans la voie des abaissements de taxes. Le rachat des lignes concédées à l’Est-Algérien et leur exploitation en régie furent autorisées par un décret de 1907 ; puis, en I9II, les assemblées algériennes votèrent le rachat des lignes de la Compagnie Bône-Guelma, qui fut réalisé par un décret de I913.
446Le régime des transports maritimes ne soulevait pas de moins vives critiques que celui des transports terrestres ; mais ici, l’action du gouverneur était à peu près impuissante. Les grèves des inscrits maritimes de 1904 furent désastreuses pour l’Algérie et causèrent en particulier de cruels dommages au trafic des primeurs. Après de longues négociations, M. Jonnart réussit à obtenir du Parlement le vote de la loi du 22 juillet 1909, qui autorisa le gouvernement, dans les circonstances exceptionnelles, à suspendre temporairement le monopole de pavillon et posa le principe de la liaison de la métropole avec l’Algérie, en cas de grève maritime, par des navires empruntant leurs équipages à la marine nationale. L’expérience montra que ces mesures, si elles diminuaient un peu les inconvénients des grèves maritimes, ne suffisaient pas à en supprimer tous les effets désastreux.
Pour les forêts comme pour les chemins de fer, l’excessive centralisation, l’éparpillement des responsabilités, la manie assimilatrice avaient abouti aux plus fâcheux résultats. Ils avaient été maintes fois signalés. L’application du Code forestier de 1827, l’organisation même du service des forêts, ne tenaient compte ni des usages, ni des besoins impérieux des populations. L’application rigoureuse du Code forestier métropolitain était arrivée à ce résultat de ruiner progressivement à la fois les indigènes et le domaine forestier ; les indigènes étaient dévorés par les procès-verbaux et les forêts par les incendies. La loi du 2ı février 1903 substitua à la réglementation en vigueur en France des dispositions propres à l’Algérie, plus larges et plus souples. Le gouverneur, de qui relevait désormais le personnel forestier, édicta les mesures nécessaires à l’application de la loi nouvelle ; il s’efforça de concilier la sauvegarde des forêts avec les besoins des populations pastorales. Des dispositions furent prises pour rendre plus efficaces les précautions contre les incendies, dont la fréquence diminua notablement ; mieux défendues, les forêts algériennes furent aussi mieux exploitées ; auparavant, elles brûlaient et ne rapportaient rien : désormais, elles rapportèrent et ne brûlèrent plus.
Il fallait travailler aussi à mettre en valeur les gisements miniers que possédait la colonie. L’affaire de l’Ouenza fut, en cette matière, un exemple mémorable des intolérables abus auxquels peut conduire l’excès du formalisme et de la centralisation. Il s’agissait d’un gisement de minerai de fer situé dans le département de Constantine, qu’on évaluait à 3o ou 40 millions de tonnes, masse assez importante sans doute, mais ne représentant guère plus comme tonnage que la plus petite des concessions de Meurthe-et-Moselle. Une société s’engageait à construire à ses frais, sans subvention ni garantie d’intérêt, un chemin de fer de 200 kilomètres de l’Ouenza à Bône, à faire également à ses frais les installations nécessaires dans le port de Bône, enfin à payer à la colonie une redevance pour l’extraction du minerai, qui devait s’élever au minimum à un million de tonnes par an. « C’était, dit M. Jonnart, la plus belle affaire que l’Algérie eût jamais connue. » M. Révoil avait signé en 1903 un contrat d’option que M. Jonnart s’empressa d’approuver. Cependant la déclaration d’utilité publique rencontra des difficultés insurmontables ; les résistances provenaient surtout des producteurs de minerais de fer de Suède et d’Espagne, minerais de composition analogue à ceux de l’Ouenza, inquiets de cette concurrence, tandis que les métallurgistes étaient désireux d’échapper par l’exploitation de l’Ouenza à leurs fournisseurs habituels et de s’approvisionner directement. L’affaire se compliqua de considérations et interventions de toutes sortes : soucis patriotiques parce que la société comprenait des métallurgistes étrangers, rivalité de Bône et de Bizerte qui prétendait devenir le débouché du minerai. Le dossier, approuvé par les assemblées algériennes, fut transmis au gouvernement en 1904 et un projet de loi déposé, concluant à l’approbation. Après les délais d’une procédure interminable, qui dura plus de sept ans, la discussion vint enfin devant la Chambre en janvier 1910 ; mais il fut impossible d’obtenir le vote du projet.
447L’affaire de l’Ouenza avait fait durement sentir à l’Algérie les dangers de notre procédure administrative. Elle montrait la nécessité de libérer les mines et les travaux publics de l’Algérie, comme le sont ceux de sa voisine, la Tunisie, d’une réglementation favorable surtout à ceux qui prétendent lui interdire de mettre à profit ses richesses naturelles.
Les assemblées algériennes secondèrent efficacement tous les progrès dans l’ordre moral et intellectuel aussi bien que dans l’ordre matériel. Outre les sommes prélevées sur le budget ordinaire, sur le fonds de réserve et sur les fonds d’emprunt pour la colonisation, les travaux publics, l’aménagement des forêts, il faut noter celles qui furent consacrées au développement de l’assistance, aux progrès de l’hygiène, à la distribution de l’enseignement public à tous les degrés. Les lois sociales de la métropole et la législation ouvrière française furent étendues à l’Algérie dans la mesure où elles étaient compatibles avec les conditions d’existence spéciales à la colonie et avec les modifications reconnues nécessaires en ce qui concernait les indigènes et les étrangers. Une dotation de près de 3 millions de francs fut inscrite à l’emprunt de 1908 pour l’amélioration et la modernisation des hôpitaux civils. Un Institut Pasteur fut organisé à Alger en I9Io ; des savants remarquables, comme le docteur Sergent et le docteur Foley, y poursuivirent de remarquables études sur l’hygiène et sur les maladies des hommes, des animaux et des plantes. La lutte contre le paludisme fut méthodiquement entreprise et on prescrivit les mesures prophylactiques que la science moderne recommande : asséchement des mares, pétrolage des eaux stagnantes, grillage des portes et fenêtres, quininisation préventive. La vaccination fut rendue obligatoire.
448 M. LUTAUDPour rapprocher et confondre dans la famille française les divers éléments de la population européenne, le meilleur moyen est assurément de les réunir d’abord sur les bancs de l’école. Aussi l’enseignement public à tous les degrés fut-il l’objet de la sollicitude de M. Jonnart. Les assemblées algériennes consentirent patriotiquement les plus généreux sacrifices et firent plus en l’espace de trois ou quatre ans qu’il n’avait été fait pendant les vingt années qui avaient précédé la création du budget spécial. Un vaste programme d’écoles primaires et primaires supérieures fut élaboré, de manière à faire face à l’augmentation de la population scolaire européenne. En 1907, M. Jonnart fit adopter par les assemblées algériennes le projet de création d’une Université destinée à grouper les écoles d’enseignement supérieur instituées trente ans auparavant par Paul Bert ; M. Joly, délégué financier, un des hommes les plus distingués qui aient honoré les assemblées de la colonie, fut un des artisans les plus convaincus et les plus passionnés de cette œuvre. La création fut autorisée par la loi du 3o décembre 1909, qui marque une date décisive dans le développement de l’instruction publique en Algérie. L’Université d’Alger constitue à la fois un foyer de culture française et un centre de recherches de toutes natures sur notre vaste domaine de l’Afrique du Nord. Dans le même ordre d’idées, M. Jonnart, voulant donner à quelques artistes choisis parmi les meilleurs des facilités pour venir en Algérie, fonda sur les coteaux de Mustapha la villa Abd-el-Tif, qui accueillit tous les ans deux boursiers désignés à la suite d’un concours. Cette création était pour lui un symbole montrant que l’Algérie adulte ne voulait pas être seulement un pays de marchands, uniquement préoccupé des cours des vins, des moutons et des céréales, mais qu’elle entendait faire une place aux choses de l’esprit et de l’art.
M . (1911-1918) LUTAUD déterminée par la suppression des rattachements était très Lorsque M. Jonnart quitta l’Algérie en I9II, l’évolution avancée. Les nouvelles institutions algériennes, budget spécial, délégations financières, territoires du Sud, fonctionnaient d’une manière satisfaisante. L’ordre était rétabli dans l’administration, mieux dans la main du gouverneur, s’inspirant de méthodes appropriées au pays. La politique indigène avait pris une orientation nouvelle et un accent nouveau. Les questions sahariennes et marocaines étaient résolues ou sur le point de l’être. M. Lutaud, préfet du Rhône, qui succéda à M. Jonnart et qui demeura plus de sept ans au gouvernement général, accomplit lui aussi une œuvre considérable. Il avait été longtemps préfet d’Alger : « Mon étroite collaboration avec mes trois éminents prédécesseurs, Laferrière, Révoil, Jonnart, disait-il en débarquant en Algérie le 22 avril ı911, m’a désigné au choix du gouvernement de la République pour continuer leur tâche et suivre leurs tra- HISTOIRE DES COLONIES. T. IT.
LE PORT D’ALGER (1920) (d’après un tableau de P. Élie Dubois).
ditions. » Homme de parti et qui ne s’en cachait pas, M. Lutaud sut cependant faire plus et mieux que de la politique électorale et préfectorale, s’élever à des vues d’ensemble dignes de ses hautes fonctions, apporter sa contribution, qui n’est pas sans importance ni sans intérêt, à l’organisation de l’Algérie nouvelle. C’est à lui qu’incomba la tâche difficile de gouverner la colonie pendant presque toute la durée de la grande guerre.
La situation de l’Algérie en 1914, à la veille du grand conflit mondial, était des plus satisfaisantes, aussi bien au point de vue politique qu’au point de vue économique. Les troubles de l’antisémitisme avaient pris fin et le souvenir même en était effacé. L’entente était demeurée parfaite entre les gouverneurs et les assemblées algériennes ; celles-ci comptaient des hommes d’un réel mérite, sérieux, pratiques, profondément dévoués aux intérêts de l’Algérie, soucieux du bien public. Le budget avait passé de 58 millions en I90I à 175 millions en 1914. Comme les assemblées locales apportaient une grande prudence dans l’évaluation des dépenses et les prévisions de recettes, chaque année des excédents, qui en treize ans s’étaient élevés à I15 millions, étaient versés au fonds de réserve. L’Algérie avait à la fois une dette très faible et des réserves fiscales intactes ; les Européens ne payaient ni la contribution foncière sur la propriété non-bâtie, ni l’impôt sur les successions ; plusieurs impôts indirects de la métropole n’existaient pas ou ne comportaient que des taux très réduits. Ces privilèges, longtemps légitimes et nécessaires, étaient appelés tôt ou tard à disparaître, les colons étaient les premiers à en convenir ; leurs représentants déclaraient qu’ils se rallieraient volontiers à un système qui établirait les mêmes obligations fiscales pour les Européens et les indigènes. Dès I9ıI, M. Lutaud, avec une claire vision des nécessités politiques et financières, avait fait étudier la réforme du régime des impôts ; la grande guerre allait en hâter la réalisation.
II
La population européenne a passé de le dernier recensement effectué avant la guerre, celui de IgII, constatait la présence de 752 000 Européens, dont 5000 dans les territoires du Sud. Cet accroissement est dû surtout aux excédents de la natalité ; à partir de 1896, le nombre des Européens nés en Algérie l’emporte sur celui des immigrés ; c’est là une importante étape dans la voie de la formation d’un peuple algérien.
1 TION DÉMOGRAPHIQUE 531 000 âmes en 1891 à 579000 en 1896 ;
451Jusqu’en 1886, les Français et les étrangers d’origine européenne se faisaient à peu près équilibre en Algérie. Depuis lors, la colonie étrangère semble avoir beaucoup diminué et le groupe français a augmenté de plus en plus. En 1896, on trouve 318000 Français (non compris les Israélites) et 212 000 étrangers ; en I9II, 493 000 Français et 189 000 étrangers d’origine européenne. Cette diminution apparente du nombre des étrangers est une conséquence de la loi de 1889 sur la naturalisation, qui accroît chaque année l’élément national de plusieurs milliers d’unités. En fait, l’immigration étrangère se maintient pendant cette période ; la situation économique de l’Espagne et de l’Italie est assez médiocre et ces pays continuent, ainsi que Malte, à fournir à l’Algérie d’importants contingents qu’attirent les hauts salaires, les travaux publics, les chances d’enrichissement. Mais, par le jeu de la naturalisation automatique, on compte déjà, en 1896, 50 000 naturalisés ; en I9II, on recense 304 000 Français d’origine, 188 000 naturalisés et 189 000 étrangers ; le groupe étranger a donc perdu à peu près la moitié de ses membres ; il est décimé en outre par les mariages mixtes, qui sont fort nombreux et atteignent une proportion de 20 à 25 pour 100 ; ce sont surtout des mariages entre Français et jeunes filles espagnoles. C’est principalement dans le département d’Oran que se marque la prédominance de l’élément étranger ; on y constate en IgII la présence de 93000 Espagnols, 93 000 naturalisés et 95 000 Français d’origine ; les trois groupes sont donc sensiblement de même importance et il y a dans le département d’Oran deux Espagnols d’origine pour un Français d’origine. Les Espagnols sont surtout nombreux dans les arrondissements d’Oran et de Bel-Abbès. A Oran-ville, on recense 24 000 Français d’origine, 34 000 naturalisés, 28 o00 Espagnols.
SATIONC’est aux environs de 1896 qu’on commença à se préoccuper en Algérie de ce qu’on appelait le « péril étranger ». Comme le « péril juif », il était dénoncé surtout par ceux qui redoutaient l’entrée dans le corps électoral d’éléments qui leur échappaient. Il ne faut ni nier, ni exagérer ce péril. Assurément, la naturalisation n’a pas par elle-même une sorte de vertu efficiente et n’inspire pas nécessairement à celui qui la reçoit des idées françaises et des sentiments français. Mais, comme il n’est pas à souhaiter que les étrangers restent groupés en nationalités distinctes sous l’égide de leurs consuls, la naturalisation était la seule solution qui s’offrait à nous. Tout au plus aurait-on pu, pour les étrangers comme pour les Israélites, mieux ménager les transitions et graduer l’accession à la cité française ; de même que la plupart de nos lois, la loi sur la naturalisation aurait gagné à être amendée et adaptée en vue de son application en Algérie. Mais il était parfaitement possible de nous assimiler tous ces éléments ; puisque nous n’avions ni la prétention ni la possibilité de les éliminer, il fallait les franciser ; plus de 18 ooo enfants européens d’âge scolaire ne pouvaient, faute de place, fréquenter les écoles primaires ; les Délégations financières décidèrent la création de 379 classes nouvelles et consacrèrent à cette œuvre les premiers excédents de recettes du budget spécial. Par lécole, par la langue, par l’administration et l’ambiance, les étrangers naturalisés se mêlaient de plus en plus aux Français. M. Louis Bertrand, dans le Sang des races, a parfaitement décrit cette évolution de l’Espagnol enrichi qui tente de retourner dans son pays natal, mais qui s’y trouve dépaysé et revient en Algérie où la vie est plus libre et lui semble plus belle : il est devenu Algérien. Le meilleur moyen de faire contrepoids à l’élément étranger, naturalisé ou non, était d’intensifier le peuplement français rural. La précarité de notre œuvre dans le Nord de l’Afrique apparaîtrait bientôt si, négligeant les enseignements de l’histoire, nous n’envisagions pas les conséquences de l’infiltration nécessaire des éléments étrangers et de l’accroissement continu de la population indigène. Pour asseoir notre domination sur des bases indestructibles, il est indispensable que les émigrants de notre race et de notre pays constituent un noyau solide et résistant de population rurale, car un pays finit toujours par appartenir à celui qui y cultive la terre. Le moyen le plus pratique d’atteindre ce résultat, c’est l’attribution de la terre à des familles françaises, soit par la concession gratuite, soit par la vente, avec résidence obligatoire dans les deux cas. C’est ce but que s’est toujours proposé la colonisation officielle et qu’à travers bien des erreurs et bien des vicissitudes, elle a finalement atteint dans une large mesure.
452Les lois de 1873 et de 1887 sur la propriété foncière, inspirées du même désir : ouvrir tout le pays aux colons, assimiler la propriété algérienne à celle de la métropole, avaient donné des résultats médiocres. Les avantages qu’on en attendait pour la colonisation ne s’étaient pas réalisés ; le domaine avait acquis très peu de terres ; les indigènes, ruinés par les licitations, avaient continué à vivre dans l’indivision et les titres qu’on leur avait délivrés étaient restés entre leurs mains de vains chiffons de papier. Là encore, il fallut reconnaître que le progrès ne s’impose pas par des mesures législatives. La loi du 16 février 1897, abrogeant les procédures d’ensemble, leur substitua un système d’enquêtes partielles permettant aux propriétaires et acquéreurs de terres indigènes d’obtenir la délivrance de titres français d’une valeur inattaquable. On ne prétendait plus opérer d’office la mobilisation de tout le sol algérien : on l’attendait désormais de la libre initiative des particuliers.
453M. Jules Cambon, pendant les sept années qu’il passa au gouvernement général de l’Algérie, s’occupa très activement de la colonisation et du peuplement français, dans la mesure où le lui permettaient l’insuffisance des sommes affectées aux achats de terres dans la période qui a précédé l’institution du budget spécial. Il proposa de livrer autant que possible aux colons des terres préalablement défrichées par la main-d’œuvre pénitentiaire. Il demanda aussi qu’un long délai fût accordé aux acquéreurs pour se libérer, l’Etat ayant beaucoup moins d’intérêt à encaisser rapidement le prix des terres qu’à faciliter la mise en valeur et à soustraire les nouveaux colons à l’usure. Quelques procédés de publicité, affiches et livrets, comme ceux dont les colonies anglaises tirent très bon parti, augmentèrent le nombre des demandes de conces- CHASSEURS A L’AFFÛT sions et rendirent possible (d’après un tableau de Dinet). une sélection des demandeurs, dont on exigea un capital de 5 000 francs. Les études préliminaires des centres furent mieux faites, les emplacements mieux choisis, en particulier au point de vue de la salubrité. L’aire du peuplement national s’étendit. On pénétra dans le Dahra, la mise en valeur de la plaine de Bel-Abbès se compléta, la colonisation remonta les vallées de la Mékerra et de la Mina. On aborda les régions jusque-là purement pastorales du Nahr-Ouassel et du Sersou. Dans le département de Constantine, quelques centres furent créés entre Sétif et Batna. L’administration algérienne reprit aussi, sans grand succès d’ailleurs, le problème si tentant de la colonisation maritime. Somme toute, de I89I à 1900, 103 centres furent créés ou agrandis, 120 000 hectares livrés à la culture européenne.
Une reprise de la colonisation se marque au début du vingtième siècle. Les inquiétudes causées par la naturalisation automatique engagent à renforcer le peuplement français ; en même temps, le budget spécial et l’emprunt fournissent 453 les ressources qui manquaient ; sur l’emprunt de 1902, I2 millions sont consacrés à la colonisation officielle. Des villages sont projetés sur les hauts plateaux ou dans les hautes vallées du Tell et l’aire du peuplement français s’étend vers le Sud jusqu’à la limite des steppes. La surface des concessions est élevée à 30 ou 40 hectares, des essais de peuplement régional sont tentés. Les émigrants sont empruntés surtout aux départements des Hautes-Alpes, de l’Ardèche, de la Lozère, de l’Aveyron, de l’Ariège. Enfin la législation est remaniée et assouplie. Le décret du 30 septembre 1878, qui régissait la colonisation officielle et qui était l’objet de nombreuses critiques, fait place au décret du 13 septembre 1904.
454Ce décret admet concurremment quatre modes d’aliénation : I° la vente à prix fixe à bureau ouvert au bureau des domaines du chef-lieu du département ; 2º la vente aux enchères par adjudication publique ; 3º la vente de gré à gré exceptionnellement ; 4° la concession gratuite quand l’intérêt de la colonisation l’exige. Les acquéreurs doivent être Français ; ils sont tenus à dix années de résidence ; les deux tiers des lots sont réservés aux immigrants et l’étendue maxima des concessions portée à 200 hectares. Le décret réalise en somme trois réformes principales : le système de la vente est autorisé, mais non imposé ; l’obligation de résidence est portée à dix ans ; la surface des lots est augmentée et leur étendue peut être désormais plus ou moins grande suivant les circonstances. La vente à bureau ouvert devient le procédé normal d’aliénation des terres ; il permet d’acquérir la propriété immédiatement et dans des conditions avantageuses. Ce procédé assure le recrutement de colons mieux pourvus de ressources, mieux à même de vaincre les difficultés, plus attachés à la terre en raison des sacrifices qu’ils ont faits. Au point de vue financier, la colonie récupère par la vente une partie de ses dépenses, de plus en plus élevées par suite du prix des terres et du coût des voies d’accès. Par contre, au point de vue du peuplement rural, les résultats des ventes à bureau ouvert sont peu encourageants ; le système facilite les spéculations et les fraudes, prépare la constitution de latifundia, ne fixe pas suffisamment lacquéreur au sol. Aussi ne renonce-t-on pas complètement à la concession gratuite, qui permet de choisir avec soin les colons à installer dans les centres nouveaux et d’exercer sur eux un contrôle plus efficace.
Le nouveau décret permit de reprendre l’œuvre de la colonisation officielle et de la pousser très activement. Un effort considérable fut accompli, rappelant les périodes les plus actives et réparti sur les régions les plus variées, avec une tendance à s’étendre sur les parties des hauts plateaux considérées longtemps comme exclusivement pastorales et qui s’étaient révélées comme dotées d’une moyenne de pluies suffisante pour donner de bonnes récoltes de céréales. Au total, de 1904 à 1914, plus de 50 millions ont été dépensés pour la création de centres nouveaux, l’agrandissement des anciens centres et l’établissement de voies de communication destinées à desservir des régions colonisées par l’initiative privée ; 59 nouveaux villages ont été créés, 140 centres anciens agrandis, ISI lots de ferme créés. Les nouveaux territoires ainsi constitués englobent près de 200 000 hectares, dont 53 000 concédés gratuitement et 128 000 vendus à bureau ouvert pour un prix global de 19 millions. La politique indigène a évolué dans un sens de plus en
4551 INDIGÈNE plus libéral. Les souvenirs des heures de lutte et d’insurrection commençaient à s’effacer. Il devenait possible de traiter les musulmans d’une manière plus bienveillante et plus fraternelle, de leur faire apprécier notre bonté après leur avoir fait sentir notre force, de les associer enfin graduellement à la gestion des affaires algériennes. Ce sont surtout M. Jules Cambon et M. Jonnart qui ont instauré cette politique nouvelle.
PORTE BABA-AHMED A OUARGLAEn envoyant M. Cambon à Alger, M. Constans lui avait dit : « On a fait la conquête militaire de l’Algérie, il s’agit maintenant d’en faire la conquête morale. » Assurément, la masse des indigènes prospérait en Algérie, mais peut-être certains de nos administrateurs et de nos colons ne ménageaient-ils pas assez leurs susceptibilités et leurs intérêts : « Pour moi, dit M. Jules Cambon, j’ai toujours pensé que le premier devoir du gouverneur général est de resserrer les liens qui attachent à la France les populations indigènes. Elles n’ont pas de représentant auprès du gouvernement métropolitain ; c’est le gouverneur qui est leur représentant naturel, puisque c’est leur existence qui est la justification de sa fonction. Aussi estimai-je qu’il importait d’être très attentif à leurs intérêts. » C’est dans cet esprit que, dans les communes mixtes, les djemaâs de douars furent reconstituées et leurs attributions augmentées ; le gouverneur veilla à ce que les ressources de l’impôt arabe fussent employées d’une manière équitable. Les sociétés de prévoyance indigène furent réorganisées par la loi du 14 avril 1893. L’enseignement primaire indigène reçut une vive impulsion ; les médersas, destinées au recrutement des fonctionnaires indigènes, furent vivifiées. Enfin M. Cambon assura aux musulmans les bienfaits de l’assistance par des tournées médicales effectuées dans les tribus et par la fondation d’hôpitaux indigènes spéciaux en Kabylie et dans l’Aurès. Des sages-femmes reçurent la mission de combattre les préjugés et les méthodes barbares des matrones indigènes. Les populations musulmanes se montrèrent sensibles à ce souci de leur bien-être et en témoignèrent leur reconnaissance. C’est l’honneur de M. Cambon d’avoir déclenché cette évolution et d’avoir fait prévaloir une conception plus large et plus intelligente des conditions dans lesquelles doit s’exercer notre domination. « Il ne saurait y avoir de colonisation durable et féconde, disait M. Jonnart, sans une bonne politique indigène. Cette politique exige beaucoup de tact et de compétence. A vrai dire, on ne diffère pas tant sur le fond que sur une question de priorité des réformes à accomplir. D’une part, Svp 300 32 10:53 c’est la thèse de l’émancipation des populations indigènes ; de l’autre, celle de leur évolution préalable, prudemment dirigée, préparée par le développement économique, intellectuel et social. » C’est cette seconde thèse que M. Jonnart fit sienne. Il tendit constamment au rapprochement des deux groupes de population qui sont en présence dans l’Afrique du Nord. Cette politique fut poursuivie avec l’entière adhésion des assemblées algériennes et s’harmonisa avec les vues générales de la politique française : « Il faut, disait M. Jonnart, que les indigènes voient en nous autre chose que des gendarmes et des marchands et que çà et là se dresse, visible à tous, un symbole de la bonté française. »
456
La question la plus délicate est sans contredit celle de l’enseignement indigène, question plus politique que technique. En I90I, lorsque l’Algérie avait reçu la gestion de ses affaires, l’œuvre de l’enseignement indigène était à peine ébauchée ; de 1890 à 1900, la métropole lui avait consacré 9 millions ; on comptait 288 écoles primaires, fréquentées par 25 000 élèves. Le budget colonial prit entièrement à sa charge les dépenses de construction des écoles indigènes, dont une partie jusque-là incombait aux communes ; de I90I à 1914, plus de 20 millions furent dépensés ; on compta 433 écoles et 45 000 élèves. Tout en poursuivant la construction de nouvelles écoles, M. Jonnart rechercha les moyens de mieux pénétrer les tribus, d’y propager plus rapidement et plus surement, avec notre langue, quelques notions élémentaires d’agriculture et d’hygiène, en recourant à des installations plus rudimentaires, à un personnel auxiliaire moins rétribué et à des méthodes d’enseignement plus pratiques. On s’efforça de rendre les programmes plus simples, plus souples, plus nettement orientés vers la formation de jeunes gens capables d’évoluer dans leur milieu, plus aptes à y exercer leurs métiers et leurs professions traditionnelles. On voulut en un mot de mieux en mieux adapter le fonctionnement des écoles aux besoins généraux de la population et aux besoins particuliers de chaque contrée.
457M. Jonnart tenta de faire revivre quelques-unes des industries indigènes. Au musée des antiquités algériennes qu’avait créé M. Cambon à Mustapha fut adjoint un musée d’art musulman, que M. Stéphane Gsell organisa avec infiniment de science et de goût. L’art des tapis, qui était en complète décadence, fut rénové par la création d’écoles-ouvroirs ; il en fut de même de la céramique, de la broderie et de quelques autres industries, qui redevinrent pour les indigènes une source de profits.
M. Jonnart voulut assurer aux indigènes l’assistance médicale sur tous les points du territoire par des infirmeries indigènes très simplement aménagées. On s’appliqua aussi à étendre les soins médicaux à la partie féminine de la population, à créer des cliniques pour les femmes en couches. Des tournées médicales et des consultations gratuites furent organisées dans les douars ; un corps d’auxiliaires médicaux indigènes, collaborateurs du médecin, fut créé. La lutte contre l’ophtalmie et le paludisme fut scientifiquement organisée ; des dispositions furent prises pour prévenir les épidémies de variole et de typhus.
En même temps qu’on s’employait à protéger les musulmans contre les fléaux qui les atteignaient, on poursuivait le développement des sociétés indigènes de prévoyance, qui rendent de si grands services et qui sont une des institutions les plus fécondes de l’Algérie, car elles arment les cultivateurs contre deux maux redoutables, la famine et l’usure. Ces sociétés furent encouragées à faire à leurs participants des prêts en vue de l’acquisition d’un matériel agricole plus perfectionné. On s’appliqua à améliorer les procédés de culture et d’élevage des indigènes, qui se mirent à pratiquer les labours préparatoires et achetèrent des charrues françaises. On envisagea la création de sociétés indigènes de culture (dje maâs-el-fellahia), dont le but, plus étendu que celui des sociétés de prévoyance, serait de donner aux cultivateurs des habitudes de travail régulier et des moyens de cultiver rationnellement. La situation matérielle des indigènes s’améliora d’une manière très notable ; en 1908 et en 1909, une sécheresse persistante désola plusieurs régions de la colonie : néanmoins, grâce aux progrès accomplis, ils ne connurent pas les horreurs de la famine.
458Une politique d’améliorations sociales n’implique nullement une politique de faiblesse, bien au contraire. L’administration pouvait se montrer d’autant plus rigoureuse vis-à-vis des chefs indigènes et des tribus complices des malfaiteurs qu’elle avait fait tout ce qui dépendait d’elle en faveur des musulmans. Dans les communes de plein exercice, on s’efforça, sans toucher aux attributions qui appartenaient à l’autorité municipale et que la loi seule eût pu lui enlever, d’assurer une surveillance plus active des populations en renforçant la police d’Etat et le personnel de la sûreté départementale. Des secrétaires généraux pour les affaires indigènes et la police générale furent créés dans chacune des préfectures de l’Algérie. M. Jonnart demanda et obtint le maintien des tribunaux répressifs créés en 1902 à la demande de M. Révoil et accepta seulement certaines modifications à leur fonctionnement, modifications qui furent effectuées par un décret du 9 août 1903. L’internement par mesure administrative ne fut appliqué qu’à titre tout à fait exceptionnel et entouré de nombreuses garanties, mais néanmoins maintenu. Il en fut de même des pouvoirs disciplinaires des administrateurs, de plus en plus réduits dans leur application ; la loi du 23 décembre 1904 prorogea ces pouvoirs pour une nouvelle période de sept années, mais réduisit le nombre des infractions et en exempta certaines catégories d’indigènes. Enfin un décret du 24 septembre 1908 décida que les représentants des indigènes dans les conseils généraux seraient désormais élus comme les délégués financiers indigènes.
Cependant l’évolution libérale de la politique indigène ne s’arrêta pas là. Un fait capital se produisit en 1912 : l’institution du service militaire obligatoire pour les indigènes. Jusque-là, leur recrutement se faisait uniquement par engagements volontaires ; ce recrutement avait été entravé par la loi du rı juillet 1903, qui diminuait le taux des primes et des pensions de retraite. Dès 1908, il était question d’établir la conscription. Une commission fut nommée pour établir dans quelle mesure et par quels moyens il serait possible de tirer un meilleur parti des ressources en hommes de l’Afrique du Nord ; elle conclut au développement du système de recrutement par voie d’engagements en modifiant la loi de 1903 ; à la mise en vigueur, parallèlement au système des engagements, d’un recrutement basé sur le principe de l’obligation du service, enfin à l’organisation des réserves. L’annonce de ces propositions provoqua une assez vive agitation aussi bien parmi les colons que parmi les indigènes ; on vit même un millier d’indigènes de Tlemcen s’expatrier en Syrie. On passa outre néanmoins et deux décrets des 3I janvier et 3 février 1912 réalisèrent les réformes préconisées par la commission. Le second décret imposait aux indigènes l’obligation du service militaire obligatoire, tempérée par la faculté du remplacement et la très faible proportion des appelés ; le régime des appels n’était envisagé que comme un moyen de compléter le rendement des engagements dans la limite des besoins. « La sagesse et la prudence de cette méthode, disait l’exposé des motifs du décret de 1912, n’échappera pas aux Français d’Algérie, qui comprennent d’ailleurs les nécessités militaires auxquelles la métropole doit faire face et se font un devoir de reconnaître les intérêts supérieurs en cause. Les indigènes se plieront d’autant plus volontiers aux nouvelles formalités qu’elles ne constituent pas pour eux une charge et qu’en les acceptant avec le loyalisme dont ils ont donné maintes fois les preuves, ils se constitueront un titre de plus à la sollicitude du gouvernement, décidé à pratiquer à leur égard une politique de bienveillant libéralisme. »
459L’application du service militaire obligatoire aux indigènes devait forcément amener une modification de leur statut. Une campagne très vive contre l’administration algérienne était d’ailleurs menée par MM. Paul Bourde et Philippe Millet dans le journal le Temps, par M. Albin Rozet au Parlement ; on y représentait les indigènes algériens comme vivant sous un régime d’arbitraire, d’iniquité et de terreur ; l’administration était prisonnière des colons et le demeurerait tant qu’on n’accorderait pas aux indigènes dans les divers conseils de la colonie une représentation sérieuse et suffisante. Un parti « jeune-algérien » commençait à se constituer ; quatre mois après l’institution de la conscription, en juin 1912, ce groupe apporta à Paris un cahier de revendications politiques. De longs débats sur la politique algérienne eurent lieu à la Chambre des députés au début de 1914 ; l’ordre du jour du 9 février 1914, qui clôtura les débats, demandait au gouvernement « de réaliser à bref délai l’égalité fiscale, de modifier largement et d’améliorer le statut des indigènes, pour accorder à ceux-ci toutes les libertés compatibles avec la souveraineté française. »
460 ECONOMIQUEUn décret du 19 septembre 1912 dispensa du régime de l’indigénat les indigènes qui avaient accompli leur service militaire et les admit à l’électorat municipal. Un autre décret du 13 janvier 1914 élargit d’une manière très notable le corps électoral indigène ; en même temps, l’effectif des conseillers municipaux indigènes passait du quart au tiers de l’effectif du conseil, avec un maximum de 12 conseillers au lieu de 6. Enfin, à la veille de la guerre, la loi du ı5 juillet 1914, précédée d’importantes discussions devant les Chambres, réduisait de nouveau considérablement le nombre des infractions au Code de l’indigénat, faisait passer au juge de paix la plus grande partie de ces contraventions spéciales et donnait une longue liste des capacités qui soustrayaient les indigènes à la juridiction exceptionnelle de l’administrateur. Le permis de voyage imposé jusque-là aux indigènes était supprimé. L’internement administratif était remplacé par une mise en surveillance spéciale, entourée de multiples garanties. La grande prospérité économique de l’Algérie n’a guère commencé qu’aux environs de 1900. Dans les dernières années du dix-neuvième siècle, ceux qui avaient foi dans l’avenir de ce pays et qui fondaient sur lui de grandes espérances étaient rares, même dans la colonie. Certains économistes s’efforçaient encore de démontrer que le vignoble algérien était hypothéqué au delà de sa valeur, que la fertilité des terres s’épuisait et que, somme toute, l’Algérie était une très mauvaise affaire. La Banque de l’Algérie, pour aider à la constitution du vignoble, s’était trouvée entraînée à consentir des prêts fonciers qui ne rentraient pas dans son rôle de banque d’émission. L’abus du crédit avait été suivi d’un brusque resserrement vers 1892 et la Banque, ne pouvant rentrer dans ses créances, s’était trouvée à la tête d’un grand nombre de domaines dont la liquidation, poursuivie de 1892 à 1900, fut assez pénible. Une crise de mévente avait éprouvé la viticulture algérienne en 1893 ; la métropole étant à peu près le seul marché où les vins algériens trouvent à se placer, ce placement devient difficile toutes les fois qu’il y a en France plusieurs bonnes récoltes consécutives.
Cependant divers indices sont favorables ; les récoltes de céréales sont plus abondantes et moins inégales ; les bonnes méthodes de culture sont de plus en plus pratiquées par les Européens, notamment dans la plaine de Bel-Abbès. On s’efforce d’accroître et d’améliorer le cheptel algérien, de développer l’industrie pastorale, en particulier par l’aménagement de rdirs et de citernes ; une enquête est poursuivie par les soins de M. Cambon sur le « pays du mouton ».
La loi douanière de 1892, déclarée applicable à l’Algérie, rend de plus en plus 460 intime l’union économique de la France et de l’Algérie ; celle-ci reçoit des primes indirectes considérables par l’admission en franchise des produits algériens, alors que les céréales, le bétail, les vins étrangers sont frappés de droits élevés ; en revanche, elle offre à l’industrie française, notamment à la métallurgie et aux textiles, d’importants débouchés et supporte les charges du monopole du pavillon, qui réserve aux armateurs français la navigation entre la France et l’Algérie, considérée comme un cabotage. Les richesses agricoles, pastorales, forestières, minières de l’Algérie se développent suivant un rythme déjà un peu plus rapide et le total des exportations, qui dépasse 200 millions, tend à se rapprocher de celui des importations ; il lui est même quelquefois supérieur, notamment en 1895. Mais la courbe n’est pas régulièrement ascendante et les crises agricoles occasionnent de grandes variations. Au total, le commerce, qui en 1890 atteignait 509 millions (importations 260 millions, exportations 249 millions) s’élève en 1900 à 536 millions (importations 313 millions, exportations 222 millions). La progression est assez lente.
461
Le développement économique de l’Algérie devient beaucoup plus rapide à partir de 1900. Cet essor est dû pour une part aux mesures de décentralisation qui, à partir de cette époque, ont permis à la colonie de prendre son essor, contribué à l’éveil des initiatives et des énergies, à l’épanouissement de toutes les forces vives. Mais d’autres facteurs sont intervenus. La France a recueilli enfin le fruit de ses longs et patients efforts pour humaniser, assainir, cultiver, mettre en valeur cette terre barbare et désolée par tant de siècles d’anarchie ; elle a récolté ce
PAIEMENT DES SALAIRES AUX OUVRIERS INDIGÈNES DU DOMAINE DE L’HABRA
462BE Travaux terminés Travaux en cours Echelle de 1/25.000€ 500 1000M A N Avant-Port (Bassin Pasteup) Fart Jetce kerven Gronde Jetee Phare Bassin
S : Grégoir Batterie Gueydon. Bassin Bassin Bassin Poincare Ravin Blanc -Pointe du Vieux Aucour du Maroc M Batterie Purt du Ravin Blanc
Douane Arsenal Thérése Ratif Blanc st. koul râteau Neuf Lycee Vicille Masquée R Hôtel de Vil qu’elle avait semé. Les colons avaient longtemps travaillé, peiné, souffert ; leur inlassable labeur trouvait sa récompense. Comme ces fleurs des tropiques qui, après une longue préparation, s’épanouissent en quelques heures, la prospérité algérienne a éclaté tout à coup.
Les statistiques qui décomposent la fortune de la colonie et font ressortir les différentes phases de son évolution montrent clairement cette transformation. Le vignoble, quoique éprouvé par deux nouvelles crises de mévente en 1901 et en 1905 et par le phylloxéra, qui nécessite sa reconstitution en plants américains, donne des bénéfices considérables. En même temps que la production viticole et la vinification font d’admirables progrès, les céréales et le bétail, en dépit des mauvaises années comme 1908, prennent dans les exportations une importance de plus en plus grande. La production des céréales augmente, non seulement parce qu’on met en valeur des terres auparavant Paintral Kettan couvertes de broussailles, mais surtout parce qu’on s’applique de plus en plus, même en territoire SHot de l’Amirauté harr indigène, à perfectionner les procédés de culture. Jouone Progressivement, le dan- Mote ger de la monoculture, Bouée Feu Musoin Nond sans disparaître complè- Part tement, s’atténue. Les cultures arbustives, trop Formes Avent longtemps délaissées, se développent et les plan- -Appiére Moucher Fort du Cande Port tations d’oliviers se mul- / Port tiplient. L’exportation des primeurs dépasse Grand Môle de l’Agha toutes les espérances. Le de Mustapha Bassin METE tabac, le coton, dont la la guerre de Sécession, a culture, disparue depuis été reprise en 1906, sont parmi les produits les Manœuvres Champ Môle Nº2 Môle Nº 3 Mâle N° 4 Môle N° 5 plus rémunérateurs. Les & Fories de productions secondaires, telles que le liège, les r Programme dextension de 1912 peaux, l’alfa, les figues Échelle de 1/35.000€ _ 1000m sèches, les dattes occu- LE PORT D’ALGER pent d’année en année une place plus large dans le mouvement des échanges. L’extraction des minerais de fer et des phosphates atteint une réelle importance. De grosses fortunes s’édifient, la dette hypothécaire est remboursée, les capitaux affluent dans les banques, le bien-être et le luxe progressent dans les villes et dans les campagnes.
E
LE PORT D’ORAN
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Alger devient une véritable capitale et une des grandes cités méditerranéennes ; les fortifications de 1840 sont éventrées pour lui permettre de rejoindre ses anciens faubourgs de Mustapha et de Bab-el-Oued ; une véritable fièvre de construction fait surgir des quartiers neufs. Un arrière-port est créé dans la baie de l’Agha pour répondre à l’accroissement de la navigation. A Oran, la ville se développe aussi, en dépit des obstacles naturels et le commerce prend une ampleur tout à fait remarquable ; là aussi, de grands travaux de port sont effectués pour la création de nouveaux bassins. A Constantine, deux grands ponts sont construits au-dessus du ravin du Rummel, la colline du Koudiat est dérasée, la ville cesse d’être confinée sur son inaccessible rocher. Le port de Bône est également agrandi.
L’Algérie est devenue une des meilleures clientes de la France ; en 1913, elle lui achète pour 550 millions de marchandises et lui en vend pour 350 millions. Le duc de Broglie disait que nous ne retirerions guère de notre colonie africaine qu’une bonne armée : voici que, dans certaines années, les exportations dépassent les import-tions et que la France commence à s’inquiéter de la concurrence que certains produits algériens font à ceux de son propre sol. En I910, le commerce de l’Algérie dépasse pour la première fois un milliard ; il a plus que doublé depuis 1904 ; en 1913, dernière année normale avant la guerre, il atteint I 168 millions. Voilà le prix de tant de peines, voilà le bénéfice incontestable pour notre pays de la grandiose entreprise poursuivie de l’autre côté de la Méditerranée, au milieu de tant d’injustes et décourageantes critiques.
III
L SAHARIENN A PENETRATIOI
sant à la France sa zone d’influence dans l’Afrique du La convention franco-anglaise de 1890, en reconnais- Nord-Ouest, donnait au gouverneur général un rôle nouveau. Si l’Algérie devait devenir la porte de l’Afrique, c’est à lui qu’il appartenait de l’ouvrir et de la tenir ouverte. Toute tentative pour relier l’Afrique du Nord au Soudan nécessitait au préalable une politique saharienne méthodique et vigoureuse. En cette matière comme pour la politique indigène et pour l’organisation générale, M. Jules Cambon a frayé la voie à ses successeurs.
Il reprit tout d’abord en main la direction des affaires indigènes des territoires de commandement, qui avait été en fait abandonnée aux généraux commandant les provinces d’Alger, d’Oran et de Constantine, dont les efforts se contrariaient par- PLANCHE VIII LE HOGGAR Tente Targuia au pied du mont Akaraka. D’après le tableau de PAUL-ÉLIE DUBOIS. HIST. COLONIES, — ALGÉRIE
fois ; l’unité de notre action politique dans le Sud fut rétablie. Le ministre des Affaires étrangères ayant déclaré à la tribune de la Chambre des députés que la question du Touat était une question exclusivement algérienne, M. Cambon, dès le mois d’août 1891, écrivait combien il lui paraissait nécessaire que la France, en occupant le groupe des oasis qui s’étendent au Sud-Ouest de l’Algérie, prit une résolution qui assurerait définitivement la tranquillité de ses possessions et sa domination dans le Sahara : « Les oasis du Touat, du Gourara et du Tidikelt, disait-il, ont servi de refuge à tous les hommes de nos tribus plus ou moins compromis et ont été le centre de toutes les agitations qui se produisent contre nous ; c’est là que s’est réfugié Bou-Amama, qui cherche par tous les moyens à encourager les insurrections, les razzias et les défections. D’un autre côté, le souvenir de la mission Flatters, qui n’a pas été vengée, écarte de nous les Touaregs, qui en ont concerté le massacre. Enfin les nécessités de la politique nous ayant conduit à reconnaître la souveraineté de la Porte sur Rhadamès et sur Rhat, il en résulte que, si nous laissons échapper le Touat, qui est la plus grande ligne d’eau et de population se dirigeant à travers le Sahara vers l’intérieur de l’Afrique, le traité conclu avec l’Angleterre relativement à l’hinterland algérien sera devenu lettre morte entre nos mains. »
L’occupation des oasis du Sud-Ouest aurait eu, d’après M. Cambon, le triple résultat de rendre toute insurrection impossible dans le Sud, de mettre dans nos mains la voie saharienne la plus fréquentée après le Nil, enfin de nous donner plus
HISTOIRE DES COLONIES. T. II.
LES DUNES DU SAHARA
466de liberté de mouvement dans la question du Maroc. Chaque année, sans se lasser, M. Cambon proposait au gouvernement quelque combinaison nouvelle et chaque année l’occupation des oasis était ajournée. A défaut d’une expédition que le gouvernement interdisait, on s’efforça d’utiliser certaines influences. En 189ı, M. Cambon fit venir du Maroc à Alger le vieux chérif d’Ouezzan, Moulay-Abdes-Selam, et l’envoya dans le Touat, où il mit à notre service son prestige religieux. En 1892, le gouverneur général, en compagnie du général Thomassin, se rendit à El-Goléa et y reçut les hommages du chef de la grande famille des Ouled-Sidi- Cheikh, Si-Kaddour, qui, depuis la fin de l’insurrection, s’était tenu à l’écart sur les confins du Maroc ; on essaya de reprendre avec ce personnage la politique qui nous avait donné jadis, avec le concours de son père Si-Hamza, le sultanat d’Ouargla. Les travaux du chemin de fer de Djenien-bou-Rezg, le long de la frontière marocaine, furent activés. Quelques bordjs fortifiés jalonnant la route des oasis sahariennes furent construits au delà de nos possessions, à Hassi-Inifel sur l’Oued Mya, à Hassi-bel-Hairane (Fort-Lallemand) dans le couloir de l’Igharghar, à Hassi-Chebaba (Fort-Miribel) et à Hassi-el-Homeur (Fort-Mac-Mahon) au Sud et au Sud-Ouest d’El-Goléa. Le général de La Roque, qui commandait à Constantine, prit contact avec les Touaregs ; une délégation conduite par Abden-Nebi, petit-neveu de Cheikh-Othman, l’ami et le fidèle compagnon de Duveyrier, se rendit à Alger.
Les rapides progrès de la domination française dans l’Afrique occidentale contribuaient à resserrer autour du désert les deux branches de l’étau. En 1895, Tombouctou était occupée ; en 1898, un administrateur algérien, Coppolani, entreprenait en Mauritanie une campagne de pacification ; une « course au lac Tchad » s’organisait de 1892 à 1897, avec les missions Crampel, Dybowski, Maistre, Gentil. Les conventions franco-anglaises de mars 1898 et de juin 1899 achevaient la délimitation du Sahara, attribuant à la France tout l’arrière-pays, y compris l’Ouadai et le Tibesti (I). Le Soudan français devenait ainsi dans toute son étendue limitrophe du Sahara, dont la pacification devenait pour lui comme pour l’Algérie un important problème.
En 1898, l’explorateur Foureau, avec une escorte de 300 hommes placée sous les ordres du commandant Lamy, reprenant le plan de Flatters dans des conditions meilleures et qui assurèrent le succès, réussissait à traverser le Sahara par le pays des Azdjer et l’Air et aboutissait au Tchad, où il opérait sa jonction avec la mission Gentil qui venait du Congo et du Chari, et avec la mission Joalland-Meynier, qui avait succédé à la mission Voulet-Chanoine et s’était avancée du Niger au Tchad. Les forces réunies des trois missions se heurtaient à Rabah, le dernier des grands conquérants noirs, qui fut vaincu et tué le 22 avril 1900 au combat de Kousseri ; le commandant Lamy trouva lui aussi la mort dans cette rencontre. La pénétration saharienne, si longtemps
467| OUEST ET SES CONSÉQUENCES • interrompue, marche à pas de géant dans les premières années du vingtième siècle. La période de 1900 à 1912 est, à cet égard, absolument décisive. C’est à ce moment que l’empire français d’Afrique se constitue véritablement, que ses divers tronçons se soudent, que la question saharienne se règle, que le problème marocain enfin reçoit la solution qu’exigeaient nos intérêts africains.
Les oasis du Sud-Ouest furent occupées à la suite de l’attaque de la mission Flamand, dont l’escorte, commandée par le capitaine Pein, s’empara d’In-Salah en décembre 1899. L’occupation fut maintenue, mais on ne se décida pas sans quelque hésitation à lui donner la suite qu’elle comportait ; les à-coups et les lenteurs rendirent l’opération plus coûteuse. En mars 1900, on résolut d’en finir avec les oasis du Touat. Une colonne, sous les ordres du colonel d’Eu, acheva la prise de possession du Tidikelt, non sans avoir eu un combat acharné à soutenir dans l’oasis d’Inrar, située à 50 kilomètres d’In-Salah. D’autre part, la colonne Bertrand, forte de 2 000 hommes, partie de Duveyrier, occupait Igli sans coup férir. Des forces venues d’El-Goléa et de Géryville convergeaient sur Tabelkoza et Timmimoun et occupaient le Gourara. Enfin le général Servière recevait la soumission des ksours du Touat et entrait le 30 juillet 1900 à Adrar. Certaines oasis du Gourara avaient fait appel aux Beraber pour organiser la résistance à notre domination. Les sanglants combats de Sahela-Metarfa (30 août et 5 septembre 1900), de Timmimoun et de Charouin (18 et 28 février 190I) nous montrèrent que notre sécurité était loin d’être complète de ce côté. Cependant, au printemps de I90I, la « question du Touat » peut être considérée comme résolue.
OFFICIERS ET SOUS-OFFICIERS MÉHARISTESLa prise de possession des oasis ne s’était pas opérée sans d’assez grandes difficultés, les unes inhérentes à l’opération elle-même, les autres résultant des erreurs de méthode consistant à accumuler inutilement dans ces régions pauvres de lourds et onéreux effectifs de troupes régulières, qui ne pouvaient y subsister qu’au prix d’énormes sacrifices d’argent et d’animaux. M. Jonnart, lors de son premier séjour à Alger, avait préconisé la formation de forces sahariennes recrutées sur place ; M. Révoil réalisa cette organisation. Un décret du rer avril 1902 créa les Compagnies sahariennes, qu’on a définies une tribu nomade militairement encadrée. Ces Compagnies, composées d’hommes recrutés parmi les habitants du Sahara et qui, au moyen de la solde qui leur est attribuée, se nourrissent et s’entretiennent euxmêmes, sont encadrés par un personnel français spécialisé et choisi avec le plus grand soin. Elles ont les qualités d’endurance, de sobriété, d’énergie nécessaires pour mener d’une façon continue la vie nomade du désert, pour rivaliser de hardiesse et de vitesse avec leurs adversaires et pour les dominer grâce à un meilleur armement, à une discipline plus forte, à une direction supérieure. Si nous avions longtemps hésité à occuper les oasis, c’était dans la crainte d’ouvrir prématurément la question du Maroc. Cette crainte n’était pas vaine. Dès la conquête des oasis, il devint évident que l’équivoque du traité de 1845 ne pouvait se prolonger sans risques. A ce traité, qui avait résolu le problème des frontières sahariennes en le déclarant inexistant, les faits donnaient chaque jour des démentis pleins de menaces. A l’instigation de M. Révoil, un protocole destiné à interpréter le traité de 1845 fut signé à Paris le 20 juillet 1901 et complété par les accords du 20 avril 1902. Ces conventions organisèrent une politique de collaboration entre la France et le gouvernement chérifien dans les régions frontières. Quoique le makhzen ne se prêtât que d’assez mauvaise grâce à cette collaboration, les accords conclus par M. Révoil facilitèrent notre progression vers le Sud et le Sud-Ouest ; ils donnèrent plus d’aisance aux mouvements de nos troupes et nous délivrèrent de la préoccupation, si vive jusque-là, que le moindre incident ne fût exploité contre nous auprès du sultan.
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cana Chemin de Fer Transsaharien (Tracé proporé parle Cornité d’Études) ALGER Bougie *Miliana. Cheechel Constantine TUNiS Orteansville Malilla Gafsa T •Rhadamès d du El Djoua o Fort Flattent Aoulef Polign Tar Échelle de 1/11000000g 200 300 K- Cependant les vols et les agressions contre nos postes et nos convois, enlèvements de troupeaux, assassinats de sentinelles, attentats contre les isolés, se multipliaient d’une manière de plus en plus inquiétante dans la région de la Zousfana. M. Jonnart, replacé à la tête du gouvernement général en mai 1903, était décidé à mettre un terme à cet état de choses. Il se rendit aussitôt dans le Sud-Ouest ; au cours de sa tournée, le 3I mai, son escorte fut attaquée par les habitants de Zenaga, le principal des ksours de Figuig. Cet incident ne fit que hâter l’exécution des mesures de police prévues. Le 8 juin, le ksar de Zenaga fut bombardé et les habitants demandèrent l’aman. Mais la soumission des sédentaires ne réussit pas à mettre fin aux coups de main des nomades, comme en témoigna l’attaque du poste de Taghit (août 1903). grand colonial qui devait pacifier et organiser le Maroc. Sur C’est M. Jonnart qui appela dans l’Afrique du Nord le ses instances, le gouvernement se décida à confier le commandement de la subdivision d’Aïn-Sefra au colonel Lyautey, qui s’était déjà trouvé aux prises avec des difficultés analogues au Tonkin et à Madagascar et y avait fait ses preuves comme organisateur ; bientôt après, on renforça encore sa situation en dotant la subdivision d’une organisation autonome ; son chef fut investi de l’autorité directe sur toutes les troupes stationnées dans son commandement, sous le contrôle du ministre de la Guerre et du gouverneur général. M. Jonnart défendit énergiquement son collaborateur contre les bureaux des ministères et contre les embûches de toutes sortes ; il le soutint et l’encouragea dans l’œuvre par laquelle il allait préluder, dans les confins algéro-marocains, à celle qu’il devait accomplir dans l’empire chérifien.
LA PÉNÉTRATION SAHARIENNE ET LES TERRITOIRES DU SUD 469
BARNE DE CHARDAIA AMZAB Chandae Quargla
470Il n’y a pas de plus grand nom que celui de Lyautey dans l’histoire de la France coloniale moderne, ni d’œuvre plus belle que la sienne. « Ses incomparables qualités de chef, dit le rapport précédant le décret qui lui conférait la dignité de maréchal de France, son sens de l’action, son autorité, sa méthode et ses succès ont fait de lui un des meilleurs artisans de la gloire française. » Il aime à se dire l’élève de Gallieni, qui fut lui-même l’élève de Faidherbe ; avec ces trois hommes s’est renouée dans notre pays la grande tradition coloniale. La guerre, telle que Lyautey l’a pratiquée pendant sept ans en Algérie et pendant quatorze ans au Maroc, c’est moins une guerre qu’une pénétration pacifique, où la manifestation de la force permet d’en éviter l’emploi. L’action politique précède, accompagne et suit l’action militaire. La conquête à faire, ce n’est pas celle du territoire : c’est celle des populations qui y vivent. Le poste qui abrite un marché et la patrouille de goumiers qui nettoie la piste ont une action plus efficace que la colonne qui fait le vide et qu’on oublie dès qu’elle est passée. Le marché se complète par l’infirmerie et l’influence du médecin est inséparable de celle du soldat. C’est la doctrine de l’action régionale, dans laquelle les opérations militaires sont rares, énergiques sans doute, mais brèves, tandis que les actions politiques, économiques et médicales sont permanentes et progressives.
471 ET DE BERGUENT (1904)La rénovation des méthodes ne va pas sans une adaptation de l’outil. Les colonnes passaient et ne pacifiaient pas ; les troupes, dispersées ensuite dans les postes, y menaient une déprimante vie de garnison. Il fallait rendre à ces forces, calquées sur le modèle des troupes françaises et façonnées en vue de la guerre européenne, les caractéristiques des troupes d’Afrique, diminuer leurs besoins, alléger leurs convois, les doter d’éléments légers, aussi mobiles que l’adversaire. Il fallait les convaincre que, suivant le mot de Lyautey, on se garde par le mouvement et les organiser en conséquence. Bugeaud avait eu ses zouaves et ses turcos : Lyautey eut ses goums, ses groupes francs, ses compagnies de légion montée, ses pelotons de méharistes. Des groupes mobiles, reliant entre eux leur action et s’appuyant sur un petit nombre de grands postes fortement constitués et ravitaillés, purent désormais atteindre nos adversaires, jusque-là si difficilement saisissables. Le Sud-Oranais était le point de contact de la pénétration saharienne et de la pénétration marocaine. Dès la conquête des oasis, nous avions été amenés à utiliser la ligne de communication naturelle de la Zousfana et de la Saoura pour relier les régions nouvellement occupées au Sud de la province d’Oran. Mais on ne pouvait guère s’établir dans le fossé, c’est-à-dire dans la vallée de la Saoura, sans être obligé de s’assurer en même temps le talus qui le borde, c’est-à-dire la région des Ouled-Djerir et des Doui-Menia. Aussi, dès son arrivée à Aïn-Sefra, le général Lyautey prépara l’installation à l’Ouest du Djebel-Béchar d’un poste qui fut créé le Il novembre 1903 et qui prit le nom de Colomb-Béchar. La constitution de groupes mobiles à action rayonnante dans les nouveaux postes de Colomb et de Forthassa permit de porter la ligne de protection à l’Ouest de la Zousfana et de supprimer progressivement les garnisons échelonnées dans toute la série des postes. Une action politique incessante s’exerçait en même temps sur les groupements de la frontière et amenait les Douï-Menia et les Ouled-Djerir à accepter notre juridiction. Les Beni-Guil se soumirent à leur tour et en 1904 un poste destiné à les protéger fut créé à Berguent, point d’eau situé dans l’Oued-Charef, à 4 kilomètres de Rasel-Ain. En 1905 et en 1906, des opérations de police, conduites avec autant de bonheur que d’activité, améliorèrent notablement la situation dans le Sud-Oranais. Le chemin de fer, poussé avec activité, atteignait Djenien-bou-Rezg en 1900, Beni-Ounif, à 4 kilomètres de Figuig, en 1903, Colomb-Béchar en 1905. Ainsi, depuis 1900, en l’espace de cinq ans, nous nous étions installés dans les oasis sahariennes, puis dans la Zousfana et la Saoura et en dernier lieu à l’Ouest du Béchar. Dans le même temps que le général Lyautey instaurait la paix française dans les confins algéro-marocains, le colonel Laperrine la faisait régner dans l’immense Sahara. La pénétration saharienne eut la même fortune que la pénétration marocaine : l’homme qu’il lui fallait ne lui fit pas défaut. De même que Lyautey avait adapté aux circonstances les doctrines de Bugeaud, Laperrine accommoda les méthodes de Lyautey aux nécessités sahariennes. La mobilité, recommandable dans le Sud- Oranais, est plus indispensable encore dans le vrai Sahara et s’y entend d’une façon plus absolue. L’occupation des oasis sahariennes s’était faite avec un grand appareil militaire : la conquête du Sahara central fut obtenue par une poignée d’hommes. Au printemps de 1902, le lieutenant Cottenest, envoyé à la poursuite d’un rezzou de Touaregs qui avait dévalisé quelques indigènes du Tidikelt, fut attaqué à Tit par 300 Touaregs, qu’il mit en fuite après leur avoir infligé de grosses pertes. Ces pertes avaient une singulière importance pour des guerriers dont le chiffre total ne dépassait pas I 200 hommes et le combat du Tit eut un grand retentissement dans tout le Sahara. L’attitude à la fois bienveillante et ferme de Laperrine fit le reste et amena la soumission des Hoggar, qui étaient jusque-là le groupe réputé le plus hostile à notre domination. Le 20 janvier 1904, l’amenokal Moussa-ag-Amastane vint à In-Salah faire sa soumission, s’engageant à rendre les pistes du pays si sûres qu’un esclave portant de l’or sur sa tête pourrait traverser le Hoggar en toute tranquillité. Ainsi, la question touareg, ouverte depuis quarante ans et pour laquelle tour à tour Duveyrier, Polignac, Flatters, Foureau et Lamy avaient préconisé les solutions les plus opposées, se trouvait, à la première tentative de Laperrine, conduite à son dénouement.
472Dans le Sahara occidental, les Touaregs Azdjer restèrent plus longtemps rebelles à notre influence et les résultats obtenus furent moins complets. Cependant la reconnaissance conduite à Djanet par le capitaine Touchard et les campagnes d’apprivoisement de Laperrine réussirent, malgré les difficultés suscitées par les agents ottomans de Rhat, à nous ramener une grande partie des tribus, dont le territoire fut parcouru en tous sens par nos Sahariens, appuyés sur les postes de Fort-Flatters (Temassinine) et Fort-Polignac. De ce côté, la limite de la zone d’influence française était déterminée par les conventions franco-anglaises du 14 juin 1898 et du 26 mars 1899 ; les oasis de Rhadamès et de Rhat étaient placées dans la zone tripolitaine et pénétraient dans notre territoire comme deux antennes gênantes, mais le tracé nous réservait la plupart des terrains de parcours des Azdjer avec les principaux points d’eau. En 1902, l’Italie, héritière éventuelle de la Tripolitaine, adhéra à l’arrangement franco-anglais. Pendant la guerre italo-turque, nous occupâmes Djanet sans difficultés, et nous étendîmes notre prise de possession jusqu’aux limites fixées par larrangement de 1899.
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De toutes parts, le Sahara et ses habitants étaient enserrés dans les mailles de notre réseau. Notre installation au Touat, succédant à notre entrée à Tombouctou, était bientôt suivie de l’occupation d’Agadès. Le 18 avril 1904, Laperrine, parti d’In-Salah avec un petit détachement de méharistes, rencontrait à Timiaouine, dans l’Adrar des Ifoghas, une reconnaissance venue de Bourem et rendait sensible, par cette jonction, la pacification du Sahara central. Une décision ministérielle du 7 juin 1905, suivie d’un arrange- CHEF TOUAREG ment du 20 juin 1909, traça la limite entre l’Algérie et le Soudan ; partant du Hoggar, elle aboutit d’une part à l’Atlantique au cap Noun, d’autre part à la frontière tripolitaine près de Rhat. Cette limite, bien entendu, n’est pas et ne saurait être une barrière ; de nombreuses jonctions furent réalisées entre les troupes soudanaises et algériennes, et de plus en plus fréquemment les officiers de deux territoires des Oasis et du Niger se réunirent pour l’étude des questions qui nécessitaient une entente. Avec de faibles escortes, des voyageurs et des savants purent se rendre sans être inquiétés d’Alger à Tombouctou. La question de la pénétration saharienne
1 ALGÉRO-MAROCAINS (1907-1910) une fois réglée, c’est vers les territoires beaucoup plus intéressants qui s’étendent à l’Ouest de l’Algérie qu’il nous fallait reporter nos regards. L’acte d’Algésiras du 7 avril 1906 avait d’ailleurs reconnu « la situation spéciale faite à la France au Maroc par la contiguité sur une vaste étendue de l’Algérie et de l’empire chérifien, et par les relations particulières qui en résultent entre les deux pays limitrophes. » Par ces dispositions, la portée des accords de IgoI et de 1902 se trouvait sensiblement accrue. L’Algérie pouvait en tirer une amélioration notable de sa position vers l’Ouest. Elle s’y employa avec succès de 1907 à I910.
474M. Jonnart estima que, pour y parvenir, l’unité d’action politique et militaire était indispensable et proposa de confier au général Lyautey le commandement de la division d’Oran, en même temps qu’il resterait à la tête du territoire d’Ain-Sefra. Toute une série de vexations et de mauvais procédés de la part des autorités chérifiennes rendirent nécessaire l’occupation d’Oudjda, qui fut effectuée le 29 mars 1907. Cette occupation ne donna pas les résultats qu’on aurait pu en attendre en raison des restrictions qui y furent apportées, la colonne expéditionnaire ayant reçu l’ordre de ne pas dépasser un rayon de ro kilomètres autour de la ville. M. Jonnart réclama en vain l’occupation de Cheraâ pour contenir les populations voisines. L’agitation croissante aboutit à une violation du territoire algérien dans la région du Kiss. Il fallut se décider à intervenir chez les Beni-Snassen ; l’opération, remarquablement conduite par le général Lyautey, aboutit en quelques semaines à la soumission de 30 000 Berbères.
L’affaire des Beni-Snassen était à peine terminée que, pour la première fois depuis 1903, la situation dans l’Extrême-Sud redevenait inquiétante. Au cours de l’année 1908, des harkas considérables, fanatisées par des marabouts, se rassemblèrent au Tafilelt et vinrent nous attaquer dans le Sud-Oranais ; la riposte à leurs agressions nous conduisit sur le Haut-Guir ; la harka fut repoussée près du ksar de Bou-Denib, où une garnison fut laissée ; le rer septembre, dans un blockhaus voisin du ksar, 75 hommes commandés par le lieutenant Vary se défendirent héroïquement pendant dix-huit heures contre les attaques furieuses de 20 000 Marocains. Quelques jours après, la colonne Alix mettait la harka en pleine déroute à Djorf et la poursuivait jusqu’à Toulal. Cette victoire arrêta le mouvement de guerre sainte qui avait précipité sur nous les Beraber et laissa aux indigènes une très vive impression de terreur et de découragement. Le sentiment de force irrésistible qu’avait donné aux Marocains la défaite des harkas de 1908 fut malheureusement un peu atténué par l’affaire d’Anoual, où une de nos reconnaissances subit le rer décembre un échec qui nous fut infligé par les Ait-bou-Chaouen.
L’effort militaire que ce soulèvement, succédant à celui des Beni-Snassen, avait rendu nécessaire, montrait que, sur toute la frontière algéro-marocaine, du Kiss au Guir, une grande vigilance était plus que jamais indispensable. D’autre part, la crise dynastique qui opposait au sultan Abd-el-Aziz son frère Moulay-Hafid ébranlait tout le Maroc. La question du Maroc se posait dans son entier et entrait dans une phase nouvelle. Le gouvernement décida de confier au général Lyautey la direction et la responsabilité de toute la zone algéromarocaine et le 19 mai 1908, il fut investi de la charge de haut-commissaire du gouvernement dans les confins. Quelques mois après, il adressait au président du Conseil un programme complet d’organisation, destiné à assurer d’une façon définitive la protection de la frontière algérienne, la sécurité de ses abords, l’innocuité des foyers d’agression voisins.
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La période qui va de la fin de 1908 au mois de mai I910 est une période d’attente. Elle fut d’ailleurs amplement mise à profit pour consolider les résultats acquis, apprivoiser les indigènes, les habituer à notre LE FORTIN DE BOU-DENIB contact, en faire sentir les avan- (d’après un document communiqué par l’Illustration). tages à ceux que nous avions sous la main, y préparer ceux qui ne nous connaissaient pas encore. C’est ainsi qu’entre la défaite des harkas et les opérations du printemps de I910, des zones nouvelles furent acquises sans coup férir à la sécurité et à la pacification. Dans le Nord, le commandant Féraud entrait en relation avec les populations du massif montagneux situé au Sud d’Oudjda. Le ksar d’Aïn-Chair se ralliait entièrement à notre cause. Les postes de Bou-Anan et de Bou-Denib rassuraient et apprivoisaient graduellement les ksours de l’Haïber et du Haut-Guir, rayonnaient sur les hammadas environnantes, y poursuivaient les djichs et les rezzous. Les populations les plus farouches prenaient confiance et entraient en relations avec nous. Au printemps de 1910, le Sud de l’amalat d’Oudjda et le Nord du Haut-Guir étaient gagnés à notre influence jusqu’au voisinage de la Moulouya.
476 TOUAREGS REVENANT AU CAMPEMENTUn nouveau pas en avant fut alors accompli ; les mouvements combinés de nos détachements de Bou-Denib, Colomb, Berguent et Oudjda mirent à la raison les tribus qui manifestaient encore des sentiments hostiles. Pendant que le général Alix et le colonel Strasser opéraient à l’Ouest d’Anoual, châtiaient les Ait-bou-Chaouen et les Ait-Hammou, le général Lyautey et le colonel Féraud, poursuivant l’application de l’accord de 1902, qui prévoyait l’établissement de marchés à El-Aïoun-Sidi- Mellouk et à Debdou, occupaient Taourirt, carrefour des routes conduisant à Debdou, à Melilla et d’autre part à Taza et à Fez. Le colonel Féraud entreprenait une série d’opérations en éventail dans la plaine de Tafrata ; le to juillet 1910, deux fractions de la tribu des Beni-bou-Yahii nous attaquaient au gué de Moul-
: LA SALUTATION AUX FEMMES (d’après le tableau de P.-E. Dubois).
el-Bacha, mais peu après elles venaient à résipiscence et payaient l’amende qui leur était imposée.
L’occupation de Taourirt nous permettait d’étendre sur la basse Moulouya, depuis la mer jusqu’à Guercif, la même surveillance que la colonne Alix et nos postes du Guir venaient d’exercer sur la moyenne Moulouya. Ainsi, la question des confins algéro-marocains s’était trouvée ramenée d’abord d’In-Salah à Figuig, puis de Figuig à Oudjda. Du Nord au Sud, l’Algérie se trouvait couverte par une zone acquise à la sécurité, grâce à l’action combinée de notre politique et de nos armes. Ces opérations consacraient la supério- MER MÉDITERRANÉE rité des méthodes inau- Mostegani gurées sept ans aupara- Oran vant ; il faut en rapporter l’honneur au général Lyautey et au gouverneur Chica 908 TemoucheniP Bel. Abbes Sidi- Saida Jonnart, qui s’était efforcé Moul-el-Bech Ain Tefo Bedeau de faciliter en toutes Sidi Abdallah Sebaghi Mesti PCrampel circonstances la tâche de Fès Guercif El Arich Taza® A Teniet Sas son collaborateur. gDebdoue Mecheria
E PROTECTORAT MA- M • A Ain ben Khelil ROCAIN (1912) 0 4 sante qui ruinait rapide- L’anarchie grandis- el Makhzen Kasba A IL Ain Sefro ment l’autorité du sultan /Djenien-bou-Rezg précipita au Maroc le 81909 EnArds io Hadjergt M’ Guil cours des événements. Le ; Ounif 27 avril I9ıI, Moulay- Hafid, assiégé dans Fès par les tribus en révolte, Hassi-el-Mir *Nameus adressait un appel à la Taghit France et demandait que nos troupes vinssent le • Postes avancés en 1904 - 1911 secourir dans sa capitale. Échelle de 1/5.000 000€ 150 Km La colonne expéditionnaire du général Moi- LA PACIFICATION DES CONFINS ALGÉRO-MAROCAINS nier, partie de Casablanca, arriva à Fès le 21 mai. Le 30 mars 1912, Moulay-Hafid signait le traité qui plaçait le Maroc sous notre protectorat et le 2 avril 1912, le général Lyautey était nommé résident général de France au Maroc ; il devait le rester jusqu’au II octobre 1925. Ainsi s’achève la constitution de notre nouvel empire colonial. La question tunisienne, la question saharienne, la question marocaine ont été successivement résolues. « De Cambon en Tunisie à Lyautey au Maroc, dit Emile Bourgeois, quel achèvement en trente ans de l’effort séculaire qu’Alger s’apprête à célébrer en 1930 ! » L’Algérie a joué un rôle considérable dans le développement et l’organisation de notre empire nord-africain. Elle a été la pépinière et l’école de cet admirable corps d’officiers des affaires indigènes qui seconda si efficacement l’effort de nos troupes. Elle a pris largement sa part de la conquête, de la pacification et de la colonisation du Maroc. C’est surtout dans les confins de l’Ouest que la colonie fut à la peine et à l’honneur. Sans elle, sans l’œuvre patiente accomplie pendant des années dans la région algéro-marocaine, l’établissement du protectorat français au Maroc n’eût pas été possible.
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Notes de l'édition originale
- p. 466 (I) Voir le texte de la convention franco-anglaise du 14 juin 1898 qui reconnaît à la France tous les territoires qui s’étendent du bassin du Congo au bassin du Niger et jusqu’à la Méditerranée, acte constituant notre vaste empire africain, dans G. HANOTAUX, Le Partage de l’Afrique : Fachoda, Flammarion, 1909.
Citer ce chapitre
Augustin Bernard, « L'Algérie de 1890 à 1914. La renaissance coloniale », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. II, L'Algérie, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1930, p. 421-478.
Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-2/algerie/l-algerie-de-1890-a-1914-la-renaissance-coloniale/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1100272k