Note de l'édition
Comment lire ce texte
Cette édition reproduit sans coupure les six volumes de l'Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, parus chez Plon de 1929 à 1934 sous la direction de Gabriel Hanotaux et d'Alfred Martineau. C'est une œuvre du domaine public, et c'est surtout un document : le monument que l'apogée coloniale française s'est élevé à elle-même.
Ce que ce livre est
Il paraît au moment exact où l'empire atteint son extension maximale et où la métropole s'apprête à le célébrer : le tome consacré à l'Algérie sort pour le centenaire de 1830, les tomes africains précèdent de peu l'Exposition coloniale de 1931. Les auteurs ne sont pas des observateurs distants : Gabriel Hanotaux a été ministre des Affaires étrangères pendant la course à l'Afrique, Alfred Martineau gouverneur de l'Inde française, Maurice Delafosse et Georges Hardy administrateurs, Robert de Caix l'un des architectes du mandat syrien. Ils écrivent l'histoire d'une entreprise à laquelle ils ont pris part.
Il en résulte un ouvrage d'une érudition réelle — archives, correspondances, relations de voyage, statistiques — et d'un parti pris entier. L'expansion y est décrite comme une œuvre de civilisation ; la conquête comme une pacification ; la résistance comme une anarchie à réduire.
Ce qu'il faut savoir en le lisant
Le vocabulaire est celui de son temps et il est violent : « indigène », « race », « barbarie », « peuplades », « soumission » y sont des catégories d'analyse. Les populations colonisées apparaissent le plus souvent comme objets de l'action française, rarement comme sujets de leur propre histoire. La violence de la conquête — razzias, enfumades, déportations, travail forcé, mortalité des chantiers et du portage — est tantôt mentionnée avec détachement, tantôt tue. L'esclavage aux Antilles et aux Mascareignes est traité comme un fait économique.
Rien de tout cela n'a été retouché ici. Corriger ce texte reviendrait à le rendre inutilisable : sa valeur documentaire tient précisément à ce qu'il dit, et à la manière dont il le dit. Un siècle d'historiographie — celle de Charles-André Julien, de Catherine Coquery-Vidrovitch, de Jean Suret-Canale, de Pierre Brocheux et Daniel Hémery, de Benjamin Stora, de Sylvie Thénault ou de l'école des subaltern studies — a depuis renversé la perspective. Ce site donne accès à la source, non au dernier état du savoir.
Le parti de cette édition
- Intégralité. Tout le texte des six volumes est présent : introductions, chapitres, conclusions, notes et légendes. Rien n'a été abrégé, écarté ou reformulé.
- Fidélité à la page. La pagination de l'édition originale est conservée dans la marge : chaque paragraphe est citable par son numéro de page imprimée.
- Restitution de l'appareil visuel. Les 1 766 gravures, portraits, cartes et planches ont été isolés des pages numérisées et rendus à leurs légendes d'origine.
- Signalement permanent. Un avertissement figure en tête de chaque chapitre. Il ne s'agit pas d'excuser le texte, mais d'empêcher qu'il soit lu comme un exposé courant de l'état des connaissances.
À qui ce site s'adresse
Aux étudiants et aux chercheurs qui ont besoin de la source et de ses index ; aux enseignants qui veulent faire travailler sur un discours colonial de première main ; aux descendants des colonisés comme des colons, qui y trouveront des noms, des lieux, des dates ; et à tout lecteur qui veut comprendre ce que la France a pensé d'elle-même lorsqu'elle gouvernait un cinquième des terres émergées.