Tome VI · Madagascar de 1906 à la période contemporaine
Madagascar de 1906 à la période contemporaine
MADAGASCAR
DE 1906
A LA PÉRIODE CONTEMPORAINE
PAR M. DELÉLÉE-DESLOGES ADMINISTRATEUR EN CHEF DES COLONIES
23245% E. de Greenwich 50° Gre Comore Moront Hes Glorieuses
CARTE POLITIQUE DE MADAGASCAR
O Mozambique Fombont Mohelf des Comores S Anjouan 33° le Mayotte Hellville 03 Nosy-Be Ambitabe SOLÉCO-SUAREZ %Ant sirana) Vohémar H - Ambahia 0, Mahanara MAntoratoro •Beą(anana Sa Antalaha MAJUNGA •Maroantsetra 0 Port-Berge Mandritsara I. Chesterfield ? Soalala Besalampy e printigue Ry (Joao de Nova) * t. S ! Christophe : Maevatanan Ang temena Soanierana ste Marie PAdi Fofotra Tambohoran §Kandreha Foulpointe Maintirano o Moratenaden dAribatondhazaka STAMATAVE Lelville 9 Bekopaky Miarinariva g TANANARIVE O e 1 Mioramang... Andenorante Brickaville andrivazo taratsiho a 1 Aho sibé Vatomandey → berato * Antsirabe Marg AtoFinandrahaha Ambositra Rahomena Nosy Varika 4h Mahasoa
CARTE POLITIQUE DE MADAGASCAR
- Baixo da Judia Andronopasy Mananjary (Bassas da India) Morombére jana thasinaka Manakara
i. Europa LÉGENDE Manombo Sakarahe Vondrozo Farafangana -.-. Limite de région @ Limite de province. TULEAR SE Augusti Benenitra angaindrano -Capricorne Ecopique du
Chef-lieu de région Chef-lieu de province. Fangobory : Betick •Midoagy du Sud Chef-lieu de district Autres villes. Beki Manantenina Ch ? de fer en en exploit° : ou en construction. Antanimora Chemin de fer projeté.
... Canal des Pangalanes • Route carrossable. 100 200 km. Ampalaza 87 Ambovombé FORT-DAUPHIN SO POIL LARD DELT 50°
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I. - AUGAGNEUR. - M. Augagneur. — Finances. Enseignement. — Travaux publics. - Chambre de commerce. Travail. — Œuvres sociales. II. — M. PICQUIÉ. - Administration. - Cultes. - Travaux publics. III. - M. GARBIT. — Intérim. — La V. V. S. - Administration. IV. - M. MERLIN. V. - M. SCHRAMECK. - Administration. - Travaux publics. Colonisation Forêts. - Œuvres sociales. VI. - M. GARBIT. — Situation économique. — Chambres de commerce. — Enseignement. Travaux publics. VII. - M. OLIVIER. — Son programme. - Travaux publics. Hygiène. Euvres sociales. — Finances. Domaines. Administration. — Smotig. VIII. - M. CAYLA. — Pacification des esprits. — Economie organisée. — Régionalisme.
234VAND, en 1905, Gallieni quitta Madagascar pour n’y plus revenir, il laissait derrière lui de telles réalisations que nombre d’entre elles ne devaient être que légèrement retouchées après une longue expérience ; certaines même n’ont pas encore subi les injures du temps. Les principes énoncés dès l’origine n’ont pas été transgressés ; dans l’essentiel, les chefs responsables, ont fait preuve d’une continuité de vues qu’on dit trop souvent nous manquer et qui leur fait le plus grand honneur.
Gallieni avait passé neuf ans à Madagascar ; triomphant de difficultés graves, il avait rétabli la paix, assuré la sécurité, édifié l’indispensable ; les services publics fonctionnaient normalement, le chemin de fer de Tananarive à la côte Est allait être ouvert aux usagers le rer janvier 1906, de Brickaviile à Moramanga ; l’ère de la conquête était bien définitivement close, la lente ascension vers la civilisation européenne avait commencé, le général pouvait passer la main : il donna sa démission le 18 octobre 1905. nommé gouverneur général le 3 novembre 1905. Pour succéder à Gallieni, on fit appel à M. Augagneur,
Aucun choix n’était plus justifié : en 1905, il importait, afin de donner satisfaction à l’opinion métropolitaine, de substituer aux méthodes sévères du régime militaire, les procédures plus souples, moins rigoureuses, du pouvoir civil, de rendre à la toge la prépondérance justement abandonnée à l’épée pendant le temps nécessaire pour asseoir la conquête. L’ère de la domination prenait fin, l’heure de la tutelle sonnait.
A ce stade de son existence, la colonie avait surtout besoin d’un chef versé dans les questions d’administration et M. Augagneur avait donné des preuves de sa compétence. Mais il possédait d’autres qualités éminentes. Ancien professeur à la Faculté de médecine de Lyon, ancien maire de cette ville, député du Rhône, ses interventions au Parlement et la maîtrise qu’il avait affirmée à la tête de l’administration municipale l’avaient porté au premier plan.
Rompu au maniement des affaires publiques, ardent et sincère, énergique et vigoureux, d’une vitalité débordante et nourrie d’idées, très bienveillant sous de
235rudes apparences, il avait la conception hardie, la réalisation rapide, des vues claires, le goût des situations nettes.
GNEMENTProcéder aux premières retouches, consolider d’abord tout en pratiquant une politique prévoyante, réduire les frais généraux en vue des développements à venir était besogne familière à l’ancien maire de Lyon ; on le verra exercer ses facultés dans toutes les branches de l’Administration et principalement dans les questions d’ordre social, d’enseignement et de travaux publics. Dès son arrivée, M. Augagneur étudia la situation financière, puis, estimant, avec raison qu’il n’est de bonne politique ni de bonne administration sans finances saines, il procéda à la révision générale des revenus et des charges. Qu’on ne s’attende pas toutefois à le voir poursuivre une politique parcimonieuse, il recherchera les économies, mais en réduisant les dépenses improductives pour consacrer le plus de ressources possible à l’équipement intérieur.
Travaillant d’abord à la refonte du budget local, et sentant la nécessité d’une solide armature, il corrigea à trois reprises différentes (1907-1908-1909) l’organisation et les méthodes. La gestion financière était confiée, à l’origine, à deux bureaux dépendant directement du Gouvernement général ; ils sont transformés en service spécial placé sous l’autorité du secrétaire général. Dans les provinces, des caisses d’avances, gérées par des agents de l’Administration, effectuent les recettes et assurent les payements. Enfin, le Gouverneur général obtient de substituer à l’insuffisant service des premières années une Direction des Finances et de la Comptabilité : en même temps le Secrétaire général, devenu ordonnateur du Budget, délègue une partie des crédits aux chefs de province, ordonnateurs secondaires ; enfin des paieries du Trésor ont remplacé les caisses d’avances. L’organisme moderne est debout ; dans l’avenir, il prendra une importance de plus en plus grande mais sa structure ne sera plus modifiée.
L’orientation à imprimer à l’enseignement, l’étendue à lui accorder posent des problèmes d’une gravité particulière en ce qu’ils intéressent toujours, par quelque côté, la politique indigène, le mouvement social, et même le développement économique. Le Gouverneur général était bien préparé à les aborder ; il en mesurait si exactement l’importance qu’il avait placé à la tête de la Direction de l’Enseignement, un professeur à la Faculté de Lyon, M. Renel, qui devait rester vingt ans à Madagascar où sa mort, survenue en 1926, donna lieu à d’émouvantes funérailles, la population malgache s’étant portée à son convoi en foule, émue et silencieuse.
MADAGASGAR DEPUIS GALLIENI
236 AUGAGNEURM. Augagneur supprima d’abord les circonscriptions scolaires que justifiait l’existence, au chef-lieu, d’une école normale. Des économies furent ainsi obtenues qu’on put consacrer à l’installation, à Tananarive, d’une seule école normale pour toute l’ile. Du même coup était réalisée l’unité d’enseignement, annulés les inconvénients graves venant de la formation, en ordre dispersé, de maîtres de valeur très variable d’une école à l’autre. Les bases d’un enseignement secondaire furent jetées en 1908 par l’institution d’un collège de garçons et en 1909 par un cours secondaire de jeunes filles. Concernant l’enseignement indigène, il devenait urgent de rassembler sous une même autorité des éléments épars restés jusque-là indépendants. Aussi, dès 1906, l’école professionnelle est-elle rattachée au service de l’enseignement ainsi que, au point de vue administratif, l’Ecole de médecine. En 1907 encore, vient la fusion de l’Ecole administrative et de l’Ecole normale de Tananarive en un seul établissement qui portera désormais le nom d’Ecole Le Myre de Vilers où seront formés instituteurs et fonctionnaires. Dès lors, on est maître de la doctrine, on est sûr du contrôle et la chaîne est forgée qui relie les différents degrés d’enseignement, de l’école primaire (Ier degré) à l’école régionale (2° degré) et de celle-ci à l’École Le Myre de Vilers (3° degré) et jusqu’à l’Ecole de médecine. C’est l’école unique : elle est ouverte à tous, l’élève ne passe d’un degré à l’autre qu’après examen probatoire. Mais, jusqu’à ce moment, les écoles officielles n’avaient pu essaimer, car un accord liait l’administration aux missions, dont un certain nombre étaient étrangères : là où existait une école confessionnelle, l’Administration s’était interdit de créer une école officielle. Il y avait bien réciprocité, mais comme les missions s’étaient installées à Madagascar bien avant la conquête, elles occupaient surtout les grosses agglomérations populeuses de l’Imerina, là où justement il était indiqué d’exercer en premier lieu notre influence par le développement de nos œuvres scolaires. M. Augagneur dénonça le contrat en même temps qu’il supprimait les subventions accordées aux établissements confessionnels et dont la répartition avait valu tant de déboires au général Gallieni.
Il restait à réglementer l’enseignement privé. Ce fut fait au mois de novembre 1906. Les chefs de missions cessent alors d’être considérés comme des sortes de directeurs de l’enseignement de leur association religieuse, les écoles pour enfants européens deviennent distinctes des écoles indigènes, non par ostracisme, mais parce que, pratiquement, il est impossible de faire suivre les mêmes cours aux enfants du même âge de l’une et de l’autre origine ; l’autorisation d’ouverture d’une école est désormais accordée non à une mission, mais à un individu, l’individu doit remplir des conditions d’âge, de moralité et de capacité précisées par le règlement, les mêmes pour tous les candidats ; aucun établissement scolaire enfin ne peut fonctionner dans un édifice consacré au culte et tous sont soumis à l’inspection des autorités administratives. C’est la liberté de l’enseignement, sous réserve d’observer la loi qui s’applique à tous, mais c’est aussi l’ordre, la réalisation d’un minimum d’unité administrative, une part de contrôle et de direction que l’autorité centrale, responsable de l’avenir du pays, avait le devoir de se réserver.
•RAVAUXRéglementation si naturelle et si logique qu’on est en droit de se demander comment elle a pu, à l’époque, sinon rencontrer des résistances, du moins provoquer des polémiques. Elle était si nécessaire, en tout cas, qu’elle demeure encore aujourd’hui tout entière. Mesurant le rôle de premier plan qu’était appelé à jouer le
PUBLICS Service des Travaux publics dans une colonie très vaste qui devait avant tout compter sur ses ressources agricoles, les développer, exporter ses produits, M. Augagneur, dès la fin de 1906, modifie la composition du service et révise son fonctionnement, puis, en 1907, le remanie complètement par un arrêté qui définit les attributions des agents techniques et le rôle des autorités administratives, crée les services régionaux, limite leur ressort territorial, pose les principes d’établissement du plan de campagne et règle l’emploi des crédits.
Déjà, il avait donné une organisation administrative et financière à l’exploitation du chemin de fer, décidé l’autonomie du Service des mines qu’il devait, après expérience, placer sous l’autorité du directeur des Travaux publics, ainsi qu’il avait déjà fait du Service des bâtiments civils. En 1909, enfin, il créa le Service des cartes et plans, devenu plus tard Service topographique.
Nous retrouvons ici la même méthode qu’en matière d’enseignement et la même tendance à compléter l’organisation existante tout en la corrigeant, à fixer les devoirs et responsabilités de chacun, à affermir la direction et assurer le contrôle. Centraliser dans la même main toutes les branches d’un service technique, uniformiser l’armature administrative, poursuivre, en un mot, l’unification du pays dans la mesure où le permet son évolution, telle paraît bien avoir été la pensée du chef.
238Mais le Gouverneur général ne s’absorbe pas dans cette besogne d’ailleurs constructive, les entreprises commencées suivent leur cours normal, d’autres sont amorcées.
PONT SUR LA MAMA ENTRE ANTSIRABÉ ET AMBORITALes travaux du chemin de fer sont activement poussés : la ligne primitivement conçue, de Brickaville à Tananarive, livrée par tronçons successifs, est ouverte entièrement à l’exploitation en 1909. Des études sont entamées et menées à bonne fin en vue de son prolongement jusqu’à Tamatave, encore que la déclaration d’utilité publique ne dût intervenir qu’en IgII, le service de la construction ayant été constitué dès janvier 1909. D’importantes artères sont ouvertes à la circulation : route de l’Ouest, entre Tananarive et Maevatanana (346 kilomètres) à laquelle on travaillait depuis de longues années, route du Sud entre Tananarive et Antsirabe, route de Tananarive à Miarinarivo. Cinq phares étaient équipés sur la côte ouest, le quai de Tamatave était construit, une vaste plaine, au sud de Mananjary, était aménagée en rizières, un très beau parc était créé à Tananarive transformant complètement l’un des quartiers les plus bourbeux et les plus malsains de la vieille ville.
Dans l’intérieur de l’ile, des pistes de plus en plus nombreuses relient entre elles les localités secondaires. Elles sont dues aux services provinciaux des prestations, issues des obligations des fokonolona et organisés pour la première fois en 1907, par un arrêté du 6 mars, qui préserve les assujettis de tout arbitraire en codifiant leurs obligations, en les limitant à la participation de la main-d’œuvre indigène, pour une durée fixée d’avance, aux travaux d’intérêt local, à l’exclusion des entreprises d’intérêt général ou d’intérêt privé. Réglementation si importante pour les collectivités malgaches qu’on peut la mettre au rang des œuvres sociales ; elle fut complétée, deux ans plus tard, par un acte autorisant le rachat des prestations et en prévoyant le taux et les modalités.
239 FEMME TANALA TISSANT UN LAMBA (MADAGASCAR)Enfin, les premières études du chemin de fer Tananarive-Antsirabe étaient commencées, on achevait celles de la ligne Moramanga-lac Alaotra dont M. Augagneur avait décidé la construction et fait entamer les travaux en 1910. Des chambres consultatives de commerce et d’in- • MERCE. TRAVAIL dustrie avaient été constituées sous le régime précédent, mais leur organisation appelait déjà des simplifications et il devenait inévitable de substituer l’électorat à la nomination comme aussi d’étendre, mais en même temps de limiter les attributions, d’édicter les règles du fonctionnement. Il y fut pourvu aux mois d’août 1906 et juin 1907 par des arrêtés desquels se dégage la volonté de construction systématique, le besoin d’ordre, d’unification qu’on trouve dans tous les actes de M. Augagneur. Est-il besoin d’ajouter que le Gouverneur général s’intéressait à l’avenir agricole du pays et s’appliqua, dans ce domaine encore, à codifier dès son arrivée, en créant le service de colonisation qui plaçait sous une même direction les services de l’agriculture, des forêts et vétérinaire, pourvu chacun de leur chef technique.
A Madagascar, les questions de main-d’œuvre ont toujours été au premier plan des préoccupations locales. Rien d’étonnant à cela : le pays est vaste, la population très clairsemée, les besoins croissants. En réalité, la main-d’œuvre ne manque pas encore, elle manquera probablement un jour ; mais, pour le moment, il en existe beaucoup d’inemployée, pour des causes diverses qui s’éliminent peu à peu. Quoi qu’il en soit, en 1906, les exploitations étaient déjà nombreuses, elles faisaient souvent appel à des ouvriers venus de loin, la question des travailleurs engagés avait donné beaucoup de tablature à Gallieni et exigeait une mise au point.
240 UN ANTALAOTRAM. Augagneur prépara un décret en vue du règlement des conflits peuvant sugir entre travailleurs malgaches et employeurs. Ecartant les juridictions de droit commun, ce décret confie la compétence en ces matières à des « Conseils d’arbitrage », assure ainsi la protection de l’indigène en même temps qu’il offre des garanties aux employeurs en cas de rupture de contrat. Signé le 22 octobre 1906 il est aussitôt suivi de la création de nombreux conseils, la pratique de l’arbitrage est introduite dans le pays et répond si bien aux besoins qu’elle y est demeurée sans changements notables jusqu’à l’heure présente. (22 octobre 1908) ’organisation rationnelle des A M. Augagneur remonte également municipalités. Les règlementations antérieures, spéciales à chacune d’elles, sont abrogées en vue de l’unification poursuivie avec persévérance dans tous les domaines, une charte commune les pourvoit d’une commission municipale dont les membres sont nommés par le Gouverneur général. Ce n’est qu’en 1913, cinq ans plus tard, que des communes nouvelles seront érigées dont on confiera l’administration à des conseils élus. Notons, en passant, qu’un décret du 9 avril 1908 rattacha au gouvernement général l’archipel des Comores et Mayotte, réglant ainsi une situation grosse de difficultés en suspens depuis de longues années et préparant la loi du 25 juillet 1912 qui déclarera possession française Anjouan, Mohéli, la Grande Comore et Mayotte définitivement incorporées à Madagascar. Si importantes que soient les réformes introduites dans l’administration de la colonie, les créations, les travaux entrepris, c’est surtout par les œuvres sociales que M. Augagneur aura marqué son empreinte. On peut, on doit ranger sous cette dénomination : le règlement sur les prestations ; il fait cesser les graves abus, l’espèce de servage que constituait la corvée, reçue en héritage de la monarchie hova, adoucie mais survivante sous une forme moins brutale tant que la loi n’en avait pas décidé ; le règlement sur l’arbitrage, arme mise aux mains des administrateurs pour obliger le travailleur indigène à remplir ses obligations mais aussi pour le protéger dans ses rapports avec le colon ou plutôt avec certains colons que des difficultés
sans nombre et l’âpre poursuite du succès ne portaient pas toujours à la bienveillance et à l’équité.
En tête de cette législation, dont tout l’avenir de Madagascar sera influencé, il faut placer le décret du 3 mars 1909, qui règle les conditions d’accession des indigènes aux droits de citoyen français.
Acte capital ; on sait que, devenus Français de par la loi d’annexion, les habitants de Madagascar ont conservé leur propre statut ; il leur est seul applicable en toute matière, état civil, notariat, successions, etc... C’est ainsi, par exemple, qu’ils ne sont pas justiciables, quand ils sont seuls en cause, des tribunaux français. Cette situation leur procure d’indéniables avantages en de nombreuses circonstances de la vie où le droit écrit de l’ancienne monarchie hova, le droit coutumier en bien des espèces, demeurent pour eux la règle, avantages évidents pour les tribus encore peu évoluées et, dans les villes mêmes, pour la foule ignorante des individus de petite condition.
Il n’en va pas tout à fait de même des gens que leur éducation a haussés jusqu’à nous, qui se sont signalés par leur loyalisme ou leurs services et qui mènent une existence comparable à la nôtre. Le décret de 1909 leur permet par l’accession aux droits de citoyen français d’acquérir un statut plus conforme à leur état.
La mesure n’a pas toujours été bien comprise par l’élément européen, mais chaque jour moins critiquée, elle est de celles qui nous attacheront le plus étroitement une population qui met sa fierté à se rapprocher de nous. Elle fait aussi office de régulateur, permet de contenir les impatiences, de choisir, et témoigne ainsi de la clairvoyance de son promoteur. Alors que notre présence constante au milieu de populations indigènes si aptes à l’évolution constitue à elle seule un levain, il eût été chimérique d’espérer qu’on pouvait maintenir indéfiniment à l’écart les meilleurs éléments, chimérique, dangereux et injuste, chimérique parce que, si le vent de l’esprit souffle où il veut, il souffle depuis vingt-cinq ans à peu près partout sur le globe et fort souvent, dangereux parce qu’on courrait le risque d’une désaffection rapide en repoussant en bloc tous les individus qui nous demandaient de les accueillir, injuste parce que c’eût été refuser au mérite sa légitime récompense, faire, en tout cas, bon marché de notre politique de collaboration, de nos principes de civilisation et c’est pour cela que c’était impossible.
Dans le discours qu’il prononçait, en octobre 1930, devant les délégations financières, M. le Gouverneur général Cayla définissait la situation nouvelle dans un raccourci saisissant :
Quant à la naturalisation en masse, disait-il, expression qu’on emploie d’ailleurs improprement à l’égard de populations qui sont déjà françaises, il faudrait bien mal connaître la Grande Ile et les
HISTOIRE DES COLONIES. T. VI.
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242indigènes de races diverses dont elle est peuplée pour ignorer que la plupart de ces derniers refuseraient, si on le leur offrait, un titre de citoyen dont ils se passent aisément en l’état actuel de leur évolution et dont l’octroi comporterait la fin d’un statut spécial qui, s’il leur impose des obligations, leur assure le respect des seules coutumes auxquelles ils tiennent essentiellement.
Il n’est de saine politique indigène que celle qui, renonçant à des assimilations hâtives et contraires à l’état des mœurs, écarte ce qui divise pour retenir seulement ce qui unit et qui fait ainsi produire tous ses effets utiles à l’association confiante des divers éléments de la population. L’assimilation n’est qu’une fin lointaine ; l’association est le plus sûr moyen de hâter le progrès d’une colonie ; elle seule tient compte de tous les droits et de toutes les coutumes respectables ; elle s’est imposée à tous ceux qui, dans l’histoire de la civilisation, apparaissent parmi les plus belles figures ; elle fut ici même la préoccupation constante du grand Gallieni.
Peuvent être également inscrits au chapitre des œuvres sociales de haute portée l’arrêté du 22 juin 1908 et le décret du 22 février 1909.
Ils apportent au « droit de répression par voie disciplinaire des infractions spéciales à l’indigénat » les premières atténuations en fixant à quinze jours de prison et 100 francs d’amende le maximum des peines applicables, en définissant exacte-
243ment les contraventions dont le nombre ira diminuant avec le temps, en instituant enfin plusieurs degrés d’appel.
Particulièrement importants sont également le décret du 9 mai 1909 et les arrêtés d’application qui l’ont suivi, l’ensemble composant un règlement sur la justice indigène qui présente l’originalité de donner pour la première fois une définition juridique grâce à laquelle pourront être fixées invariablement les compétences :
« Sont indigènes dans le sens du présent décret, et justiciables des juridictions indigènes, les individus originaires de Madagascar et Dépendances et autres possessions françaises, ne possédant pas la qualité de citoyen français ou une nationalité étrangère reconnue. »
Le décret institue les tribunaux du premier degré, ceux du deuxième degré, la Cour d’appel et, près d’elle, une Chambre d’homologation qui statue sur le bienfondé des jugements rendus en matière criminelle, il détermine leur compétence.
On se trouve ici en face d’un monument d’un tel équilibre qu’il n’a subi depuis aucun amendement, si ce n’est de détail ; mais, il faut le répéter, M. Augagneur ne s’est pas tant proposé d’innover que de rassembler et utiliser tout ce qui existait sous son prédécesseur.
A ce titre son administration méritait de retenir un peu longuement notre attention parce qu’on y reconnaît les prolongements d’une œuvre esquissée dès la première heure, l’épanouissement d’une ère nouvelle, celle de la collaboration, qui s’ouvrait à la fin de la période d’installation. Rien n’est plus injuste, on le voit, que d’opposer, comme on a tenté de le faire, les deux hommes l’un à l’autre. M. Augagneur n’imite pas servilement, mais n’est pas non plus un contempteur. Si l’un est bien le fondateur, l’autre demeurera, en même temps que le continuateur, le légiste qui traduisit en textes définitifs les conceptions du premier, y ajouta aussi, leur donna tout leur sens, établit, en quelque sorte, un corps de doctrine dont il assura l’application.
Rentré en France en juillet 1910, M. Augagneur décida de reprendre sa place au Parlement. Ce fut M. Picquié qu’on désigna pour lui succéder — un intérim de près d’un an étant rempli par M. Cor, gouverneur des colonies, lequel avait choisi pour chef de Cabinet un jeune rédacteur au ministère qui devait, vingt ans plus tard, devenir gouverneur général — M. Cayla.
M. Picquié était un tout autre homme que M. Augagneur. Ancien officier, tôt passé dans le corps de l’inspection, il connaissait nos possessions d’outre-mer pour avoir exercé ses fonctions de contrôle dans la plupart d’entre elles. Il y avait acquis une réputation de sévérité qui le précéda à Madagascar où il avait autrefois séjourné plusieurs mois. Devenu inspecteur général des colonies, il s’était vu confier l’intérim du gouvernement général de l’Indochine pendant une absence de M. Klobukowski quand il fut envoyé à Madagascar.
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II. — M. PICQUIÉ.
244Sans qu’on mît en cause la personnalité ni les talents du nouveau chef, mais en raison de son origine et de la formation particulière qu’elle comportait, sa nomination fut discutée dans les milieux coloniaux, comme l’ont été, en d’autres occasions, les nominations d’hommes politiques. La controverse instituée sur ce point reste ouverte, mais la sagesse commande de juger les hommes à leur œuvre.
Fonctionnaire avant tout et d’éducation tout administrative, M. Picquié devait faire preuve, à Madagascar, de compétence et d’expérience et s’y révéler administrateur sage, attentif et circonspect.
A DMINISTRATIONIl débarqua à Tamatave le 3I octobre I910. S’appliquant à maintenir l’impulsion donnée par son prédécesseur, à gérer la Grande Ile avec économie, M. Picquié apporta tous ses soins à des remaniements administratifs et à des réorganisations de services.
En matière de domaines, il faut citer un arrêté de IgII sur le régime de la propriété foncière dont le principal objet est de garantir les droits réels des propriétaires sur les immeubles préalablement immatriculés et de créer la conservation foncière.
Un autre décret de 1913 a fixé le régime forestier. Il eut son importance à l’époque, car il formait la première règlementation complète sur ce sujet. Aujourd’hui, il n’offre plus guère qu’un intérêt rétrospectif, ayant été complètement remanié depuis. CULTES A Madagascar, toutes les missions sont enseignantes. Elles assument, en conséquence, la direction morale d’une partie importante de la population scolaire et l’indolence native des Malgaches, l’indifférence avec laquelle ils passent d’une religion à une autre sans se soustraire complètement à l’ancestral paganisme, ne dispensaient pas l’autorité locale d’une intervention définitive. La situation, en effet, donnait à réfléchir à tous ceux qui, envisageant l’avenir, mesuraient l’influence que ne peut manquer d’avoir sur les destinées d’un pays, sa formation spirituelle, son développement intellectuel, son civisme enfin, les façons de penser, de sentir et de réagir qu’on inculque à la jeunesse.
245 MONSEIGNEUR CROUZETLe régime des cultes fut instauré par décret du Il mars 1913. S’inspirant de la législation métropolitaine, affirmant le droit souverain de l’Etat, il proclame et garantit la liberté des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public. Il soumet l’ouverture des édifices consacrés au culte à certaines conditions et à l’autorisation préalable, limite le nombre des églises et temples de même religion dans un périmètre donné, interdit les réunions publiques dans les dits édifices, règle les manifestations extérieures, définit les infractions et en prévoit la répression. Les assemblées constituées par les collectivités indigènes ne peuvent s’occuper que de questions concernant exclusivement l’exercice du culte, les écoles d’églises sont en conséquence fermées.
Ainsi était consolidée la tranquillité publique, complétée la législation de M. Augagneur sur l’enseignement privé, écarté tout prétexte aux querelles religieuses.
PUBLICSEn fait il ne s’est élevé depuis aucun conflit si ce n’est d’ordre intérieur, certains Malgaches n’ayant pas tardé, comme il fallait le craindre, à déclarer leur indépendance pour poser les bases d’une sorte d’église protestante malgache échappant à toute tutelle et préparant elle-même des candidats instituteurs qui, le plus souvent, sont en même temps pasteurs. En 1913, le 9 mars, fut définitivement ouverte au public jusqu’à Tamatave la voie ferrée Tananarive Côte Est. L’achèvement du chemin de fer marque une étape considérable dans le développement économique de la colonie. Déjà, les détracteurs les plus déterminés de l’entreprise, — car il y en eut et leurs critiques furent parfois très acerbes, — avaient bien été obligés de reconnaître, dès l’entrée en exploitation de la portion principale, que le général Gallieni avait vu juste ; tout le monde attendait avec impatience la fin des travaux du dernier tronçon qui n’avait guère moins soulevé de protestations contre M. Augagneur. Il suffit, pour apprécier la clairvoyance des deux hommes, de se rappeler qu’on leur avait d’abord reproché d’investir la plus grosse part des revenus de la colonie dans une entreprise qui pouvait attendre alors qu’il existait tant d’autres besoins plus urgents, mais plus encore de percer une voie ferrée à travers un pays très peu habité et sans ressources agricoles, oubliant ainsi que, le plus souvent, une grande voie de communications crée la richesse, il suffit, disons-nous, de constater que le tonnage transporté est passé de 27 350 tonnes en 1908 à 47700 en 191I - I12000 en 1916 - 233 000 en 1926 et à 321 393 tonnes en 1931. Peu avant l’inauguration du T. C. E. avait été promulguée la loi du 3I décembre 1912 autorisant la construction de la ligne Tananarive-Antsirabe. Les travaux furent aussitôt commencés et poursuivis par sections, jusqu’à terminaison. Bien 414 avant l’achèvement du T. C. E., on avait en effet tout naturellement songé 76 à pousser la voie au Sud (Radier d Ambassary). pour atteindre les plateaux fertiles d’Antsirabe et de Betafo et leur ouvrir un débouché vers la capitale et, conséquemment, vers la mer. Le T. C. E. portait en lui cet allongement comme sa construction devait contribuer à imposer le percement d’une autre ligne afin de doter le Betsileo et Fianarantsoa des meilleurs moyens d’évacuation vers un port de la Côte Est plus accessible que Tamatave à toute cette partie de l’ile. Cet ensemble — hélas trop retardé - devra entraîner fatalement dans l’avenir la fermeture de l’hiatus ainsi ouvert entre Fianarantsoa et Antsirabe.
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Plusieurs routes avaient été livrées à la circulation, notamment celles de Fianarantsoa à Antsirabe, puis à Mananjary et un tronçon de Mananjary à Ambositra, d’Antsirane (Diégo-Suarez) aux placers. En 1912 on avait construit à Tananarive la belle avenue Fallières qui conduit de la gare au quartier neuf d’Analakely et au parc d’Ambohijatovo où se dresse la statue du maréchal Gallieni, sans compter, cela va de soi, de nombreux bâtiments et autres travaux de moindre importance.
247 INTERIMConcernant l’administration proprement dite, M. Picquié s’est appliqué à réaliser progressivement le dessein de M. Augagneur en remettant de proche en proche aux autorités civiles les circonscriptions de l’ile qui se trouvaient encore sous le commandement militaire. Quand il rentrera en France, en octobre 1914, après avoir pris les premières mesures qu’entraînait la guerre, il laissera la colonie dans le calme le plus parfait et déjà suffisamment évoluée et assez prospère pour apporter à la Métropole un concours efficace. par intérim, les fonctions de Gouverneur général. Dès le départ de M. Picquié, M. Garbit fut désigné pour exercer,
M. Garbit connaissait depuis longtemps Madagascar. Ancien élève de l’Ecole polytechnique, officier d’artillerie, il y avait servi alors qu’il était lieutenant, puis y était revenu en qualité de chef du cabinet militaire de M. Augagneur, avec le grade de commandant. Nommé plus tard secrétaire général, il avait occupé, de 1909 à 1912, les fonctions de directeur des Finances qu’il reprit en 1913 et 1914, étant alors gouverneur des colonies.
Il possédait donc une formation militaire, mais avait eu l’occasion d’acquérir de larges connaissances administratives et financières qui devaient lui être d’un grand secours pendant sa carrière et spécialement pendant la durée de la guerre.
Il n’est pas besoin de dire, en effet, que toutes les pensées sont à cette époque tournées vers la France et que, tout au long de mois si douloureux qu’ils paraissent interminables, les efforts convergent vers un seul but : prêter à la Mère Patrie une assistance effective. C est alors vraiment que les méthodes colonisatrices françaises et la politique bienveillante suivie depuis l’occupation porteront tous leurs fruits. Les indigènes, à quelque région qu’ils appartiennent, embrassent l’étendue de leurs obligations envers un pays auquel ils doivent une liberté individuelle qu’ils n’avaient jamais connue, la paix et la sécurité, l’instruction et l’hygiène, qui a doté leur île d’un outillage économique déjà puissant et, en quelques années l’a portée à un degré de prospérité qu’ils ne soupçonnaient pas. Et c’est dans l’enthousiasme que, derniers venus de la famille française, ils demandent à partir pour 1 Europe. La sélection est sévère, les médecins des conseils de révision devront écarter bien des postulants, mais finalement c’est plus de 10o 0o0 engagés volontaires, travailleurs militarisés ou combattants, que cette jeune colonie enverra en France au cours de la guerre mondiale, et plus de 5 millions de francs qu’elle recueillera lors des souscriptions nationales.
III. — M. GARBIT
248En même temps, Madagascar coopère au ravitaillement en expédiant à Marseille, malgré l’activité des sous-marins ennemis, des bateaux chargés de conserves et viandes frigorifiées, de cuirs, de ricin, de graphite si précieux pour les fabrications de guerre, de riz, etc., etc., et jusqu’à des centaines de milliers de grands sacs tressés par les femmes à l’aide de joncs ; tel district de l’extrême Sud, c’est-à-dire de la région la moins développée, en fournissait à un certain moment, jusqu’à 40 000 par mois.
LAV. V. S.Il semble qu’on soit en droit de se demander, après ce qu’on vient de lire sur l’état des esprits dans toute la colonie, comment un mouvement hostile à l’influence française put alors se développer. Cette contradiction n’est qu’apparente, car il est remarquable que ce mouvement n’a jamais affecté les masses profondes de la population et qu’il a pris naissance dans ce qu’on est bien obligé, tout étant relatif, d’appeler une élite, c’est-à-dire les jeunes gens qui commençaient de recevoir une instruction assez développée et se croyaient appelés à jouer un rôle. Pas davantage, il ne s’est étendu ; il n’a guère dépassé les limites de l’Imerina ou l’enceinte des villes de Tananarive et Fianarantsoa. L’appellation V. V. S. contient la première lettre de chacun des trois mots Vy (fer), Vato (pierre), Sakelika (ramification) et désigne une société politique secrète qui dut se former vers 1913 et fut découverte à la fin de 1915. Son but était de restaurer par la force la domination malgache, nécessairement hova. Les promoteurs étaient cinq étudiants en médecine. Ils avaient, pour assurer le secret, ingénieusement divisé la société en groupes ou sections qui ne devaient jamais compter plus de vingt membres. Ces groupes disposaient chacun d’une sorte d’autonomie se connaissaient à peine, ne coml’exclusion de tout écrit. muniquaient entre eux que par l’intermédiaire des trésoriers et verbalement, à
Tous les principaux chefs ne furent pas découverts, le chef suprême qui devait se révéler à l’heure de l’action, ne fut jamais connu.
La propagande avait été active en 1915 ; elle visait surtout à recruter des affiliés parmi les tirailleurs et les hommes de la garde indigène, sans doute pour procurer aux conjurés des armes et munitions qui leur manquaient totalement. Elle fut en vérité médiocrement efficace ; un indigène d’Ambalavao qu’on cherchait à attirer alla prendre conseil d’un Père de la Mission catholique qui en informa le chef de la province de Fianarantsoa. On découvrit très vite les membres du comité et l’un des principaux meneurs, faisant des aveux complets, donna les noms de nombreux complices. Trois cent vingt furent déférés au tribunal du deuxième degré de Tananarive et condamnés à des peines diverses allant de la mise en résidence fixe à l’internement pour le plus grand nombre, aux travaux forcés à temps ou à perpétuité pour trente-quatre des accusés. Tous furent, par la suite, grâciés et libérés et l’on peut dire que, dans l’ensemble, la colonie ne fut pas gravement troublée par cet événement qu’on oublia bientôt.
249
Il avait toutefois donné à penser aux Pouvoirs publics, il ne pouvait manquer de provoquer certaines mesures et des redressements que nous constaterons, en matière d’instruction publique surtout.
FIANARANTSOA. PORTE DU ROVA (D’après Catat : Voyage à Madagascar).
250A DMINISTRATION
EN ÉMYRNE. ROUTE DE L’IKOPA, PLATE-FORME DU CHEMIN DE FERL’affaire liquidée, le Gouverneur général donne d’abord des instructions en vue de réduire autant que possible l’enseignement théorique et de faire la part plus large à l’enseignement pratique, puis codifie ces instructions dans un arrêté qui spécifie que l’instruction générale des indigènes candidats aux fonctions publiques sera complètement donnée dans les écoles régionales ; l’Ecole Le Myre de Vilers devient dès lors un établissement d’instruction professionnelle et le séjour à Tananarive des jeunes élèves originaires des régions côtières se trouve ainsi réduit au minimum. Les programmes enfin sont détaillés ainsi que les conditions dans lesquelles devra s’exercer l’inspection afin de renforcer l’influence morale des fonctionnaires français sur la population scolaire. Un arrêté du 19 janvier 1916 soumit toute réunion d’indigènes à l’autorisation préalable et au contrôle du (Gallieni : Neu/ ans à Madagascar). chef de province, interdit aux fonctionnaires de faire partie de sociétés ou associations sans l’agrément du Gouverneur général.
Cependant les entreprises entamées ne sont pas suspendues ; la ligne Mangoro-Alaotra qui s’embranche sur le T. C. E. à Moramanga, est ouverte à la circulation d’abord jusqu’à Amboasary (63 kilomètres) le 22 janvier, ensuite jusqu’à Andaingo (83 kilomètres) le 23 avril.
L’achèvement de cette entreprise devait donner un regain d’activité aux affaires, au moins dans cette contrée et dans celle de Tananarive-Moramanga ; il importait donc d’en finir dans les moindres délais, d’autant plus que la colonisation était alors sévèrement atteinte par l’état de guerre et sa situation assez sérieuse pour qu’il fût devenu nécessaire d’opérer sur la caisse de réserve des prélèvements destinés à fournir des avances aux colons jusqu’à concurrence de 20 000 francs, soit, en calculant sur les prix or mondiaux actuellement établis, 125 à 130 000 francs de notre monnaie.
251Il ne faudrait donc pas croire que les soucis de l’heure avaient aboli toute activité dans la colonie. On continuait l’exécution du réseau routier, 16 kilomètres du chemin de fer Tananarive-Antsirabe étaient livrés à l’exploitation, le quartier le plus malpropre de la capitale (Ambohidahy « le village des hommes », par antiphrase sans doute, car il était bien tout le contraire) devient, après aménagement, l’un des plus coquets de la ville ; sous l’une des branches du mont en Y qui supporte Tananarive un tunnel est percé afin de mettre en communication directe le nouveau quartier et celui de la gare ; les eaux thermales d’Antsirabe, où l’on construit un grand hôtel, sont aménagées.
On conçoit pourtant que durant ces années de la tourmente, le Gouverneur général consacrât ses meilleurs soins au maintien de la sécurité intérieure (elle ne fut jamais un instant compromise, mais on ne fait qu’après coup de telles constatations) et que sa tâche fut principalement d’administration. Aussi trouveraiton les manifestations de son activité en de nombreuses mesures de détail qu’il est inutile de rapporter, parce que leur nature même les rend peu propres à figurer utilement dans le tableau des progrès accomplis par Madagascar au cours des trente-sept dernières années de son histoire.
Une mesure très intéressante sous son apparence insignifiante, fut l’introduction à Madagascar, par décret du 17 septembre 1914, du billet de banque, sous la forme de coupures de 5, Io et 20 francs. La date tardive de la promulgation, mars 1917, témoigne des doutes qu’on avait sur l’accueil réservé à cette innovation. Dire que le papier à vignette fut accepté d’emblée serait beaucoup dire et farder sans doute un peu la vérité ; il y eut de la répugnance, de la crainte, mais enfin l’habitude fut prise bien plus facilement qu’on ne pensait ; si l’on va au fond des choses et qu’on y réfléchisse, on s’aperçoit que pareille nouveauté aurait rencontré en Europe des résistances probablement plus difficiles à vaincre. Et qui sait l’attrait qu’exerça la pièce d’argent sur les Malgaches, le soin avec lequel il la vérifiait, comment il la cachait, à quel point il pouvait ignorer ce que représente non seulement un billet de banque mais encore même une banque, celui-là reconnaîtra que l’opération du point de vue de la civilisation, fut un assez beau succès et du point de vue de notre influence morale un succès marqué.
252M. Garbit était officier d’artillerie. En 1917, il fut mobilisé à sa demande et se rendit aux armées. Il s’embarqua au mois de juin et fut remplacé par M. Merlin, qui venait de l’Afrique Equatoriale française et devait, un an après exactement, quitter Madagascar pour prendre le gouvernement général de l’Afrique Occidentale.
M. Merlin ne disposa pas du temps matériel qu’il eût fallu consacrer à un inventaire préalable pour résoudre certains problèmes d’organisation et préparer les solutions de l’avenir. Aussi bien aura-t-on déjà retenu que l’époque n’était pas favorable aux projets de grande envergure et que la tendance, depuis M. Picquié, était au maintien du statu quo, sous réserve d’améliorations partielles et de redressements urgents commandés par des événements locaux.
Toutefois M. Merlin n’ayant pas à faire son apprentissage de gouverneur général, complète, à peine arrivé, les dispositions prises par son prédécesseur :
En matière économique : en substituant au Comité installé le Io novembre 1916 un « Comité consultatif permanent des études économiques » et en regroupant au début de 1918 les chambres de commerce dont il fixa le ressort territorial et les attributions ;
En matière d’administration : en constituant le 4 juin 1918 une inspection mobile des services provinciaux.
Les travaux publics ne sont pas négligés. La route d’Ambalavao vers Ihosy est commencée, celle d’Antsirabe est prolongée de Betafo vers l’Ouest, un premier projet de port pour la ville de Tamatave est envoyé au Département et quand M. Merlin part pour Dakar, les services fonctionnent normalement, l’ordre, le calme et la confiance règnent dans la colonie, avec tout ce que la guerre qui se prolonge en Europe comporte de tristesses et d’inquiétudes, mais aussi d’espérances pour tous les habitants de la Grande Ile, Européens et indigènes.
253Avec M. Schrameck, délégué dans les fonctions de Gouverneur général et débarqué à Tamatave le 25 juillet 1918, un esprit nouveau se reforme, dans le sens de l’idéal humanitaire déjà formulé par Gallieni, et continué par Augagneur.
M. Schrameck avait occupé en France des postes très en vue, notamment celui de directeur au ministère de l’Intérieur ; il était préfet des Bouches-du-Rhône quand on lui demanda de venir à Tananarive. En tout lieu, il s’était imposé ; à Marseille, il avait su gagner la sympathie et le respect d’une population que le plaisir qu’elle prend à se railler elle-même, son humeur incisive et la vivacité de son tempérament ne portent pas à l’admiration.
Homme d’action, M. Schrameck ne comptait naturellement pas que des amis, mais armé d’une compétence fortifiée par l’expérience, cultivé, calme et froid, il savait ce qu’il voulait et, sa décision prise, allait droit au but, tirant son autorité d’une volonté réfléchie, de l’étude des faits et de la connaissance des hommes. Il pratiquait le respect de la dignité humaine au point de s’interdire la moindre familiarité, de crainte de blesser le plus humble indigène, fût-il domestique. Aussi, et bien que son séjour à Madagascar ait peu duré, aura-t-il laissé sur la politique locale une empreinte assez profonde.
A DMINISTRATIONM. Schrameck ne prenait pas le pouvoir à une époque heureuse, l’avenir était encore assombri d’inquiétudes ; mais il n’eût jugé ni raisonnable ni courageux de se contenter d’un pis aller en expédiant simplement les affaires. Il voulut que la route fût déblayée pour les réalisations futures, les siennes ou celles de ses successeurs. Car il pensait déjà à l’après-guerre, et son esprit était tourné vers les problèmes économiques ; il prévoyait qu’après un pareil chaos, ils seraient difficiles à résoudre et tenait à en dégager les données pour préparer leur solution. enquêtes minutieuses qu’il se proposait de mener à bien en C’est pourquoi il voulut tout de suite procéder à des recourant à une vaste consultation des personnalités les plus représentatives du pays.
Une conférence économique fut organisée à Tananarive à laquelle prirent part cinq membres des syndicats et comités (chargeurs, producteurs de graphite, agriculteurs) à côté de trente-trois représentants envoyés par les Chambres consultatives et comices des provinces, au total trente-huit délégués répartis en onze commissions où siégèrent également les chefs des services centraux. Le Gouverneur général ouvrit les travaux le 15 janvier 1919 ; ils se poursuivirent sans interruption jusqu’à la fin du mois. De nombreuses questions furent discutées parmi lesquelles il convient de citer la création, en France, d’une agence économique, service de propagande et de renseignements chargé de recueillir toutes informations relatives au commerce, à l’industrie et à l’agriculture, de représenter Madagascar aux foires et conférences, d’organiser des expositions, etc. Cet organisme fonctionne aujourd’hui à Paris : La création d’une banque d’émission à laquelle on voulait donner le nom de Banque de l’Afrique Orientale, qui a été instituée depuis et s’appelle Banque de Madagascar ; Un projet très vaste de grands travaux, comprenant notamment les chemins de fer du Betsileo vers Manan- LE TRAVAIL AU SLINCE MALGACHE POUR L’EXTRACTION DE L’OR jary — de Fianarantsoa à Antsirabe — de Majunga et Diégo-Suarez au lac Alaotra, les ports de Majunga, Mananjary et Tamatave, plus divers appontements, un grand hôpital moderne à Tananarive et dans plusieurs provinces ;
V. - M. SCHRAMECK.
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Le problème de la main-d’œuvre ; La création de lots de colonisation, et, parallèlement, de réserves indigènes ; Un projet de décret sur les mines. Enfin, pour la première fois, un vœu fut émis en faveur de la création de délégations provinciales ayant mission d’examiner les budgets et les plans de campagne de travaux, et de la réorganisation du Conseil d’administration où l’on souhaitait voir entrer des délégués élus.
La conférence économique, on le voit, marque une date dans l’histoire de Madagascar. On peut dire qu’en l’engageant dans cette voie le Gouverneur général faisait accomplir à la colonie un pas décisif vers la modernisation des institutions locales. Ce serait, d’autre part, une erreur de croire que M. Schrameck attendait patiemment les suggestions de l’extérieur, se réservant de les passer au crible des commissions et des bureaux avant de les peser dans le recueillement du Cabinet et de prendre ses décisions. Personne, au contraire, ne fut moins sédentaire ; il resta peu de temps en fonctions, mais effectua dans plus de quinze provinces de la colonie de nombreux déplacements en sorte qu’il tenait de lui-même ses meilleures raisons d’agir.
255 TRAVAUX PUBLICS. FORÊTSEtant donné ce qu’on sait de M. Schrameck, il va sans dire que la conférence ne devait pas être une manifestation platonique et que ses dossiers ne furent pas oubliés dans les bureaux : on se mit tout de suite au travail pour transformer en projets les suggestions retenues par le Gouverneur général. il est en plein développement, en pleine vie, il a besoin A cette époque, le chemin de fer a fait ses preuves, d’un peu d’aisance et, par conséquent, d’une trésorerie pour régulariser et faciliter son administration. M. Schrameck constitue un fonds de roulement et un fonds de réserve spéciaux pour l’exploitation.
Dans le même temps, une commission est chargée d’étudier le tracé d’une voie ferrée qui devrait relier Majunga et les plaines alluvionnaires de la Mahajamba au lac Alaotra par la vallée de la Sofia.
Avant son départ, M. Schrameck formera encore deux missions chargées de reconnaître les voies de pénétration des régions de Tuléar d’une part, de Farafangana d’autre part, vers les Hauts Plateaux.
Même quand les exploitations agricoles sont florissantes, leur situation reste, par un côté, précaire en pays tropical, les caprices de la nature y étant plus soudains et plus dangereux que sous les climats tempérés. Aussi la colonisation n’a-t-elle cessé de réclamer une protection et l’organisation d’œuvres capables de lui venir en aide, car laissés à eux-mêmes, les planteurs succomberaient trop souvent sous les coups de cataclysmes qui, la plupart du temps, ne se contentent pas de causer des dégâts mais détruisent intégralement. C’est pourquoi le Gouverneur général promulgua la loi de 1894 sur les sociétés de crédit agricole.
D’autre part l’outillage économique, après de si longues années de guerre, ne répondait plus aux besoins et les ressources ordinaires ne permettaient pas de le compléter assez rapidement. M. Schrameck tint à présenter au Département un projet d’emprunt issu de la conférence économique de janvier 1919 et qui devançait de dix ans, sur la plupart des points, le programme de 1931.
CIALESLes décrets pour réglementer l’exploitation des forêts malgaches accordaient une importance particulière à la protection des peuplements, protection rendue nécessaire par les très fréquents incendies de forêts dus à l’insouciance invincible des indigènes incapables de surveiller les feux qu’ils sont obligés d’allumer chaque année, à la fin de la saison sèche, pour renouveler les pâturages. Mais il existait encore une autre cause de destruction, c’est la mauvaise exploitation des bois par des concessionnaires trop souvent mal préparés à la conduire. M. Schrameck voulut que la colonie donnât l’exemple ; il profita donc de ce que le chemin de fer de Tananarive à la côte Est consommait une très grosse quantité de bois de chauffage pour organiser à Analamazaotra, non loin de la gare de Perinet, l’exploitation en régie. Cette méthode a fourni des résultats remarquables au point de vue rendement et démontré, par surcroît, non seulement que l’exploitation rationnelle conforme aux règles établies par les officiers et strictement respectées par les agents du service forestier donne d’importants bénéfices, mais que la méthode assure à la fois la conservation des beaux peuplements et mieux encore le développement et la multiplication des plus belles essences. En 1919, le Gouverneur général avait préparé un décret qui ne devait être signé qu’en janvier 1920 et qui revêt une grande importance du fait qu’il a été pendant longtemps l’arme la mieux appropriée à la lutte contre la propagande de l’alcoolisme chez les indigènes. Lutte particulièrement difficile, on s’en doute, car elle atteint des intérêts puissamment défendus. Ce décret ne pouvait faire autrement que de fixer les licences applicables au commerce des boissons, mais, là est son mérite, il est beaucoup moins fiscal que social : il a pour but principal de rendre plus efficace la surveillance des débits, d’en limiter le nombre en proportion du chiffre de la population, de supprimer ceux qui sont en surnombre.
256
Consignons ici une mesure qui ne paraît pas d’abord avoir plus d’importance qu’une simple prescription administrative. M. Schrameck avait constaté qu’à toute occasion, en tout lieu et pour les motifs les plus divers, il était procédé à des enquêtes, organisé des souscriptions et loteries, lancé des appels de fonds auxquels les indigènes ne pouvaient que difficilement se soustraire. Le Gouverneur général se rendant compte que l’absence de règlement à ce sujet avait favorisé, en plus d’un cas, l’exploitation d’une population en général assez pauvre, permis en tout cas bien des abus, mit fin à ces pratiques en publiant, le 5 juillet 1919 un arrêté les interdisant formellement sauf autorisation spéciale du gouvernement général.
257Le secrétariat général de Madagascar depuis longtemps supprimé ayant été rétabli en septembre 1918, les fonctions de secrétaire général furent confiées à M. Guyon, gouverneur des colonies, qui avait rempli autrefois auprès de Gallieni le poste de chef de Cabinet.
Le 6 août suivant, un arrêté rétablissant le directeur des Finances dans sa qualité d’ordonnateur du budget local, les services financiers étaient désormais constitués dans la forme qu’ils ont encore aujourd’hui.
M. Schrameck allait partir pour la France, 12 juillet 1919. — Il laissait à son intérimaire, M. le gouverneur Guyon, le soin de faire procéder aux premières études du prolongement de la route de l’Ouest, entre Maevatanana et Majunga.
Pendant son intérim qui dura près d’un an, M. Guyon eut la charge de réunir, au mois de septembre 1919, une commission chargée d’entreprendre la réorganisation administrative et judiciaire.
Les travaux furent clos après deux séances plénières, le 24 septembre, et furent ensuite sanctionnés par l’élaboration d’un projet détaillé supprimant les provinces et portant le nombre des districts à soixante-quatorze répartis en dix régions. La réforme ne devait passer dans la pratique qu’en 1925 et, après des retouches et une mise au point qui durèrent plusieurs années, prendre sa forme définitive en 1932.
SITUATION ECO- NOMIQUEAprès le départ de M. Schrameck, on s’attendait à ce que M. Augagneur revint à Madagascar et lui succédât. Ce fut M. Garbit qui l’emporta : M. Augagneur allant à Brazzaville (A. E. F.). M. Garbit débarqua à Majunga le 20 juin 1920. des Affaires économiques. M. Garbit la complète d’abord Il existait alors au gouvernement général une direction par l’institution d’un office économique. Mais cet office ne faisait que devancer une autre institution, car M. Garbit, pénétré de la nécessité d’une collaboration de plus
HISTOIRE DES COLONIES. T. VI
VI. - M. GARBIT.
258en plus étroite entre la colonisation et l’administration, devait s’avancer davantage encore dans la voie des consultations ouverte par M. Schrameck. Il avait décidé, répondant à un vœu exprimé par les Chambres de commerce dès 1914, de réunir un Congrès à Tananarive pour y procéder à l’étude de toutes les grandes questions réclamant un examen approfondi au moment où Madagascar se préparait, la guerre finie, à reprendre sa marche en avant.
JEUNE FILLE BETSILEOCe congrès fut tenu à la fin de l’année. Les travaux portèrent principalement sur : Les liens à établir avec les organes économiques de la Métropole et de l’étranger, le programme des grands travaux à exécuter sur fonds d’emprunt ; le problème de la main-d’œuvre ; les transports maritimes et les voies de communication ; lalutte contre l’alcoolisme ; Et enfin sur deux questions déjà étudiées par la commission de 1919 : la décentralisation par le régionalisme ; l’institution de conférences consultatives.
Ce congrès représentait la seconde tentative d’organisation rationnelle et moderne ; dès cette époque les délégations économiques et financières, constituées à l’image des délégations algériennes, étaient en train de prendre corps.
L’expérience suivante eut lieu en septembre 1921 ; l’Assemblée fut une deuxième fois réunie pour faire le bilan des travaux accomplis depuis la précédente session et examiner le projet de délégations définitives. Peu après, la standardisation des produits naturels fut mise à l’étude, bientôt suivie de décisions ayant pour but de réglementer rigoureusement la préparation et la circulation de ces produits. C’est en 1924 seulement, le 7 mai, que sera signé le décret préparé et présenté par M. Garbit afin de transformer les délégations provisoires en délégations définitives où siégeront dorénavant quatre membres du Conseil d’administration de la colonie, douze délégués élus par les Chambres de commerce, douze représentants élus des municipa-
259lités et vingt-quatre délégués élus par les indigènes. Quant au fonctionnement, les délégations économiques et financières forment deux groupes, la section européenne et la section malgache travaillant séparément jusqu’à la séance plénière. L’Assemblée peut être consultée sur toutes questions d’ordre économique et financier ; elle a la faculté d’émettre des vœux touchant le même domaine, elle examine le budget local, les projets d’emprunt, le plan de campagne des Travaux publics, le compte définitif de l’exercice écoulé.
HAMBRES DE COMMERCEJusqu’à présent, cette organisation n’a été retouchée qu’en ce qui concerne les ressorts électoraux. miers temps de l’occupation, mais c’est en 1902 qu’elles L’origine des Chambres de commerce remonte aux preavaient pris leur vrai caractère. Il fut alors créé au chef-lieu de toutes les provinces comptant au moins huit planteurs ou éleveurs français, un comice agricole ; — à Tananarive une chambre d’agriculture tenant une session annuelle de vingt jours et composée des présidents de chaque comice et de six membres élus par eux ; — au chef-lieu de chaque circonscription comptant au moins dix commerçants ou industriels, une Chambre consultative de commerce et d’industrie dont les membres sont nommés par le Gouverneur général.
M. Augagneur avait établi en 1907 le régime de l’électorat pour les Chambres de commerce, fixé les modalités de l’élection, les conditions d’éligibilité, et réglementé le fonctionnement de ces compagnies.
A son tour, M. Picquié avait réorganisé, sur des bases analogues, la Chambre d’agriculture et les comices et c’est M. Merlin qui, au mois de juin 1918, avait opéré la fusion des deux organismes, en supprimant les comices pour instituer les « Chambres consultatives de commerce, d’industrie et d’agriculture » qui tenaient chaque année un congrès, désignant un bureau chargé d’étudier les vœux des Chambres consultatives et toutes questions à lui soumises par le chef de la colonie.
En 1919, un décret du 12 juin stipule que les Chambres consultatives pourront être transformées en Chambre de plein exercice, établissements publics jouissant de la personnalité civile ; en 1920, un arrêté complète l’organisation en ouvrant l’accès de chaque Chambre à deux indigènes nommés par le Gouverneur général.
A ce moment les Chambres de commerce atteignent leur plein développement et sont constituées en assemblées modernes. Leur fonctionnement intérieur seul sera désormais l’objet de remaniements nécessités par l’extension des affaires et l’importance croissante des intérêts à protéger.
MADAGASCAR DEPUIS GALLIENI
260Pendant près de dix ans elles seront soumises à la réglementation contenue dans l’arrêté signé le 3 mai 1922 par M. Garbit, qui fixe les conditions d’éligibilité et confère l’électorat aux femmes comme aux hommes, pourvu qu’ils soient âgés de vingt et un ans et patentés.
Quant aux attributions, elles se sont progressivement étendues ; les chambres sont chargées de désigner les membres européens des conseils d’arbitrage, de fournir au Gouverneur général tous renseignements sur les questions industrielles, commerciales et agricoles et spécialement sur les règlements relatifs aux usages commerciaux, de formuler leurs avis et observations sur les plans de campagne des travaux publics.
Elles peuvent fonder et administrer des magasins généraux, entrepôts, bourses, etc, être déclarées concessionnaires de travaux publics, percevoir des centimes additionnels sur le montant des patentes, contracter des emprunts.
C’est ici le lieu de marquer qu’en 1920, à la demande de M. Garbit, fut envoyée à Madagascar par le Département, une mission spéciale chargée d’étudier les possibilités offertes à la culture des tabacs fins par la Grande Ile où jusqu’alors on produisait exclusivement des tabacs vulgaires, très corsés que les indigènes seuls consommaient sous forme de poudre à chiquer.
Personne, à cette époque, ne pouvait prévoir l’étonnante réussite de cette affaire dont les résultats se traduisent par les chiffres suivants s’appliquant aux expéditions sur la Métropole.
| En 1921 (Ire année). | 28653 kilogs. |
| En 1927. | 1 038 295 |
| En 1930. | 3 200 000 |
Pour 1931, on a procédé à une sorte de contingentement et la production a été provisoirement limitée à 4 500 tonnes, quantité bien inférieure au maximum de ce qu’on peut obtenir. En juin 1922, est créée une Ecole des Beaux-Arts dont les cours sont confiés à un artiste, boursier de la colonie, désigné chaque année par la Société coloniale des Artistes français : cette école a formé une pléiade d’artistes malgaches dont les œuvres sont loin d’être négligeables ; les aquarellistes, notamment montrent souvent des dons de coloristes, d’observateurs, leur sensibilité s’affine et s’ils ont parfois manqué d’originalité, on doit reconnaître pourtant que la personnalité de quelques-uns d’entre eux s’affirme de jour en jour.
261Pendant toute cette période, les travaux de construction de voies ferrées, loin d’être ralentis, sont activement menés. Celle du lac Alaotra est ouverte jusqu’à Ambatondrazaka (147 kilomètres) le 13 juin 1922, jusqu’à Andriba, point terminus (166 kilomètres) le 14 mars 1923. Celle de Tananarive à Antsirabe est complètement achevée en septembre 1923.
Enfin, l’édification du grand poste de T. S. F. d’Alarobia près Tananarive ayant été décidée en 1921, les travaux sont déclarés d’utilité publique peu après le départ ENTRÉE DE VILLAGE EN IMERINA de M. Garbit qui se rend (D’après Duruy : Mission dans le Nord-Ouest de Madagascar). en France le 18 mars 1923.
M. Brunet, gouverneur des colonies et secrétaire général, exerça l’intérim du gouverneur général jusqu’au 5 avril de l’année suivante. Au cours de cet intérim, en septembre 1923, se tint la grande foire de Tananarive, qui remporta un succès inespéré.
En mars 1924 fut signé le décret consacrant l’existence du lycée de garçons (Lycée Gallieni) et du lycée de filles (Lycée Jules Ferry) sur le modèle des établissements similaires de France.
Le 20 mai 1924, M. Olivier, arrivant à Majunga, prenait la direction des services. M. Olivier était un colonial de carrière. Vingt ans durant, il avait exercé des fonctions administratives en Afrique où M. Merlaud Ponty, au temps où il était Gouverneur général de l’A. O. F., se l’était attaché comme chef de cabinet. Il était lieutenant-gouverneur du Soudan quand il fut appelé au poste de (Tananarive. Cordial et bienveillant, bien préparé par une longue expérience à prendre des initiatives et
VII. - M. OLIVIER.
Citer ce chapitre
M. Delélée-Desloges, « Madagascar de 1906 à la période contemporaine », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. VI, Madagascar — Les Comores — Les Mascareignes — Le Pacifique — L'Afrique du Sud, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1933, p. 231-261.
Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-6/madagascar-contemporain/madagascar-de-1906-a-la-periode-contemporaine/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11002767