Tome VI · Madagascar de 1906 à la période contemporaine · Chapitre 1
Les origines
à décider, il avait le sens aigu des contingences, et n’abordait que prudemment, suivant un plan soigneusement établi, les problèmes qui le sollicitaient. Ce plan, il le rendit public le 20 octobre 1924, à l’ouverture des travaux des délégations économiques et financières définitivement constituées par un discours qui traitait :
De la décentralisation administrative comportant création de régions territoriales ; — des œuvres d’assistance et d’enseignement, plus particulièrement d’enseignement professionnel ; — de la situation économique ; — des grands travaux (chemin de fer du Betsileo et autres, port de Manankara, phares et balises) ; - enfin, de la situation financière.
M. Olivier, qui passa effectivement trois ans et demi dans la Grande Ile, M. Berthier, gouverneur des colonies et secrétaire général exerçant l’intérim à deux reprises pendant l’absence du titulaire, resta près de six ans Gouverneur général de Madagascar.
Pendant cette longue période, il s’efforça d’assurer l’exécution du programme qu’il avait mûri et arrêté. Dans plus d’une de ses interventions on retrouvera surtout le souci de faire donner à la masse une éducation plus pratique que théorique, mieux appropriée à la collaboration qu’attend d’elle le producteur européen.
En cette matière, l’acte important est l’arrêté du 17 janvier 1929 portant réorganisation de l’enseignement officiel des indigènes.
Mais ce qui marquera le plus son passage à Madagascar, c’est d’avoir repris et fait passer dans la pratique l’idée d’une réorganisation administrative et territoriale qui avait déjà donné lieu, on l’a vu, à l’établissement d’un projet très poussé, basé sur les travaux de la sous-commission présidée par M. Cayla en 1919.
La nouvelle répartition territoriale représentait une première tentative intéressante, mais incomplète et qui ne donna pas les résultats qu’on en attendait par ce qu’elle conservait l’ancienne armature en superposant au district, d’ailleurs très diminué, la province, et à la province la région. Ainsi se trouvait créé un rouage de plus qui trouvait mal son emploi sans pour cela qu’une véritable décentralisation fût réalisée.
C’est, on le verra, à partir de 1931 seulement que le régionalisme, qui représente certainement à notre époque et particulièrement à Madagascar une forme supérieure d’administration, sera instauré dans la Grande Ile pour aboutir finalement à la réforme intégrale envisagée dès 1920 et qui ne sera complètement réalisée qu’en 1932.
263Non moins intéressante fut la création de camps de travailleurs sous la direction d’un personnel spécial d’encadrement dont nous parlerons plus loin.
ŒUVRES SOCIALESLe livre publié par M. Olivier en 1931 : « Six ans de politique sociale à Madagascar » porte à penser que le Gouverneur général sentait profondément la nécessité d’exposer les motifs déterminants de cet arrêté, lequel n’a pas rencontré, en effet, un assentiment unanime et soulève des objections, d’ordre social précisément, qui se sont déjà formulées et qui demeurent. En 1925, un premier remaniement du service avait été opéré, mais une nouvelle mise au point fut faite en 1928, justifiée par l’importance grandissante de son domaine et par l’exécution du programme des Grands Travaux entraînant une augmentation de 50 pour 100 sur les crédits affectés en 1913. Autour du directeur, disposant, au centre, d’un service d’études techniques très étendu, le cadre comporte des chefs d’arrondissements libérés du travail matériel afin de se consacrer au contrôle et de centraliser les projets purement techniques. Les arrondissements sont formés de plusieurs subdivisions, parfois autonomes. Le service maritime enfin forme un organisme à part dans l’ensemble ; il est commandé par le directeur adjoint des Travaux publics.
Des instructions du directeur, approuvées par le chef de la colonie, réglementent de façon précise le mode d’établissement du plan de campagne, la passation des marchés de fournitures et la rédaction des projets. Aucun changement important n’est inter- TAMATAVE. PONT ROULANT POUR LA CONS- TRUCTION DE LA DIGUE venu depuis.
M. Guyon avait fait procéder aux études du prolongement de la route de l’Ouest depuis Maevatanana jusqu’à Majunga ; les travaux particulièrement importants, n’ont été terminés qu’au cours de l’année 1933.
A la fin de 1927 sont déclarés d’utilité publique les travaux à entreprendre pour protéger la plaine du Betsimitatatra — environs de Tananarive — contre les inondations. continués. Enfin, le chemin de fer Fianarantsoa côte Est et le port de Tamatave sont
264 L’ÉCOLE DE MÉDECINE A TANANARIVEDe nombreuses routes ou pistes automobilables construites par le service des prestations sont ouvertes à la circulation, principalement en Imerina, un service par automobiles établit même la liaison entre Fianarantsoa et Tuléar ; on peut venir actuellement de Fort-Dauphin à Tananarive, très normalement, en trois jours, on ira demain en treize heures, par automobile, de Tananarive à Majunga : il fallait au minimum dix jours il y a vingt-cing ans. La construction du grand poste de T. S. F. d’Alarobia était à peine terminée en 1924 et déjà il fallait songer à l’agrandissement des installations. Le 2 octobre 1925 le service radiotélégraphique international entre Madagascar et la France était créé, en 1929, on installa des stations à ondes courtes à Tananarive, Diégo-Suarez, Tamatave et Dzaoudzi.
Cette activité de la colonie était évidemment favorisée dans une très large mesure par une situation qui fut, pendant plusieurs années, miraculeusement prospère dans le monde entier. C’était la période des vaches grasses où tout paraissait facile. Cependant elle s’est peu ralentie malgré la crise économique mondiale et porte témoignage en faveur de la vitalité de la Grande Ile.
A la fin de 1928 un cadre local de médecins européens de l’Assistance médicale indigène fut organisé pour suppléer à l’insuffisance numérique des médecins mis à la disposition de l’administration locale par l’autorité militaire. La nouvelle école de médecine ainsi que l’hôpital modèle dont M. Schrameck avait décidé la construction purent enfin être bâtis. Tananarive possède là un établissement magnifique doté de huit cents lits et pourvu d’un outillage moderne. Déjà, un an plus tôt, la colonie avait passé avec l’Institut Pasteur de Paris une convention qui facilite le fonctionnement de l’Institut Pasteur de Tananarive, installé dès le temps du général Gallieni. Madagascar met à la disposition de l’Institut les terrains et bâtiments existants et contribue pour près de 300 000 francs aux dépenses annuelles.
265En 1929 un arrêté du Gouverneur général apporte une dernière atténuation à la rigueur du Code de l’indigénat : il exempte les femmes de toutes les peines applicables aux infractions réprimées par voie administrative.
NISTRATIONA la fin de la même année l’important décret du 22 septembre 1925 qui réglemente le travail indigène est complété. Ce décret, modifiant un statut datant de 1920 et 1921, avait révisé les dispositions relatives aux conseils d’arbitrage, en vue d’assurer la stabilité de la main-d’œuvre, de garantir aux travailleurs une rémunération en harmonie avec le coût de la vie, de donner toute sécurité aux employeurs et d’assurer, tant par des inspections que par l’intervention des conseils, le règlement impartial et rapide des conflits qui s’élèvent entre employeurs et employés. Il fixe et précise les droits et obligations de chacun, les conditions d’établissement des chantiers, les soins à donner aux blessés et malades employés par des particuliers et sociétés ou par l’administration. A l’origine, une seule banque, le Comptoir National d’Escompte de Paris, était installée à Madagascar. Plus tard vint le Crédit Foncier de Madagascar, puis la Banque de l’Océan Indien aujourd’hui disparue. Mais M. Schrameck, nous l’avons noté, avait déjà fait préparer l’institution, à côté des banques d’escompte et d’affaires, d’un établissement de crédit possédant le privilège d’émission de papier monnaie. Les études poursuivies ayant conduit à des conclusions favorables, la Banque de Madagascar fut fondée en vertu de la loi du 22 novembre 1925. Elle a son siège à Tananarive et des succursales à Fianarantsoa, Majunga, Nossi-Bé, Diégo-Suarez, Tamatave, Mananjary, Fort-Dauphin et Tuléar.
Un décret du 28 septembre 1926 remplace la réglementation fragmentaire précédente, la reprend et la complète en tenant compte de l’évolution de la population malgache qui abandonne de plus en plus, spécialement autour des grands centres, la conception primitive de la propriété collective. Le nouveau statut définit toutes les formes du domaine public et privé, organise la conservation, réglemente la gestion et la procédure. Un autre décret permet la constitution du cadastre par le moyen d’une procédure sommaire afin de fixer de manière inattaquable la propriété individuelle tout en protégeant la propriété indigène ainsi constituée contre l’insouciance et l’imprévoyance du propriétaire par une clause qui la rend inaliénable et insaisissable pendant trente ans.
266C’est à la fin de 1924 que les îles Saint-Paul et Amsterdam, la Terre Adélie et les archipels Crozet et des Kerguelen, situés à 3 500 kilomètres au Sud-Est de la Grande Ile furent rattachées à Madagascar.
Quant à l’organisation administrative et territoriale de la colonie que M. Schrameck d’abord, M. Garbit ensuite, avaient en principe condamnée, elle avait en somme assez peu varié depuis l’époque Augagneur.
La Grande Ile était divisée en 20 à 22 provinces, dépendant directement du Gouverneur général et formées de plusieurs districts, dont le nombre a varié de 70 à 75. Chaque district était subdivisé en gouvernements indigènes comportant deux ou plusieurs cantons. M. Olivier procéda au remaniement territorial en supprimant les districts et les gouvernements indigènes, en portant le nombre des provinces à 42, réparties entre six régions ayant pour chefs-lieux Tananarive, Fianarantsoa, Tuléar, Majunga, Diégo-Suarez et Tamatave. Le chef de région était responsable de l’ordre et de la sécurité dans sa région, il avait autorité sur les chefs de province, il était chargé de l’inspection et du contrôle administratif sur son territoire. Ce n’était, nous l’avons signalé, que le premier pas vers une décentralisation vraiment effective qui sera effectuée trois ans plus tard. Le mot Smotig est composé des premières lettres du titre « Service de la main-d’œuvre des travaux d’intérêt général ». Ce service est à proprement parler un corps d’encadrement des pionniers. Les pionniers ne sont autre chose que des travailleurs malgaches militarisés.
267Les indigènes, on le sait, sont soumis aux obligations militaires et les remplissent soit à Madagascar, soit dans la Métropole, mais une faible partie seulement du contingent est appelée chaque année pour le service armé. Il fut partagé en deux portions : la première fournit les soldats proprement dits, la seconde des travailleurs formant en quelque sorte des compagnies du génie réparties entre les divers chantiers de la colonie et mis à la disposition du Service des Travaux publics sous la surveillance et le contrôle des fonctionnaires du corps d’encadrement (commandants, capitaines et lieutenants de camp) chargés de l’administrer.
Le système, auquel M. Schrameck avait jadis pensé, a fait ses preuves. Les camps sont soigneusement organisés, les hommes y sont bien logés, bien nourris, convenablement habillés, soignés en cas de maladie et somme toute infiniment mieux traités à tous égards que chez eux.
L’Administration, on le voit, n’a jamais cessé depuis l’origine de s’intéresser à la condition des indigènes, en particulier à la situation faite aux travailleurs employés au service des Européens et de l’Administration sur les plantations et chantiers. Ces questions sont à Madagascar et complexes et délicates. Il est juste de reconnaître que tous les gouverneurs généraux en ont eu souci, et se sont appliqués à leur donner des solutions pratiques en harmonie avec le développement incessant de la colonie et l’évolution des esprits.
Nous ne pouvons nourrir l’ambition de rapporter ici tous les actes des chefs de la colonie ; ils sont nécessairement quotidiens et la masse des décisions de détail l’emporte fatalement sur les actes réglementaires décisifs et caractéristiques de l’époque considérée. Il nous suffisait de commenter brièvement ceux-ci pour permettre au lecteur de reconnaître la ligne politique suivie par les représentants de la France afin d’élever progressivement à la civilisation les populations dont nous avons la tutelle.
Rappelons seulement qu’en 1927, le 3 mars, alors que M. Olivier, en mission en France, se préparait à rentrer à Madagascar, un cyclone d’une violence inouïe détruisit à peu près complètement Tamatave, dévasta les plantations et sema la ruine sur son passage,
268Il fallut prendre d’urgence des dispositions spéciales pour venir en aide aux sinistrés, se mettre tout de suite à l’œuvre pour reconstruire la ville. Le Parlement vota aussitôt une avance de 50 millions. La tâche est aujourd’hui presque achevée, en même temps que se poursuivent les travaux de construction du port, entraînant une dépense de l’ordre de 171 millions.
M. Cayla, gouverneur des colonies, était commissaire général adjoint et secrétaire général de l’Exposition coloniale internationale de Paris quand il fut désigné pour prendre la succession de M. Olivier qui le remplaça auprès du maréchal Lyautey avec le titre de délégué général.
Diplômé de l’Ecole des sciences politiques, docteur en droit, M. Cayla n’était pas un inconnu pour la grande Ile : d’abord rédacteur au ministère des Colonies, puis chef de cabinet à la Guadeloupe, à Madagascar, au Sénégal, il fut secrétaire général à Tananarive après le départ de M. Schrameck.
Conseiller du gouvernement à Alexandrette (Syrie) en 1921, il devint ensuite gouverneur de l’Etat des Alaouites puis de l’Etat du Grand Liban, à Beyrouth, qu’il assainit et embellit.
DES ESPRITSM. Cayla revenant à Madagascar, fit son entrée à Tananarive le 2 mai 1930. Il s’y trouva en face d’une singulière situation. A la fin de 1928, à Tananarive, on se préoccupait beaucoup de la sourde excitation qui s’était emparée de certains milieux malgaches travaillés par la propagande communiste. Les propagandistes étaient des indigènes auxquels le vulgaire accordait un assez gros crédit en raison de leur instruction relative, notamment un ancien instituteur, un médecin qui avait pris une part active, en 1915, à l’affaire de la V. V. S., enfin, un journaliste, entourés d’un noyau de militants moins marquants. Ils obéissaient aux mots d’ordres donnés par trois Européens, trois Français : Dussac, ancien colon et journaliste, Planque et Vittori, tous les deux employés de l’Administration, animés de convictions plus ou moins sincères.
Le 19 mai 1929, devait avoir lieu, dans une salle de spectacle, une conférence
VIII. - M. CAYLA.
269qui fut interdite au dernier moment ; les meneurs en profitèrent pour haranguer la foule en plein air, ils réussirent à entraîner jusqu’à la résidence du Gouverneur général intérimaire deux à trois cents personnes qui manifestèrent en chantant, il est vrai, la Marseillaise, mais en poussant également des cris sur l’air des Lampions. Les manifestants furent facilement dispersés, la journée n’eut pas d’autres suites que diverses condamnations prononcées quelque temps après : Planque et Vittori durent quitter la colonie. Mais Dussac resta et continua sa campagne.
Partout ailleurs cet incident aurait pu passer inaperçu ; dans la colonie, il revêtait un caractère de gravité relative, d’abord parce que c’était la première fois que des indigènes formulaient en pleine rue des revendications collectives, ensuite et surtout parce qu’il montrait l’ascendant que peuvent prendre sur des gens crédules et faciles à abuser, des provocateurs sans scrupules.
De quoi s’agissait-il, en effet ? Sous le couvert du communisme, et lui préparant san ropagande de quelques communistes européens entourés de disciples indigènes, se développait depuis trop longtemps déjà, une campagne d’excitation contre les Européens et les représentants de l’autorité. C’était assez pour enrôler sous la bannière des meneurs nombre de gens qui ne se préoccupaient guère de savoir où on les conduisait. Ces meneurs et les éléments actifs du mouvement s’étaient donné une tâche précise : susciter les mécontentements, provoquer les différends et, à l’occasion des moindres conflits d’intérêts s’élevant entre les Européens et l’indi-
TIRAILLEURS MILICIENS, d’après Gallieni : Cinq mois autour de Madagascar AUXILIAIRE SÉNÉGALAIS
270gène, surtout à propos de l’application des règlements domaniaux, persuader celui-ci que le colon l’exploite avec la complicité des autorités, en un mot saisir tous les moyens et toutes les occasions de troubler le pays en créant les pires malentendus. Action, comme on le voit, spécifiquement antifrançaise à tendances séparatistes.
AUXILIAIRE SÉNÉGALAISOn voit à quels désordres et conséquemment à quelles sévères mesures la répression pouvait rapidement conduire si une intervention vigoureuse n’y mettait fin. La colonie européenne avait été passablement émue de ces événements survenant dans un pays qui doit sa transformation totale, son bien-être, tous ses progrès, à nos compatriotes, colons, fonctionnaires et soldats. M. Cayla, le jour même de son arrivée à Tananarive, commença par apaiser cette inquiétude. Dans le discours qu’il prononça devant les personnalités françaises et les notables indigènes réunis à la Résidence, il définit, en effet, la politique qu’il comptait suivre. Elle tient toute en ces lignes : La mise en œuvre de toutes nos forces vives ne sera possible que dans une atmosphère d’ordre et de discipline. Aussi bien, à l’heure où Madagascar traverse une épreuve sans précédent et a besoin, plus que jamais, de l’appui de la Mère Patrie, je trouve particulierement criminels les agissements d’une poignée d’agitateurs qui, tout prêts à profiter de la misère d’autrui pour peu qu’on leur en laisse le loisir, s’efforcent de troubler la population indigène et tendent à l’éloigner de ceux qui sont ses protecteurs naturels et désintéressés. Mais grande est leur erreur s’ils s’imaginent qu’une crise d’autorité s’ajoutera à l’autre. J’aime trop les Malgaches et je suis trop résolu à améliorer leur condition matérielle et morale pour tolérer un instant qu’ils soient indignement trompés. J’entends que, guidés par leurs vrais représentants, les notables, ils demeurent entièrement dignes de notre affection et de notre sollicitude.
Je donne donc à ceux qui voudraient les compromettre un premier et dernier avertissement. J’aimerais pouvoir en rester là, mais je suis prêt à passer aux actes, aussi rapidement et aussi énergiquement qu’il le faudra, fort des responsabilités qui m’incombent et convaincu d’agir ainsi dans l’intérêt supérieur du pays.
L’avertissement devait être bientôt suivi d’effet, car peu de temps après, il devint évident que quelques individus tentaient de ranimer, par la parole et par l’écrit, la propagande défaillante. Aussitôt, usant du droit que lui conférait la législation
271locale, le Gouverneur général prit, en Conseil d’administration, une décision qui plaçait pour cinq ans en résidence fixe dans deux localités de la Côte Ouest les deux plus excités parmi les agitateurs, Ralaimongo l’ancien instituteur, Ravoahangy l’ancien V. V. S. Du même coup, toute activité subversive cessa dans la banlieue et, en ville, l’attitude quelque peu hostile de certains indigènes fit place à la politesse habituelle des Malgaches.
Mais en même temps le Gouverneur général donnait des preuves de la sollicitude de la France envers la population en ouvrant la porte aux indigènes qui demandaient à devenir citoyens français et s’en montraient dignes, à telles enseignes qu’il en fut admis en deux ans autant qu’au cours des huit années précédentes ; un règlement administratif intervint qui permit désormais aux employés indigènes de l’Administration d’entrer, à égalité de titres, dans certains cadres européens ; un autre facilita largement la naturalisation des enfants métis, la situation des fonctionnaires malgaches fut améliorée en même temps que celle des agents européens.
NISÉECes mesures de fermeté envers les mauvais bergers, de bienveillance et d’équité envers la masse produisirent le meilleur effet : du coup, la crise d’autorité dont le pays ne souffrait pas sans murmures se trouva guérie, la paix fut rétablie ; on se retrouva bientôt dans cette atmosphère de sympathie et de douceur qui est l’un des charmes de la Grande Ile. Les plus grosses difficultés ne résidaient pas dans l’état d’esprit de la population naturellement confiante et docile. Au cours des années précédentes, Madagascar avait bénéficié de l’ampleur des affaires mondiales au point de porter son commerce extérieur à un milliard 250 millions. Or l’affaiblissement subit des transactions qui se produisit dès 1931, ramena ce chiffre à 975 millions. Les stocks accumulés dans la colonie ne s’écoulèrent plus que difficilement, et, comme, à la faveur d’une prospérité qui ne paraissait pas devoir cesser, il s’était créé beaucoup d’exploitations nouvelles, il en résulta pour la majorité, sinon pour la totalité d’entre elles, un discrédit qui atteignit même les meilleures maisons et amena la dévalorisation de leurs marchandises.
La Grande Ile souffrait encore d’un autre mal ; elle était dépourvue de ports bien outillés et les routes n’étaient ni assez solides ni assez nombreuses, de telle sorte que les marchandises, grevées déjà de frais de débarquement fort élevés, devaient encore payer des suppléments appréciables pour circuler dans l’intérieur. Le crédit agricole faisait également défaut. Enfin la colonie trop jeune encore n’avait pas les réserves nécessaires pour résister sans trop de dommages.
MADAGASCAR DEPUIS GALLIENI
272Pour remédier à cette situation, M. Cayla n’hésita pas. A la conception routinière des échanges qui laissait l’individu se débattre au milieu des difficultés, il substitua la conception plus moderne de l’économie organisée, dans laquelle l’Etat ou le gouvernement et l’individu en tant qu’acheteur ou producteur étudient de concert les possibilités du marché et s’accordent pour adopter des méthodes rationnelles dans l’intérêt de la collectivité. Enquête, c’est-à-dire examen détaillé Rade VILLE DE TAMATAVE (Bassins de Batelag Phare Ma fasir Océan Hangars Indien de la situation et recherche des effets ; ajustement, c’est-à-dire abaissement des prix par la réduction des frais de production, puis revalorisation du produit et enfin protection, telles sont les étapes de cette évolution.
La réalisation de ce programme comporta une série de mesures que nous nous bornerons à esquisser. Il importait d’abord d’assurer à l’indigène une existence convenable ; pour augmenter la production du riz, base de la nourriture de la population, il fut créé un office du riz, qui scella une entente plus étroite entre l’administration, les usiniers importateurs et l’indigène producteur. Cette entente donna les meilleurs résultats. Puis on dressa un programme d’amélioration agricole afin de livrer de nouveaux terrains à la culture. Dans la seule plaine qui entoure Tananarive 8 à Io 000 hectares de rizières nouvelles furent gagnés sur les marais. Des travaux de même nature furent entrepris et exécutés dans la plaine du Fiherenana, à Mahabo, à Maroway et en diverses autres contrées.
LE PORT DE TAMATAVE (D’après la Revue de Madagascar).
273Le plus difficile et le plus coûteux fut l’amélioration des moyens de débarquement dans les ports et des voies de transport dans le pays. M. Cayla donna une impulsion vigoureuse à tous les travaux en activant l’établissement précédemment envisagé d’un port en eau profonde à Tamatave, afin de permettre aux navires de débarquer à quai. Des études de même ordre furent poursuivies pour Diego-Suarez, surtout pour Majunga, où rien encore n’avait été envisagé et même pour Tulear et Fort-Dauphin, les points extrêmes de l’ile du côté du Sud.
Sur terre, les travaux de la voie ferrée de Fianarantsoa à la côte furent sérieusement poussés. Des couches carbonifères ayant été découvertes dans la région de Tulear, la colonie envisagea la construction et l’exploitation par ses propres moyens d’une voie ferrée d’environ 120 kilomètres qui partirait de l’intérieur de l’ile pour aboutir à la mer.
Le réseau routier ne fut pas non plus négligé : amélioration ou réfection de la route Tananarive-Majunga, remplacement des ponts provisoires par des ponts définitifs, créations nombreuses de pistes automobiles d’intérêt régional. Dans les villes et particulièrement à Tananarive, où fut créé un service de « l’Architecture, des Parcs et des Jardins », des travaux d’embellissement furent entrepris pour atténuer les effets de la crise, en annonçant du travail à une nombreuse maind’œuvre.
Pour la réalisation de cet ensemble existait déjà l’institution du Smotig, dont nous avons parlé. On sait les difficultés que l’administration rencontre à Madagascar pour recruter sa main-d’œuvre : la population est si peu dense et si disséminée qu’il a été de tout temps malaisé de réunir et de retenir des effectifs importants sur les grands chantiers sans gêner les initiatives privées. D’autre part, on devait prévoir que l’exécution des travaux prévus imposerait un effort soutenu et que ces grands rassemblements exigeraient une organisation méthodique de recrutement, de travail et de conditions d’existence. Le Smotig répondait à ces nécessités. M. Cayla tint cependant à ce qu’il y eût des atténuations à la réglementation antérieure ; et, dans ce but, il organisa, par voie de recrutement libre, des sections de travailleurs auxquels furent donnés des garanties et des avantages de nature à les attirer et à les retenir : contrat fixant les obligations réciproques, constatation médicale préalable des aptitudes physiques, salaires convenables, indemnité de dépaysement et, en cas d’accident, ration journalière, logement, soins médicaux. Dans le même temps, une des nombreuses conférences tenues à Genève décidait qu’en cas d’in- HISTOIRE DES COLONIES. T. VI.
274 OBSERVATOIRE D’AMBOHIDEMPONAsuffisance de la main-d’œuvre libre, il pourrait être fait appel à la main-d’œuvre obligatoire pour l’exécution de travaux d’intérêt public. L’arrêté local pris à Tananarive précède toutefois de plusieurs semaines la publication du décret, pris en conformité des décisions de Genève, et qui favorisait cette dérogation à des principes absolus. Dans un autre ordre d’idées, l’assistance médicale fut singulièrement développée : de 400 000 en 1914, le nombre des consultations passa à 2 200 000 en 1930. Des circonscriptions médicales nouvelles englobant plusieurs districts ont été créées, avec un hôpital principal en chaque région. Plus de vingt hôpitaux semblables à l’hôpital des enfants de Tananarive permettent d’intensifier dans les circonscriptions de l’intérieur la lutte contre la mortalité infantile et la dénatalité. En même temps une autre lutte est continuée contre l’alcoolisme, la syphilis, la tuberculose, qui affaiblissent progressivement la race et diminuent sa capacité de travail Les débits de boissons alcooliques ne sont autorisés que dans les centres où réside un fonctionnaire européen ; encore la surveillance de ces boissons doit-elle être strictement observée.
Par l’ensemble de ces mesures, l’administration pouvait se flatter d’avoir mis à la portée de la colonie tous les moyens directs ou indirects de réaliser un abaissement des prix assez rapide pour obtenir leur adaptation aux conditions nouvelles du commerce. Il restait à revaloriser les produits locaux et à organiser leur protection ou plutôt l’aide à apporter au producteur.
Il convenait à cet effet de donner aux produits malgaches un état civil offrant à l’acheteur des garanties certaines, mais si depuis quelque temps, la standardisation, seul moyen d’y parvenir, était à l’ordre du jour, on n’aboutissait pas, faute de réaliser l’accord entre tous les organismes consultés. Par ailleurs, la colonisation ne se montrait pas disposée à accepter sans hésitation une réforme que les maisons sérieuses auraient dû appeler de tous leurs vœux. Les produits de Madagascar n’avaient pas une très bonne réputation sur les marchés d’Europe ; cela tenait à ce que les indigènes, dont on ne dira jamais trop qu’ils sont indolents, insouciants, imprévoyants, n’apportent que peu de soin à la préparation des produits et parfois se porteraient à les falsifier. Les pénalités pour conjurer ce mal avaient toujours été inopérantes pour des raisons qui reviennent sans cesse : étendue de l’ile, dissémination de la population, difficultés de la surveillance, pour ne pas parler de la responsabilité de certains exportateurs, européens ou hindous, acharnés à la concurrence et qui jusqu’alors achetaient tout ce qu’on leur présentait. La standardisation, en vertu de laquelle aucun des produits énumérés par le règlement ne peut être exporté sous une dénomination donnée, s’il ne réunit pas les caractéristiques fixées par la loi, devait remédier à cette situation. Elle fut réalisée à la fin de 1930, avec prudence d’ailleurs ; dans la pratique certains accommodements durent s’adapter au règlement général. Toutefois l’organisme fonctionne sans soulever d’objections de principe.
275Dans le même ordre d’idées et à la même époque intervint un règlement nouveau pour l’exportation des viandes frigorifiées et des conserves ; les acheteurs de l’étranger obtinrent des garanties qui manquaient jusqu’alors ; elles étaient de nature à favoriser les exportations.
La protection à donner aux produits malgaches était assez délicate. En pleine crise commerciale, il n’était pas possible de réclamer une surélévation importante des taxes frappant à l’entrée en France les produits étrangers similaires de nos produits coloniaux ; d’autre part une détaxe éventuelle des marchandises en provenance de nos possessions ne pouvait être appliquée qu’à la condition de ne pas affecter les recettes du budget métropolitain. D’accord avec la haute administration de l’ile, le ministre des Colonies, M. Pietri, trouva une solution élégante et des plus efficaces. Il lui parut très réalisable de faire supporter aux produits étrangers un droit assez minime pour n’avoir pas d’incidence et calculé de telle sorte qu’il pût alimenter un fonds de compensation sur lequel seraient prélevées des primes à payer à l’exportation des produits coloniaux les plus menacés : manioc, fécule de manioc, tapioca, sisal et café en ce qui concerne Madagascar. Il n’est guère douteux que cette mesure a sauvé Madagascar de la pire catastrophe qui l’ait menacé depuis l’origine ; car le système des primes a seul permis aux producteurs européens et indigènes de vivre en attendant la fin de la crise et d’entretenir leurs plantations. Sitôt connu le vote du Parlement, des arrêtés locaux, pris dans les quarante-huit heures, réglèrent tous les détails d’exécution.
Cependant la colonie ne négligeait pas de s’aider elle-même. Le décret du 18 avril 1930 avait permis d’organiser le crédit, la mutualité et la coopération agricoles. Sur ces bases, il fut créé des caisses locales, régionales et une caisse centrale, ayant toutes pour mission de consentir à leurs adhérents, européens et indigènes, des prêts à court terme ou à moyen terme pour faciliter l’établissement d’exploitations, alléger les charges de trésorerie, aider aux améliorations et au besoin permettre de réparer les effets de calamités passagères. Cette organisation fut complétée par une convention avec les trois établissements de crédit installés dans l’ile : Banque de Madagascar, Comptoir National d’Escompte, Crédit Foncier de Madagascar, afin de permettre à ces établissements de faire des opérations à moyen terme dont la colonie garantit le bon règlement jusqu’à concurrence d’une somme de trente millions pour l’ensemble du territoire. Ces prêts sont consentis aux exploitations agricoles exclusivement, sur première hypothèque, après enquête et expertise, au taux de 7 pour 100. Convention toute de circonstance — elle ne joue que pour cinq ans, — mais qui seule permet aux exploitants très touchés par la crise de se maintenir et d’en attendre la fin en se dégageant d’une situation souvent très lourde. On sait en effet qu’à Madagascar le taux des emprunts hypothécaires est couramment de 12 pour 100.
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La propagande, elle aussi, ne fut pas négligée. Le pavillon de Madagascar, à l’Exposition de 1931, avait été pour le public l’une des attractions les plus séduisantes et le succès des objets exposés avait été incontesté. M. Cayla a pensé que cette démonstration de la vitalité de l’ile ne devait pas rester sans lendemain et, sous son inspiration, il fut créé à Paris, avenue des Champs-Elysées, un magasin d’exposition des produits malgaches, où les acheteurs peuvent se renseigner mais surtout faire des comparaisons utiles entre les produits de la Grande Ile et les produits étrangers similaires. C’est seulement en 1932 que le régionalisme, qui représente à • Madagascar le régime supérieur d’administration, trouva une formule qui peut ne pas être définitive mais sera ’au moins de longue durée. Commencée en 1927, la réforme répondait à une nécessité reconnue, et, encore qu’elle fût fragmentaire, elle eut cet heureux résultat de permettre l’ouverture d’un grand nombre de pistes automobiles entre circonscriptions qui auparavant s’ignoraient trop souvent les unes les autres.
TAMATAVE. RUE DU COMMERCE, POSTE, TRIBUNAL ET AGENCE DES MESSAGERIES MARITIMES
277D’ailleurs, à l’origine, les chefs de région n’eurent que des pouvoirs limités, ne commandaient réellement que ceux qui, sous leur responsabilité propre, n’hésitaient pas à faire acte d’autorité. Mais lorsqu’on eut promulgué dans la colonie le décret de 1928, qui permettait la constitution d’un conseil particulier auprès du chef de la région et la création de budgets régionaux, M. Cayla divisa la colonie en 8 régions au lieu de 6, mais réduisit par contre les provinces de 42 à 25 et non seulement rendit aux chefs de district leurs attributions propres, mais porta leur nombre à 85. Désormais les chefs de région étaient réellement des chefs ; ils avaient autorité et responsabilité, un budget et des moyens d’action. Les provinces elles-mêmes ne tardèrent pas à être supprimées, faute de personnel suffisant pour les administrer et il ne resta plus que les régions et les districts, avec les cantons qui avaient été de tout temps la cellule essentielle de l’administration malgache.
L’institution d’un régionalisme effectif ne se justifiait pas seulement par des raisons d’étendue, de difficultés de communications, d’encombrement des bureaux de la capitale, d’accroissement des affaires tel qu’il devenait nécessaire de se les partager. Il se justifiait encore par la constitution même de Madagascar, qui forme un véritable petit continent, composé de régions très différenciées, le Nord isolé de tout le reste, l’Ouest et l’Est séparés par l’arête dorsale de l’ile et tous deux à l’écart des plateaux, le Sud très lointain et très spécial à tous égards, chaque région ayant son dialecte, son climat et ses ressources agricoles propres.
Mais il se justifiait surtout par des raisons ethnographiques, c’est-à-dire sociales. La politique des races qu’avait voulu pratiquer Gallieni n’est pas un vain mot ;
278 UNE NOSSIBÉENNEaprès ce qu’on sait du mouvement nationaliste imérinien on comprend mieux l’importance de cette politique et tout ce qu’elle renferme. Personne n’a réussi à la pratiquer pleinement et personne n’y pouvait réussir tant que, dans la région pourvue de personnel expérimenté et disposant de ressources suffisantes, le chef responsable ne pouvait pas employer des méthodes en harmonie avec la manière de vivre du pays, les caractères de la race, le stade de son développement, sa tournure d’esprit. Par les protectorats intérieurs, Gallieni avait délibérément tenté la mise en œuvre de cette conception ; on dut y renoncer. C’est qu’il ne faut pas confondre politique des races avec politique de grands chefs, de grands féodaux d’autorité et d’influence indiscutables sur des tribus étroitement unies autour d’eux. Le grand chef, c’est nécessairement l’Européen dans un pays où les grands chefs n’existent pas ou n’existent plus, où, sans fortune et sans guerriers, ils ont perdu tout prestige presque au lendemain de la conquête. Mais le chef européen incontesté, il faut qu’il ait les moyens d’administrer et puisse employer des fonctionnaires indigènes autochtones. Or ces fonctionnaires on ne les a jamais eus en assez grand nombre ou ils ont été mal distribués. Affaire d’enseignement, affaire de répartition, affaire de dialecte.
Ce qui, au point de vue français, doit retenir notre attention en cette matière, c’est qu’en présence de dialectes différents et de populations aux caractères marqués, une langue véhiculaire s’impose. Cette langue ne peut être que la langue française. C’est elle qui doit recevoir tous nos soins, parce que si nous voulons « réussir » la colonisation dans le sens qu’on peut donner à la « réussite » de Rome, il est indispensable, selon l’expression de Gallieni, « d’orienter l’instruction dans un sens résolument français et conséquemment lui donner pour base l’étude systématique de la langue française ».
La langue est en effet l’outil le plus efficace, le plus puissant de la civilisation, et par la langue, la tradition dont Sainte-Beuve disait, parlant de l’héritage laissé par la race romaine à ceux qu’il appelait avec raison ses enfants d’adoption : « Elle a passé en bonne partie dans nos lois, dans nos institutions, dans nos mœurs, dans notre éducation héréditaire et insensiblement dans notre habitude et dans toutes nos origines ; elle consiste en un certain principe de raison et de culture qui a pénétré à la longue, pour la modifier, dans le caractère même de cette nation gauloise et qui est entré depuis longtemps jusque dans la trempe des esprits. »
279En attendant que notre langue puisse jouer ce rôle prédominant mais non pas unique, M. Cayla a donné une définition précise de savoir ce que l’on doit entendre par l’expression : la langue malgache ; c’est le dialecte maternel des habitants, variable suivant les régions, le sakalava à Morondava, l’antsianaka à Vangaindrano, le hova à Tananarive. Grave problème dont il suffit de signaler ici l’importance.
Pour peindre un tableau complet de l’activité française à Madagascar, est-il besoin d’ajouter qu’il serait nécessaire de porter au bénéfice de chaque Gouverneur général un grand nombre d’autres mesures et d’intéressantes créations ? Mais, déjà longue et forcément un peu sèche, l’énumération en deviendrait fastidieuse et ne servirait pas notre programme qui est de montrer, par de brèves analyses ou indications des textes les plus caractéristiques, les perfectionnements successifs réalisés par notre colonie de l’Océan Indien dans sa marche ininterrompue vers la civilisation. En dépit parfois de fausses apparences, le cadre de ses institutions n’a fait que s’élargir sans jamais se briser ; la structure n’a pour ainsi dire pas été modifiée ; si la méthode semble parfois tâtonner, sur toutes les difficultés le principe directeur finit par l’emporter.
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M. Delélée-Desloges, « Les origines », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. VI, Madagascar — Les Comores — Les Mascareignes — Le Pacifique — L'Afrique du Sud, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1933, p. 262-280.
Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-6/madagascar-contemporain/les-origines/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11002767