Tome VI · Madagascar de 1815 à 1906 · Chapitre 2
Le règne de Ranavalo II (1868-1883). — La guerre de 1883-1885
Le traité de 1868. — Révolution religieuse. Le protestantisme religion d’Etat. — L’œuvre intellectuelle des missionnaires catholiques. — Jean Laborde. — Laborde et le rayonnement de l’influence française. — Conspiration de Ramanenjana. - Derniers efforts et mort de Laborde. — Causes de la guerre (1878-1884). — La guerre de 1883-1885. — Incompréhensions et hésitations parlementaires. — Le traité Miot-Patrimonio. — Les résidents. — L’œuvre de Le Myre de Vilers. - M. Bompard. — M. Larrouy. — L’expédition décidée.
A nouvelle reine trahissait un caractère très faible et le goût excessif de la boisson. Informé par ses amis protestants d’Angleterre, Rainilaiarivony se rendait compte que le traité réclamé par le gouvernement de Napoléon III ne pouvait porter atteinte à son pouvoir sans limite : il le signa donc après la fin du deuil royal (8 août). LE DE 1568 DE 1868 occupations spirituelles de la France sur ses intérêts matériels : Ce pacte se caractérise par la prédominance nette des pré- Napoléon, en se désistant du droit de propriété que M. de Louvières avait
revendiqué avec tant de persistance, faisait reconnaître en faveur des Français la faculté de pratiquer librement et d’enseigner leur religion, de construire les établissements nécessaires au Culte ainsi que des écoles et des hôpitaux ; afin qu’ils en pussent jouir, la protection de la reine et de ses fonctionnaires leur était assurée comme aux sujets de la nation la plus favorisée. Cette clause leur garantissait aussi la préservation de leurs personnes et leurs propriétés. M. Laborde, qui veillait, fit même supprimer un article déclarant que les deux nations ne pourraient « se prendre de la terre » ni faire résider de garnison militaire chez l’autre, par crainte qu’il n’y eût là une renonciation implicite à nos droits sur Madagascar.
TESTANTISME RELIGION D’ETATL’assurance, l’autorité de Rainilaiarivony qui éclatèrent au Couronnement, s’appuyaient désormais avec plus de force sur l’Angleterre pour annihiler les avantages qui avaient pu nous être consentis jusque-là. Pour la première fois les idoles étaient remplacées à la droite de la reine dans la cérémonie par une bible britannique ; et dès la fin du mois suivant s’inaugurèrent à la Cour les prêches et les prières du protestantisme anglais. Le 16 décembre un meeting solennel procéda à la division de Madagascar en neuf évêchés ; un édit royal obligea chaque localité à construire une école congréganiste. Le 21 février marqua un grand jour dans les annales méthodistes : le premier ministre divorça avec sa femme dont il avait eu seize enfants, reçut le baptême ainsi que la reine et devint désormais comme époux de Sa Majesté le patriarche de la nouvelle religion d’Etat. Ainsi, par une véritable révolution dans les coutumes d’un peuple si superstitieusement traditionnaliste, une nouvelle ère s’instaure : celle du triomphe du protestantisme. Son avènement était la conclusion logique des divers traités secrets conclus par l’Angleterre avec les chefs de la nation hova depuis Radama Ier. Au point où ils s’étaient laissé graduellement mener par leurs conseillers et complices anglais, ils devaient se soumettre à l’influence protestante pour ne pas s’exposer à être renversés par les conspirations du parti anglo-hova comme il était arrivé à l’infortuné Radama. Il ne s’agissait plus pour Rainilaiarivony que d’éviter l’absorption complète de l’indépendance hova par la puissance britannique, qui eut au demeurant mécontenté l’aristocratie privilégiée maîtresse de milliers d’esclaves et provoqué une intervention de la France.
Une révolution, et une révolution religieuse de cette ampleur, semble d’abord incompréhensible pour quiconque connait les Malgaches. Rainilaiarivony, partout
MONUMENT FUNÉRAIRE SUD DE MADAGASCAR Aquarelle inédite de E.-J. Bastard. HIST. COLONIES. - MADAGASCAR PLANCHE IT
145accusé de s’être vendu, a senti la nécessité de l’expliquer publiquement : « Vous me demandez ce qui a amené la reine à se faire chrétienne, ce ne sont pas les hommes, c’est Dieu lui-même qui lui a fait lire la Bible et qui l’a amenée à prier. Ah ! en vérité toute-puissante est la parole de Dieu car elle a la force de changer les cœurs. » Ces paroles, évidemment dictées, trahissent l’origine de la révolution tant politique que religieuse : l’argent anglais fut abondamment réparti. Par la création de l’Eglise d’Etat, IO 000 Malgaches se trouvaient, dès lors, aux gages de l’Angleterre. Le ministre de l’Intérieur devait recevoir 6 ooo piastres par an. Les bénéfices de la reine et du premier ministre ne se supputent point...
Bientôt Ranavalo ordonna à son peuple de brûler toutes les idoles. Vers la fin de 1869, 126 évangélistes furent envoyés dans les campagnes avec des instructions de la reine tirées de l’Evangile ; des quêtes se multiplièrent dans les temples pour la construction des écoles ; et désormais les prédicants malgaches, munis de diplômes, furent installés dans leurs postes avec tant d’apparat et une telle escorte d’officiers que les pauvres gens des campagnes les regardèrent comme de nouveaux maîtres imposés par le gouvernement avec des pouvoirs illimités. Ils avaient mission de pousser la population entière dans les temples et les écoles de la nouvelle Eglise sans qu’il fût question pour personne de renoncer à l’extrême licence des mœurs. Les pasteurs anglais qui de 1815 à 1860 avaient surtout montré des visées commerciales, devaient faire désormais, jusqu’en 1895, prédominer un programme politique net, conscient et impérieux ; il entraîna le gouvernement hova dans une lutte sourde mais énergique contre le catholicisme et la France Rainilaiarivony, subtil despote, multiplia à ses agents les ordres secrets de persécution. Ils allaient partout répétant avec opiniâtreté : « La reine est protestante ; donc tout Malgache qui l’aime doit être protestant comme elle. Les catholiques se séparent de leur souveraine ; ils sont comme étrangers dans le royaume, ils perdent eurs droits pendant leur vie et ils ne seront pas enterrés dans le tombeau de leurs IO
ancêtres. Souvenez-vous de l’affreuse indemnité de I 200 000 francs que les Français vous ont forcés de payer : malheur à vous, Malgaches, si vous les écoutez ! »
IL EUVRE INTELLECTUELLE DES MISSIONNAIRES CATHOLIQUESLa défaite de la France en 1870 ne pouvait que renforcer une hostilité si impérative. Cependant l’énergique commandant Lagougine exigea réparation pour la violation de biens et d’églises français sous peine de bombardement, et nous pûmes même installer une résidence à Fianarantsoa. Quand la reine se rendit solennellement dans cette ville, elle s’y laissa volontiers accompagner par M. Laborde et l’aumônier catholique qui y firent affirmer la liberté des cultes, alors qu’elle n’avait été nulle part plus violemment méconnue. laissés, nos missionnaires acquéraient les titres Avec assiduité, partout où on les avait les plus divers à la reconnaissance des Malgaches, poursuivant humblement, courageusement, ingénieusement, cette épopée de la persévérance par laquelie le Catholicisme a dilaté et virilisé le mysticisme français. L’imprimerie de « la Ressource » publia en 186g la traduction en malgache des Deux Testaments, multiplia grammaires et vocabulaires malgaches puis syllabaires, modeste mais graduelle préparation qui conduira rapidement à la publication de la revue Resaka (Causeries). Enregistrons à la gloire de l’érudition française et du libéralisme catholique, qu’en 1872 le R. P. Callet, avant que le souvenir n’en fût disparu, s’astreignit à recueillir des lèvres de bardes locaux les récits, les lois et les traditions des tribus et des rois de l’Imérina : ses Tantaranny Andriana eto Madagascar constituent une belle somme de quatre volumes précieux (1872-1881). « Quoique écrit en un style archaïque, ces récits forment par leur ensemble un véritable monument élevé à la langue malgache, si riche dans son vocabulaire, si ingénieuse et si complexe dans sa syntaxe. L’œuvre du R. P. Callet, en dépit du rôle un peu servile en apparence qu’il s’est assigné, est, pour les trop rares personnes à même d’en savourer la beauté, d’une inestimable valeur. » (Gouv. Julien).
Le voyage triomphal de Mgr Delannoy devait bientôt, en 1875, marquer le pacifique apogée de la religion catholique sous les coups multipliés de l’insidieuse persécution. L’évêque de la Réunion arriva à Tamatave sur un vaisseau de guerre pavoisé. Il monta jusqu’à Tananarive, salué de longues salves par les batteries hovas, escorté par les musiques malgaches. Dix mille chrétiens vinrent le chercher aux portes de la capitale. Il entra sur un palanquin pourpre orné de franges d’or, précédé du préfet apostolique et des Pères en surplis de fête, suivi du consul et de ses chanceliers. La population, de partout accourue, s’émerveillait des honneurs, d’un caractère si nouveau, qu’on lui rendait, de la solennité céleste de ses discours et de ses prières. La reine lui envoya, par des officiers, des présents, puis le reçut entourée de toute sa cour. De magnifiques processions se déroulèrent sur les collines ; la messe pontificale fut célébrée sur un autel monumental dans l’immense plaine de Mamashina, d’où cantiques et musiques, exécutés avec harmonie par le peuple tout entier, montèrent jusqu’au palais et firent rayonner à la cour la majesté et la beauté auguste du catholicisme.
147Pour réagir, l’an suivant, les protestants obtinrent l’instruction obligatoire, entendant consolider l’Eglise d’Etat par l’enseignement d’Etat : défense fut intimée aux enfants qui étaient inscrits dans une école protestante d’entrer jamais dans une école catholique. Cette révocation de l’édit de tolérance fut accompagnée de mesures d’inquisition : tous les catholiques se trouvèrent notés sur des listes secrètes et ce pays sans bureaucratie se vit dès lors imposer un seul et véritable ministère : celui de l’Instruction publique, qui n’était en réalité qu’une police. On arrachait de leurs écoles, on inscrivait de force des enfants catholiques sur les registres protestants, et dès lors leurs parents ne pouvaient plus les conduire à l’église de JEAN LABORDE leur culte. Le quaker américain Street en fut à ce point révolté qu’il osa publier dans la presse à Maurice des lettres contre le despotisme désastreux de l’Eglise d’Etat à Madagascar. Souvent les catéchistes étaient roués de coups. Il n’y avait plus de doute pour la masse que le gouvernement ne fût complètement soumis aux Anglais.
Ceux-ci, de plus en plus influents, reprirent ouvertement la politique de Farquhar, représentant au premier ministre qu’il fallait organiser Parmée hova à Pinstar d’une armée européenne pour maintenir contre la France l’indépendance nationale. En 1876 deux chirurgiens anglais constituèrent un conseil de réforme ; des instructeurs anglais apprirent les manœuvres ; le service obligatoire fut proclamé. On assembla ainsi une armée nombreuse et exercée qui atteignit jusqu’à 35 000 hommes et à laquelle les fusils furent distribués assez abondamment.
Laborde put voir ces préparatifs avant sa mort qui survint en 1878 après dix
148 JEAN LABORDEannées d’une lutte jour à jour, et pied à pied. C’est la période la plus critique pour l’influence française et c’est aussi le moment de nous arrêter pour embrasser d’une vision d’ensemble la vie du grand Français qui doit rester un exemple illustre. La plus belle utilité de l’Histoire tient dans de telles leçons qui ne se dégagent bien que par la continuité révélatrice d’une biographie démonstrative. On perçoit seulement là la noblesse et le mystère de la résistance de cette influence française aussi incessamment pourchassée et émiettée, le secret du succès final. Précédant le récit des expéditions militaires, de telles vies civiles si virilement et infatigablement militantes, font comprendre l’étendue du génie français, de ses droits, de sa douce et généreuse conquête. l’océan des moussons, jetait à Mahéla un jeune Français nommé En 183I, une tempête, comme il s’en déchaîne tant dans Jean Laborde. Il était Gascon de naissance, et de son métier forgeron. Il avait vingtcinq ans et revenait de l’Inde où il s’était embarqué pour aller fonder un Empire sur les bords du continent africain. Un ancien capitaine de la marine marchande de Saint-Malo, Napoléon de Lastelle, y avait établi déjà d’importants ateliers. On construisait même des navires. Les comptoirs d’échange, des sucreries, des distilleries échelonnées sur la côte avaient constitué à Lastelle une belle fortune. Ce Malouin qui, à l’exemple de La Bourdonnais, développait la vie sur une terre désolée, accueillit chaleureusement le jeune Français arrivant des Indes. Justement Ranavolona venait de le charger de lui chercher « un blanc » capable de rehausser le prix de son royaume en y élevant des manufactures de canons et de fusils destinés à contenir l’arrogance des Anglais : le jeune forgeron pénétra ainsi, un des premiers Européens, dans la capitale de la monarchie hova.
Sans machines, Laborde multiplia forges et fonderies. Son esprit inventif où s’exerçait l’ingéniosité gasconne, enseigna successivement aux Mérinas la fabrication du fer, de la fonte, de l’acier, du cuivre. On peut dire que Laborde fit passer le Mérina de l’âge de la terre cuite à l’âge du métal fondu. L’enthousiasme de la reine se déclara par la largesse des appointements servis à son ingénieur. Mais, cet argent reçu d’un gouvernement qui accablait le peuple d’impôts écrasants, Laborde tint à en distribuer une grande part à ce même peuple. En 1837 il demanda l’autorisation de faire bâtir Mantasoa. Les eaux y abondaient ; captées en vastes bassins à écluses, canalisées, Laborde les fit circuler vers les différentes usines dont elles actionnèrent les rouages. On peut dire qu’il faisait tout sortir de
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terre : une manufacture de poterie, de verrerie, une briqueterie, une savonnerie, etc., des ateliers de tannerie, de tissage et jusque de papeterie où se traitaient le cuir des zébus, les fibres et les écorces des forêts. Dans des bâtiments qu’enveloppaient des mûraies, on élevait des vers à soie. La chaux, à dos d’hommes, y arrivait d’Antsirabé. Par la route que Laborde avait percée de Mantasoa à Mahanoro, des chars à bœufs portaient le bois. Là venaient s’utiliser les ressources de toutes les régions et des hommes de toutes les provinces, plus de I 200 ouvriers. Mantasoa était devenu la capitale industrielle ; et Tananarive, la capitale royale, y accourait pour regarder, interroger, s’instruire et s’émerveiller. Connaissant l’humeur fastueuse de la reine, Laborde avait pourvu à ce qu’elle eût à Mantasoa son pavillon : elle venait s’entendre acclamer en des triomphales réceptions, suivie de 25000 courtisans. Assise sur un trône de pierre que Laborde lui avait fait dresser en plein air, elle présidait les fêtes ordonnées dans le secret dessein d’apaiser par de doux spectacles de paix l’inquiétude sanguinaire de ce tyran femelle. Après les fanfares militaires de la bienvenue, des chœurs de jeunes filles qui circulaient en chantant, déroulaient leurs lambas rayés et entonnaient de vieux airs madécasses. Toute la cité ouvrière, en ces jours de liesse qui rappelaient dans un décor de civilisation européenne les réjouissances sacrées d’Ambohimanga et les cérémonies nationales du Fandroana, se groupait autour de la grande maison du Blanc, laquelle avait été nommée « Beauté-sans-changement ».
Le génie constructeur de Laborde frappa à ce point l’esprit malgache que c’est à lui que la monarchie demanda d’édifier son palais royal, le symbole architectural de la suprématie hova dressé sur la plus haute terrasse de Tananarive et veillant aux quatre horizons de l’Emyrne. Répétant la leçon de Mantasoa, là encore il fit comprendre aux Malgaches comment ils pouvaient réaliser les grandes choses en n’exploitant que les ressources offertes par leur terre : avec des tuiles et des briques fournies par Mantasoa, du ciment et de la chaux d’Antsirabé, les troncs des hautes forêts, il superposa les étages de galeries de ce palais que les indigènes nommèrent « Charpente-colossale et hardie ». la France de façons datante que les mis- Par tous ses actes, Laborde représentait sionnaires anglais combattirent sa patrie dans sa personne. Par des prônes adroits où ils flattaient les goûts des indigènes pour l’espionnage, ils s’acharnèrent à perdre Laborde dans l’esprit de la reine. C’est alors qu’il dut, usant de ruse gasconne, s’ingénier à capter par de petits moyens l’attention enfantine de ces races badaudes et à la distraire par des amusements des méditations pseudo-métaphysiques que l’évangélisme cauteleux des adversaires de la France imposait à leur conscience débile. Ce furent des cadeaux coûteux distribués en grande pompe et avec la nécessité, chaque fois, d’exhiber des nouveautés : un cheval, un piano, une boîte à musique mécanique, des expériences d’électricité récréative, des séances de prestidigitation et de photographie. Sur la place de Mahamasina s’élevait un ballon, circulait un chemin de fer en miniature ; un menu théâtre donnait des représentations. Laborde y employait les revenus de Mantasoa, qui lui servaient aussi à payer à des prix élevés la rançon des matelots français surpris à la côte ou à honorer par de grandioses réceptions musicales à Mantasoa le fils de la reine, le jeune Rakoto.
RUINES DES USINES DE LABORDE
150Laborde, usant de l’ascendant qu’il exerçait sur la reine, parvint à s’attacher l’affection du futur roi, à en accomplir toute l’éducation. Par des entretiens, par des leçons de choses données devant les ateliers de Mantasoa, par l’exemple de sa propre activité et de sa droiture, il acquit à notre civilisation comme à une religion la ferveur du jeune roi. Il en fit une âme si ouverte à la générosité, si éprise de charité et de justice que, souffrant de la misère infligée par les caprices de sa mère à son peuple, Rakoto le visitait en secret afin de le réconforter. Laborde posait des ponts là où beaucoup de paysans se noyaient à l’époque des crues, il soulageait lui-même les infortunés accablés d’impôts, il régnait incognito par ses bienfaits. Il s’était composé une escorte d’amis sûrs, élevés dans des idées larges, qui, dispersés dans l’Imérina, lui transmettaient les
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doléances craintives et s’appliquaient à réparer sous ses ordres les malheurs commandés par la reine. Cette vieille femme cachait avec art, sous le masque débonnaire « d’une bonne maman » au teint olivâtre, une âme torturée de cruauté. Elle n’aima jamais qu’un être : son fils Rakoto, et ne pleura qu’une fois : à la mort d’un taureau chéri en qui elle adorait l’incarnation de son ancêtre Andriana et auquel elle fit faire par toute la cour des funérailles somptueuses. Assiégée par des ombiasy et des sorciers, elle s’était laissée pénétrer contre les catholiques d’une haine amère que les missionnaires de l’Angleterre civilisée, associés au besoin aux jeteurs de sort, n’avaient nul scrupule d’envenimer. La vieillesse, à mesure que son visage se ridait, multipliait dans son âme les désirs cruels : il suffisait qu’une personne lui apparût en rêve la nuit pour qu’elle fût exterminée immédiatement. Chaque jour, quelqu’un mourait sur ordre royal, P dagascar (1893). verdi par le tanghin ou précipité d’un rocher, Une fois, tous les forgerons de Tananarive furent réquisitionnés pour river dans le fer, accrochés à une même chaîne, I 237 paysans.
Radama complota alors de renverser les conseillers favoris de la reine et adressa à Napoléon III une pétition où il lui demandait de les aider à délivrer le peuple. En vain Laborde attendit-il que le gouvernement de son pays répondît à ce prince qui, ayant appris de lui à personnifier en la France l’idéal de la justice et de l’humanité, avait mis en elle ses espoirs et sa foi. Et ce fut l’Angleterre qui agit — par la personne d’Ellis, politicien d’acuité shakespearienne qui fût resté médiocre en Angleterre, mais qui, jeté par sa destinée aventureuse aux pays sauvages, se trouva à l’aise dans un rôle dramatique à la cour exotique de cette reine sorcière capable des cabales de Richard III. Mis au courant du complot par ses fidèles, il redouta l’avantage que la France pouvait retirer d’une intervention en faveur du jeune roi élevé par Laborde, et fit dénoncer la conjuration à la vieille reine. Tous les chefs désignés périrent dans d’atroces supplices ; un ordre d’expulsion fut prononcé contre les Français. Après vingt-cinq ans de travaux qui avaient avancé de plusieurs siècles l’éducation de l’indigène, Laborde était chassé de Madagascar. Déguisé, car il était menacé de mort par sa mère, Rakoto venait, la nuit, en sanglotant, faire ses adieux à Laborde. On fit partir les Vahazas à petites, très petites journées, s’arrangeant de façon à les forcer de s’attarder aux étapes les plus malsaines pour les y exposer à la fièvre. Ainsi mourut Mme Pfeiffer. Quand, en 186I, la mort de Ranavalona livra le trône à Radama, celui-ci rappela son précepteur. Laborde vit sa Mantasoa réduite en ruines : il ne voulut reconstruire qu’en plus grand. Il fit décréter par le roi la liberté du commerce et des cultes, et la Compagnie de Madagascar, société française prête à exploiter les mines et les forêts de l’ile, fut approuvée par la charte de 1862. Ce n’était plus Mantasoa, sa petite cité ouvrière, qu’il reliait à Tananarive par un trafic industriel, mais toute la France, sa patrie, qu’il mettait en communication avec la Grande Ile par un mouvement continu de navires et d’échanges commerciaux. Alors se propagea, comme une épidémie, la conspiration de Ramanenjana. Fous trembleurs, simulant les délires des fièvres paludéennes, ils parcoururent Tananarive, avec des cris effrénés et des danses convulsives, et, se prétendant envoyés au nom de la reine défunte pour blâmer la conduite du nouveau roi trop favorable aux étrangers, menacèrent de mort les missionnaires, envahirent leurs assemblées, soulevèrent partout le trouble et l’anarchie, et l’on trouva, un matin, Radama étranglé avec une écharpe de soie. « Le roi est parti, le traité ne subsiste plus, » tels furent les termes évasifs et précis, par lesquels le premier ministre annonça à Laborde le meurtre de son disciple et l’annulation du commerce avec la France. Laborde, alléguant une réclamation impérieuse de Napoléon III, exigea du gouvernement hova qu’il payât une indemnité de 870 000 francs à la Compagnie française si brutalement lésée. L’Angleterre offrit de lui acheter la charte à un prix beaucoup plus élevé : Laborde n’était plus riche, mais refusa. montrer d’autant plus arrogante et tyrannique. Les Désormais l’autorité anglaise méthodiste put se conversions se multipliaient sous les coups de fouet. Les sujets qui avaient manqué les sermons du dimanche pour fuir ce qu’ils appelaient « la corvée », étaient sévèrement punis et des temples de pierre s’élevaient sur toutes les collines. Cependant
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(1868-1883). — LA GUERRE DE 1883-1885 les messes catholiques, célébrées en secret dans les paillottes, se voyaient immanquablement dénoncées et interrompues par l’irruption de faux fanatiques hovas. Il est prodigieux que Laborde songeât encore, sans désespérer, à l’avenir ! La maladie de la reine l’ayant appelé près d’elle, il la soignât avec un tel dévouement qu’elle ne le nommait plus que « mon père ». Quand, alanguie de neurasthénie, elle transporta, pour se distraire, sa cour à Andévorante, il l’y suivit à ses frais. Cependant il assure des relations avec les ministres et les premiers officiers, il se montre, il parle, il travaille à dissiper les préventions amassées contre la France, à combattre les erreurs répandues par l’astuce méthodiste. Plus tard, « comme père de la reine et premier ministre, » il l’accompagne dans son voyage triomphal au Betsiléo. Ce sont des cortèges interminables de filanzanes princiers enlevés au vol des bourjanes, des convois immenses d’hommes portant en balanciers des fardeaux de meubles, de tentures, de toilettes royales, les paquets de provisions, les attirails de la cour. Un orchestre de tambours, de flûtes, de violons, de grosses caisses joue tout le long du voyage à assourdir l’espace. Au-devant du palanquin doré où trône la reine, en robe jaune, sous un parasol écarlate, des paysans groupés depuis plusieurs jours pour attendre son passage, présentent les cadeaux de visite, des ballots de riz, des troupeaux de bœufs et de moutons, des paniers de volaille. Tout le Betsiléo, fertile en riz, fécond en bétail, ouvre à l’autorité hova, passivement, ses grandioses vallées MUSICIEN HOVA écharpées de rizières rayées. Laborde voit se dérouler devant lui la richesse de cette terre que l’effort conscient de toute sa vie rêva de donner à la France. Il ne reste pas à Fianarantsoa où campe la troupe royale : il fait des excursions, il explore le Sud des hauts plateaux qu’il ne connaît point. C’était un de ces tempéraments français, d’imagination constructrice, qui portent constamment en soi la poésie à la fois idyllique et inventive de la civilisation : il ne pouvait découvrir un paysage sans en goûter la beauté économique : il en scrutait promptement les ressources naturelles ; et la contemplation d’une terre vierge qu’il pressentait féconde, suscitait aussitôt en ce cerveau des visions animées d’une colonisation industrielle. Il finit par convertir la reine au catholicisme, ce qui était une victoire nettement française sur l’action méthodiste. Malade, la reine
le manda à Ambohimanga ; comme il ne pouvait pénétrer dans la ville sacrée, ce fut elle qui vint au-devant de lui afin que, sur la route, de l’eau d’une source malgache et de ses mains d’ouvrier français, il la baptisât chrétienne.
CAUSES DE LA GUERRE (1878-1884)Pour cet homme qui, représentant à lui seul la France devant l’ignorance malgache et devant la concurrence des Anglais, s’était ingénié pendant plus de trente ans à faire constamment prédominer l’idée française dans l’esprit indigène, si impressionnable et changeant, on ressent ce que fut le désastre de 1870. Il quitta Tananarive où l’influence anglaise pour longtemps allait triompher incontestée et se retira sur les ruines de Mantasoa. C’était un vieillard colossal ; un front large et bombé où se condensait la rudesse au travail, les sourcils droits et un peu durs où se fronçait l’effort autoritaire sur des yeux fins qui fixaient le but, la bouche contenue et loyale, de la résistance et de la décision dans le geste, lui gardèrent toujours l’apparence puissante d’un ouvrier. Mort à l’âge de soixantetreize ans, il fut enterré à Mantasoa près d’un serviteur africain que les indigènes nommaient « Monsieur Noir », et que Laborde avait aimé pour sa fidélité. Sa fin comme toute sa vie avait été extrêmement pieuse et la cérémonie religieuse prit une ampleur pontificale qui achève de marquer le caractère évangélique et la noblesse catholique de sa personnalité et de sa carrière. Son œuvre fut toujours le complément et souvent le supplément de celle des Pères, et c’est pourquoi la grandeur de son action puissamment et intégralement française, reste d’une pureté édifiante. M. Casas, qu’on savait résolu à faire respecter le Laborde fut remplacé par un consul ferme, traité. Il arrêta les sévices exercés contre nos prêtres et leurs élèves, notamment contre un membre de cette illustre famille réunionnaise de Villèle qui, après avoir fourni à la royauté un de ses plus énergiques ministres, a donné à Madagascar plusieurs de ses plus vénérables apôtres. Mais, laissé sans moyens, notre représentant officiel ne pouvait à lui seul contrebalancer l’action anglaise, l’usurpation protestante. En 188i des lois scolaires renforcèrent sa tyrannie. On y ajouta tout un code civil de 305 articles qui ne furent rigoureusement appliqués que quand ils atteignaient les Français. Le conseiller britannique de Rainilaiarivony, Parrett, directeur de l’Imprimerie royale, n’hésita souvent pas à modifier le texte des lois et fit créer plusieurs ministères dont l’activité devait tendre à déposséder partout les Français, notamment les héritiers de Laborde à qui l’on offrit en échange des biens de leur oncle, évalués 2 millions, la somme dérisoire de 300 000 francs puis de 25000 francs.
155Ces diverses codifications et administrations imprimèrent au gouvernement hova une apparence de civilisation qui valut à sa souveraineté d’être reconnue en Europe et jusqu’en Amérique ; mais d’autant ses prétentions s’accrurent et le précipitèrent à des excès qui le firent glisser insensiblement, aveuglément, jusqu’à la guerre.Les prédicants anglais en furent les principaux fauteurs en promettant le secours militaire de leur pays au cas de conflit. L’amiral Jones monta lui-même à Tananarive et s’offrit pour soumettre les Sakalaves, protégés de la France. Parrett avec deux révérends se rendit sur la côte Nord-Ouest pour persuader par d’imprudentes tromperies les rois sakalaves de répudier notre protectorat.
De tous ces agissements, le consul Raffray, puis son successeur Baudais prévinrent le président du Conseil Duclerc qui avait succédé à M. de Freycinet ; après qu’on eut averti le gouvernement hova, le commandant le Timbre fut chargé d’aller avec sa flotte enlever le pavillon hova des points de cette côte où il était arboré. Sur-le-champ Parrett fit expédier à Paris, à Londres et à Berlin une ambassade hova ; elle coûta très cher et n’aboutit à rien. Des bruits de guerre courant à Tananarive, Rainilaiarivony les démentit publiquement ; mais les missionnaires protestants embrassèrent si chaudement les intérêts des Hovas contre la France qu’ils excitèrent la population jusqu’à rendre inévitable une expédition que notre Parlement n’avait pas la moindre envie d’entreprendre.
LA GUERRE DE 1883- 1885Quelques historiens européens, séduits par leur propre érudition en langue et histoire malgaches, ont écrit que nous nous étions trouvés en 1883 « en présence d’une nation organisée, policée même ». Or les « ministres » n’avaient ni local pour leur administration ni bureaux à leur domicile personnel, ni employés d’aucune sorte ; leurs titres nouveaux ne légitimaient qu’une extension d’abus. Seul, le premier ministre usait de trois secrétaires assez actifs. Cette fausse civilisation n’était qu’une anarchie dirigée : et par qui ? par quelques tyrans négroïdes volontiers cruels et constamment prévaricateurs. parait une minuscule expédition : il entendait bien ne Le gouvernement français, enfin décidé à agir, préfaire qu’une simple démonstration. Ce fut une démonstration de sa faiblesse et de ses ignorances. On croyait à Paris que, pour réduire les Hovas, il suffirait de bombarder quelques points de la côte et d’occuper les ports : on ne mit sous les ordres de l’amiral Pierre que quelques centaines de soldats.
Heureusement François de Mahy, député de la Réunion, se trouvait alors ministre de la Marine par intérim. Il rédigea les instructions pour l’amiral et les renforça de recommandations verbales extrêmement énergiques. Plusieurs fois questeur et vice-président de la Chambre, il jouissait d’une autorité personnelle qui lui valut au cours de ces trois ou quatre années d’être choisi trois fois pour ministre. Protagoniste de l’expansion coloniale, il a mérité d’être célébré par Galliéni comme « celui à qui la France doit de voir son drapeau flotter sur Tananarive » et les historiens métropolitains commencent à rendre hommage à cette grande et pure figure de patriote militant, à citer les « discours prophétiques » dont il ne cessait, bien avant cette expédition, d’édifier le parlement sur les richesses de la Grande Ile, sur la douceur et la fidélité des populations côtières, sur la nécessité d’établir à Diégo un port en eau profonde et une colonie de peuplement au moins dans le Sud, sur l’ampleur féconde VUE DU BLOCKHAUS DE AMBOUDIMADIROU (D’après un dessin de l’Univers illustré). d’une politique française de l’Océan Indien que nous imposaient nos droits historiques et la valeur expansive des Réunionnais. II était vigoureusement appuyé par l’autre député, Dureau de Vaulcomte et le sénateur Milhet, ancien médecin de la cour hova, par l’ardente population de son île dont plusieurs enfants dirigeaient à Paris des organes coloniaux, tel Pierre Alype député de l’Inde qui interpella souvent sur Madagascar. La formation enthousiaste d’un bataillon de volontaires créoles ne contribua pas peu à donner plus de portée à la fermeté et à la largeur des vues de François de Mahy, qui évoquait sans cesse avec le nom de Richelieu les grandes traditions de la marine française.
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L’amiral Pierre, dont la flotte devait se maintenir autour de la Grande Ile, arriva à Nossi-Bé le 30 avril 1883, prit Majunga et le fortifia. Aussitôt à Tananarive le Comité des sept (Anglais) demanda l’expulsion de tous les Français : Rainilaiarivony constitua un parlement d’une centaine de prêcheurs, tous anciens élèves des Anglais, qui poussa un cri de mort contre les missionnaires catholiques. Mais le premier ministre s’écria : « Nous ne sommes point des barbares, » et il leur accorda quelques jours pour expédier leurs bagages.
157Or près de 80 000 indigènes avaient embrassé le catholicisme ; 530 maîtres instruisaient près de 20000 élèves : c’était cette œuvre que les Anglais voulaient anéantir ; mais le premier ministre, craignant les représailles, tint à honneur de faire du moins respecter les propriétés. Cependant les Français furent tracassés, privés de porteurs, molestés et dépouillés dans leur voyage jusqu’à la côte qu’ils durent souvent faire à pied ; ceux de Fianarantsoa et Ambositra furent tellement malmenés et brutalisés que plusieurs en moururent.
L’amiral Pierre, survenu à Tamatave pour une action prompte et radicale, envoyait à Tananarive un ultimatum qui sommait de céder le Nord de Madagascar audelà du seizième parallèle ; de reconnaître à nos nationaux le droit de propriété ; de payer une indemnité de un million aux Français, y compris les héritiers Laborde.
Arrivé à Tananarive le 5 juin, l’ultimatum fut repoussé le jour même ; INTÉRIEUR D’UN BLOCKHAUS et le 7 se tint place d’Andohalo un immense Kabary — très curieuse cérémonie oratoire où se décèle bien la psychologie de cette « nation » — tout en gestes et déclamations destinés à échauffer la xénophobie dans des esprits plutôt passifs. L’Anglais Willougby, auparavant colonel au Zoulouland, fut nommé généralissime. L’amiral ayant occupé Tamatave mais n’ayant pas assez d’hommes pour tenir la campagne à l’entour, Willougby fit fortifier Farafate qu’il ceignit de souterrains où ses soldats se réfugiaient pendant les bombardements. Les Anglais, à Tamatave même, prenant fait et cause pour les Hovas, l’amiral Pierre emprisonna le missionnaire Shaw accusé d’avoir voulu empoisonner nos soldats débarqués.
158A Paris le nouveau ministre des Affaires étrangères, M. Challemel-Lacour, se montrait soucieux de ménager l’Angleterre ; ayant reçu de vives et pressantes réclamations du Foreign Office, le gouvernement ordonna à l’amiral de relâcher le missionnaire que tout Tamatave s’attendait à voir condamné et lui accorda même une indemnité de 25000 francs. Invité à plus de modération, l’amiral Pierre, malade, humilié, demanda son rappel et mourut en mer avant de revoir son pays. Il a laissé dans l’Océan Indien mémoire et figure de victime, ennoblie d’un patriotisme stoïque. « Héros et martyr de la cause française, » proclama F. de Mahy.
Depuis l’ouverture des hostilités notre parlement, peu enclin à la politique coloniale, se voyait engagé dans une autre campagne où les difficultés apparaissaient infiniment plus graves et les efforts nécessaires plus importants : la guerre du Tonkin était commencée. « Quelle que fût alors l’autorité du président du Conseil Jules Ferry, pouvait-il espérer du parlement des sacrifices suffisants pour conduire à la fois et avec la même énergie deux expéditions ? » (Martineau). LA REINE RANAVALO L’affaire Shaw fut un prétexte britannique pour « paralyser l’activité française ». Shaw revint à Madagascar où il continua d’opérer.
Le 13 juillet mourait Ranavalo II, qui fut remplacée par la plus docile de ses nièces, pauvre, laide mais jeunette, enfant inculte dont la principale distraction resta de s’amuser durant des heures au cerf-volant. On ne lui en fit pas moins prononcer des proclamations énergiques. Ces discours sont caractéristiques : toujours on y invoque l’œuvre d’Andriana et il n’y a pas de doute que celle-ci ne se soit maintenue durant tout le siècle l’exemple suprême, le testament et presque la seule leçon de conscience nationale et de souveraineté, — d’indépendance.
Paris avait recommandé à l’amiral Galiber une attitude très conciliante. « Si, au lieu de rester tout le temps à bord de son navire et de n’en descendre que pour avoir avec les envoyés hovas des conversations oiseuses, il s’était donné la peine de
159LE REGNE DE RANAVALO II
(1868-1883). — LA GUERRE DE 1883-1885 voir par lui-même et non pas à travers les inspirations venues de Paris, l’amiral aurait fait de la meilleure besogne. » (F. de Mahy). Il ne disposait que de 8oo hommes, dont beaucoup malades. Fort-Dauphin ayant été bombardé, la garnison hova fugitive fut massacrée par les Antanossy qui appelèrent les Français. Mais Galiber ne put pas plus occuper le salubre Fort-Dauphin que soutenir les Sakalaves. Ceux-ci se virent dispersés par les Hovas qui ouvrirent ensuite des pourparlers. L’amiral demandant l’abandon par eux de la côte Nord-Ouest et leur recul au-dessous du seizième parallèle, la guerre continua mollement. Anglais et Américains en profitaient pour développer leur commerce. Le ministre protestant Pickersgrill, nommé vice-consul britannique, débarquait à Fénérive, visitait en allié les troupes hovas à Farafate, était reçu triomphalement à Tananarive.
L’opinion française finit par s’agacer de cette guerre qui traînaillait depuis neuf mois sans résultats. Le comte de Mun interpella et exposa la question dans son ampleur, fonda notre revendication sur nos droits historiques et les négociations diplomatiques de 1816, le désaveu formel de Farquhar par le Foreign Office : la Chambre décida de maintenir nos conditions. Galiber fut remplacé par l’amiral Miot, l’effectif des troupes augmenté, le ton des négociations devint plus énergique. « Je ne viens pas ici pour demander la reconnaissance de tels ou tels droits mais pour les exercer et imposer le respect. N’ayez plus aucun espoir de remettre vos UN GUIDE BARA pavillons sur la côte Nord-Ouest : elle est désormais sous la protection effective de la République. Nous n’abandonnerons jamais Majunga et nous ne quitterons Tamatave que lorsque nous le voudrons. Voici les bases principales de la paix : réparations et garanties dues à nos nationaux, 3 millions d’indemnité ; droit de propriété inscrit dans le traité de 1868 ; réparations aux particuliers de toutes nationalités. » L’amiral Miot essaya de soulever les Sakalaves, mais ils attendirent en vain l’installation d’un poste pour les soutenir, et les Hovas s’en gaussaient à Tananarive. Le bombardement de Mahanoro ne les impressionna pas davantage : « Nous avons 200 autres endroits où abordent les navires, » ricanaient-ils. La contrebande des armes s’effectuait largement. Les temples protestants versèrent 100 000 francs afin d’adoucir les privations des soldats malgaches.
160INCOMPRÉHENSIONS ET HÉSI- TATIONS PARLEMENTAIRES
Chambres 5 millions pour faire face aux dépenses ; Jules Ferry, le 22 juillet, demanda aux Mgr Freppel invoqua la nécessité de monter à Tananarive ; mais l’assemblée se prononça pour que nos troupes restassent sur les côtes. Le consul Baudais, fort expert, persistait à affirmer qu’il fallait marcher sur la capitale, renverser au besoin le gouvernement actuel et imposer le protectorat. Vohémar fut occupé après combats, fortifié, civilisé, colonisé ; puis Diégo-Suarez. Mais les Français se lassaient de cette guerre sans nerf ni moyens radicaux. Jules Ferry se voyait de jour en jour plus attaqué à cause du Tonkin. Ce fut alors qu’eut lieu à Paris « l’incroyable réunion de l’Hôtel du Louvre où quelques protestants de France, égarés par les rapports mensongers des quakers de Tananarive », osèrent peser sur la politique de notre gouvernement pour lui faire abandonner tout projet d’établissement à Madagascar. Frédéric Passy et Pressensé soutinrent les Gillett et les Saillens dont un livre exposait que notre abdication serait un bienfait pour la civilisation. Le 23 mars 1885 Jules Ferry demanda I2 millions pour terminer la guerre, mais il tomba peu après et fut remplacé par M. Brisson qui avait pris M. de Freycinet comme ministre des Affaires étrangères.
Les préliminaires de paix en Extrême-Orient avaient été signés. Le Parlement vota les crédits de 12 millions pour Madagascar à l’énorme majorité de 277 voix contre 120. « Il y avait donc dans le Parlement, même après la prétendue défaite de Lang-Son, une majorité pour soutenir tout gouvernement qui aurait voulu prendre à Madagascar une attitude énergique. » (Martineau). M. de Freycinet en convient lui-même : « Une partie de la Chambre proclamait nos droits historiques et poussait à la conquête... Les droits étaient certains, les traités scandaleusement violés. » Cependant, protestant, donc ménager par correligion de l’Angleterre jusqu’à la faiblesse, il inclinait à l’abandon. Les plus hautes et décisives responsabilités incombent à cet homme politique qui fut sa vie entière le leader de l’hésitation. On a pu dire avec finesse qu’il était décidé à ne pas prendre de décisions. Il se vante presque dans ses Souvenirs d’avoir remplacé la Résolution (Jules Ferry) par l’Irrésolution. « Je me trouvais en présence d’une situation extérieure aussi critique que celle de 1882. Il y avait à fermer au plus vite les deux plaies du Tonkin et de Madagascar. La France résolue à poursuivre énergiquement les hostilités si les circonstances l’exigeaient, souhaitait d’être soustraite à ces nécessités. Les surprises et les à-coups du ministère précédent l’avaient lassé. Elle était impatiente de voir clore l’ère de ce qu’on appelait les aventures. Nous arrivions comme les liquidateurs plutôt que comme les continuateurs de la politique engagée. »
161LE REGNE DE RANAVALO II
En conséquence M. de Freycinet rappela Baudais, écouta les Anglais Parrett et Procter amis de Rainilaiarivony, qui « le convainquirent de la futilité du protectorat français ». (Oliver) et envoya à Tamatave le consul Patrimonio pour aider l’amiral Miot à négocier. Celui-ci se trouvait également gagné à la mollesse. Né à la Trinitad, élevé à Dublin, il affectait de donner aux Anglais en toute saison les marques de sympathie les plus déférentes. Comme il avait sollicité un bon interprète au ministre de la Marine, l’amiral Galiber en demanda un au supérieur de la mission jusque-là établie à Madagascar qui manda de la Réunion le Père Delbosc : loin de l’employer, l’amiral Miot se récria : « Qu’en dirait la gauche ? » Il ne voulut pas davantage se faire assister de M. Campan, chancelier du Consulat, préférant se fier aux Malgaches et à Willougby. Il n’hésita pas à condamner aux arrêts
HISTOIRE DES COLONIES, T. VI
COMPAGNIE DE FUSILIERS-MARINS A MADAGASCAR (1884) (Diaprès une aquarelle de Detaille).
162 PATRIMONIOle capitaine Pennequin qui, ayant pris l’offensive sur la côte Nord-Ouest pour y défendre nos alliés Sakalaves décimés par l’Anglais Shervington, y avait remporté la seule affaire glorieuse de l’année, mettant en fuite 2 000 Hovas avec ses 120 hommes dont 70 Sakalaves. L’amiral Miot s’étant cependant décidé à prendre Farafate, y demeura par inconsistance sous le feu de l’ennemi qui nous tua des hommes et obligea à la retraite. Madagascar, que Jules Ferry se réservait de conquérir après le Tonkin, fut abandonnée par M. de Freycinet comme une mauvaise affaire. L’amiral Miot traita avec l’Anglais Willougby et il devait même ensuite porter un toast flatteur aux Hovas qui l’avaient fait reculer à Farafate. Le traité négocié par MM. Miot et Patrimonio réservait à la France, sans les lui assurer — faute de netteté — la représentation de Madagascar dans toutes ses relations extérieures ; un résident français y présiderait, sans s’immiscer dans l’administration intérieure « des états de Sa Majesté la reine ». Il habiterait à Tananarive. Les Français pouvaient résider, circuler et faire commerce librement partout, louer toutes propriétés par baux emphytéotiques, prendre à leur service des indigènes ; l’exécution des contrats était garantie par la reine. Elle confirmait expressément la liberté de conscience et la tolérance religieuse. Elle verserait Io millions d’indemnité. Jusqu’au paiement, Tamatave serait occupé par nos troupes. La France prêterait assistance pour la défense de Madagascar. La reine promettait expressément bienveillance pour Saka- AMIRAL MIOT laves et Antankares. Nous gardions Diégo-Suarez avec droit d’y faire toutes installations à notre convenance.
Deux mille soldats malgaches étaient morts de fièvre et de misère durant cette guerre. Rainilaiarivony se voyait obligé de signer la paix par l’irritation croissante du peuple et les intrigues des nobles qui se croyaient assurés de le renverser enfin et menaçaient même de l’assassiner. De nombreuses tribus se soulevaient. Sur tout le pourtour de la Grande Ile le drapeau français n’avait pas un instant cessé de flotter, maintenu jusqu’à Saint-Augustin et au cap Sainte-Marie par la hardiesse de notre marine créole et des maisons réunionnaises, la fidélité des populations habituées à traiter avec elles.
163Dans ces conditions et pour bien des raisons, ce traité était un compromis, pour ne pas dire une compromission, et un pis-aller, rédigé par des plénipotentiaires sans caractère ni psychologie, invités aux concessions par un ministre des Affaires étrangères qui n’avait qu’une connaissance très médiocre des questions coloniales et un sens restreint de la mission de la France dans le monde. Le traité qui ne nous faisait même pas rembourser les frais de la guerre contenait toutes les possibilités de contestations et difficultés. Tout au plus, s’il était reconnu par l’Angleterre et l’Allemagne, pouvait-il, — en les y obligeant, — permettre à des ministères plus prévoyants et résolus d’engager une nouvelle guerre qui n’entraînât point de complications diplomatiques. Il imposait donc qu’on négociât au plus tôt sa reconnaissance.
Une fois signé à Tamatave par le représentant de Rainilaiarivony, il fut expédié à Tananarive où l’on pesa mûrement toutes clauses. Rainilaiarivony estimait que cet acte lui laissait notamment le droit de conclure à sa guise des traités de commerce avec les étrangers et il demanda des explications sur le chiffre de l’escorte militaire et l’étendue des territoires de Diégo-Suarez. Par lettre MM. Miot et Patrimonio promirent que l’escorte serait réduite à cinquante hommes, que le territoire ne dépasserait pas un mille et demi dans tout le Sud de la baie, que « la reine pourrait continuer de négocier des traités de commerce avec les puissances autant qu’ils ne seraient pas contraires aux stipulations du traité ».
Cette lettre devenue fameuse est encore plus grave et accuse, accentue la faiblesse de l’hypocrite traité, la complaisance de ceux qui les ont rédigés l’une et l’autre. MM. Miot et Patrimonio « y dépassaient leurs pouvoirs, déclare M. Le Myre de Vilers, des agents n’ayant point qualité pour interpréter les termes d’un acte arrêté par le gouvernement qu’ils représentent. Quoique leurs déclarations fussent sans valeur au point de vue du droit international, elles n’en pesèrent pas moins d’un grand poids dans nos relations ultérieures avec la cour d’Emyrne. Le premier ministre les invoqua continuellement pour se dérober aux obligations du traité », comme l’y engageait le consul anglais. M. Le Myre de Vilers, nommé résident général, dut les désavouer catégoriquement : ce qui ne manqua point d’entraîner plus promptement la seconde guerre commandée par le traité.
La lettre ne fut pas soumise à l’approbation du Parlement. Malgré les protestations de François de Mahy et Dureau de Vaulcomte rentrant de leur voyage
164tout autour de Madagascar, il ratifia le traité avec cette hâte d’en finir par économie qui a provoqué tant de recommencements onéreux et d’expéditions meurtrières. La façon dont le gouvernement et le Parlement ont mené « cette affaire » de Madagascar et celle du Tonkin les ont fait juger très sévèrement par la grande majorité des historiens. Les parlementaires des législatures su ). plus indulgents. Le rapport de M. Chautemps en 1894 contient ce jugement capital : « La campagne de 1883-1885 n’eut rien de glorieux pour nos armes ni pour notre prestige, nos soldats étant restés bloqués sur deux ou trois points de la côte, cantonnés dans la zone fiévreuse. Elle n’en a pas moins coûté, en dépenses spéciales inscrites au budget, plus de 26 millions . » « L’impression qui reste de la lecture du Livre Faune, déclara dès 1886 à la tribune M. de Mahy président de la Commission, c’est que d’un bout à l’autre de cette affaire nous n’avons eu qu’une peur, la peur du succès, la crainte de réussir. Nous avons fait là une guerre sui generis, anodine pour l’ennemi, pénible pour nous. Il semblerait que nous n’ayons eu qu’un
ANSE AUX TORPILLEURS
ANSE AUX TORPILLEURS, d’après de Kergovatz : Une semaine à Diego-Suarez (1892). Dessin de Slom dans le Tour du monde
165 L ES RÉSIDENTSsentiment : ménager l’ennemi, ne pas lui faire du mal, tandis que lui ne négligeait rien pour arriver à nous jeter à la mer et que nos soldats tombaient malades d’ennui et de chagrin bien plus que de fièvre. » liques, les intérêts de la foi avaient été défendus avec un courage, Pendant l’expédition, les biens et les personnes des cathoune intelligence et un zéle admirables par la belle-fille du premier ministre, Victoire Rasoamanarivo : l’Histoire de la France coloniale doit conserver avec prédilection son nom après celui de Radama II, déjà, en soi, pour l’infatigable et presque héroïque mérite de sa ferveur pour la plus puissante forme de notre civilisation et aussi parce que dans son exemple se symbolisent les nombreuses possibilités de spiritualisme qu’on refuse systématiquement à sa race. Dans nos espoirs et dans nos desseins nous n’avons point ménagé au catholicisme la part que lui devraient valoir son génie, ses réalisations et la docilité artiste des Malgaches à une aussi symphonique discipline. C’est pourquoi aussi la chronique des faits essentiels doit suivre avec émotion Mgr Cazet qui, sacré évêque en 1885 et nommé vicaire apostolique de Madagascar, vint immédiatement prendre avec autorité la direction de son troupeau persécuté où la France devait trouver ses plus fidèles auxiliaires.
Comme premier résident notre gouvernement envoya, du moins, un homme de premier plan : M. Le Myre de Vilers. Il avait alors cinquante-trois ans. Il en avait passé douze dans la Marine dont il s’était retiré avec le grade de lieutenant de vaisseau, avait été aide de camp de l’amiral de La Roncière pendant le siège de Paris et était entré dans l’administration où « son endurance physique, son courage réfléchi, son tact et sa finesse » devaient lui valoir la plus haute consécration du président Freycinet. Successivement directeur sous Chanzy en Algérie, préfet, gouverneur de Cochinchine, où il avait fondé la prospérité française et réprimé sévèrement l’insurrection, il affirmait des compétences opportunes, du sang-froid, de la diplomatie, la psychologie des indigènes, une autorité fortifiée d’une vive indépendance de caractère. Celle-ci l’avait fait révoquer brutalement de son dernier poste et lui valait cette compensation. Plus que difficile apparaissait son rôle inaugural de résident au lendemain de l’expédition qui ne laissait ni vainqueurs ni vaincus : n’allait-on pas le regarder tout de suite comme l’homme d’entre deux guerres, l’hôte qui vient espionner ?
DE VILERSM. de Freycinet jetait aussitôt sous ses pas ces glissantes instructions : « Je tiens à vous signaler la nécessité d’éviter ce qui pourrait inutilement porter ombrage aux Hovas. » Il fit son entrée à Tananarive accueilli par une salve, mais ce ne fut que deux mois et demi après que notre drapeau fut solennellement arboré. Aucun logement n’avait été préparé pour le recevoir ; par ordre ses bagages restèrent trois mois en route et tout ce temps il dut, avec son personnel, loger et vivre à la malgache dans de mauvaises cases où l’on couchait sur des nattes, ce que l’on avait prémédité pour rabaisser notre prestige. Rainilaiarivony avait fait le vide autour de lui, ayant obtenu de l’amiral Miot que M. Campan, neveu expérimenté de Laborde, fût éloigné de Tananarive. M. Le Myre de Vilers arrivait avec des collaborateurs de toute confiance MM. d’Anthouard et Ranchot, le médecin de marine Baissade et le capitaine Lavoisot : tous se trouvèrent immédiatement aux prises avec les difficultés insidieusement entremêlées. Avec patience et courage ils entreprirent l’étude du pays, parcoururent une partie de la Grande Ile pour recueillir sur place les documents. L’austère volonté du résident finit par juguler quelque temps les artisans acharnés de réaction. A peine installé, il apprit que le méthodiste Kingdon avait obtenu du premier ministre un contrat en vertu duquel il prêtait 20 millions à 7 pour 100, recevait en retour le droit de percevoir tous les revenus des douanes avec le privilège d’une banque d’Etat émettant billets et frappant monnaie : c’était établir le protectorat financier des Anglais, et, en cas de conflit, l’Angleterre eût eu à intervenir pour protéger les intérêts de ses nationaux. Rainilaiarivony eut beau faire état de la lettre Miot-Patrimonio pour attester qu’un tel contrat représentait un acte d’administration purement intérieure, M. Le Myre de Vilers déclara sans ambages que la France y ferait opposition. Des notes officieuses parues dans les grands journaux parisiens en déclarèrent la nullité, ce qui fit éconduire Kingdon par les banquiers de Londres. Cependant, sur l’avis de notre résident, le Comptoir d’Escompte avait dépêché à Tananarive deux agents, qui, ayant installé une succursale, se mirent à la disposition du premier ministre : celui-ci se vit dans l’obligation de recourir à eux, mais il borna son emprunt à 16 millions à 6 pour 1oo.
166La délimitation de Diégo provoqua un second incident, bientôt aigu. Notre résident entendant étendre notre colonie jusqu’à vingt kilomètres dans le Sud, sans quoi il était impossible de protéger et ravitailler un port de guerre, Rainilaiarivony fit publier en trois langues la lettre Miot que nous dûmes désavouer comme sans logique ni valeur ; une mission de délimitation franco-hova fut envoyée sur les lieux et, comme elle ne lui donna pas satisfaction, il déclara qu’il lui importait peu après tout de régler le différend à Tananarive. La France envoya à Diégo un gouverneur qui élargit progressivement la colonie jusqu’à trente-six kilomètres où se trouvait une montagne de climat sain. Ainsi s’élucida la substantielle vérité, trop souvent méconnue, qu’avec les Hovas mieux valait ne pas discuter mais agir.
167 SUBERBIESur ce, le même Willougby, qui avait signé le traité, entreprit de le violer. II se fit envoyer comme ministre plénipotentiaire à Londres où il établit le siège d’une légation. Mais il fut évincé à Londres comme à Paris, s’il fut reçu à Berlin et à Rome. Partout il dépensa avec faste, chamarré de décorations invraisemblables, en fol équipage. Il y fut aidé par Parrett qui, comme nombre de ses confrères, n’avait pas tardé à abandonner les missions pour le commerce et la spéculation sur affaires et concessions fallacieuses. De retour à Tananarive, Willougby se posa en triomphateur et sa morgue porta ombrage au premier ministre qui le fit passer en jugement pour dilapidation, Parrett servant lui-même de témoin accablant : condamné par un tribunal composé de quinze prédicants anglais et malgaches, il fut arrêté et expulsé. Cependant nous poursuivions lentement notre entreprise de civilisation, ardue dans un pays de paresse xénophobe où tout retourne si vite à la sauvagerie. Le paiement des indemnités fit refleurir le commerce. Nos citoyens obtinrent des concessions. Un ingénieur français fut engagé. M. Suberbie développa ses opérations minières. Rapidement nous installâmes le télégraphe entre la capitale et Tamatave. Sur les conseils du résident, douze jeunes Hovas allèrent faire leurs études supérieures en France. Le fils du premier ministre fut envoyé en ambassade de félicitations à Paris où son père ambitionnait lui faire prendre honneurs et titres à sa succession. Mais, le consul américain ayant demandé l’exequatur à notre résident, Rainilaiarivony voulut s’interposer, l’accorder directement : M. Le Myre de Vilers amena le pavillon ; on tomba alors d’accord sur un compromis et notre gouvernement laissa en suspens cette très grave question. Les dangereuses intrigues se corsaient. Les hommes s’énervaient.
Parti en congé, M. de Vilers fut remplacé par M. Larrouy. Ce jurisconsulte distingué évita toute exagération tout en protégeant notre commerce et introduisant le matériel nécessaire à imprimer deux journaux, un français, un malgache officiel. Il ajouta aux vice-résidences de Tamatave et Majunga celles de Fiaranantsoa
168où s’installa le docteur Besson qui devait acquérir prestige et autorité, et Nosi-Vé où M. Campan reçut pour tâche de protéger nos commerçants contre les tribus sauvages du Sud-Ouest. Un jeune homme énergique, M. Estèbe, fut mis à Mourousang. Ainsi, peu à peu, çà et là, nous faisions avancer d’excellents agents chargés d’étudier les pays et les races. En vain les consuls anglais cherchaient-ils à nous discréditer partout, un de leurs compatriotes M. Wilkinson célébrait dans la Cloche de Tamatave M. Le Myre de Vilers, « ennemi des aventuriers qui avait fait partout respecter le nom français ». Et, un journal anglais de Tananarive ayant publié contre notre résident une diatribe intitulée : Pourquoi ne l’a-t-on pas tué ? le gouvernement malgache en blâma sévèrement l’éditeur. Les excès des ennemis, progressivement, servaient notre cause.
M. Le Myre de Vilers accepta de revenir, mais à contre-cœur. Il était déjà aigri par la situation délicate qui résultait pour lui de cette guerre larvée où s’essayaient les Hovas et la faiblesse du gouvernement français. Tandis que les Anglais soutiennent énergiquement leurs agents, la France qui confie aux siens l’honneur du drapeau ne leur donne pas les moyens de le faire respecter, aimer et célébrer. L’honneur alors n’est plus qu’un mot de tribune : au loin, à Madagascar, nos résidents ont particulièrement souffert de ces abandons ! Réduit à l’inaction, du moins M. de Vilers tint-il à relever le prestige de son pays, étonnant les Malgaches par sa prodigalité. Il ne marchandait peine ni temps pour étudier, et força la reine à une expédition qui réduisit les Mahafalys menaçant sans cesse les vies et biens de nos colons près de Tuléar.
M. BOMPARDIl quitta définitivement Madagascar en juillet 1889. M. de Freycinet assure dans ses Souvenirs que, si ses successeurs avaient soutenu M. Le Myre de Vilers, nous eussions de pièce en pièce étayé, développé et consolidé notre protectorat, évité la guerre de 1895. MM. de Mahy, Pierre Alype et d’autres députés, qui connaissaient les Malgaches, l’estimaient aussi ; mais il eût fallu en acheter un certain nombre. On ne s’épargne les guerres, les morts de ses soldats qu’en répandant quelque argent ; il nous eût suffi de verser le quart de ce que distribuaient les Anglais... contre nous. L’avarice du Parlement, l’insouci des gouvernements, limpréparation ne le permettaient point. collaborateur le plus actif de M. Cambon en Tunisie : il s’en- Le résident général qui succéda, M. Bompard, avait été le tendait donc en matière de protectorat. « Travailleur infatigable, homme de grand sens, calme et bienveillant, doué d’une rare énergie, n’hésitant pas devant les responsabilités, il était fait pour réussir si ce fût possible à Madagascar. » (Martineau). Il fit entrer au service du gouvernement malgache un capitaine chargé d’organiser les troupes indigènes et fournit de nouvelles facilités à nos entreprises. Il développa notre service postal régulier jusqu’au Sud et au Nord, installa une agence résidentielle à Mananjary. Mais son plus beau titre reste la décision qu’il prit d’édifier, pour dominer la broussaille de difficultés et de lenteurs qu’on opposait à notre action, des monuments marquant notre emprise pacifique mais inébranlable.
169Il résolut d’abord la construction pour la Résidence, à Tananarive, d’un palais qui imposât aux Malgaches tout en nous constituant une clientèle d’ouvriers : direction et surveillance furent confiées à l’architecte Jully qui y déploya une merveilleuse patience, éleva dans le style Louis XIII un édifice grandiose et fini qui sert encore aujourd’hui de demeure au gouverneur général et sut s’attirer nombre d’amitiés indigènes parmi les Malgaches touchés par sa déférence et son érudition. « Quand elle fut achevée, les indigènes furent frappés d’admiration et de terreur, la Maison de pierre fut à leurs yeux comme une prise de possession de Madagascar par les Français. » (Martineau). Puis M. Bompard facilita l’achèvement de l’Observatoire sur un sommet à deux kilomètres de Tananarive. Après avoir fait en 1888 son apprentissage d’astronome et de météorologiste en Irlande, le R. P. Colin avait commencé ses premiers travaux dans une baraque en planches. Tout à la fois architecte et charpentier, ce modeste et admirable jésuite se mit délibérément à un bel édifice en pierres de taille et briques, supportant un grand dôme de quatorze mètres. Il établit dans l’ile onze stations météorologiques qu’il munit des instruments nécessaires. Cette œuvre imposante exerça jusqu’en Europe un prestige spirituel et scientifique qui donna son caractère élevé à l’action entreprise par la France dans cette terre lointaine et nue.
Tout à coup le 5 août 1890 les dépêches annoncèrent l’accord par lequel l’Angleterre, en échange de Zanzibar, reconnaissait notre protectorat sur Madagascar. En Europe cet acte, qui répondait à l’impérieux besoin d’ordre universel, concluait une assez longue négociation : en mai encore la Conférence internationale, réunie à Bruxelles pour réglementer l’exportation des armes en Afrique, avait sollicité (dit le rapporteur Chautemps) une déclaration de nos plénipotentiaires qui consacrât l’existence de notre protectorat sur la Grande Ile. Mais là-bas l’émotion fut profonde. La nouvelle parut une déclaration brutale à la cour d’Emyrne que l’on n’en avait même pas prévenue, qui s’y était toujours opposée. Anglais comme Français furent taxés de duplicité. Aussitôt le gouverneur hova évacua Tamatave et entreprit des fortifications sur les contreforts. A Tananarive M. Bompard, qui pour-
170tant n’avait même pas été pressenti, fut considéré comme un ennemi hypocrite et on commença les préparatifs de guerre ; on commanda des armes en Europe. L’intrigue, P’action malgache, s’exacerbait, s’envenimait : la cour d’Emyrne préparait et voulait la guerre parce que Paris donnait l’impression de la faiblesse et de l’indifférence. Notre autorité se vit sans cesse éludée. Une immense concession minière ayant été accordée sans notre autorisation à l’Anglais Kingdon, M. de Mahy interpella M. Ribot. Cependant les sujets britanniques multipliaient les pétitions au Foreign Office contre la cession du droit de juridiction : et la presse de Londres, alertée, se montrait acharnée. Shervington fut rappelé du Cap à Tananarive où il reprit ses fonctions d’instructeur de l’armée.
M. LARROUYDès 18gı le résident général avertit le Quai d’Orsay qu’on ne pourrait éviter de recommencer l’expédition, et de la mener cette fois jusqu’à Tananarive. « Nous avions le temps de la préparer. Le gouvernement d’alors se renferma dans une attitude de temporisation, ne prépara rien, n’entreprit aucune étude, de crainte que sa prévoyance ne lui fût reprochée par le Parlement comme une idée préconçue de rupture. » (D’Anthouard). pard. Il s’adjoignit M. Ranchot connu dans toute l’ile pour son M. Larrouy fut envoyé de Dublin pour remplacer M. Boménergie et il s’attacha à dresser le bilan des griefs français, édifiant ainsi une maîtresse pièce de comptabilité diplomatique. Tous nos nationaux perdaient, soit leurs situations auprès du gouvernement hova, soit leurs concessions, vies et biens se voyaient sans cesse menacés par un vrai système de brigandage intensifié. En mai 1893 un gros débarquement clandestin d’armes à Vatomandry impressionna lopinion à Paris : le premier ministre prétexta qu’il avait à réprimer un soulèvement au Boueni, mais cette province était précisément celle où il s’attendait à être attaqué par la France et il fit parachever ses commandes par ses émissaires anglais. « Les Français, gouaillait-il, sont des chiens qui aboient mais qui ne mordent pas. » Il s’estimait assuré de l’impunité, défendu au centre lointain de l’ile « par ses deux meilleurs généraux Hazou et Tazou, la Forêt et la Fièvre ». Dans la concession Suberbie une centaine d’Européens et de créoles se trouvèrent sans cesse harcelés, quasi assiégés, par les bandits encouragés. Les assassinats de Français se multiplièrent : les enquêtes révélèrent la complicité d’autorités hovas ; nos réclamations, une menace de notre ministre des Affaires étrangères Develle appuyée d’un vote de la Chambre (26 janvier 1894) restèrent sans résultats. M. Larrouy demanda son rappel.
171 DÉCIDÉEBien que la guerre parût désormais inévitable, la France envoya M. Le Myre de Vilers pour tenter un suprême accord avec Rainilaiarivony. Cette mission extraordinaire, quasi désespérée, était une émouvante épreuve. Il débarqua en octobre 1894 à Tamatave dont les colons lui remirent sur leur intolérable situation une réclamation pressante qui marque, avec leur initiative constamment énergique, la précellence de leurs droits. « Cette requête adressée au président de . la République et au Parlement se résume en quelques mots : Nous sommes venus ici sur la foi des traités, confiants en la protection que vous nous avez promise et la vie nous est rendue insupportable. Nous implorons le secours de la mère Patrie. » (Hanotaux). Arrivé à Tananarive, notre ministre, reçu avec les honneurs ordinaires, trouva les Hovas « aussi fourbes, aussi menteurs, plus arrogants que jamais ». « Sa Majesté, fatiguée de son vieux ministre dont la surveillance incessante la gênait dans ses plaisirs, grisée par les honneurs presque divins qui lui étaient rendus, mal conseillée par sa famille et son entourage, ambitieuse d’exercer personnellement le pouvoir, faisait une opposition systématique au premier ministre. » (Poirier). Celui-ci inquiet, irrité, se crut obligé, d’accentuer, d’autant, sa xénophobie. Après de longs entretiens M. de Vilers remit à la reine un projet de traité à signer qui précisait le précédent, réclamait un concours sincère du gouvernement hova pour la création de voies de communication permanentes et faciles entre la côte et Tananarive, stipulait que, pour couper court aux abus de concessions aliénant une partie de la souveraineté du pays, de tels actes fussent dorénavant soumis à l’approbation de la Résidence. N’obtenant en réponse qu’un long mémoire de récriminations fallacieuses qui en fait prétendait abroger le traité de 1885, le résident ordonna aux Français de regagner le littoral et amena le drapeau. L’exode de ceux qui descendirent par Majunga ou Mananjary fut des plus menacés et douloureux. De nouveau nos missionnaires avaient dû abandonner leurs œuvres, leurs malades, leurs fidèles : plus de 6oo écoles primaires, 9 écoles communales, un collège, l’Observatoire, leur belle cathédrale, une imprimerie, une léproserie. Le 13 novembre, M. G. Hanotaux, ministre des Affaires étrangères, monta à la tribune pour exposer la situation de la France à Madagascar. Ses divers discours et articles réunis dans le volume L’Affaire de Madagascar constituent une présentation documentaire où s’enchaînent progressivement l’ordre, la modération, la mesure dans l’action, la prévoyance, une franchise dont on avait reproché l’absence à Jules Ferry pour les affaires du Tonkin, l’élévation. Elles contribuent puissamment à l’honneur de notre politique coloniale. M. Hanotaux, analysant le traité de 1885 violé incessamment et injurieusement par les Hovas, fit avec une fermeté diplomatique le procès de la politique de persuasion qui n’avait pas réussi, et l’enterra officiellement : « Aucun progrès durable n’était accompli ni dans le sens de la collaboration entre le représentant de la France et le gouvernement hova ni dans le sens de la civilisation. Ces neuf années n’ont été, pour ne pas dire autre chose, qu’un long piétinement sur place. Toute la politique hova a consisté à éluder, à décliner nos bons offices, à replier enfin vers la barbarie et vers tous les abus dont nous aurions voulu le purger un gouvernement dont la faiblesse fuyante ne se soutenait que grâce à notre inexplicable..., à notre inaltérable patience... Madagascar s’est trouvée dans une véritable anarchie au point de vue des relations extérieures : cela veut dire pas de sécurité pour les étrangers... Il ne s’agit pas seulement du manque absolu de sécurité dans les affaires qui a paralysé l’effort de la colonisation et du commerce, des entraves apportées à toute opération ayant pour objet la mise en valeur des richesses de l’île, des difficultés opposées à toutes entreprises de travaux publics sérieux tandis que des concessions imprudentes étaient prodiguées à tout aventurier qui se disait hostile à notre influence ; mais je ne puis omettre ces attentats partout impunis, » et le ministre donna la liste des assassinats commis à l’instigation des fonctionnaires hovas, « tous crimes restés sans châtiment. » « A la politique d’abandon » il entendait substituer non la politique de conquête mais « la politique de conservation du patrimoine national ». D’ailleurs « le principe de la colonisation de l’ile est inscrit à nos budgets depuis 18gı... Il tend à développer des industries et un commerce auquel nous devons assurer une protection efficace ». « Madagascar offre à notre activité coloniale, à notre prévoyance politique, un champ d’action duquel il serait véritablement impardonnable de détourner nos regards. » Historien et héritier de Richelieu, le ministre, affirmant que « Madagascar avait toujours pris et devait prendre dans notre domaine une place au moins égale
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à celle de nos colonies d’Indochine » exposa une Politique de l’océan Indien en faisant valoir l’importance de la « Grande Terre », « accolée à cette Afrique australe qui prend en ce moment un si merveilleux essor, placée sur le chemin du Cap qui peut redevenir bientôt une des grandes voies du commerce universel, entourée des Mascareignes, Comores et autres îles déjà colonisées ».
A l’action donc ! « L’expédition projetée doit être assez forte pour monter en une seule campagne jusqu’à Tananarive... Elle demande à être préparée de longue main. Quinze mille hommes et 65 millions paraissent indispensables. Ces chiffres sont élevés, mais nous voulons que cette campagne soit prompte, méthodique et décisive. » On ne peut la limiter à l’occupation des ports : « L’occupation des ports n’est pas l’expédition tout de suite, mais c’est l’expédition toujours. » L’organisation doit être un modèle pour l’avenir.
Ces fortes et hautes paroles marquent une grande politique. Son mérite, sa valeur, l’importance du succès que devait représenter la conquête après une expédition très difficile, sont accentuées par la secrète mais opiniâtre, âcre hostilité de l’Angleterre. Depuis maintes années M. Hanotaux dirigeait et approfondissait nos affaires diplomatiques, négociait quotidiennement avec le Foreign Office pour arriver à réduire les difficultés innombrablement épineuses, relatives à nos justes revendications coloniales, par un arrangement général. Un autre témoin, M. de Freycinet, a montré l’extrême délicatesse de rapports sans cesse tendus depuis l’occupation de l’Egypte, les savantes complications dont les embrouillait encore l’Allemagne. Les changements fréquents de nos ministères et donc de nos politiques ajoutaient à la susceptibilité de l’Angleterre qu’inquiétaient les tractations de plusieurs de nos ambassadeurs avec la Turquie et avec l’Abyssinie. Il fallait que M. Hanotaux manœuvrât avec une habile autorité qui recourût tour à tour à l’énergie et à la souplesse pour ne pas dresser contre nous de coalition européenne au moment où il frappait ce grand coup d’audace : une expédition qu’on supposait devoir aboutir à une annexion ne provoquerait-elle pas une rupture plus ou moins déclarée avec l’une des diplomaties rivales ? Cette crainte encourageait singulièrement la fugacité, les longues mollesses d’un Parlement dont depuis vingtcinq ans on voyait persévérer l’instabilité et la méfiance pour toutes les affaires coloniales. Il fallut que la plus tenace maîtrise diplomatique face à l’Angleterre et à une puissante intrigue parlementaire, fût éclairée par la conscience et la science, inspirées de la tradition française. M. Gabriel Hanotaux reste le principal et grand organisateur, nous ne dirons pas de la victoire car il faut en laisser toutes les consécrations et responsabilités aux militaires, mais de la conquête ; le père politique et spirituel de cette magnifique colonie, qui dès l’origine a reçu, dans toutes ses instructions aux généraux et résidents le caractère fondamentalement moral et civilisateur de l’expansion française. Il a accompli une grande chose, il a assuré à la France cette « France australe » que Richelieu avait décidé de lui donner.
174Comme témoignage de l’époque citons l’opinion d’un homme indépendant, s’il en fut, Jean Darcy : Cent années de rivalité coloniale, l’affaire de Madagascar : « M. Hanotaux mérite une déférence particulière ; type achevé du ministre des Affaires Etrangères d’une jeune démocratie, étranger aux luttes des partis, soit comme historien, soit comme ministre, il s’élevait facilement au-dessus des passions vulgaires et stériles de la vie parlementaire pour ne conserver que la passion plus noble du bien du pays. Audacieuse, sa politique le fut. Il fit décider l’expédition, prépara les voies à nos soldats, obtint les crédits nécessaires, défendit notre liberté d’action contre les susceptibilités du dehors ; puis, le résultat obtenu, il céda volontairement à d’autres la tâche réconfortante de récolter ce que lui-même avait semé. »
Citer ce chapitre
Marius-Ary Leblond, « Le règne de Ranavalo II (1868-1883). — La guerre de 1883-1885 », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. VI, Madagascar — Les Comores — Les Mascareignes — Le Pacifique — L'Afrique du Sud, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1933, p. 143-174.
Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-6/madagascar-conquete/le-regne-de-ranavalo-ii-1868-1883-la-guerre-de-1883-1885/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11002767