Tome V · L'Inde de 1720 à nos jours · Chapitre 4
Godeheu, Duval de Leyrit et Lally-tollendal (1754-1761)
PREMIÈRE PERTE DE NOS ÉTABLISSEMEHTS.
— La mission Godeheu. - Le traité conditionnel du II janvier 1755. — Le gouvernement de Duval de Leyrit. — Les Anglais interprètent très librement le traité conditionnel. — La guerre déclarée entre la France et l’Angleterre. — Le comte de Lally. — Situation de l’Inde à son arrivée à Pondichéry. — Dans le Carnatic. — Au Bengale. — Perte de Chandernagor. — Dans le Décan. — L’accord avec le Maïssour. — Disgrâce de Bussy. Il se maintient à Haiderabad et s’empare des établissements anglais à la côte. - A la côte Malabar. — La prise de Fort Saint-David, la marche sur Tanjore. — Bussy dissout au Décan une conjuration formée contre les Français. Lally le rappelle à la côte. — Le siège de Madras. — Perte de Masulipatam et de la côte d’Orissa. — Difficultés financières. — Rôle de d’Aché. — Lally cherche à se rapprocher des princes indiens. — Bataille de Vandischva et ses conséquences. — Le blocus et la prise de Pondichéry. — La condamnation de Lally et sa mort.
216ODEHEU
arriva à Pondichéry le rer août au soir et débarqua le lendemain. Suivant les ordres du roi, il invita Dupleix à repasser en France, en lui laissant la faculté de déclarer qu’il avait demandé lui-même son retour et de ce moment Dupleix fut tenu à l’écart de toutes les affaires. Godeheu le consulta cependant sur quelques points de la politique indigène, mais il ne suivit pas ses conseils et, pour mieux accentuer la rupture, il rendit les prisonniers anglais que Dupleix avait faits au mois d’août 1752 à Pondichéry, rappela Mainville de Trichinopoly et le remplaça par Maissin, avec ordre de n’engager aucune bataille, à moins de nécessité absolue. Seule, notre politique dans le Décan ne fut pas désavouée, non parce qu’elle parut meilleure que celle du Carnatic, mais elle avait été constamment couronnée de succès et, quoique Bussy fût presque accusé de s’être enrichi plus qu’il ne convenait, on ne lui demanda aucun compte, en considération des avantages qu’en pouvait retirer la Compagnie.
Dupleix par contre dut se soumettre aux dures nécessités d’un débiteur auquel on retire tout d’un coup les moyens de faire rentrer des créances libératrices. Lorsque Godeheu arriva, il était à découvert d’un peu plus de 7 millions dont 3 d’avances personnelles et 4 d’emprunts faits sur place à des parents, des amis et des commerçants : c’est ainsi qu’il devait à Bussy 928 665 livres. Ne pouvant rembourser que des sommes insignifiantes, il souscrivit des billets payables sur les revenus de Valdaour, estimés 300 000 livres par an et sur diverses créances que ses procureurs pourraient recouvrer. Rentré en France, il demanda ces 7 millions : la Compagnie les refusa, en disant qu’elle n’avait jamais autorisé la guerre. En droit strict, cette thèse n’était pas inexacte, mais, comme le disait dès 1758 un conseiller d’Etat, Bidé de la Grandville, cette affaire n’était pas de celles qui devaient être décidées par un jugement en forme, attendu qu’il n’était pas possible d’exiger de Dupleix un compte tel qu’on pouvait l’exiger d’un comptable ordinaire. Elle aurait dû être décidée dans le cabinet du contrôleur général en présence de quelques directeurs de la Compagnie, et elle ne faisait pas honneur à celle-ci, car chacun était convaincu que Dupleix lui avait fait des avances considérables.
Le procès porté devant le Conseil d’Etat, puis devant des arbitres, avec le concours de mémoires publics retentissants, était à peine engagé sur le fond lorsque Dupleix mourut, le 13 novembre 1763. Dans l’intervalle, il avait contracté plus d’un million d’autres dettes n’ayant aucun rapport avec celles de l’Inde et cependant formant avec elles une masse commune. Il devenait difficile de les discriminer.
217 CONDITIONNEL DUL’arrêt ne fut rendu que le 4 août 1776 et la liquidation ne fut terminée qu’en 1790. Les créanciers furent remboursés par des rescriptions sur la caisse du roi jusqu’à concurrence d’environ 5 300 000 livres, mais, comme d’après les comptes des liquidateurs du 21 août 1789, les créances originaires, intérêts y compris, réparties entre 315 créanciers, se seraient élevées à plus de dix millions, c’est une somme totale de 4 600 000 livres qui dut être écartée du règlement soit par une réduction des titres, soit par leur annulation, soit encore par un désistement des créanciers. D’après des lettres de 1757 et 1758, on peut supposer que, si au moment de son retour en France, Dupleix avait consenti à faire visite aux directeurs de la Compagnie, comme on le lui conseillait, et montré plus de souplesse, la cour lui était favorable et il eût peut-être gagné son procès sans avoir eu la peine de l’engager. Mais on sait que, durant toute sa carrière et dans toutes les circonstances, Dupleix ne fut jamais exempt d’une certaine vanité et d’une hauteur parfois malencontreuse. Revenons à Godeheu. Envoyé dans 11 JANVIER 1755 l’Inde pour se rendre compte de l’état des affaires et prendre des dispositions en conséquence, il n’était pas en principe disposé à donner toute satisfaction aux Anglais ni à sacrifier tous les avantages obtenus par Dupleix. C’était un homme cultivé et d’esprit assez souple et il savait que les concessions excessives n’ont jamais été une garantie de paix et de sécurité. Il s’apprêta donc à se tenir tout d’abord sur une défensive assez résolue. Mais lorsqu’il apprit, peu de jours après son débarquement, qu’une flotte anglaise allait arriver avec 6 vaisseaux et plus de 2 000 hommes, il perdit toute contenance, eut peur que cette flotte ne lui imposât sa loi, et de crainte d’être obligé de la subir, commença par l’accepter. Il ne se rendit pas compte qu’on a toujours plus intérêt à céder à la force qu’à se rendre sans combat. Sur terre, nos troupes étaient aussi nombreuses que celles des Anglais et rien n’autorisait à penser qu’elles dussent être battues ; nous avions encore pour alliés le Maissour, Salabet jing et peut-être Morarao. Mais Godeheu, outre sa répugnance naturelle pour toute politique d’agrandissement, était pour ainsi dire lié par les concessions déjà faites en Europe aux conférences de Londres, où l’égalité territoriale des deux nations avait été envisagée comme la base d’un règlement dans l’Inde.
Il fit le premier des ouvertures à Saunders pour le rétablissement de la paix, et le ton manquait d’assurance. Les jours suivants, il donna ordre à Maissin de laisser passer un convoi anglais qui venait ravitailler Trichinopoly (17 août). Cette attitude trop conciliante ne releva pas son prestige non plus qu’elle ne lui donna une grande autorité pour discuter avec Saunders ; Salabet jing et les Indiens y virent une preuve de la supériorité des Anglais et l’on répandit partout le bruit que Dupleix n’avait été rappelé qu’à leur sollicitation. Sans la présence d’esprit de Bussy, notre situation dans le Décan eût été fort compromise.
218 PROCESSION RELIGIEUSEEnfin, après quelques semaines de conversations où Saunders ne fit preuve d’aucune hâte, on aboutit le 26 octobre à la conclusion d’une trêve de trois mois, au cours de laquelle on discuterait les conditions de la paix. Les Anglais, qui con- (D’après une gravure du dix-huitième siècle. Cabinet des estampes). naissaient encore mieux que nous le résultat des conférences de Londres telles qu’elles se présentaient au mois de mars précédent, demandèrent l’égalité de traitement aussi bien à la côte Coromandel qu’à celle d’Orissa. Puisque la guerre crée des droits, leurs demandes ne pouvaient pas ne pas peser d’un grand poids dans le Carnatic, où Mahamet Ali était en fait le maître de la situation ; mais que possédaient-ils aux bouches du Godavery, en dehors de leurs petites loges de Bandermoulanka et d’Ingeram ? Depuis le début de l’année 1752, n’occupions-nous pas tout le pays depuis la rivière de Gondegama jusqu’au Godavery, sur une étendue de cent kilomètres de côte. Et nous ne parlons pas des circars. Pourquoi consentir à ce partage ? Ce fut là qu’apparut moins la faiblesse de Godeheu que celle de notre diplomatie elle-même, car toutes ces questions avaient été débattues à Londres,
et, si l’on n’était pas arrivé à une entente formelle, nous avions déjà fait en principe toutes les concessions. Godeheu ne fit au fond qu’endosser les décisions présumées des diplomates.
Cependant les négociations pour la paix ne marchèrent pas avec autant de rapidité ni d’aisance qu’on pouvait le supposer ; les Anglais, confiants dans leur flotte, raison suprême du droit, élevaient les prétentions les plus grandes, surtout pour la côte d’Orissa, et Godeheu dut un moment envisager la reprise des hostilités ; en décembre, il écrivit à Moracin de se tenir prêt à résister à toute attaque ; de son côté il porterait sur Arcate tous les efforts que Dupleix avait dirigés contre Trichinopoly. Enfin, on finit par s’entendre, et le Il janvier on conclut un traité en Il articles dont les dispositions essentielles étaient les suivantes :
Les deux compagnies renonçaient à jamais à toutes dignités maures et convenaient de ne plus se mêler des différends qui pourraient exister entre les princes du pays. — En fait nous renoncions à la nababie du Carnatic et à tous les droits que le soubab du Décan avait conférés à Dupleix.
Les Anglais et les Français auraient un territoire de même étendue autour de Fort Saint-David et de Pondichéry.
Masulipatam et Divy seraient neutres, en laissant aux deux compagnies le choix de les partager.
La navigation des rivières de Narzapour et d’Ingeram resteraient libres... En somme, les stipulations du traité portaient plus sur la côte d’Orissa que sur la côte Coromandel ; là nous étions franchement dépouillés de tous nos avantages ; sans que Mahamet Ali fût désigné nulle part, il était implicitement reconnu comme nabab du Carnatic. Seule, notre situation spéciale dans le Décan n’avait pas été modifiée.
Si ce traité eût été mis ipso facto en application, c’était, dès le début de 1755, la perte effective de presque toutes les acquisitions de Dupleix, mais il n’était que conditionnel et ne devait entrer en vigueur qu’après sa ratification en Europe ; d’ici là, la trêve conclue le 8 octobre continuerait d’être observée et, pendant sa durée, aucune des deux nations ne procéderait à aucune cession ni rétrocession, les choses devant rester dans les termes uti possidentis.
Saunders n’attendait que la conclusion de ces accords pour retourner en Angleterre jouir d’un triomphe mérité. Godeheu, dont la mission n’avait pas été limitée, ne crut pas moins utile de revenir également en Europe pour rendre à la Compagnie de France un compte exact de ce qui s’était passé, et le 16 février il s’embarqua sans éclat.
220Son nom ne devint pas populaire ; quelques-uns estimèrent qu’il s’était tiré assez heureusement d’une situation pour ainsi dire inextricable ; le plus grand nombre l’accusa d’avoir fait trop bon marché de l’honneur et des intérêts de la Nation. Mais, de quelque façon qu’on juge son rôle, rien n’était encore perdu dans l’Inde, puisque le statu quo devait être respecté jusqu’à ce que les deux compagnies eussent ratifié, rejeté ou modifié les accords conclus. Le jour où Godeheu s’embarqua, nous occupions encore la moitié du Carnatic et toute la côte d’Orissa, sans compter les quatre circars et le Décan jusqu’à Aurengabad. Il était toujours loisible à la métropole de ne rien sacrifier des conquêtes de Dupleix, si elle croyait en avoir les moyens. Après un inter- INTERPRÈTENT TRES LIBREMENT LE TRAITE CONDITIONNEL valle de quarante jours pendant lequel le pouvoir fut exercé par le Comité secret de Pondichéry, Duval de Leyrit vint de Chandernagor prendre possession du gouvernement. De Leyrit était dans l’Inde depuis 1746 et avait servi successivement à Mahé puis au Bengale. C’était un homme calme, de jugement sûr, mais de peu de décision, plus habile à diriger des opérations commerciales qu’à résoudre des difficultés politiques. Résolu à respecter le traité provisoire conclu par Godeheu, il trouva les Anglais moins disposés à s’y conformer. A peine Godeheu était-il parti qu’en dépit de la clause qui leur interdisait aussi bien qu’aux Français d’intervenir dans les différends entre les princes du pays, ils envoyèrent le colonel Héron s’emparer de Madura et de Tinnivelly pour le compte de Mahamet Ali. Que pouvait faire de Leyrit contre cette violation formelle du traité ? il protesta auprès du nouveau gouverneur de LORD PIGOTT (D’après le portrait de Powel). Madras, Pigott. L’amirai Watson continuait de tenir la côte avec la flotte britannique.
Ce furent alors des discussions sans fin entre les deux nations sur leurs limites respectives ; les Anglais prétendaient avoir le droit de contrôler les récoltes sur une partie des aldées qui nous appartenaient, notamment sur celles de Carangouly, qui avoisinent Chinglepet. Leyrit put néanmoins ramener à la raison le rhedi de Tauréour, mais sous peine de rallumer les hostilités, il dut renoncer à faire la même opération contre Arielour, qui est un petit pays voisin de Chilambaram. Le désaveu infligé à la politique de Dupleix pesait lourdement sur les décisions du gouverneur français et paralysait son initiative. Plus assurés d’être soutenus en Europe, les Anglais poussaient au contraire leur pointe avec audace et confiance ; leur correspondance avec les autorités françaises était d’une insolence raffinée, comme pour nous pousser à rompre la trêve qui modérait leurs envahissements ; Leyrit se refusant à donner dans le piège, ils se résolurent, en janvier 1756, à attaquer Mortiz Ali, le nabab de Vellore, dont Dupleix avait fait un instant un nabab du Carnatic. Cette fois, Leyrit sentit que tout était perdu s’il ne relevait pas le défi ; il envoya immédiatement 700 Européens et I 500 cipayes au secours de la ville menacée. Cette seule démonstration suffit pour arrêter les Anglais et Mortiz Ali acheta leur retraite par un don plus ou moins volontaire de 40 000 roupies.
221 FRANCE ET L’ANGLETERREL’année 1756 se passa dans le Carnatic au milieu des inquiétudes les plus vives ; on savait que depuis deux ans la paix était fort menacée en Europe, à cause des événements d’Amérique, où les hostilités étaient en fait commencées depuis l’incident Washington-Jumonville. Il semblait difficile que le conflit ne s’étendît pas dans l’Inde, où la nécessité de diviser nos forces rendrait peut-être douteux un double succès sur le théâtre des opérations. La guerre fut officiellement déclarée entre les deux pays le 17 mai 1756 et connue dans l’Inde le 6 octobre. A ce moment, les Anglais n’avaient qu’un millier d’hommes et nous en avions près du double. Si Leyrit avait été un homme de résolution hardie, nous pouvions porter à l’ennemi un coup décisif. Il n’en fut rien. Au lieu de marcher sur Arcate ou autres places du Nord, d’où l’on pouvait couper les vivres à Madras, Leyrit reprit le projet de Dupleix de s’attaquer d’abord à Trichinopoly et ce fut encore une fois une opération avortée. D’Auteuil, qui commandait nos troupes, se laissa tromper par une manœuvre du capitaine anglais Caillaud, revenu en toute hâte de Madura (mai 1757) et la ville fut sauvée sans coup férir. Plus heureux, Bussy s’empara de Vizagapatam, à la côte de Ganjam (25 juin) et le capitaine Saubinet, successeur de d’Auteuil, dégagea Vandischva menacé par les troupes anglaises de Madras que commandait le colonel Adlercron et se maintint solidement sur la ligne du Paliar. Le succès définitif était encore possible et il parut certain lorsque le chevalier de Soupire arriva de France au mois de septembre avec I 100 hommes et I 500000 livres d’argent comptant et qu’on sut qu’il allait être suivi par des troupes plus considérables conduites par le comte de Lally.
222 E COMTE DE LALLY. — SITUATION DE L’INDE A SONEn attendant son arrivée, Soupire s’attarda au siège de Chettipet, qui ne valait pas un pareil effort et gaspilla les ressources de la colonie à entretenir sans but déterminé une armée déjà considérable. Enfin Lally arriva à Pondichéry le 28 avril 1758, après un voyage qui n’avait pas duré moins d’un an. D’Aché, qui commandait notre escadre, avait perdu beaucoup de temps à Rio de Janeiro, au Cap et à l’Ile de France. Ce temps perdu avait permis à la flotte anglaise de l’amiral Stevens d’arriver dans l’Inde le 24 mars et d’y déposer un premier renfort. Thomas Artur de Lally,
• ARRIVEE A PONDICHERY. - DANS LE CARNATIC Irlandais d’origine, était né à Romans dans le Dauphiné en 1702. Il avait employé sa jeunesse à de curieuses négociations en Russie, et à l’étude de projets peu réalisables pour atteindre les Anglais en Irlande ou en Ecosse ; il avait participé à des opérations militaires en Flandre et, finalement, après le rappel de Dupleix, avait proposé pour reprendre l’Inde un plan plus ingénieux que solidement établi. C’était au demeurant un homme intègre, au caractère droit se prêtant peu aux concessions. Ainsi que le disait d’Argenson, « c’est du feu que son activité. Il ne transige pas sur la discipline, a en horreur tout ce qui ne marche pas droit, se dépite contre tout ce qui ne va pas vite, ne tait rien de ce qu’il sent et l’exprime en des termes qui ne s’oublient pas. »
Dans un pays où les abus étaient la règle, où les conseillers étaient habitués à confondre leurs intérêts avec ceux de la Colonie, et où des officiers faisaient fortune en une campagne, un tel rigorisme pouvait tout gâter. « A la première négligence qui compromettra les armes du roi, ajoutait d’Argenson, à la première apparence d’insubordination ou de friponnerie, M. de Lally tonnera, s’il ne sévit pas. On fera manquer ses opérations pour se venger de lui. Pondichéry aura la guerre civile dans ses murs avec la guerre extérieure à ses portes. »
Rarement observations furent plus prophétiques. A peine arrivé dans l’Inde, Lally fit sentir à tout le monde, officiers et civils, qu’il les considérait comme autant de fripons et qu’il était venu non moins pour les punir que pour faire la guerre. Il n’en fallut pas plus pour déchaîner contre lui une hostilité générale ; seuls lui restèrent dévoués quelques officiers qu’il avait amenés de France. On lui obéit encore par devoir ou par crainte, mais que valent de pareils services ? Où manque la foi manque le zèle et si Lally n’eut pas à lutter contre une résistance ouverte, il se trouva toujours devant une opposition passive, mille fois plus dangereuse, contre laquelle toute sanction était impuissante. Aussi bien, ses critiques passionnées portaient-elles souvent à faux ; ses injures étaient gratuites, et n’étant pas suivies d’effet, ne servaient qu’à révéler sa mauvaise humeur. Par réaction, on s’en vint à le comparer aux pires despotes ; l’enfer seul était digne d’un tel monstre. Les lettres écrites de l’Inde à cette époque ont quelque chose de déconcertant par leurs violences. Puis, quand les malheurs arrivèrent, on parla de trahison et ce fut la route qui devait le conduire à l’échafaud.
223
Rappelons quelle était la situation lorsque Lally arriva dans l’Inde.
A la côte Coromandel, il n’y avait pas encore de guerre effective avec les Anglais. Depuis que Godeheu avait conclu la paix conditionnelle du mois de janvier 1755, nos adversaires s’étaient efforcés de tirer les LE COMTE DE LALLY (D’après une gravure de la Bibliothèque Nationale). conséquences morales de cette paix plutôt que d’accroître ostensiblement leurs possessions. La reconnaissance tacite de Mahamet Ali comme nabab du Carnatic leur avait donné indirectement le contrôle de toute la province, à l’exception des aldées que nous occupions. Mahamet Ali leur avait concédé l’administration de ses revenus, sans se préoccuper de l’autorité ni du Mogol ni du Soubab, qui seuls avaient le droit de céder des terres ou de conférer des dignités. La force mais surtout notre résignation avaient créé un autre droit qui était pour nous d’une inquiétante réalité. Si les contestations survenues en Amérique à propos de l’Acadie et de l’Ohio n’avaient fait dès 1754 considérer la guerre comme imminente, il est fort probable que les concessions envisagées aux conférences de Londres et dont s’inspira Godeheu auraient été ratifiées en 1755, et c’eût été, dès ce moment, la perte à peu près totale des territoires acquis de 1749 à 1751.
224A U BENGALE. - PERTE
DE CHANDERNAGORLe risque n’était que différé, mais c’est le Bengale et non le Carnatic qui nous échappa le premier. On sait qu’en vertu de la neutralité du Gange imposée par le nabab, les Européens ne pouvaient se faire la guerre qu’en pleine mer, au delà de la pointe des Palmiers où finissent les eaux de l’Hougly. Ce régime favorisait le commerce. Nos établissements se développaient librement et s’ils ne connaissaient plus la prospérité du temps de Dupleix, c’était moins la faute des circonstances que de la prudence de nos directeurs, qui n’avaient ni son tempérament ni ses aptitudes commerciales. Les années qui suivirent le rétablissement de la paix d’Aix-la-Chapelle furent encore des années heureuses ; alors que de 1739 à 1744, les retours du Bengale en France avaient été de 16 697 000 livres, ceux de 1749 à 1754 furent de 23 220 livres. Malgré les droits arbitraires levés sur nos marchandises tant à l’entrée de nos établissements que sur le cours des rivières, les bénéfices qu’on retirait des ventes à Lorient étaient encore assez élevés pour qu’on subit sans trop se plaindre les avanies dont nous étions les victimes. Tout changea à la mort d’Alaverdi Khan, survenue en 1755.
Son petit-fils et successeur, Siradja Daula, était un jeune homme de 25 ans, vif, inconsidéré et détestant les étrangers. L’assistance financière que les Anglais donnèrent à un de ses compétiteurs le déterminèrent à les chasser de Calcutta (juin 1756). L’épisode du trou noir a dramatisé cette chute retentissante.
C’est alors que notre situation devint critique. Bien que l’on ne sût pas encore que la guerre était déclarée en Europe, la paix paraissait si précaire et les Anglais l’avaient si audacieusement méconnue l’année précédente aux frontières et dans les eaux du Canada que ce n’eût été un acte ni déloyal ni maladroit de faire cause commune avec Siradja Daula. Ce prince avait demandé notre concours avant que Calcutta ne fût pris et, dans la crainte d’un retour offensif des Anglais, il nous le demanda encore, lorsque cette ville fut entre ses mains. Sous prétexte qu’il ne cherchait qu’à détruire tous les Européens et qu’après Calcutta il s’en prendrait à Chandernagor et à Chinsura, Renault de Saint-Germain, notre commandant au Bengale, se récusa et Duval de Leyrit, gouverneur de Pondichéry, non seulement l’approuva de cette réserve mais lui recommanda de s’entendre avec les Anglais, en spécifiant qu’en cas de guerre en Europe, la neutralité du Gange serait respectée. Cependant Duval de Leyrit prévoyait dans une lettre à Renault du 13 août 1756 que si nous rendions service aux Anglais, ils ne nous paieraient pas de retour, si jamais nous nous trouvions dans l’embarras. Mieux eût valu, dans ces conditions, soutenir Siradja Daula, puisque aussi bien c’était de lui que nous tenions tous nos pouvoirs.
PLANCHE 111
RIVIERE
PLAN DU COMPTOIR DE MAHÉ ET DE SES ENVIRONS AU XVIIe SIÈCLE (Archives du Ministère de la Marine).
HIST. COLONIES. INDE. — T. V.
225Mais, retenus tout à la fois par les traités, les scrupules et surtout par la crainte de l’inconnu, Duval de Leyrit et Renault n’osèrent pas prendre les déterminations nécessaires au moment où il l’eût fallu et si, par leurs réticences, ils ne donnèrent pas expressément aux Anglais et à Siradja Daula l’impression qu’ils cherchaient à les tromper, ils leur permirent du moins de penser que notre politique, quoique fort réfléchie, était tout à fait inconsistante et ne méritait aucune considération.
Les Anglais reprirent Calcutta le 2 janvier 1757 avec une flotte commandée par l’amiral Watson et un millier d’hommes sous les ordres de Clive ; huit jours après, ils saccagèrent Ougly, qui appartenait aux Maures. A ce moment, on apprit officiellement que la guerre était déclarée en Europe ; dès lors, plus d’autres ménagements à observer dans l’Inde que ceux dictés par la prudence. Bien qu’en théorie la neutralité du Gange, gage de notre sécurité, dût continuer d’être observée, Renault, sachant que les forces anglaises étaient supérieures aux nôtres, proposa à Clive et à Watson d’abord sa médiation avec le nabab puis la confirmation de la neutralité par une convention formelle ; deux conseillers furent envoyé engale. 1775). à Calcutta pour suivre cette double négociation. Les Anglais, n’étant pas encore sûrs de triompher de Siradja Daula dont l’armée tenait la campagne, parurent entrer avec satisfaction dans la voie qui leur était ouverte ; de cette façon ils pouvaient au moins compter que nos forces n’iraient pas se joindre à celles du Nabab. Ils promirent donc à Renault tout ce qu’il désirait et fin janvier on n’attendait plus que leurs signatures. Mais à ce moment (5 février) Clive remporta une victoire signalée sur Siradja Daula qu’il avait su attirer par une fuite
HISTOIRE DES COLONIES. T. V.
LES ANGLAIS AU BENGALE, gravure d’Eisen d’après : État civil, politique et commerçant du Ben-
226simulée sous les murs de Calcutta et quatre jours après il signait avec lui la paix.
Ce ne fut pas encore la rupture avec Renault : Watson et Clive attendaient des renforts de Bombay avant de jeter le masque, c’est-à-dire avant de tomber sur Chandernagor. Ces renforts arrivèrent au début de mars, au moment où, pressé par nos sollicitations, Watson allait enfin apposer sa signature au bas du traité. Il prit alors texte de quelques propositions qui venaient de nous être faites par Siradja Daula en vue de nous attirer dans son alliance et, affectant de croire que nous les avions adoptées, il fit voile sur Chandernagor qu’il attaqua le 14. Renault n’avait jamais cru qu’il y eût à compter sur la parole des Anglais et il avait pris des mesures de défense ; mais que pouvaient les 146 hommes dont il disposait contre toute la flotte et toute l’armée ennemie ? Seul le nabab pouvait nous dégager de cette étreinte ; il y songea et, sur le pressant appel de Jean Law, notre chef à Cassimbuzar, il donna au faussedar d’Ougly l’ordre de nous assister et des troupes partirent pour Chandernagor ; mais rien ne fut fait avec la rapidité nécessaire et, pendant qu’on se mettait en marche, les Anglais pressaient le siège de la ville et s’en emparaient (23 mars).
Clive ne s’attarda pas à savourer son triomphe ; il marcha aussitôt sur Mourchidabad, où d’habiles négociations avec les Chets, banquiers du pays, et la trahison escomptée d’un général du nabab, Jaffer Ali, lui permettaient d’espérer la chute de Siradja Daula. Tout se passa comme il l’avait prévu ; le jour de la bataille, Jaffer Ali passa du côté des Anglais dès le début de l’action et ceux-ci furent victorieux sans avoir combattu. Telle fut, dans toute sa simplicité, la fameuse bataille dite
CHANDERNAGOR AU XVIII® SIÈCLE
227de Plassey, qui décida en fait du sort de l’Inde. Siradja Daula fugitif fut pris quelques jours après et mis à mort tandis que le traître Jaffer Ali montait sur le trône et consacrait son asservissement en accordant aux Anglais ce qu’on appelle aujourd’hui le « protectorat » de ses Etats.
Law essaya en vain de prolonger la lutte en se retirant à Patna puis à Delhi avec des forces sans cesse croissantes de fugitifs qu’il ralliait ; il chercha à intéresser à sa cause divers nababs et le Mogol lui-même, mais, après quatre ans d’efforts infructueux où, presque démuni de tout, il parcourut tout l’Indoustan avec une activité qui rappelle la mémorable retraite des Dix Mille, il fut battu et fait prisonnier en 1761 à la bataille d’Helsa. C’était la perte définitive du Bengale et de toute l’Inde du Nord ; rien ne devait plus faire obstacle aux ambitions anglaises, rien pas même la résistance des Mahrattes qui ayant pris la cause indoue des mains défaillantes du Mogol, furent à leur tour vaincus en 1803 à la bataille de Laswari.
C’est ainsi que, pour avoir poursuivi avec les Anglais une solidarité illusoire, nous avions déjà perdu tous nos établissements du Bengale, lorsque Lally mit le pied dans l’Inde. Courtin, à Dacca, avait fait une retraite qui dans une certaine mesure rappelle celle de Law, mais lui aussi, après avoir tenu la campagne pendant dix mois dans le haut Bengale, avait dû finir par se rendre aux Anglais.
DANS LE DECAN
- L’ACCORD AVEC LE MAÏSSOUR. - DISGRACE DE BUSSY. - IL SE MAIN- TIENT A HAÏDERABAD ET S’EMPARE DES ÉTABLISSEMENTS ANGLAIS DE LA CÔTE
La situation était toute différente dans le Décan où Bussy continuait de nous représenter, mais il eut besoin de toute sa présence d’esprit pour la maintenir au lendemain du rappel de Dupleix. Les Anglais répandaient partout le bruit que celui-ci avait été sacrifié à leurs exigences et laissaient entendre que la France n’avait plus ni force ni crédit. Impressionné par ces rumeurs, plus mécontent encore que Dupleix ait paru disposer du Carnatic sans le consulter, le soubab songeait à se retourner du côté de nos ennemis et l’eût sans doute fait si Bussy n’était revenu précipitamment de la côte (janvier 1755). Il fit de son mieux pour expliquer que la disgrâce de Dupleix ne changeait rien à notre politique ; puisque lui-même restait avec le même programme, quelle preuve plus convaincante pouvait-on lui demander ? Il lui fallut néanmoins se garder contre l’esprit national toujours en éveil de la noblesse, qui se rendait compte que notre prestige n’était plus tout à fait le même et supportait d’autant plus impatiemment notre protection.
GODEHEU, DUVAL DE LEYRIT ET LE COMTE DE LALLY (1754-1761)
228 BUSSYUne occasion d’éprouver nos sentiments ne tarda pas à se présenter, si même elle ne fut pas provoquée par le désir de nous mettre dans l’embarras. Depuis longtemps le Maïssour n’avait pas payé le tribut annuel qu’il devait au Décan ; le soubab demanda à Bussy de l’accompagner dans l’expédition qu’il projetait pour en obtenir le paiement. Or le Maïssour était notre allié et ses troupes étaient encore à côté des nôtres à Sriringam. Marcher avec le soubab risquait de rompre cette alliance ; d’autre part ne pas prendre parti, c’était dire que notre concours n’était plus utile à Salabet j. et jeter ce prince dans les bras des Anglais. Bussy hésita pendant plus d’un mois avant de s’engager ; il se retranchait derrière des ordres qu’il attendait de Pondichéry et qui n’arrivaient pas. A la fin il se décida et marcha à la suite de Salabet j., mais en même temps il faisait donner le conseil au davelay ou premier ministre du Maïssour de payer de bonne grâce une somme assez importante, sinon les Mahrattes se joindraient au soubab et ce serait la ruine du Maïssour. Le davelay comprit ce langage et se hâta de prévenir l’invasion mahratte en versant à Salabet j. une somme de 52 lacks de roupies. Ainsi pour avoir enrichi l’un et préservé l’autre d’une attaque, Bussy se (D’après un portrait appartenant au due de Rohan). concilia tout à la fois la reconnaissance au moins apparente du soubab et du davelay et sa situation dans le Décan fut momentanément consolidée. Nul n’osait plus l’attaquer de front ou même par des manœuvres obliques.
Son prestige était tel que le Grand Mogol lui fit écrire qu’il était disposé à le prendre à son service avec I 200 Français, dontil assurerait la solde. Sans la crainte de déplaire à la Compagnie, Bussy aurait volontiers accepté ces offres ; son autorité n’en eût été que plus grande à Haïderabad et son influence à Delhi ne nous eût pas été inutile, même pour le règlement des affaires du Carnatic, mais Duval de Leyrit lui conseilla vivement de ne rien conclure sans l’assentiment de la Compagnie et l’affaire en resta là. Bussy acquit seulement des titres nouveaux qui lui furent conférés par le Mogol en janvier 1756.
229Six à huit mois de tranquillité parfaite suivirent l’expédition financière du Maissour. Salabet j. et ses ministres ne nous parlaient plus du discrédit où la France était tombée par suite du rappel de Dupleix. Mais l’orage couvait en secret. Au début de 1756, il y eut comme des prodromes de révolte du côté de Savannour où le nabab, Morarao et Muzaffer Khan, celui-ci ancien chef des cipayes de Dupleix en 1748, rassemblaient des troupes en vue de proclamer leur indépendance à l’égard tant du soubab que du péchoua. Il était naturel que ceux-ci unissent leurs forces contre les coalisés, mais que ferait Bussy ? La question était pour lui des plus embarrassantes ; il avait tout intérêt à ménager Morarao qui, à tort ou à raison, nous réclamait le paiement de sommes importantes promises par Dupleix ; d’autre part les droits de Balagirao sur cette partie de l’Inde étaient des plus douteux, et nous n’avions non plus aucun intérêt à indisposer ce prince, actuellement fort mécontent des Anglais. Bussy manœuvra de telle façon qu’il obtint sans trop de peine la reddition de Savannour, mais en même temps il sauva Morarao de la ruine, en empêchant que ses terres ne lui fussent enlevées et, pour prix de ce service, il obtint la remise des dettes contractées par Dupleix et s’élevant à 14 lacks. Il n’en fallut pas plus pour que l’entourage du soubab et notamment Chanavas Kh. ne l’accusassent d’avoir trahi leurs intérêts, et sous leur inspiration Salabet j. contracta sur-le-champ avec Balagirao une entente séparée, en mettant pour ainsi dire ses Etats sous sa protection. Il serait allé, dit-on, jusqu’à suggérer au Mahratte l’idée de faire assassiner Bussy. Cette idée fut rejetée avec mépris et Balagirao nous fit au contraire savoir qu’il désirait continuer avec nous les rapports les plus amicaux. La seule victime réelle de la négociation fut Salabet j., qui accepta une tutelle étrangère, avec un léger démembrement de ses Etats et un partage de son autorité avec ses deux frères Nizam Ali et Bassalet j., qui devinrent l’un gouverneur du Bérar et l’autre d’Adony.
Notre concours devenait dès lors inutile et l’on nous fit savoir que nous pouvions nous retirer à la côte. Ce fut là vraiment l’heure la plus décisive de toute la carrière de Bussy ; jamais il ne courut pareil danger, au moins pour son prestige. Ce n’était pas qu’il envisageât notre retraite comme un malheur ; la perte du Décan lui était indifférente ; mais quel motif aurions-nous désormais pour conserver nos établissements de la côte, donnés comme gage de notre concours ? Comment résister à Mahamet Ali si le soubab, l’acceptant comme vassal, lui donnait régulièrement l’investiture du Carnatic ? Bussy vit toutes ces conséquences d’un coup d’œil et néanmoins il prit le parti de se retirer à la côte, où il avait la ferme intention de se maintenir à tout prix. La crainte de Balagirao retiendrait sans doute les Anglais d’attaquer le Décan ; rien par conséquent ne serait absolument compromis. Nul doute qu’un jour ou l’autre on ne fit de nouveau appel à son concours.
230 HAÏDERABAD : UNE RUEBussy remonta donc ve y rassembler nos forces et sa marche ne fut pas troublée, mais à son arrivée il en fut tout autrement (14 juin). Une armée nombreuse prétendit lui barrer le chemin et il se vit comme prisonnier dans la capitale. Il se cantonna fortement dans le Charmal qui était un ancien palais à l’une des extrémités de la ville et là il attendit des secours. Des sorties plus ou moins heureuses lui permirent d’abord de tenir l’ennemi assez éloigné, puis il les espaça pour ne pas favoriser les désertions. L’heure était vraiment tragique et il en fut ainsi jusqu’au 1o août, jour où l’on apprit que Law arrivait avec 500 Européens de renfort. Mais alors surgit un nouveau danger. Toute l’armée ennemie s’interposa entre Law ct Bussy. Il fallut à Law et à ses hommes un courage à toute épreuve pour percer ce rideau heureusement plus épais que résistant et une endurance presque surhumaine pour passer ensuite à travers des gorges aussi mystérieuses que peu sûres et franchir des rivières débordées. Tous nos vivres et approvisionnements nous furent enlevés. Enfin Law et Bussy purent se rejoindre au bout de cinq jours après un dernier combat qui aurait coûté à l’ennemi 3000 hommes et à nous trois officiers et une trentaine de soldats. C’était la délivrance et ce fut le succès : le soubab nous fit le premier des propositions
d’accommodement. Bussy, fort modéré dans la victoire, n’exigea pas le renvoi de Chanavas Kh., dont les intrigues avaient amené cette guerre, et reprit auprès de Salabet j. sa place d’autrefois, comme s’il ne s’était agi que d’un malentendu.
Il n’est pas dans notre histoire coloniale de page plus mémorable que cette campagne de 1756. Bussy ne fit pas la moindre faute militaire ni de jugement ; les armes comme la diplomatie le servirent avec un égal bonheur. Il est vrai d’ajouter que ceci se passait dans un temps et dans un pays où les choses n’avaient pas de commune mesure avec celles de l’Occident.
Bussy resta encore trois mois à Haiderabad après cet événement, affectant de se désintéresser de la façon la plus complète de l’administration intérieure du pays. Tout étant tranquille, il laissa le commandement à un officier subalterne avec 200 hommes seulement et, le 16 novembre il partit pour la côte où de graves soucis l’attendaient.
La nouvelle de la guerre en Europe était enfin arrivée à Bombay le 6 octobre et, à Pondichéry, le gouverneur avait reçu pour instructions de s’abstenir de tout acte d’hostilité par terre, à moins que les Anglais ne commençassent les premiers. Sans cet ordre malencontreux, il eût été loisible à Bussy, après avoir réglé les affaires des circars, de se transporter au Bengale, où ses qualités d’homme d’Etat nous eussent peut-être encore mieux servi que ses connaissances militaires. Un scrupule excessif retint Leyrit et pendant ce temps Clive et Watson prenaient Calcutta et bientôt après s’emparaient de Chandernagor, sans nous laisser le temps d’intervenir.
Réduit à ménager nos ennemis, Bussy se borna dans les premiers temps à faire rentrer les impôts arriérés et à opérer dans sa propre armée des réductions de dépenses. Puis, en janvier, sur la nouvelle que le zémindar de Bobili, nommé Rangarao, menaçait de se révolter, il marcha contre lui avec Viziam Raja, notre fermier de Chicacole, et le défit complètement. Bobili fut pris et Rangarao tué. Cet événement mériterait à peine d’être signalé si, dans un accès de désespoir patriotique, les assiégés n’avaient eux-mêmes immolé leurs femmes et leurs enfants dans un vaste incendie et ne s’étaient ensuite fait tuer jusqu’au dernier. Il n’y eut que quelques survivants, dont l’un parvint par ruse à s’introduire auprès de Viziam Raja et l’assassina.
A LA CÔTE MA- LABARC’est vers ce moment que se produisit la chute de Chandernagor. Bussy répondit à la prise de cette ville et de nos autres comptoirs du Bengale par l’occupation de toutes les factoreries anglaises de la côte d’Orissa, Vizagapatam, Madapolam, Ingeram et Bandermoulanka. Il n’en fallut pas davantage pour paralyser toute velléité d’indépendance à Haïderabad et, si les intrigues étrangères continuèrent à s’agiter à la cour du soubab, du moins furent-elles plus discrètes. Les Anglais, occupés au Bengale, ne pouvaient, à ce moment, distraire aucune de leurs forces pour le Décan. Bussy put donc réaliser son rêve de dominer l’intérieur du pays en s’en tenant simplement mais solidement à la côte. Politique assurément des plus sages et des plus prévoyantes, au moins pour l’époque. Par la côte on tenait tout le commerce maritime et comme les populations de l’intérieur, quelques richesses que pût produire leur pays, avaient aussi besoin de quelques marchandises de l’étranger, on les tenait en quelque sorte à sa merci, on les réduisait tout au moins à une gêne qui leur était désagréable, en les privant des commodités qu’elles attendaient de l’extérieur. D’autre part il n’est pas douteux que le contrôle effectif de toute la région côtière nous constituait une sorte de monopole commercial au regard de tous les autres Européens. Or, de Gaujam où commençait notre autorité jusqu’au sud de Masulipatam, où les Anglais devenaient maîtres, nous tenions à peu près 600 kilomètres de côte. Brillantes perspectives, si le sort des Etats ne dépendait pas le plus souvent d’événements extérieurs qu’on ne veut pas prévoir ou contre lesquels on est réellement impuissants. ce qui se passait à la côte Malabar et nous aurons une idée Avant d’aller plus loin, jetons un coup d’œil rapide sur générale de la situation de tous nos établissements au moment de l’arrivée de Lally. Toute une révolution s’était faite en cette partie de l’Inde depuis 1751, c’est-à-dire depuis le moment où le roi de Nelisseram avait demandé notre protection contre son voisin, le roi de Bednour ou de Canara. On a vu plus haut (page 209) VUE DE CANNANORE que ce petit Etat, jadis
232
(D’après la Description des côles du Malabar et du Coromandel. dépendant de ce dernier royaume, avait reconquis une sorte d’indépendance, grâce au concours que notre commandant à Mahé, M. Louet, lui avait donné avec le consentement de Dupleix.
233Collé, qui succéda à Louet en 1756, n’estimait pas que ces possessions valussent les frais qu’avait coûté leur acquisition ; elles n’avaient à ses yeux d’autre utilité que d’empêcher les Anglais d’en être eux-mêmes les maîtres ; cependant, avec le temps, en y plantant des cocotiers, on en pourrait tirer 200 000 francs de revenus annuels. Les dépenses courantes étaient évaluées à 60 000. — Sauf la perte de Matlaye qui nous fut enlevé par surprise en 1756 avec un massacre presque total de la petite garnison, le pays resta tranquille jusqu’en 1760, époque où il passa sous la domination anglaise ; encore convient-il de dire que Matlaye fut promptement repris par Cheriquel, notre allié, et nous fut aussitôt restitué.
A Mahé même, l’incertitude continuait de régner au sujet de nos limites, et Bayanor ne nous était nullement favorable. Ce jeune prince, d’une humeur particulièrement inquiète, aspirait au titre de roi. Son ambition alarmait ses voisins, les nambiars d’Irruvelinad, qui finirent par lui faire la guerre ; nous restâmes neutres et tout se termina par le statu quo.
Nous en aurons fini avec la côte Malabar en ajoutant que la France continuait d’assurer la protection des îles Maldives avec quelques hommes commandés par Le Termeiller. Les deux rois de ces îles étaient depuis plusieurs années prisonniers d’Ali Raja à Cannanore sans vouloir reconnaître sa souveraineté.
En résumé, sauf au Bengale où nous avions tout perdu, la partie n’était nullement compromise partout ailleurs et, au moment où Lally arriva, nous pouvions encore espérer sortir victorieux de la lutte engagée avec les Anglais. A peine Lally était-il débarqué que, le
- LA MARCHE SUR TANJORE jour même, il envoyait un détachement de 700 Européens commandés par d’Estaing pour s’emparer de Goudelour, où il partait lui-même le lendemain. Le 4 mai, la ville capitulait. Par malheur, une bataille navale que d’Aché livra le 28 avril à l’amiral Stevens en vue de Negapatam ne nous permit pas de rester maîtres de la mer et de compter sur une sécurité complète pour nos opérations à l’intérieur du pays ; nous eûmes toujours à craindre un renforcement de l’armée ennemie.
La chute de Goudelour fut suivie du siège de Fort Saint-David, devant lequel Dupleix avait jadis dirigé quatre opérations infructueuses. Lally fut plus heureux : Fort-Saint-David se rendit le 2 juin après un siège régulier de 18 jours et ses fortifications furent immédiatement rasées ; il n’en reste plus aujourd’hui que quelques pans de murailles sans intérêt.
234Si l’on en croit Lally, Leyrit et le Conseil supérieur auraient apporté la plus grande négligence sinon la plus criminelle insouciance à lui prêter assistance ; déjà les fonds commençaient à manquer et c’est ce qui perdit tout dans la suite. Les Français ont toujours refusé d’attribuer aux questions financières l’importance qu’elles méritent et malgré l’âpreté parfois injuste et toujours exagérée des critiques de Lally, il faut reconnaître que Leyrit, tout en ayant du bon sens et de la modération, avait toujours manqué de l’autorité nécessaire pour imposer à ses fonction- Forr Sr. David, tel qu’il était en 1754 - demoli parles Français en 1758. naires la discrétion dans la perception des revenus publics. Civils et militaires, chacun cherchait avant tout à s’enrichir, sauf à laisser le trésor insuffisamment garni pour les dépenses de salut national. Nos fermiers indigènes gardaient pour eux la majeure partie des recettes et lorsque, instruit de leurs prévarications, Leyrit les remplaça par des Européens, ce furent les mêmes abus. Nul n’était tout à fait un malhonnête homme, mais l’esprit public était corrompu et les impôts ou charges communes étaient à la disposition des intérêts particuliers. Il n’est pas jusqu’aux matelots qui, faute d’être suffisamment payés, refusaient de s’embarquer et il fallut à la fin de mai donner à d’Aché 400 hommes de nos troupes pour renforcer son escadre. Lally s’indignait de cette indifférence léthargique pour le bien de l’Etat et commençait à porter sur chacun des soupçons et même des jugements qui lui faisaient autant d’ennemis.
FORT SAINT-DAVID TEL QU’IL ÉTAIT EN 1754. (A. Reiss.)
Fort Saint-David pris, Lally voulait se porter à Madras avec notre escadre ; d’Aché refusa, sous prétexte qu’il manquait de vivres et que les maladies qui régnaient à bord de ses vaisseaux les mettaient hors d’état de tenir la mer.
235Comme il était à peu près inutile d’attaquer Madras par terre, si la mer restait libre et que la mousson qui oblige les vaisseaux à fuir la côte ne se déclare qu’en octobre ou novembre, Lally se rejeta sans enthousiasme sur le Tanjore, où il y avait à recouvrer une créance de 55 lacks, héritage des droits que nous tenions de Chanda Sahib.
Lally s’engagea malheureusement dans cette expédition sans avoir les vivres et les munitions nécessaires pour une campagne de quelque durée et ne trouva dans le pays depuis Devicotta que de rares approvisionnements. Enfin le 18 janvier il arriva devant Tanjore avec I 600 hommes. Aux premières sommations, le rajah promit de payer cinq lacks et de fournir des vivres pour une valeur à peu près équivalente, mais sur une légère infraction à ces conventions, Lally menaça de le déporter à l’ile de France. Il n’en fallut pas davantage pour déterminer une lutte à mort. Elle eût peut-être tourné à notre avantage, car une brèche avait pu être pratiquée dans la muraille et l’attaque générale était déjà ordonnée lorsque Lally apprit que la flotte de d’Aché venait d’être battue le ter août au large de Tranquebar et qu’un corps de 800 Anglais s’apprêtait à descendre sur Pondichéry. Lui-même n’avait plus que pour deux jours de vivres et ses munitions de guerre étaient presque épuisées ; le io août, il prit le parti de la retraite qui s’effectua en bon ordre et, le 28, il était de retour à Pondichéry.
CONTRE LES FRANÇAIS. — LALLY LE RAPPELLE A LA CÔTE fut de rappeler BussyCet échec fit oublier le succès de Fort-Saint-David ; la prise de Madras pouvait seule relever le prestige et l’autorité de Lally ; voyant venir l’hiver, où les vaisseaux anglais devaient se retirer dans le Gange ou à Bombay, il s’employa sans tarder à préparer la grande expédition. Son premier soin du Décan, afin d’opérer une concentration de toutes nos forces. Celui-ci n’était retourné à Haïderabad qu’à son corps défendant, mais les nécessités d’une situation compromise l’y avaient encore une fois rappelé. Le partage de l’autorité entre le soubab et ses frères avait produit ses effets naturels : les rivalités pour la prééminence et l’anarchie. Chanavas Khan, resté notre ennemi, avait lié la partie avec Nizam Ali qu’il comptait, à la première occasion favorable, substituer au soubab régnant. Pour mieux arriver à ses fins, il s’entendit avec Balagirao et le détermina à entrer dans le Décan, comme s’il voulait effectivement faire la guerre. Une armée mahratte, commandée par le fils du péchoua, vint en effet jusqu’à Aurengabad et, dans la confusion qui suivit, Nizam Ali, dont la popularité était réelle, se fit conférer les plus grands pouvoirs et l’autorité effective fut enlevée à Salabet jing. Nizam Ali eut à sa disposition le grand sceau de l’Etat.
236Informé de ces événements, Bussy fit en 21 jours près de 450 kilomètres et arriva à Aurengabad, dans le courant de janvier 1758. Il était temps : tout était prêt pour déposer et sans doute tuer Salabet jing. Nizam Ali commandait l’armée et Chanavas Khan s’était fait mettre en possession de la forteresse de Daulatabad, l’une des plus puissantes de l’Inde. Bussy manœuvra selon son habitude, avec beaucoup de prudence et de résolution ; il se fit remettre les sceaux par Nizam Ali et reprit par ruse la forteresse de Daulatabad. Puis il fit donner à Nizam Ali le gouvernement d’Haïderabad, pour le mettre plus directement sous notre surveillance. Le prince parut accepter avec reconnaissance cette désignation, mais le jour de investiture il fit assassiner Haider jing, le divan de Bussy et l’un des hommes les plus considérables du pays. Bussy voulut aussitôt faire arrêter Chanavas Kh., dont les intrigues favorisaient toutes ces manœuvres ; celui-ci fut tué en se défendant. La coalition se rompit aussitôt et, de crainte d’être arrêté à son tour, Nizam Ali se sauva à Berhampour avec quelques cavaliers. Son gouvernement ainsi que le poste de premier ministre furent donnés à Bassalet jing et l’on partit pour Haiderabad, où l’on arriva le I5 juillet. Bussy y trouva une lettre de Lally, datée du 13 juin, lui enjoignant de rejoindre Pondichéry avec toutes ses troupes et de ne laisser à la côte des circars et de Masulipatam qu’un simple détachement sous les ordres du marquis de Conflans ; il partit trois jours après.
MADRASCe départ, justifié par la nécessité de faire un front commun contre les Anglais, ne préjugeait nullement de l’abandon définitif du Décan ; si nous avions été victorieux à la côte, Bussy serait sans doute revenu à Haiderabad avec une nouvelle autorité, mais on sait déjà ce qu’il advint et, en fait, le départ de Bussy mit fin à sept années d’efforts glorieux et d’un profit certain. Il n’est pas dans notre histoire coloniale d’exemple où notre autorité sur un pays aussi étendu et aussi peuplé que le Décan se soit manifestée et maintenue par le seul prestige et aussi les seules qualités politiques d’un homme ; les armes elles-mêmes eurent peu de part à nos succès. Bussy, rejoint par Moracin sur les bords de la Krichna, rencontra Lally le 26 septembre à Vandischva où nos troupes se préparaient à l’expédition de Madras par la conquête du pays intermédiaire. Lally, réduit alors à ses seules forces par suite du départ de notre escadre qui avait appareillé pour les Iles le 2 septembre, trouva dans ce secours un renfort appréciable quoique insuffisant ; Bussy et Moracin n’amenaient pas avec eux plus de 750 hommes dont seulement 250 Français ; Bussy lui remit en outre 250000 roupies de ses fonds personnels pour subvenir aux nécessités de la guerre. Arcate tomba entre nos mains le 3 octobre, suivant de près la chute d’autres places moins importantes, telles que Carangouly, Tirnamallé, Trivalour et Timery. A part Chinglepet, qu’on ne put attaquer faute de 1o 000 roupies, tout le pays entre Pondichéry et Madras était entre nos mains.
237Lally installa comme nabab d’Arcate Raza Sahib, fils de Chanda Sahib, prince peut-être fort dévoué mais pourvu de peu de qualités militaires. Puis il mit la dernière main à la grande affaire : celle de Madras, et ce ne fut pas chose aisée. Nous avions bien à notre disposition 2 700 hommes et 4000 noirs, mais pas assez d’argent pour les payer. Les fermiers se succédaient les uns aux autres avec une égale insouciance du bien public et le trésor, sans être absolument vide, n’était pas suffisamment garni pour VUE INTÉRIEURE DU FORT SAINT-GEORGES, FACE OUEST entretenir longtemps un (D’après Ward). tel effectif. A l’issue d’un conseil mixte, on résolut cependant de marcher sur Madras, parce que, disait-on, il valait mieux mourir d’un coup de fusil sur les glacis de cette ville que de faim sur ceux de Pondichéry. Ce n’était plus l’enthousiasme qui avait entraîné nos hommes à Fort Saint-David ni même à Tanjore. La foi s’en était allée ; Lally ne se rendait pas compte que rien n’est possible sans une certaine confiance ni une certaine tolérance.
Les pluies qui survinrent à ce moment nous firent perdre un temps précieux ; on ne put arriver en vue de Madras que le 12 décembre ; si l’on n’emportait pas la ville de haute lutte, il y avait tout à craindre du retour de l’escadre anglaise à la fin de la mousson d’hiver. Et c’est, hélas ! ce qui arriva.
Le 14, la ville noire fut entièrement occupée, à la suite d’un combat très meurtrier, un moment fort indécis, qui nous coûta 200 tués ou blessés, tandis que les Anglais perdaient 300 hommes et trois pièces de canon. Restait la ville blanche, autrement dit Fort Saint-Georges ; il était défendu par le major Lawrence avec I 600 Européens et 2 500 cipayes, et des officiers tels que Draper et le major Caillaud. On essaya de l’enlever par un siège régulier ; une parallèle fut ouverte à 500 mètres de la place et bientôt une brèche assez large fut pratiquée dans le mur d’enceinte pour que l’on pût tenter l’assaut. Lally en donna l’ordre, mais alors les ingénieurs et officiers d’artillerie déclarèrent qu’en l’état, cet assaut causerait la perte de beaucoup de monde sans réussir. Lally était disposé à passer outre et avait même fixé le jour de l’attaque, lorsque la flotte de l’amiral Pocock, amenant un millier d’hommes, parut en rade de Madras. Nos troupes étaient si mal payées et si démoralisées que rien, ni prières ni menaces, ne pouvait les décider à tenter un suprême effort. Lally se décida alors à la retraite (nuit du 17 au 18 février), laquelle s’effectua sans troubles d’aucune sorte. Lally se replia à Conjivaram, puis à Arcate et enfin à Pondichéry, où il arriva vers le 15 mars.
238 P ET DE LA CÔTE D’ORISSAOn peut dire que de ce jour la partie était perdue. Et l’on peut ajouter qu’elle le fut moins par les fautes militaires de Lally, — on ne peut à cet égard rien lui reprocher, — que par la violence de son caractère qui lui aliéna des concours nécessaires et aussi, il faut bien en convenir, par ce mépris excessif qu’ont toujours eu les Français pour les soigneuses mises au point financières. Il n’est pas enfin jusqu’à la métropole qui n’ait eu sa part de responsabilité ; alors que le grade le plus élevé de l’armée dans l’Inde était celui de lieutenant-colonel, elle avait donné à Lally un état-major composé d’un maréchal de camp (Soupire), 3 brigadiers (d’Estaing, Landivisiau et Michel Lally), un maréchal général des logis (La Farre), un major général (de Fumel) et Il colonels parmi lesquels Crillon, de Montmorency, de Maudave et d’Estrées. Emplois inutiles dont les soldes et suppléments de solde entraînaient par mois une dépense de 39 024 livres. pas de grands mouvements militaires, au moins dans ERTE DE MASULIPATAM Les premiers mois de l’année 1759 ne virent le Carnatic ; Français et Anglais, n’ayant ni les uns ni les autres une supériorité marquée, s’observaient mutuellement avant d’engager la partie décisive. Mais il n’en était pas de même à la côte d’Orissa ; là ce fut la ruine totale.
Bussy avait à peine quitté le Décan que le rajah de Chicacole et de Rajamandry, levant l’étendard de la révolte, nous reprenait Vizagapatam et appelait les Anglais à son secours. Madras étant menacé d’une attaque, ce fut Clive qui répondit. Son autorité était encore mal affermie au Bengale ; néanmoins, avec une audace inouie, il osa en retirer 500 Européens et 2000 cipayes qu’il mit sous les ordres du colonel Forde. Celui-ci débarqua à Vizagapatam le 12 octobre. Conflans avait des forces égales aux siennes et l’avantage de l’occupation du pays ; Salabet jing nous était encore fidèle. Aucun de ces avantages ne nous servit ; Conflans se laissa attaquer à Condore, à 40 milles au nord de Rajamandry et, complètement vaincu, se retira en toute hâte à Masulipatam. La perte de Rajamandry fut la conséquence immédiate de cette bataille. A Masulipatam, Conflans pouvait encore se défendre ; nous occupions toujours Bezwada, à l’entrée du Décan, et Salabet jing tenait 1o 000 hommes prêts à nous venir en aide ; enfin Lally se proposait d’envoyer quelques renforts avec Bussy et Moracin. S’il eût eu affaire à un adversaire connaissant son métier, Forde abandonné à ses seules forces était perdu ; ce fut au contraire lui qui triompha. Sentant qu’il ne pouvait Rajamandry Coringa se tirer d’affaire qu’en ris- Bezoara Ellore Manaon quant tout, il courut, après Madapolam Ingerai Bandermoulanka un long siège, la chance Gontour cza pour d’un assaut contre Masuli- Mazulipatam patam et, à la suite d’un Nizampatnam Pointe de Davy rude combat, il prit la ville He de Divy dans la nuit du 7 avril et Mantepelly LA CÔTE D’ORISSA avec toute son armée. obligea Conflans à se rendre GOLFE 0 Echelle 50 100K
239Du coup tout le résultat de la politique de Dupleix et de Bussy fut anéanti ; nous ne perdîmes pas seulement les circars et la côte de Masulipatam avec le Condavir ; mais Salabet jing, inquiet du sort qui l’attendait s’il continuait à nous soutenir, fit la paix avec les Anglais et leur transféra tous les avantages qu’il nous avait concédés. Un seul jour suffit pour détruire les résultats de huit années.
Il ne nous restait plus, après ce désastre, que le littoral du Carnatic entre le Ponéar et le Coléron avec Arcate, Tirnamallé et Sriringam comme postes avancés dans l’intérieur des terres. C’était encore, il est vrai, un territoire assez étendu ; il était même plus vaste qu’au moment du départ de Dupleix ; la question était de savoir si nous pourrions nous y maintenir. L’hésitation des Anglais à profiter du bénéfice moral de la levée du siège de Madras prouvait qu’à leurs yeux la partie offrait encore des aléas dangereux.
240 LE COMBAT DANS LA HUNETout dépendait des secours que nous recevrions de France, mais plus encore du bon accord entre les différentes autorités de Pondichéry et des ressources financières qu’elles trouveraient dans le pays. A la vérité ce dernier point était le plus angoissant de tous ; les millions apportés par Soupire, Lally et d’Aché avaient fondu au soleil et le produit des fermes ne donnait que des mécomptes ; quels que fussentles fermiers, qu’ils s’appelassent Ramalinga ou Rangapa, Desvaux ou Guillard, on était obligé d’enquêter sur leur régie et l’on ne relevait jamais que des fraudes ou d’étranges complaisances. D’après les pouvoirs qu’il avait reçus en partant de France, Lally n’avait pas qualité pour intervenir dans les actes del’administration civile ; seulement il ne se faisait pas faute de les critiquer (1750) et avec quelle vio- (D’après un lavis de Detaille). lence ! N’ayant presque plus d’argent au début de 1759, le Conseil tira pour cinq millions de lettres de change sur la Compagnie et émit une quantité considérable de bons de caisse, qui furent donnés en paiement mais ne tardèrent pas à perdre 80 pour 100 de leur valeur et l’on commença à se demander avec une vive inquiétude comment l’on sortirait de ce mauvais pas.
Cependant il fallait nourrir les troupes et aussi les occuper ; l’inactivité est un terrible agent de démoralisation. Par un mouvement fort habile, le major anglais Brereton nous enleva Conjivaram dès le mois de mars et nous n’eûmes plus aucune place au nord du Paléar. Du moins Lally entreprit-il de se maintenir sur la rive droite de ce fleuve, avec Vandischva et Carangouly comme points d’appui. Une forte maladie qui le retint au lit du mois de mai à la fin d’août non moins que la saison chaude suspendit en fait les hostilités et nous ne relevons durant ces quatre mois que la prise de Thiagar par le lieutenant Mariol le 14 juillet. Thiagar, forteresse importante à quinze lieues au sud-ouest de Pondichéry, devait assurer nos communications avec Sriringam. Cinq cents prisonniers revenus de Trichinopoly par un échange contre un nombre égal de soldats anglais, n’eurent pas plus tôt recouvré leur liberté que 200 d’entre eux se révoltèrent et qu’une soixantaine retourna à l’ennemi. L’oisiveté avait tué en eux toute discipline et tout sentiment d’honneur.
Cependant, à la fin d’août, la nouvelle se répandit que d’Aché n’allait pas tarder à revenir ; ce fut une lueur d’espoir. D’Aché parut en effet en vue de Goudelour le Io septembre ; là, il trouva la flotte anglaise de l’amiral Pocock. Après un combat fort meurtrier, qui dura environ deux heures, nos vaisseaux furent tellement éprouvés qu’ils virèrent de bord et se dirigèrent sur Pondichéry, où ils n’arrivèrent que le 16. La flotte ennemie avait été elle-même trop affaiblie pour pouvoir les poursuivre.
BATAILLE DE VANDISCHVA ET SES CONSÉQUENCESD’Aché n’apportait aucun renfort, mais seulement 380 000 livres en piastres et 400 000 en diamants, — somme tout à fait insuffisante, outre que les diamants étaient d’une défaite difficile. Lally et le Conseil de Pondichéry espéraient qu’il resterait assez de temps pour prêter un appui aux opérations militaires qui ne pouvaient tarder à reprendre et seraient vraisemblablement décisives, mais d’Aché, peu confiant dans la solidité de sa flotte depuis son récent échec, déclara dès le jour de son arrivée qu’il repartirait immédiatement. Nulle prière, nulle sommation ne put le retenir ; il appareilla le 27, abandonnant l’Inde à ses destinées. Les hostilités avaient repris la veille sur terre par une attaque du major Brereton contre Vandischva ; elle avait été brillamment repoussée par le capitaine Geoghegan, mais que valait ce succès si l’ennemi continuait à recevoir des renforts et si nos effectifs s’affaiblissaient tous les jours ? Le dénouement était fatal.
HISTOIRE DES COLONIES. T. V.
242C’est alors que commence vraiment la liquidation de l’entreprise : tout va mal tourner, aussi bien sur le front qu’à Pondichéry où les passions à peu près contenues jusqu’à ce jour vont trouver dans notre détresse financière un nouvel élément d’activité. C’est à qui cherchera à rejeter sur l’autorité rivale la catastrophe que chacun prévoit et que Lally lui-même ne dissimule pas.
Regardons d’abord du côté de l’armée. Au moment où s’engageait la bataille de Vandischva, première du nom, Lally songeait enfin à utiliser le concours de Bussy. Depuis un an que celui-ci était revenu du Décan, il ne servait qu’en qualité de volontaire. Les officiers venus de France, quoique supérieurs en grade, avaient tous accepté de servir sous ses ordres, mais Lally avait toujours manifesté la plus grande répugnance à recourir à ses lumières ; il l’accusait presque ouvertement de gains illicites dans sa vice-royauté du Décan. S’il l’avait emmené au siège de Madras, il ne lui avait confié aucun commandement effectif ; depuis, il avait voulu le renvoyer à Masulipatam pour sauver cette ville du désastre. Bussy avait décliné cette charge sous prétexte de santé ; en réalité, la confiance manquait complètement entre les deux chefs. Leur correspondance ne le prouve que trop ; selon son habitude Lally était hargneux et malveillant, tandis que Bussy lui répondait avec une déférence voulue mais non exempte d’un certain persiflage.
Les nouvelles apportées de France par d’Aché pouvaient modifier ces dispositions : Bussy était nommé brigadier et commandant en second de l’armée. Ce fut alors que, pour utiliser ses connaissances, Lally l’invita à se rendre auprès de Bassalet jing, pour inviter ce prince à nous rejoindre avec une armée qu’il tenait toute prête sur les bords de la Quichena. Bussy revint au commencement de décembre, ayant totalement échoué dans sa mission. Bassalet jing n’osait plus se compromettre avec nous ; d’après ce qu’il savait, il jugeait la partie trop mal engagée. Pendant ce voyage, un événement plus inquiétant que réellement malheureux avait tout gâté. Le 19 octobre, nos troupes cantonnées à Vandischva se révoltèrent et, abandonnant leurs drapeaux et leurs officiers, allèrent camper à deux lieues de leurs quartiers ; elles se plaignaient de n’avoir rien touché depuis dix mois et donnaient quatre jours pour obtenir leur solde entière, sinon, il ne fallait compter sur aucune voie de conciliation. Dans cet extrême péril, Lally donna 50 000 livres de ses deniers personnels, le P. Lavaur en donna 36 000 ; d’autres concours permirent de faire la solde presque entière et, après quatre jours de négociations assez délicates, l’armée, ayant reçu ce qu’on lui avait promis, rentra dans le devoir, une amnistie totale couvrant la révolte.
243
LA PAGODE DE CHILLAMBARAM (D’après un dessin du Tour du Monde) L’appel à Salabet jing ayant échoué, Lally revenant à l’ancienne politique de Dupleix trop négligée jusqu’alors se mit en rapports avec notre vieil allié, le chef mahratte Morarao, et obtint qu’il nous fournirait 2 000 cavaliers.
244On a peine à comprendre les opérations militaires auxquelles se livra alors Lally. Comme une bête traquée, il voulut faire face de toutes parts, sans calculer la valeur des coups qu’il portait. Alors que la logique lui commandait de tenir des forces concentrées sur le Paléar, il voulut reprendre Pile de Sriringam que nous avions évacuée en juin 1758 et chargea Crillon de l’opération. L’affaire réussit, mais dans le même temps les Anglais ayant reçu des renforts avec le colonel Coote nous reprenaient Carangouly et Vandischva. Il fallait les reprendre et c’est alors que s’effondra ce qui restait de la puissance française dans l’Inde.
Le 20 janvier 1760, les deux armées se rencontrèrent sous les murs de Vandischva. Sans compter les noirs, nous avions I 350 hommes et les Anglais environ 1 900. Le refus de notre cavalerie de marcher en temps opportun et l’explosion d’une voiture de poudre qui nous mit 8o hommes hors de combat déterminèrent la défaite. Bussy fut fait prisonnier, en cherchant à rallier le régiment de Lally ; Lally lui-même dut se résoudre à la retraite. Il se retira à Chettipet, puis à Gingy et enfin à Pondichéry.
PONDICHÉRY APRÈS LE SIÈGE DENul doute que si, le lendemain de sa victoire, le SIR EYRE COOTE (D’après un portrait de Thomas Hickey. Madras). colonel Coote se fût porté sur cette dernière place, elle eût été prise ; le colonel préféra s’assurer de toutes les places environnantes et successivement Chettipet, Arcate, Timery, Deviccotta, Tirnamallé, Chilambaram, Goudelour et Valdaour tombèrent entre ses mains ; fin avril il ne nous restait plus dans le Carnatic que Thiagar et Gingy. Plus au Sud, Karikal, livré par son défenseur le capitaine d’Héry, succomba le 5 avril ; enfin Pondichéry lui-même fut investi du côté de la mer le 18 mars par 14 vaisseaux de guerre sous les ordres de l’amiral Cornish, successeur de Pocock. Ces pertes nous privaient de tous revenus et de toutes contributions provenant de l’occupation du pays ; nos dernières ressources étaient coupées et il n’y avait rien à espérer de la métropole. Lally essaya bien de conjurer le danger en concluant un accord avec Andrenck, qui déjà portait le nom plus illustre d’Haïder Ali, et les Maïssouriens ; grâce à leur entremise il put faire entrer quelques approvisionnements dans la ville ; mais ce concours même nous fit bientôt défaut. Les Maïssouriens, ayant à traverser les lignes anglaises pour venir à notre aide, préférèrent rester chez eux. Et ce fut bientôt le blocus de Pondichéry, tant par terre que par mer. Bien qu’il sentit la partie perdue, Lally fit face à la mauvaise fortune avec une grande fermeté d’âme ; mais que pouvait-il contre la supériorité des forces anglaises ? Que pouvait-il étant donné l’esprit 1769 (D’après le Voyage dans les mers de l’Inde de Le Gentil). qui régnait à Pondichéry ? Du moment où il sentit que la responsabilité de la défense de la place pesait tout entière sur ses épaules, Lally prétendit parler en maître et à ses critiques succédèrent des ordres au Conseil supérieur. Ce fut alors la lutte en règle entre les deux pouvoirs ; aux ordres de Lally, le Conseil répondait par l’inertie quand ce n’était pas par la résistance ouverte et il se trouva que Lally, si prompt à la critique, le fut beaucoup moins dans l’exécution. Tous ses actes furent bientôt interprétés comme ceux d’un homme qui ne se possédait plus. Prescrivait-il des souscriptions volontaires, personne ne souscrivait ; ordonnait-il des perquisitions, on cachait les réserves. Les sentiments de haine à son égard croissaient avec une incroyable violence ; comme on devait l’écrire au lendemain de la reddition de la ville, c’était « un indigne monstre, un nouveau Domitien ; jamais Tibère ni Néron n’avaient eu l’âme aussi méchante ». Et c’étaient des hommes comme Moracin et Courtin qui écrivaient de pareilles choses. Lally ne méritait assurément pas de tels qualificatifs ; son plus grand tort est d’avoir voulu être un justicier sans en avoir les moyens. Il est juste d’ajouter que si l’accord eût régné
245
à Pondichéry, la ville n’en eût pas moins succombé. Avec une bonne organisation financière on pouvait encore tout sauver jusqu’à Vandischva : après la perte de cette bataille, nul héroïsme, nul dévouement ne pouvaient nous garantir d’un désastre. On ne gagne pas la bataille finale avec une caisse vide et des forces qui fondent tous les jours. L’escadre de d’Aché, qu’on attendait comme une suprême ressource, ne revint jamais.
Au milieu de septembre, l’ennemi pénétra dans nos limites et Pondichéry se trouva effectivement bloqué. Bientôt il devint évident que la ville ne pourrait pas tenir longtemps ; fin décembre, tous les vivres étaient à peu près épuisés ; les chats et les rats étaient mangés ! Un Conseil mixte réuni le 28 décembre sur la proposition de Lally ajourna sans l’écarter toute idée de capitulation. Mais le 12 janvier, ne restant plus que deux jours de vivres en magasin, Lally mit Leyrit en demeure de se prononcer. Le Conseil supérieur ne se souciait pas d’engager sa responsabilité ; force lui fut cependant de reconnaître que toute résistance était impossible et que si on laissait la ville courir les risques d’un assaut, ce serait le pillage et la ruine. Après deux jours d’une discussion pénible, on dressa une déclaration en forme de capitulation que l’on envoya au commandant anglais. Le conseil de guerre assemblé ratifia cette procédure et chacun se trouva d’accord pour contracter aussi bien pour l’armée que pour tous les habitants civils et bourgeois de Pondichéry. Coote exigea une reddition sans condition et le 16 janvier l’ennemi prenait possession de la ville et de la citadelle. Il ne nous restait plus que 600 hommes de troupes réglées.
LALLY ET SA MORTIl est inutile d’ajouter que Gingy, Thiagar et, à la côte Malabar, Mahé et Nelisseram ne tardèrent pas à suivre le sort de Pondichéry ; de notre empire de l’Inde il ne restait plus qu’un souvenir. Nous ne pouvons pas suivre en France Lally, le héros malheureux de cette tragique histoire, mais chacun sait que revenu à Paris il sut, par les défauts de son caractère, faire à nouveau contre lui une coalition de ses ennemis et provoqua ainsi un mouvement d’opinion, dont sa vie fut l’enjeu. L’arrêt du parlement le déclara « dûment atteint et convaincu d’avoir trahi les intérêts du roi, de son Etat et de la Compagnie des Indes, d’abus d’autorité, vexations et exactions envers les sujets du roi et étrangers habitants de Pondichéry » et, par ces motifs, le condamna à mort le 6 mai 1766.
La postérité n’a pas ratifié cet arrêt. Lally avait assurément mal servi les intérêts du roi par son manque absolu de psychologie et avait peut-être eu le tort de prendre l’initiative d’une proposition de capitulation quinze jours avant que toute résistance devint matériellement impossible, mais il est exagéré de dire que ce fut un acte de trahison.
247Dans le procès en révision qui fut poursuivi par son fils, Lally fut simplement déclaré « dûment atteint et convaincu de n’avoir pas suivi ses instructions, d’abus d’autorité, d’avoir par des discours outrageants manifesté sa haine contre le Conseil et les habitants de la ville de Pondichéry... d’avoir tenu des propos propres à inspirer le découragement, d’avoir négligé de pourvoir à l’approvisionnement de ladite ville, d’avoir dans le même temps où elle était dans un besoin pressant commis l’usure en exigeant de la Compagnie des Indes sous le nom d’une personne LALLY-TOLLENDAL interposée des intérêts à 30 pour 100, d’avoir par (D’après un croquis pris lors de son exécution). sa capitulation particulière abandonné et sacrifié les intérêts des habitants de Pondichéry et de toute la colonie et par là accéléré la perte desdites villes et colonie ». Et sa mémoire resta condamnée (arrêt du parlement du 23 août 1783).
Il n’est pas certain que ce verdict serait aujourd’hui entériné purement et simplement.
La condamnation du 6 mai 1766 a entouré le nom de Lally d’une auréole que les qualités politiques et administratives de l’homme ne justifiaient pas. C’est, croyons-nous, le jugement le plus raisonnable que doive porter l’histoire.
Le nom de Tollendal qui reste au sien, est un titre irlandais qui fut donné une vingtaine d’années plus tard à son fils naturel, Gaspard Trophime, lorsqu’on voulut lui créer une sorte de filiation légitime par un prétendu mariage de Lally avec une nommée Félicité Crafton qui n’a jamais existé.
248Citer ce chapitre
Alfred Martineau, « Godeheu, Duval de Leyrit et Lally-tollendal (1754-1761) », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. V, L'Inde — L'Indochine, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1932, p. 215-248.
Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-5/inde-moderne/godeheu-duval-de-leyrit-et-lally-tollendal-1754-1761/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1100275t