Tome III · La Tunisie
La Tunisie
LA TUNISIE
HIST. DES COLONIES : TUNISIE.
PAR GEORGES HARDY ILLUSTRATIONS DE GEORGES-ABEL CHALON
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GA. Chai on traits particuliers. Elle détache du bloc continental un large Dans la massive Afrique, la Tunisie apparaît avec des et long promontoire ; ses côtes, sans être encore très découpées, sont plus articulées que celles de la plupart des autres régions africaines, elles se creusent de golfes à grand rayon et de vastes baies accessibles, elles projettent au large des îlots rocheux ou de grandes îles sablonneuses. La mer et la terre, loin de s’opposer, comme au Maroc, par exemple, voisinent et se pénètrent.
Par la plus favorable de ses portes marines, — le golfe de Tunis — elle s’ouvre sur le principal couloir de la Méditerranée ; avec la Sicile, dont elle n’est séparée que par une centaine de kilomètres, elle garde le passage de la Méditerranée occidentale dans la Méditerranée orientale, elle ressent nécessairement tous les mouvements de l’Europe méridionale, et elle est exposée, par la longue ligne de sa côte Est, à tous les courants qui viennent du Levant, de la Tripolitaine, de l’Egypte, de la Syrie, de l’Asie Mineure.
Elle doit à cette situation, depuis les premiers âges du monde, une vive activité commerciale, soutenue d’ailleurs par la fertilité de son sol : de tout temps, elle a exporté des céréales et de l’huile, elle a servi d’entrepôt aux produits du Soudan et de point d’arrivée aux routes du désert, ses relations avec l’extérieur l’ont amenée à développer ses industries.
340 MAUSOLÉE LIBYCO-PUNIQUE A BOUGGAPour les mêmes raisons, elle n’a pas vécu à l’écart des mouvements d’idées. Elle a connu de bonne heure une civilisation brillante, la culture romaine s’y est largement manifestée, l’Islam y a réalisé des œuvres magnifiques, son esprit s’est affiné jusqu’à la subtilité et il accuse certainement une parenté plus étroite avec l’Egypte ou la Syrie qu’avec l’Algérie ou le Maroc. Mais aux avantages de cette situation se sont mêlés des inconvénients de même origine et tout aussi importants : la Tunisie a toujours été ouverte aux invasions, elle a subi des dominations multiples et diverses : phénicienne, romaine, vandale, byzantine, arabe, marocaine, espagnole, turque, avant de tomber sous le protectorat de la France. C’est une terre foulée et refoulée, — à cet égard encore, fort différente du Maroc. Malgré tout, TUNISIENNE la Tunisie a réussi à conserver une certaine personnalité morale et même une individualité historique. Comme pour le reste du Moghreb, le fond de sa population est berbère, et c’est un des caractères les plus marqués de l’âme berbère que cette capacité de survivre aux plus longs étouffements, de prendre aux civilisations étrangères ce qui lui convient et de se retrouver ensuite avec sa sève originelle.
Comme le reste du Moghreb, elle a trouvé dans la religion sa meilleure arme contre l’absorption, et pour commencer, contre la domination de ses coreligionnaires, arabes, marocains ou turcs, et d’autant plus aisément que ses tendances d’esprit la préparaient tout particulièrement aux fermentations religieuses. C’est déjà de Tunisie que partent l’hérésie des Donatistes et la fameuse révolte des Circoncellions, mais c’est l’Islam surtout qui communiquera aux Tunisiens une singulière force de résistance contre l’étranger et leur permettra notamment, entre la disparition de la domination turque et l’établissement du protectorat français, de mener une existence indépendante avec des dynasties locales.
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Résistance qui prend diverses formes selon les régions ; car la petite Tunisie est un pays fort hétérogène : de rudes montagnes au nord et à l’ouest, un chapelet de plaines reliées par la Medjerda, une zone côtière ou Sahel, sèche mais cultivable, des steppes au sudouest, au seuil du désert une ligne d’oasis et le pays tourmenté des Matmata troglodytes.
La montagne et les steppes nourrissent des populations relativement farouches, entraînées aux guerres de tribus, islamisées seulement en surface, mais faciles à fanatiser : les Kroumirs, par exemple, montent la garde au nord, et les Matmata au sud, et bien que l’autorité beylicale ait peu de prise sur eux, elle sait à l’occasion s’en servir et les déchaîner contre l’ennemi EL DJEM commun.
Dans les plaines fertiles, sur la côte, la facilité de vie éteint l’esprit guerrier, la race est amollie.
TUNISIENMais elle dispose d’autres ressources : ces commerçants, ces lettrés, ces casuistes, sont passés maîtres en finesse orientale et, s’ils ne se risquent pas volontiers en échauffourées brutales, ils connaissent à fond l’art de manier leurs adversaires, de les opposer les uns aux autres, de combiner la menace et la caresse et de tirer en fin de compte leur épingle du jeu. Depuis la fin de la domination romaine jusqu’à l’établissement du protectorat français, la Tunisie jouit ainsi d’une situation politique toute spéciale : elle se rattache nominalement à tel ou tel grand empire, et demeure en fait indépendante.
342Les invasions arabes y laissent des gouverneurs qui n’ont aucune autorité sur le pays ou font avec lui cause commune contre le pouvoir central ; en fin de compte, Ibrahim ibn Aghlab, au temps de Haroun-er-Réchid, fonde la dynastie locale des Aghlabites, et d’autres l’imitent ; en 1236, Abou Zakaria rejette l’autorité des Almohades et fonde la dynastie des Hafsides, qui restera au pouvoir jusqu’au début du xvie siècle.
Les Turcs, que les Hafsides avaient imprudemment appelés à leur secours, prennent leur place et paraissent un moment ramener la Tunisie au rang de province : un pacha gouverne à Tunis sous le contrôle du beylerbey d’Alger ; mais le pacha ne parvient pas à s’imposer, et le Divan, composé des officiers de la milice, exerce une véritable tyrannie, qui provoque un soulèvement des janissaires ; ceux-ci, après avoir massacré le Divan, en constituent un autre, désignent pour le diriger un dey (mot qui, en turc, signifie oncle), et c’est ce dey qui, sous l’autorité nominale du pacha, détient le pouvoir réel.
Puis, en 1631, une nouvelle révolution fait passer le pouvoir du dey au commandant des forces de terre, ou bey. Enfin, au xvIIIe siècle, une autre révolution militaire permet à l’agha des janissaires, Hussein, de se faire nommer bey et de fonder la dynastie qui règne aujourd’hui encore à Tunis : les deys disparaissent, Hussein règne avec le titre de pacha-bey et ses descendants sont reconnus par la Porte comme des sortes de vice-rois, tout juste tenus de notifier leur avènement.
L E VOISINAGE DE L’ALGÉRIEArabe ou turque, la domination étrangère en Tunisie n’a été en somme qu’une fiction, et les tentatives de la Porte pour maintenir son droit de suzeraineté sur le pays n’ont jamais été prises au sérieux par le pays ni par les puissances européennes. la cuirasse tunisienne, ce n’était donc pas sa large ouverture Ce qui devait apparaître à la longue comme le défaut de sur une mer active : c’étaient les quelque 300 kilomètres par lesquels elle voisine avec l’Algérie.
A maintes reprises elle avait eu à se défendre contre les attaques des Algériens, et l’insécurité de cette frontière avait souvent compté pour beaucoup dans l’instabilité des autorités tunisiennes. Mais le danger n’apparut dans toute sa gravité que du jour où la France se fut installée en Algérie.
343Le bey n’était pas maître des tribus tunisiennes qui se trouvaient sur la frontière de la province de Constantine, et il y avait là, comme du côté marocain, une zone de confins où les heurts devaient être fréquents. Par ailleurs, les beys, au cours d’une longue histoire où l’Europe s’était généralement résignée à des rôles timides et même contrits, avaient pris l’habitude de traiter par le mépris les réclamations des roumis. Le heurt était inévitable, et il était impossible qu’il se résolût autrement que par la force : l’unité était la seule solution.
En raison même du caractère des Tunisiens, une telle réalisation devait être autrement facile que l’occupation et la pacification de l’Algérie ou du Maroc. Mais ce devait être aussi, pour les raisons géographiques qui dominent toute l’histoire de la Tunisie, une opération moins franche et moins décisive : par sa situation la Tunisie constitue naturellement un foyer d’appel pour les activités italiennes ; par ses rapports traditionnels avec les pays du Levant, elle vibre des mêmes ondes qui les traversent. Elle porte en elle, si elle n’est pas assurée de sa propre stabilité, une double inquiétude.
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SOUF MERAZIG 3 B ? Ghardaneo Ras Adjir o Foum Tataouine Touara Tripoli S H R EI Adjelato Ez Zaouia FA R Kr Yefrene Djadp
Au-dessus de 1000 m. de 500 à 1000 m. N de 200 à 500 m. de 0 à 200 m. E au-dessous du niveau de la mer
ED. PAILLARD DELTÉchelle 50 100 Km. -S Rhadames
Citer ce chapitre
Georges Hardy, « La Tunisie », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. III, Le Maroc — La Tunisie — La Syrie — L'œuvre scientifique française en Orient, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1931, p. 337-344.
Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-3/tunisie/la-tunisie/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11002730