Colonies françaises

Tome I · La Louisiane · Chapitre 2

Crozat

Par p. 285-292 de l'édition originale 2 892 mots 3 illustrations 1929 Fac-similé sur Gallica ↗
Argument du chapitremines. Babisme. Shoto tac soto engue calais. Politique indigpae. Lepinas Attitude espagnole. Les gouverneur
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RAYON DE LA TÈCHE, NOUVELLE-ORLÉANS, frontispice
Gravure RAYON DE LA TÈCHE, NOUVELLE-ORLÉANS, frontispice
TN SAUVEUR

Un sauveur. — Lamothe-Cadillac gouverneur. — Mercantilisme. — Attitude espagnole. — Les mines. - Etablissement. — Situation militaire. - Politique anglaise. — Politique indigène. — Lépinay gouverneur. ÈS 1708, la détresse de la France était telle que Pontchartrain s’efforça de tranférer à des particuliers la faible charge de la Louisiane. Les Malouins furent sollicités⁠ ⁠; l’armateur de Remonville entendu, le Rochelais Duché encouragé à constituer une Compagnie du Mississipi. En 1710 Pontchartrain songea même à troquer la Louisiane contre la partie espagnole de Saint-Domingue. Un sauveur apparut en la personne du riche financier Antoine Crozat, auquel on supposait une fortune d’une quarantaine de millions. Pontchartrain lui dépêche un hâbleur de Gascogne, Lamothe- Cadillac, qui lui vante cet Eldorado où abondent mines de toute nature, pelleteries de toute espèce, tabac, soie, riz, huile, etc. Crozat se laisse tenter. Le 14 septembre 1712, des lettres patentes lui accordent, à lui et à ses associés qui disposent de sept à huit cent mille francs, l’immense région qui s’étend de la Caroline au Mexique, de la mer jusque par-delà le Missouri et l’Ouabache — sauf les Illinois — avec le monopole pendant quinze ans de tout le commerce, exempté de tous droits d’entrée et de sortie et la propriété de toutes les terres, mines et manufactures mises en valeur pendant ces quinze ans, à la seule condition d’envoyer chaque année deux navires de ravitaillement portant vingt jeunes gens ou jeunes filles. Le roi se chargeait des dépenses militaires : officiers, soldats, fortifications, etc. Pareil marché semblait singulièrement avantageux. Malheureusement dès 1710 avait été nommé gouverneur de la Louisiane Antoine de Lamothe-Cadillac. Cet ancien gouverneur du Détroit, assez mal famé, acceptait au prix de 2 000 livres de traitement le gouvernement du « misérable pays pestiféré » auquel il refusait naguère tout prélèvement d’hommes. Dès qu’il eut échoué au Port Dauphin, où son vaisseau fit naufrage, il se répandit en plaintes contre ce « salmigondis » de cabanes « où l’on ne reconnaît rien ». « Le Paradis terrestre de M. Dartaguiette, écrit-il, la Pomone de M. de Rémonville et les Iles Fortunées de M. de Mandeville ne sont que pures fables : méchant pays, méchantes gens. » « Tout ce continent ne vaut rien », conclut-il à propos de l’immense région dont il ne connaissait encore que les sables du rivage.

286 TERCANTILISME

« Homme sans foi ni loi, sans honneur ni conscience », Lamothe-Cadillac se répandit si bien en « accusations » mensongères et « insinuations » perfides qu’il eut bientôt contre lui toute une « cabale », à la tête de laquelle se trouvaient Bienville sacrifié, le jeune ordonnateur Duclos molesté et le nouveau curé de la Mobile indigné. Le gouverneur leur opposa le Conseil de la colonie formé de « gens ignorants et scandaleux », « entièrement dévoués à ses passions ». Lamothe-Cadillac détestait son rival Bienville, « le plus expérimenté et le plus respecté des Français de la Louisiane » : il éloigna à Biloxi ce lieutenant de roi, qu’il traitait en « caporal »⁠ ⁠; il eût voulu l’expédier aux Natchez et jusqu’à l’Ouabache pour s’en débarrasser à jamais. Le conflit des personnes s’aggrava du conflit des intérêts : le gouverneur prenait parti pour la Compagnie⁠ ⁠; l’ordonnateur, pour le roi. Ainsi régna « un désordre horrible », une « désunion funeste » aux intérêts vitaux de la colonie. « Tout le monde veut être maître. » « La Louisiane est un monstre qui n’a aucune forme ». Aussi fausse que funeste était, à vrai dire, la mercantile conception de la Compagnie. En dépit de ses engagements, Crozat se préoccupait bien plus d’exploitation minière et de commerce espagnol que

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d’administration et de peuplement. Pour le commerce, strict monopole : donc interdiction à tous habitants, officiers et soldats, sous peines les plus sévères, de se livrer au moindre trafic et à la plus futile industrie⁠ ⁠; obligation absolue de tout acheter à la Compagnie, denrées et marchandises. Or, comme la Compagnie vendait trois fois plus cher que jadis et achetait trois fois moins cher, il en résultait pour elle la ruine faute d’affaires et pour les colons, outre la ruine, l’impuissance et l’inertie, l’irritation et la volonté de fuir. Conséquence fatale : Crozat avait beau envoyer une cargaison annuelle de 200000 livres, il ne retirait pas de la Louisiane 8 000 livres de produits par an, parfois rien. On avait beau lui dire qu’ « un pays non établi n’a pas plus de marchandises à acheter qu’à vendre », vu qu’il n’a de colons ni pour produire ni pour consommer, notre financier en chambre s’entêtait à bâtir des châteaux en Espagne et à rêver des Eldorados sur le Mississipi. Mais l’Espagne se dérobait. Bien que Lamothe-Cadillac

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• ESPAGNOLE eût imprudemment vidé ses magasins pour ravitailler Pensacola assiégée par les Alibamons, le vice-roi du Mexique « ne voulut entendre parler d’aucun commerce » français, pas plus à la Vera-Cruz qu’à la Havane⁠ ⁠; bien pis, une frégate espagnole refusa à l’Ile Dauphine nos marchandises offertes au plus bas prix. Alors Cadillac s’avisa de contrebande par terre avec la Nouvelle-Espagne : en 1714 il envoya en amont de la Rivière Rouge un officier, Louis Juchereau de Saint-Denis, qui, avec une vingtaine d’hommes, atteignit le préside de Saint-Jean- Baptiste sur le Rio del Norte⁠ ⁠; mais le galant homme eut beau faire la cour à la séduisante fille du capitaine don Pedro Ramon de Vilesca, celui-ci ne l’en expédia pas moins sous bonne escorte au vice-roi du Mexique, qui ne le renvoya qu’avec ordre de « ne rien entreprendre sur les terres espagnoles ». Le viceroi profita même de ce prétexte pour se fortifier dans las Tejas, c’est-à-dire le Texas actuel. Mêmes délimitations litigieuses à la Baie Saint-Bernard qu’à Santa Maria de Galvez. dional endetté : Cadillac se croyait en « pays de mines d’or et Quant aux mines, elles faisaient tourner la tête à notre Mérid’argent »⁠ ⁠; « mines de plomb à fleur de terre », « mines de cuivre qui donnent 62 pour 100 »⁠ ⁠; « ni la Nouvelle-Espagne ni le Pérou ne sont plus riches, disait-il⁠ ⁠; on y trouve de tout : argent, cuivre, fer, antimoine, etc. » Il fallut en rabattre. Lorsqu’en 1715 il abandonna sa charge de gouverneur pour courir aux Illinois, tous ces beaux métaux se changèrent au creuset en un plomb vil. Ainsi, conclut le Père de Charlevoix, « cette entreprise, qui avait, pendant plusieurs années, tenu toute la France en suspens, n’aboutit à rien. »

288 TABLISSEMENTS

A la culture des terres tant préconisée à l’origine il ne fallait plus songer, puisqu’on s’entêtait à rester sur une côte stérile au lieu de se fixer sur les rives du Mississipi d’une « fertilité surprenante ». « Chacun est dégoûté de travailler ou de faire travailler. » Et puis, l’on manquait de bras. « Toute dépense est inutile, disait un mémoire de 1713, si l’on n’envoie pas d’habitants. » « Pour peu que le nombre des habitants passe de deux cents à douze cents, confirme Crozat, tout prospérerait. » Or, il n’envoyait pas même chaque année la vingtaine de jeunes gens promis en son engagement. Il émit vaguement l’idée de créer des loteries pour trouver des fonds d’émigration. Il comptait sur l’Etat qui lui promit bien, en 1716, 150 faux-sauniers et 100 filles des hôpitaux, mais qui, en fait, ne lui en envoya que dix. Si seulement les rares familles louisianaises avaient été aussi prolifiques que celles d’Acadie⁠ ⁠!... Mais non, les mœurs étaient si mauvaises qu’on eut l’idée de régulariser les unions libres avec les sauvagesses. Le ministre s’y opposa non sans raison : « la Louisiane deviendrait vite une colonie de mulâtres, naturellement fainéants, libertins et fripons. » Aussi les cinq établissements dépérissaient-ils. « Des 200 habitants, disait Duclos, aucun n’en a plus de 5o. » Bientôt il ne resta plus que 35 chefs de famille n’ayant pu fuir. En octobre 1714, la Mobile n’en comptait que 30 avec 36 femmes dont 5 filles à marier, 40 enfants,

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Gravure LES MINES
289 HISTOIRE DES COLONIES

I34 esclaves et Io nègres. Ces misérables familles cabanaient près du fort de pieux tellement délabré qu’on songeait à le reporter, pour plus de sécurité, au fond de la baie avec une garnison de 40 soldats. Port-Dauphin, aussi mal nanti avec son méchant fortin croulant et ses masures délabrées, restait le grand entrepôt de marchandises, dont Lamothe-Cadillac voulait faire sa capitale⁠ ⁠; mais on estimait à 250 000 livres les frais d’aménagement sur ces sables arides que déplaçaient vent et marées. D’autres recommandaient pour capitale le poste des Natchez, situé à cent lieues de la mer en une région très fertile où résidait en sept villages la tribu la plus nombreuse, la plus adroite et la plus attachée aux Français⁠ ⁠; mais les frères Le Loire des Ursins ne purent s’y établir qu’en 1716 avec leurs « domestiques » à grands frais amenés de France. On recommandait aussi un poste sur l’Ouabache pour assurer les relations avec le Canada, un poste aux Alibamons pour y borner les Anglais et un poste à la Baie Saint-Bernard pour y borner les Espagnols. « Peine perdue, argent perdu, déclarait le sceptique gouverneur. Faire des établissements en amont du Mississipi avant d’établir et de fortifier l’Ile Dauphine, c’est faire des pieds et des mains à un corps sans tête. » Du reste, ajoutait-il, « si l’on établissait les nouveaux postes, il ne resterait plus six hommes pour l’Ile Dauphine. » En 1714, l’intrépide du Tisné n’en vint pas moins de Montréal à la Mobile avec une douzaine d’hommes sans renforts de ravitaillement : belle randonnée de douze cents lieues en trois mois. tives compagnies de cinquante hommes n’avaient été au complet. Lorsqu’en 1716, SIMILARE insuffisants en qualité qu’en nombre⁠ ⁠? Jamais les deux primi- Que faire de solide et de sûr avec d’infimes effectifs, aussi sur les instances de Crozat, on se décida à les compléter et à les renforcer de deux autres, il n’y en eut plus, tant pour cause de santé que de désertion, que cent trente. Qu’était-ce, du reste, que ce maximum de « deux cents hommes dispersés sur plus de deux cent cinquante lieues de pays⁠ ⁠? » « On n’a jamais vu de soldats plus mutins », disait Cadillac à propos des dernières recrues : il fallut les désarmer dès leur arrivée, bien que certains n’eussent jamais tiré un coup de fusil. Mal payés, avec des retards de plusieurs années, mal logés en des hangars improvisés, mal vêtus de peaux de bêtes parfois faute de drap, mal nourris de maïs qu’ils détestaient, de farine souvent gâtée et de « lard pourri, » ils désertaient à la première occasion chez les Anglais ou les Espagnols ou s’en allaient vivre chez les sauvages « du bout de leur fusil ». Les officiers eux-mêmes toujours à court d’argent, parfois battus par leurs hommes, tenaient, eux aussi, des « discours séditieux ». En dépit des gaspillages de l’Ile Dauphine, fortifications et munitions étaient à 289 l’avenant : des palissades de bois qui pourrissaient et des magasins dépourvus de tout, de denrées comme de munitions. « Les fonds actuels, dit Bienville, ne suffisent pas à la moitié des dépenses ordinaires. » « Si j’étais attaqué par terre ou par mer, par les sauvages ou par les ennemis de l’Etat, ajoutait l’impuissant gouverneur en 1715, il me faudrait leur jeter, en guise de poudre, du sable aux yeux. » Bref, après vingt ans d’occupation, « la Louisiane n’était encore qu’une espèce de garde avancée sur les colonies anglaises, » et à leur merci, avouait le Conseil de Marine, vainement créé en 1716. Pendant qu’ainsi dépérissait notre misérable Louisiane, ne cessaient de croître et de prospérer les colonies voisines des Anglais, « nos éternels ennemis les plus dangereux. » Lamothe-Cadillac estimait à 15 000 le nombre d’hommes armés dans la seule Caroline du Sud, à I 500 le nombre des récentes recrues venues d’Angleterre, à 30 ou 40 co0 livres la valeur des présents distribués aux sauvages. A voir leurs manigances avec toutes les tribus de l’immense vallée du Mississipi et des régions voisines : Alibamons, Chactas, Yazous, Natchez et même Illinois, trafic avec les unes, excitations auprès des autres, armement de toutes, menaces jusque sur la Rivière Rouge, « nous ne pouvons nullement douter, disait Bienville, qu’ils aient le dessein de s’emparer entièrement du pays qu’ils déclarent déjà à eux. » « Ils détruiraient sans peine notre colonie, » confirmait Crozat. En présence de ce danger imminent, Cadillac adopta le pacifisme dangereux qui sévissait alors à la Cour : « il empêcha nos alliés de faire la guerre aux alliés des Anglais. » Toutefois, quand « les trafiquants de chair humaine, » — marchandise qu’ils préféraient aux pelleteries, — s’en vinrent faire des esclaves jusque chez nos voisins de la Mobile, Cadillac s’inquiéta : il osa se plaindre au gouverneur de Charleston⁠ ⁠; celui-ci ne lui répondit même pas : il se moquait bien de nos « cinquante à soixante coquins de Français. » « Nous ne serions que trop heureux de garder l’Ile Dauphine », disait en écho son « lieutenant de roi ». « Mieux vaut guerre déclarée que paix fourrée », affirmait justement Vaudreuil à Québec. Plus énergique et plus avisée fut la politique de Bienville, en l’absence opportune du gouverneur alors en quête de ses mines. Tandis que, par son indifférence ou son inexpérience, Cadillac s’était aliéné tous les Indiens, au point qu’ils ne veulent pas le reconnaître comme chef de la nation française, « les principaux chefs entrent et sortent chez M. de Bienville comme chez eux-mêmes. » De ces bonnes dispositions, celui-ci profita pour attirer 290

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autour de la Mobile les tribus fidèles des Taensas, des Chactas et même des Alibamons⁠ ⁠; il s’en fit, à défaut de solides fortifications, un rempart mobile et vivant⁠ ⁠; il profita même des fautes des Anglais, dont les duplicités, les brutalités et les exactions finirent par irriter leurs meilleurs alliés. En 1715, les Yamassis, qui ne voulaient pas être « menés à la baguette », en- traînèrent contre la Caroline du Sud des hordes qui envahirent ce pays, détruisirent fermes et troupeaux et répandirent la panique jusqu’à Charleston. Pour se venger de cette prétendue diversion française, les Virginiens lancèrent contre nos établissements des Illi- nois les féroces Cherokis, qui massacrèrent une douzaine de Français et nombre de Kaskaskias. Comme les Natchez, irrités d’un affront de Lamothe-Cadillac, avaient tué quatre Français, Bienville dut, en 1716, aller avec trente-quatre recrues et dix-huit matelots les châtier et obtenir réparation⁠ ⁠; il en profita pour faire bâtir chez eux un fort à quatre bastions qu’il dénomma Fort Rosalie. « Ce poste des Natchez, déclara le Conseil de Marine, sera un jour le plus considérable de toute la colonie par rapport aux mines qui n’en sont pas éloignées,... à la beauté du climat et à la bonté des terres. » Pour toute récompense, Bienville fut nommé commandant de ce poste en sous-ordre. Il est vrai que Lamothe-Cadillac fut rappelé à cause de « la désunion qu’il avait mise dans la colonie. » Par malheur, au lieu de le remplacer par l’homme qui avait

MASQUE DE CHASSE DES INDIGÈNES LOUISIANAIS
Gravure MASQUE DE CHASSE DES INDIGÈNES LOUISIANAIS

• GOUVERNEUR le mieux mérité le commandement de la colonie, par Bienville, « aimé et estimé » de presque tous, on nomma en janvier 1716 gouverneur de la colonie « chancelante », pour remédier à la « confusion », à « l’indiscipline », à la « vie licencieuse », au « chaos de comptes impossibles à débrouiller », un vieillard inexpérimenté, borné et despote, le lieutenant de vaisseau de Lépinay. Estimant, qu’en dépit d’ « abus qu’on pouvait corriger », la Louisiane était 291 « la clef d’un vaste et beau pays, bien arrosé, entre l’Angleterre et l’Espagne », le Conseil de Marine décida même, au prix de 104 608 livres, l’envoi de 8 compagnies de 5o hommes répartis entre 8 postes, dont 70 destinés à Bienville pour le poste de l’Ouabache. Non sans raison, Crozat estima excessive cette prodigalité militaire, vu que « les habitants, tous armés, sont plus utiles que les soldats pour l’établissement du pays »⁠ ⁠; il préférait cent faux-sauniers par an. En décembre ne furent envoyés que 81 passagers, trois compagnies mal constituées, de la mauvaise farine et des ravitaillements insuffisants. Dès l’été suivant il fallut donc se ravitailler avec des marchandises anglaises. Pour comble de malheur, le chenal de Port-Dauphin s’ensabla⁠ ⁠; si bien, qu’après tant de vaines dépenses, on ne sut plus où fixer la capitale. Enfin, le vieux Lépinay, aussi ladre qu’arrogant, s’aliéna les habitants par sa morgue et les sauvages par le refus des présents habituels. Sa lésinerie faillit même compromettre l’établissement du Fort Toulouse chez les Alibamons. Aussi, le 27 septembre 1717 le Conseil s’empressa-t-il de nommer, à la place de cet incapable gouverneur, qui « eût dans peu achevé la ruine de la colonie », un « commandant général » qui « connaissait parfaitement les nations sauvages et en était estimé », Jean-Baptiste Lemoyne de Bienville. Dès le début de cette même année, Crozat, accablé d’impôts, avait renoncé à l’onéreux privilège de coloniser la Louisiane, lequel lui avait coûté en quatre ans plus de deux millions. Le Conseil de Marine, reconnaissant, en effet, « pareille tâche trop considérable pour un seul particulier », s’était déjà mis en quête d’une « compagnie assez forte pour soutenir cette entreprise avantageuse au bien de l’Etat ».

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Citer ce chapitre

Émile Lauvrière, « Crozat », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. I, Introduction générale — L'Amérique, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1929, p. 285-292.

Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-1/louisiane/crozat/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11002715