Colonies françaises

Tome VI · Les îles de France et de Bourbon · Chapitre 4

Les Iles sous la révolution et l'empire

Par p. 385-410 de l'édition originale 8 144 mots 13 illustrations 1933 Fac-similé sur Gallica ↗
Argument du chapitreL’affaire Saint-Félix. — Les corsaires. — L’abolition de l’esclavage et les incidents de la mission Baco et Brunel. — Le mouvement royaliste de l’île Bourbon. — Mort de Malartic (28 juillet 1800) Le général Magallon de la Morlière (1800-1803). — Le général Decaen. — Les Anglais occupent Rodrigue. Première attaque contre l’ile Bourbon. — Le général de Brulys. — Prise de Saint-Denis (9 juillet 1810). — La perte et la reprise du Grand Port. Le combat maritime des 20-21-22 août I8Io. — L’expédition anglaise contre l’Ile de France
385
BAIE DU JACOTET, d’après Simonin : Voyage à l’ile Bourbon. Frontispice
Gravure BAIE DU JACOTET, d’après Simonin : Voyage à l’ile Bourbon. Frontispice

L’affaire Saint-Félix. — Les corsaires. — L’abolition de l’esclavage et les incidents de la mission Baco et Brunel. — Le mouvement royaliste de l’île Bourbon. — Mort de Malartic (28 juillet 1800). Le général Magallon de la Morlière (1800-1803). — Le général Decaen. — Les Anglais occupent Rodrigue. Première attaque contre P’île Bourbon. — Le général de Brulys. — Prise de Saint-Denis (9 juillet 1810). — La perte et la reprise du Grand Port. Le combat maritime des 20-21-22 août 1810. — L’expédition anglaise contre l’Ile de France. E I6 juin 1792 la frégate la Fidèle commandée par M. de Rosily Mesros arrivait au port Nord-Ouest ayant à bord le nouveau gouverneur général des Iles, Anne-Joseph-Hippolyte Maurès comte de Malartic. Il était accompagné par quatre commissaires civils délégués par l’Assemblée législative pour réorganiser les Iles et le gouvernement de l’Inde. C’était, pour l’Ile de France, Jacques-François Le Boucher et Daniel l’Escalier⁠ ⁠; pour Bourbon, Marc-Antoine-Pierre Tirol et pour l’Inde Joseph-Pierre Dumorier. Bien qu’animé de sentiments « conservateurs » et ne dissimulant nullement sa

Illustration de l'ouvrage, page 385
Gravure sans légende (page 385)

HISTOIRE DES COLONIES. T. VI.

386

piété, Malartic, doux et affable en particulier, eut l’art d’évoluer le plus heureusement du monde dans un milieu où la philosophie à la mode et les ferments révolutionnaires agitaient tous les esprits. Les Iles étaient en réalité sous la direction de leurs assemblées, jalouses de toutes leurs prérogatives, bien plutôt que sous l’autorité de leurs gouverneurs. Malartic se contenta d’observer, en ne lâchant les rênes qu’à bon escient. Aux réclamations les plus véhémentes il cédait avec mesure, comptant plus sur les événements que sur la raison pour faire triompher ses vues.

L’APPATER SANT. FÉLIX

La république venait d’être proclamée, la nouvelle du procès du roi et de son exécution était arrivée à la colonie. Dans la métropole les Jacobins triomphaient⁠ ⁠; tous les extrémistes des Iles firent bloc⁠ ⁠; soutenus par la garnison et les municipalités, ils fusionnèrent leurs clubs en une association de sans-culottes aux allures menaçantes : la « Chaumière » qui eut des succursales dans chaque quartier et des amis fort actifs à l’ile Bourbon. L’Assemblée coloniale vit venir les massacres dont elle était persuadée qu’elle ferait les frais. Affolée elle se tourna vers le gouverneur qui attendait tranquillement son heure. Il avait fort bien mesuré le degré de nocivité des extrémistes coloniaux au verbe haut mais plus verbeux qu’agissant. Malartic ne repoussa pas les avances de l’Assemblée et sa prépondérance se trouva ainsi rétablie sans froissements et sans heurts. lutionnaire aux îles, fut celui des poursuites dirigées contre L’épisode le plus représentatif de l’état d’esprit révol’amiral de Saint-Félix. Après Mac Némara, celui-ci représentait aux yeux des sans-culottes le parti aristocratique et son aventure fut sur le point de tourner également au tragique.

Saint-Félix commandait alors la division navale de la mer des Indes et n’était pas sans inquiétudes sur le sort des colonies dont la défense maritime lui était confiée. En effet, au début de juin 1793, les hostilités avaient recommencé sur mer entre la République française d’une part, l’Angleterre et la Hollande d’autre part. Or vers le milieu de ce mois, un convoi de bâtiments de commerce était prêt à appareiller pour la France. L’entreprise était d’importance puisque la cargaison représentait une valeur de plus de 45 millions de livres. La frégate la Fidèle devait les convoyer, mais les armateurs estimèrent que ce seul bateau de guerre serait d’un secours insuffisant et ils demandèrent à M. de Saint-Félix une seconde frégate, l’Atalante. L’amiral refusa, estimant que, après un tel emprunt, la défense des îles ne pourrait plus être assurée. Les ordres qu’il avait reçus ne lui permettaient pas de donner satisfaction aux armateurs⁠ ⁠; tout ce qu’il pourrait faire serait de prêter l’Atalante jusqu’au Cap de Bonne-Espérance. Cette réponse mit la « Chaumière » en fureur et Saint-Félix fut accusé de vouloir livrer le convoi aux Anglais. Saint- Félix fit alors savoir que, sur réquisition écrite du commissaire civil, mettant à couvert sa responsabilité, il acceptait de mettre l’Atalante à la disposition des armateurs. La réquisition fut faite et l’amiral y obtempéra, mais l’effervescence était loin d’être calmée.

387

Le convoi partit pour la France au mois d’octobre. Sur l’Atalante était embarqué l’aide de camp de Saint-Félix, le lieutenant Decrès (qui devait être plus tard le ministre de la Marine de Napoléon Ier), chargé de porter un rapport où l’amiral racontait les derniers événements et réclamait des renforts.

VUE DU GRAND PORT PRÈS DE MAHEBOURG, d’après une aquarelle de A. Erny : Séjour à l’ile Mau- rice (1860). Pages
Gravure VUE DU GRAND PORT PRÈS DE MAHEBOURG, d’après une aquarelle de A. Erny : Séjour à l’ile Mau- rice (1860). Pages

En attendant les nouvelles unités, Saint-Félix se retira à l’ile Bourbon, prétextant son état de santé.

Cette attitude exaspéra les sans-culottes. Le 27 novembre 1793 la Société des « Amis de la Liberté et de l’Égalité » envoya à l’Assemblée une pétition demandant la destitution de l’amiral coupable d’avoir abandonné son poste. L’Assemblée n’osa pas refuser et sanctionna la motion. Le gouverneur de son côté, dans une formule sagement vague, se déclara prêt à suivre le mouvement. De sa retraite Saint- Félix répondit par lettre au début de janvier 1794 que l’Assemblée n’avait pas le pouvoir de le destituer et que son initiative était criminelle sous tous les rapports.

VUE DU GRAND PORT PRÈS DE MAHEBOURG (D’après une aquarelle de A. Erny : Séjour à l’ile Maurice (1860).

388

C’était mettre définitivement le feu aux poudres⁠ ⁠; le jour même où la lettre de l’amiral fut rendue publique, le gouverneur reçut de la « Chaumière » l’ordre de faire arrêter Saint-Félix à Bourbon et de le ramener à l’Ile de France pour être jugé. Fidèle à sa tactique de temporisation, Malartic promit d’envoyer un détachement s’assurer de la personne de l’imprudent amiral. Il pensait que cette satisfaction à l’opinion publique une fois donnée, il serait libre avec le temps d’en éluder l’exécution. Malheureusement pour Saint-Félix, la « Chaumière » était acharnée à sa perte. Voyant que les extrémistes ne désarmaient pas, Malartic se décida trois mois après (le io avril 1794) à expédier à Bourbon le bot la Minerve avec un détachement chargé d’arrêter Saint-Félix. Par la même occasion on arrêterait aussi, sur le désir des Chaumières de l’île Bourbon, M. Duplessis, gouverneur particulier de cette île, accusé d’être royaliste ainsi que plusieurs autres Bourbonnais considérés comme suspects.

Le Il avril le détachement escorté d’un certain nombre de sans-culottes de l’Ile de France débarqua à Saint-Denis et s’empara avec l’aide des sans-culottes de Bourbon de M. Duplessis et de quelques autres notables. Quant à M. de Saint- Félix, objet principal de l’expédition, il reste introuvable ayant été averti à temps par un de ses aides de camp, le jeune Joseph de Villèle (le futur ministre de la Restauration).

La petite expédition dut rentrer à l’Ile de France sans l’amiral, mais pour commémorer la fraternisation des sans-culottes des deux îles, la « Chaumière » fit frapper une médaille en argent portant d’un côté l’arbre de la liberté et de l’autre l’inscription suivante : « République française. Réunion des sans-culottes, 15 germinal 1794. » Une décision intervenue peu de temps après, débaptisa l’île Bourbon qui fut en souvenir de cet événement pourtant bien mince nommée Ile de la Réunion.

Malartic espérait que ce remue-ménage ferait oublier Saint-Félix. Il n’en fut rien. L’Assemblée coloniale de l’île de la Réunion, l’ayant mis hors la loi et une récompense de 20 000 livres, à prendre sur ses biens, ayant été promise à qui dévoilerait sa retraite, l’amiral ne tarda pas à être arrêté et conduit au port Nord-Ouest. Malartic ne pouvait plus faire qu’une chose, traîner en longueur la détention de tous ces prisonniers politiques. Arrêté le 22 mai de Saint-Félix était encore détenu sans qu’aucune décision ait été prise lorsque le 29 août un bâtiment en provenance de Bordeaux annonça à l’Ile de France l’abolition de l’esclavage.

L’événement était de telle importance pour l’avenir de la colonie que la « Chaumière » en oublia ses prisonniers. Le gouverneur en profita pour adoucir considérablement les conditions de leur emprisonnement.

389 ILES CORSATRES

De nouvelles semaines passèrent, ce fut la nouvelle de la chute de Robespierre. Désormais rassurée l’Assemblée, appuyée par le gouverneur ordonna la suppression des clubs, expulsa les meneurs et après un simulacre de procès remit Saint-Félix et ses compagnons en liberté (novembre 1794). La patience de Malartic avait sa récompense. voqués par la politique, d’autres soucis assaillaient Ma- Tandis qu’il louvoyait afin d’arrêter les désastres prolartic. L’émigration en privant la marine française de ses chefs les plus expérimentés l’avait comme paralysée. Nos possessions lointaines se trouvèrent brusquement privées de secours. La métropole leur envoyait de temps à autre les décisions de ses assemblées, mais jamais d’approvisionnement. Les îles furent donc forcées de se sauver elles-mêmes. Elles y réussirent principalement grâce à leurs corsaires qui s’attaquaient au commerce anglais dans toutes les mers des Indes. Montés par des équipages remarquables, commandés par des capitaines doués d’une audace étonnante, ces navires connurent des succès éclatants, et rapportèrent dans les ports des îles de copieux approvisionnements. L’histoire de ces corsaires formerait à elle seule un volume⁠ ⁠; force nous est de ne donner ici qu’une brève et incomplète énumération de ces illustres marins.

L’ABONT DE DA MISSION BACO ET BRINGT. DENTS DE LA MISSION BACOT ET BRUNEL

Citons : François Lemême qui sur l’Hirondelle, puis sur la Ville de Bordeaux, fit des prodiges de valeur, enlevant un trois-mâts portugais qui portait une cargaison de dix millions de francs, Robert Surcouf, le plus célèbre de tous, et dont les exploits confinent à la légende, Jean-François Hodoul, Jean Dutertre, que seul dépassa Surcouf, Malroux qui avait la malchance d’être blessé à chaque combat, mais en avait pris philosophiquement son parti, Pinaud qui, fait prisonnier par les Anglais, s’empara d’un des bateaux où il était amarré, enfin Cousinerie qui, pour échapper à la poursuite d’un navire ennemi, mettait ses prisonniers dans des tonneaux qu’il jetait à la mer. turiers, les îles échappèrent à la Si, grâce à l’audace de ces avenfamine elles furent par contre sur le point d’être les victimes d’un effroyable coup de force.

Le décret du 16 pluviôse an II abolissant l’esclavage In’arriva à l’Ile de France que le zi septembre 1795. Son application eut été une véritable catastrophe⁠ ⁠; aussi l’Assemblée coloniale jugea-t-elle sage de ne pas en publier le texte et d’en ajourner l’exécution. Bien plus elle intercepta les expéditions du décret qui étaient également adressées aux Chaumières, aux régiments de la garnison et à la garde nationale, avec la lettre circulaire suivante qui se passe de commentaires : « Braves citoyens nous vous envoyons le décret du 16 pluviôse, ce monument de la générosité française⁠ ⁠! Hâtez-vous de le mettre à exécution. Nous pensons bien que les propriétaires et les riches s’y opposeront... Eh bien, courez alors sur les riches et sur les propriétaires, comme sur les ennemis de la chose publique. »

390
L’ÎLE BOURBON EN 1847 : ÉGLISE SAINT-BENOiT, d’après une lithographie de Roussin. ILE BOURBON. PASSAGE DE LA RAVINE DES AVIRONS, d’après une lithographie de Roussin (1848) LE BARACHOIS DE SAINT-DENIS EN 1860, d’après un dessin de Bérard. Simonin : Voyage à la Réunion
Gravure L’ÎLE BOURBON EN 1847 : ÉGLISE SAINT-BENOiT, d’après une lithographie de Roussin. ILE BOURBON. PASSAGE DE LA RAVINE DES AVIRONS, d’après une lithographie de Roussin (1848) LE BARACHOIS DE SAINT-DENIS EN 1860, d’après un dessin de Bérard. Simonin : Voyage à la Réunion

Malgré la distance, ce véritable escamotage fut connu assez rapidement en France et le Directoire décida de faire appliquer coûte que coûte le décret de pluviôse.

Une véritable expédition fut organisée avec quatre frégates sous les ordres du contre-amiral Sercey et 2 200 hommes de troupe commandés par le général Magallon de la Morlière. Partirent en même temps deux commissaires du Directoire, Baco de la Chapelle et Brunel, munis de pouvoirs illimités.

L’ILE BOURBON EN 1847. ÉGLISE SAINT BENOIT (D’après une lithographie de Roussin).

391

L’escadre arriva à Port-Louis le 18 juin, vers 9 heures du matin. L’Assemblée coloniale envoya aussitôt trois délégués à bord tant pour saluer les commissaires que pour les pressentir sur leurs dispositions. Au cours de cette entrevue un des délégués revint précipitamment à terre pour prévenir ses collègues qu’ils devaient s’attendre à un coup de force. Aussi lorsque dans l’après-midi de ce même jour, les commissaires mirent pied à terre, l’anxiété était générale. Leur costume d’apparat ne laissa pas d’étonner : habit de satin blanc, culotte courte, chapeau à plume et manteau de velours nacarat, qui dès le lendemain les fit baptiser du nom de « Nacarats ». Conduits directement à l’Assemblée, leurs premières paroles déchaînent le tumulte⁠ ⁠; ils déclarent en effet qu’ils prendront les moyens les plus rigoureux pour faire appliquer le décret, allant s’il le faut jusqu’à l’incorporation dans les troupes de l’Inde de tous les jeunes créoles en état de porter les armes. La discussion est ouverte et comme elle menace de s’éterniser, on convient qu’une commission de neuf membres pris dans le sein de l’Assemblée sera chargée de traiter avec les commissaires.

Les troupes débarquent le lendemain et les commissaires les passent en revue, en présence d’une foule des moins sympathiques. Deux jours après les neuf délégués de l’Assemblée se réunissent à l’hôtel du gouvernement⁠ ⁠; la place d’Armes est noire de monde et l’effervescence grandit d’heure en heure. A l’intérieur de l’édifice les commissaires communiquent leurs pouvoirs, qui sont en effet illimités et ils parlent de dissoudre l’Assemblée et de déporter les principaux colons.

Sur ces menaces, présage de guerre civile, les délégués retournent auprès de leurs collègues et les commissaires donnent l’ordre au général Magallon de tenir ses troupes prêtes à marcher au premier signal. Le général ne crut pas devoir déférer à cet ordre, en disant que dès l’instant où il avait mis le pied sur le sol de l’Ile de France, il ne se trouvait plus que sous les ordres de son supérieur hiérarchique, le gouverneur. Les commissaires lui offrirent alors le poste qu’il refusa.

Le lendemain, 22 juin, devait avoir lieu à l’hôtel du gouvernement une nouvelle et dernière entrevue entre les délégués de l’Assemblée et les commissaires. La population connaissant la nature des pourparlers engagés la veille, était fort excitée⁠ ⁠; aussi lorsque les délégués entrèrent à l’hôtel du gouvernement où les commissaires les avaient précédés, quelques habitants parmi les plus exaltés, parvinrent-ils à se glisser derrière eux, et l’un d’eux, M. Poilvert, marchant sur Baco, lui tira à bout portant un coup de pistolet. Fort heureusement l’arme fit long feu, Baco essaya de dégaîner son épée. Poilvert est entouré et entraîné au dehors. Lorsque la foule apprend ce qui vient de se passer, un remous formidable l’agite et elle se lance à l’assaut de l’hôtel du gouvernement⁠ ⁠; les grilles sont arrachées, les gardes sont désarmés et le peuple fait irruption dans la pièce où se trouvent les deux Nacarats aux cris de mille fois répétés de « à bord, à bord ». L’émeute est victorieuse et le péril imminent⁠ ⁠; pressés de toutes parts Baco et Brunel acceptent avec empressement d’être embarqués. Ils n’ont d’ailleurs plus de secours à espérer de personne, car la garde nationale prenant les armes à son tour braque ses canons contre les casernes où se trouvent les troupes dont on ignore encore quelle sera l’attitude.

392

Alors, suivant sa tactique coutumière, Malartic qui jusque-là s’est tenu à l’écart, entre brusquement en scène. Il sanctionne les décisions de l’émeute, mais fort de l’acquiescement des commissaires, si peu volontaire fût-il, il signe l’ordre au commandant de la corvette le Moineau de les prendre à son bord et de lever l’ancre immédiatement, pour une destination qu’il ne connaîtra que par un pli cacheté à ouvrir en pleine mer.

Malartic est porté en triomphe et toute l’effervescence s’apaise, même chez les troupes auxquelles on promet une large gratification.

L’ordre de Malartic ouvert en mer prescrivait de débarquer les commissaires aux Philippines. Devant leurs protestations le commandant du Moineau consentit pourtant à les ramener à Madagascar d’où ils revinrent en France.

LE MOUVEMENT ROYAUTE DE L’ÎLE BOURBON

Après un tel affront, la situation des Iles aurait pu devenir singulièrement périlleuse⁠ ⁠; fort heureusement pour les créoles, lorsque Baco et Brunel arrivèrent à Paris, l’état politique était si confus que personne ne se souciait de s’engager dans une équipée coloniale⁠ ⁠; on affecta d’ignorer que les ordres du Directoire avaient été méconnus d’étrange façon. Encore une fois, Malartic s’était fort habilement tiré d’affaire. Il ne tarda pas à se trouver aux prises avec d’autres difficultés. Les troupes en garnison à l’Ile de France n’étaient rien moins que disciplinées et le Port Nord-Ouest fut à plusieurs reprises la proie d’émeutes toujours étouffées sans effusion de sang, mais qui ne se terminèrent que par l’embarquement pour la France des principaux meneurs.

Tout autres furent les obstacles auxquels Malartic se heurta à l’ile Bourbon⁠ ⁠; là il n’eut plus à faire aux sans-culottes mais aux royalistes.

Le parti royaliste de la Réunion était beaucoup plus fort que celui de l’Ile de France, il avait la majorité à l’Assemblée coloniale⁠ ⁠; aussi, à peu près certain de ne

393
Illustration de l'ouvrage, page 393
Gravure sans légende (page 393)

ILE BOURBON. PASSAGE DE LA RAVINE DES AVIRONS

(D’après une lithographie de Roussin) (1848).

394

pas rencontrer une opposition sérieuse, décida-t-il de proclamer l’indépendance de la colonie. Pour ses chefs le retour du roi de France ne pouvait tarder⁠ ⁠; en proclamant son indépendance la petite île de la Réunion donnerait le plus bel exemple de fidélité à la Monarchie traditionnelle.

A l’occasion d’une représentation théâtrale, les royalistes de l’ile arborèrent la cocarde blanche et déclarèrent l’ile désormais indépendante⁠ ⁠; puis espérant peutêtre que leur coup d’audace permettrait à la cause séparatiste d’aller plus loin, ils écrivirent le 12 frimaire an VIII (3 décembre 1799), à M. de Chanvallon alors intendant de l’Ile de France, pour l’informer du fait accompli et l’engager à suivre leur exemple. M. de Chanvallon stupéfait à la lecture de cette lettre que rien ne faisait prévoir, prévint en hâte le gouverneur et l’Assemblée coloniale de l’Ile de France. Il fut immédiatement décidé d’envoyer à la Réunion deux commissaires avec mission d’essayer de faire entendre raison aux bouillants innovateurs de la colonie voisine L’un d’eux, le propre président de l’Assemblée, le baron d’Unienville, reçut de M. de Malartic les pouvoirs les plus étendus et les deux hommes s’embarquèrent sans plus tarder. Devant un auditoire de I 500 personnes réunies à Saint- Denis, les envoyés réussirent après cinq heures de délibérations, à obtenir des dirigeants royalistes, l’ajournement du projet d’indépendance de la colonie.

LE BARACHOIS DE SAINT-DENIS EN 1860 (D’après un dessin de Bérard. Simonin : Voyage à la Réunion).
Gravure LE BARACHOIS DE SAINT-DENIS EN 1860 (D’après un dessin de Bérard. Simonin : Voyage à la Réunion).

Tout semblait donc rentré dans l’ordre et les commissaires étaient retournés à PIle de France fort satisfaits du succès de leur mission lorsque quelques semaines plus tard Malartic reçut du gouverneur particulier de la Réunion, Jacob, une lettre affolée qui annonçait que le parti de l’Indépendance avait décidé d’arborer incessamment le drapeau blanc et l’avait invité lui, le gouverneur à quitter l’ile.

395

Malgré le mauvais état de la mer et malgré son grand âge, Malartic décida de partir immédiatement pour la Réunion. Accompagné du baron d’Unienville et de deux autres membres de l’Assemblée coloniale, il s’embarqua le 3 pluviôse (23 janvier 1800) sur la Sophie, petite goélette qui l’amena le lendemain à Saint- Denis.

Une assemblée générale présidée par M. Joseph de Villèle — le futur ministre de la Restauration — se réunit pour entendre M. de Malartic, mais ses protestations de dévouement aux deux colonies furent saluées par de vigoureux cris de : « Vive le roi, » qui ne présageaient pas un succès facile. Le projet d’indépendance ayant été ensuite développé à la tribune, quelle ne fut pas la stupéfaction du gouverneur général en voyant l’un des délégués de l’Ile de France prendre la parole et se rallier complètement aux séparatistes. La partie semblait perdue, lorsque M. d’Unienville demanda la parole. Dans un discours habile et plein de sens pratique il montra le danger d’une telle tentative qui ne pouvait réussir qu’avec l’appui de l’Angleterre, mais rechercher cet appui ne serait-ce pas donner au monde le spectacle honteux de pactiser avec une nation contre laquelle les Iles sœurs luttaient depuis les débuts de leur histoire⁠ ⁠? Qui prouvait d’ailleurs que l’Angleterre accepterait cette île sans ports pour abriter ses vaisseaux⁠ ⁠? Quelle honte si elle refusait les ouvertures des colons. Le plus sage était encore de resserrer les liens existant entre les deux îles et de fairé face aux ennemis communs, les Anglais, en attendant des jours meilleurs.

MAGALLON DE LA MORLIÈRE (1800-1803)

Ce discours produisit un effet prodigieux et, avec une promptitude égale à celle avec laquelle ils avaient décidé leur autonomie, les colons adhérèrent nettement aux paroles de l’orateur. Le séparatisme était vaincu. Ce succès fut le dernier acte important de la carrière de M. de Malartic. Le 7 thermidor an VIII (26 juillet 1800), le vieux gouverneur fut frappé de congestion cérébrale et il mourut après deux jours d’agonie. On lui fit les funérailles les plus touchantes, auxquelles toute la population s’associa. Même le commandant de l’escadre anglaise qui surveillait la rade, le commodore Hotham, tint à s’associer à ces hommages⁠ ⁠; il fit demander et obtint pour lui et son état-major l’autorisation d’assister aux obsèques⁠ ⁠; l’escadre anglaise se rapprocha momentanément du port, mit ses pavillons en berne et la voix de ses canons se joignit à celle des canons français pour saluer le glorieux disparu.

396

Avec Malartic s’achève aux Iles le dix-huitième siècle. Son successeur immédiat fut le général Magallon de la Morlière, qui gouverna les îles jumelles de 1800 à 1803⁠ ⁠; s’il se trouve assez éclipsé par son grand prédécesseur et par son célèbre successeur le général Decaen, il eut du moins le mérite de signaler de la façon la plus lumineuse la menace anglaise immédiate prête à fondre d’un moment à l’autre sur les deux colonies sans défense. Fort heureusement l’expédition d’Egypte détourna pour un moment l’Angleterre d’un projet à la veille d’être exécuté.

LE DEMENT DECAEN

Avec Decaen s’ouvre pour les Iles l’ère impériale qui devait être de si courte durée. Nul choix ne pouvait être plus heureux⁠ ⁠; l’homme avait de la décision, son action étant d’ailleurs nécessairement subordonnée à l’appui qu’il trouverait en France. Or, Bonaparte premier consul, puis empereur, préoccupé avant tout des problèmes européens, n’attacha jamais qu’une importance secondaire aux colonies et ses ministres, dépourvus de toute initiative, n’étaient guère que les exécuteurs de ses volontés. Le ministre de la marine Decrès, de qui dépendaient les colonies, avait bien de celles-ci une connaissance personnelle — on a vu plus haut qu’il avait fait un séjour aux îles — mais, par crainte de mécontenter le maître, il n’osa jamais faire des propositions fermes qui eussent engagé sa responsabilité. Charles-Mathieu-Isidore Decaen, capitaine général des établissements français à l’est du Cap de Bonne-Espérance, entra en fonctions en vendémiaire an XII (27 septembre 1803)⁠ ⁠; il devait présider aux destinées de la France dans l’Inde pendant sept ans. Violent et susceptible, brusque, mais au fond très bon, il heurta d’abord durement ses administrés, puis lorsqu’ils le connurent mieux, il s’en fit adorer.

Armé des pouvoirs les plus étendus, il se consacra d’abord à l’administration. Secondé par son adjoint, le préfet colonial Léger, administrateur habile mais autoritaire, ainsi que par le commissaire de justice Crespin, érudit trop pénétré de sa valeur, il rétablit à peu près l’organisation de 1789. Le préfet colonial chef des services administratifs, cut les anciennes attributions de l’intendant, le commissaire de justice eut la haute main sur les tribunaux qui furent réorganisés en supprimant les créations révolutionnaires. Les jurés disparurent et les municipalités furent supprimées.

Dans l’ordre militaire, le général de Cordemoy fut remplacé à la Réunion par le général Magallon nommé lieutenant général. Différents officiers furent désignés pour les principaux postes administratifs. Des gardes nationales furent installées dans chaque quartier. L’ile de la Réunion fournit un corps spécial de 300 créoles appelés chasseurs des colonies orientales, plus communément connus sous le nom de chasseurs de Bourbon. Plus tard Decaen leva un autre corps local : les chasseurs de réserve, recrutés parmi les esclaves et commandés par des officiers créoles. A la fin de l’occupation française ce corps fut remanié sous le nom de bataillon africain il comptait 650 hommes.

397

Mais il ne suffisait pas de réorganiser la colonie, il fallait encore lui donner les moyens de vivre. Decaen à son arrivée trouva la caisse à peu près vide : pour la remplir, une seule ressource⁠ ⁠; aller prendre l’argent et les approvisionnements où ils se trouvaient : c’est-à-dire chez l’ennemi. C’était alors la guerre maritime. Decaen avait à sa disposition une flotte de cinq navires commandée par l’amiral Linois. Après entente entre les deux hommes, il fut convenu qu’elle appareillerait pour les mers de Chine, afin de s’emparer de vaisseaux anglais. L’embuscade devait avoir lieu dans les îles de la Sonde. Linois prit la mer en octobre 1803, et le 5 février suivant, il rencontra un convoi ennemi de 28 bâtiments, armés de 784 bouches à feu, alors que Linois n’en avait que 192. Linois ne voulant pas perdre les seuls vaisseaux que la France avait dans les mers de l’Inde, préféra ne pas la poursuivre jusqu’au bout et donna l’ordre de la retraite. Malgré quelques prises faites pendant la croisière, le but essentiel de l’expédition était manqué. Decaen en fit de vifs reproches à l’amiral qui ne répondit pas moins vertement et deux rapports contradictoires partirent pour la France.

Linois cependant ne retourna pas lui-même en Europe. Il resta dans les mers de l’Inde jusqu’à épuisement à peu près complet de ses forces navales, faisant de temps à autre quelques prises, mais sans porter de coups sensibles au commerce de l’ennemi. Au début de 1806, il transporta sa croisière dans les environs de Sainte-Hélène⁠ ⁠; là il apprit la conquête du Cap par les Anglais. Sans communications désormais assurées avec l’Extrême-Orient, il prend le parti de rentrer en France, il n’a d’ailleurs plus que deux navires à sa disposition. Mais, le 4 mars, il est attaqué par une flotte anglaise de sept navires entre les îles du Cap-Vert et les Canaries et est obligé de se rendre. De notre escadre de la mer des Indes il ne restait plus à l’Ile de France qu’un seul navire, la Sémillante, et le trésor de la colonie continuait d’être à peu près vide.

GÉNÉRAL DECAEN

Devant cet affaiblissement progressif de nos forces, Decaen jugea utile de faire une tentative suprême auprès de Bonaparte devenu empereur, pour qu’il ne laissât pas les Iles à l’abandon et il lui dépêcha son jeune frère Roger. Celui-ci vit Napoléon au lendemain d’Austerlitz et rapporta de l’entrevue la promesse d’une escadre de secours. Elle ne vint jamais. Du moins l’Empereur envoya-t-il presque aussitôt deux navires la Canonnière et la Piémontaise, qui maintinrent tout au moins l’espérance. Pour se rappeler au souvenir de l’empereur, Decaen eut une idée⁠ ⁠; d’accord avec un certain nombre d’habitants, il provoqua un vœu unanime des colons, tendant à appeler désormais le Port Nord-Ouest, Port Napoléon, le Port Sud- Est, Port Impérial et l’île de la Réunion, l’île Bonaparte. Napoléon fut en effet touché de ce loyalisme, et dans les années qui suivirent il envoya d’autres navires, mais seulement les uns après les autres ce qui ne constitua jamais une force d’ensemble. Pour suppléer à cette déficience, Decaen acheta à Robert Surcouf un navire corsaire qu’il baptisa l’Iéna. Mais rien ne valut comme remède au mal, la suggestion due à Pierre Bouvet. Cet officier, prisonnier à bord d’un navire anglais, avait remarqué que les vaisseaux britanniques ne visitaient jamais les petits bâtiments côtiers indigènes appelés « patmars ». Il proposa à Decaen de construire à l’Ile de France un petit bateau de ce type⁠ ⁠; il pourrait traverser sans encombre les croisières anglaises et à l’occasion attaquer fructueusement les navires sans défiance. L’Entreprenant fut immédiatement mis sur chantier et sous les ordres de Bouvet il rendit de signalés services.

398
Illustration de l'ouvrage, page 398
Gravure sans légende (page 398)
Illustration de l'ouvrage, page 398
Gravure sans légende (page 398)

La situation ne laissait pas pourtant d’être assez dangereuse pour les Français. A cette époque dans toute la mer des Indes, nous n’avions que deux frégates : la Canonnière de Bourayne et la Piémontaise d’Epron. Le 15 novembre 1807, la Manche commandée par le capitaine de vaisseau Dornal de Guy quitta bien Cherbourg pour les Iles, mais à peine était-elle arrivée (6 mars 1808) que la Piémontaise après un héroïque combat à la hauteur du Cap Comorin était capturée par la frégate anglaise le San Fiorenzo (8 mars 1808).

Les Anglais, dont la flotte était toujours supérieure à la nôtre, continuaient pendant ce temps avec méthode le blocus des Iles sœurs avec des navires qui se relayaient sans discontinuer.

399

L ES ANGLAIS OCCUPENT RODRIGUE. PREMIÈRE ATTAQUE CONTRE L’ÎLE BOURBON

: LE GENÉRAL DES BRULYS au mois de mai 1809⁠ ⁠; Nous arrivons ainsi lescadre française, qui vient de s’augmenter d’une unité la Vénus sous les ordres du commandant Hamelin, est envoyée à Madagascar d’où elle se dirige vers le golfe de Bengale. Pendant ce temps les Anglais décident de faire un premier mouvement décisif contre les Iles. Le vaisseau le Belliqueux portant 200 Européens et 200 cipayes sous les ordres du lieutenant-colonel Keating arrive devant Rodrigue et en prend possession sans coup férir. Sur cette base les Anglais se mettent en devoir d’accumuler des vivres et des munitions à l’usage de l’escadre de blocus. Cette position assurée, ils vont de l’avant. Après quatre petites tentatives faites en août 1809 sur Sainte-Rose et sur Saint-Pierre de l’ile Bonaparte, une escadre de six navires aux ordres du Commodore Rowley met le cap sur cette ile et le 21 septembre un des six navires la Nereide jette l’ancre au Sud de la pointe des Galets et débarque environ 600 hommes de troupe. Entre 5 heures et 8 heures et demie du matin, malgré les efforts du commandant Saint-Michel et de ses 150 hommes, les Anglais se rendent maîtres de Saint-Paul.

A 8 heures du soir arrive devant la ville le général Des Brulys, lieutenant général de l’ile, mais il n’ose attaquer et se persuadant à la réflexion que les Anglais menacent Saint-Denis, le chef-lieu, il se replie sur cette ville après une journée d’expectative. Cependant le colonel Keating somme Saint-Michel de remettre le matériel de guerre de Saint-Paul⁠ ⁠; celui-ci acceptant un armistice transmet la proposition à son chef. Des Brulys affolé réunit un conseil de guerre et propose d’accepter la capitulation. Devant les protestations de ses officiers, il achève de perdre la tête, monte dans sa chambre et se coupe la gorge.

Laissé à lui-même Saint-Michel finit par signer la capitulation et les Anglais quittent victorieux Saint-Paul en emmenant tous les vaisseaux se trouvant dans le port : la Caroline frégate de 44 canons, le brick le Grappler de I1, le Streatham de 850 tonneaux, l’Europe de 82o, le Fanny de 250, les Trois amis et la Créole de 80 chacun.

LA PRISE DE SET YE-DENTS (9 JUILLET 1810)

La première tentative contre l’ile Bonaparte avait trop bien réussi pour que les Anglais n’eussent pas le désir de la recommencer. à Madras furent embarquées sur 12 transports Le 8 mai I8Io des forces anglaises concentrées escortés par le vaisseau de ligne le Diomed et les frégates la Doris et le Ceylon. L’expédition qui s’arrêta pour ses derniers préparatifs à l’ile Rodrigue, comprenait 5000 hommes dont 2000 hommes de troupes européennes et 1 850 cipayes, le reste était formé par les marins de l’escadre. Tout avait été prévu, le futur gouverneur de l’ile Bonaparte, nommé dès avant la conquête, sir Robert Farquhar, et son second le docteur Charles Telfair, étaient à bord d’un des bâtiments. Le :SAVA RTS chef de l’expédition, le lieutenant-colonel Keating, ayant rallié à son tour la base de Rodrigue, l’escadre mit à la voile et gagna un point de rendez-vous situé à 50 milles au vent de l’ile Bonaparte. Les dernières instructions données, la division anglaise se présenta tout entière devant Sainte-Marie le 7 juillet 1810 à io heures du matin.

400
SAINT-DENIS : RUE DE L’ÉGLISE EN 1860, dessin de Thérond. Simonin : Voyage à la Réunion AMIRAL DUPERRÉ, d’après une lithographie de Maurin
Gravure SAINT-DENIS : RUE DE L’ÉGLISE EN 1860, dessin de Thérond. Simonin : Voyage à la Réunion AMIRAL DUPERRÉ, d’après une lithographie de Maurin

Les premiers débarquements se firent sans encombre, l’avant-garde composée de 150 hommes sous les ordres du lieutenant-colonel Campbell et d’un détachement de marins avec le commandant Willoughby mit pied à terre à l’embouchure de la rivière des Pluies entre Saint-Denis et Sainte-Marie. Quelques heures après, au Butor, prenait pied un nouveau détachement de I50 hommes commandé par le lieutenant-colonel Macleod.

SAINT-DENIS : RUE DE L’ÉGLISE EN I86O (Dessin de Thérond) (D’après Simonin : Voyage à la Réunion).

401

Tout allait à souhait lorsque éclata un formidable orage avec raz-de-marée. L’escadre se trouva brusquement et complètement coupée de son corps de débarquement. Il fallait cependant établir une liaison entre le commandant en chef Keating et ses deux seconds. Grâce au dévouement du lieutenant Foulstone qui se jeta à la nage et fut miraculeusement jeté à la côte tout contusionné, le colonel Macleod reçut les ordres de son chef. De concert avec Campbell et Willoughby il s’empara rapidement de Sainte-Marie.

Pendant ce temps, le général Fraser débarquait avec la première brigade à la Grande Chaloupe. Le colonel Sainte-Suzanne remplaçant Brulys fut immédiatement prévenu, mais ne parvint pas à empêcher les Anglais d’occuper les hauteurs dominant la plaine de la Redoute.

C’est là, en ce lieu devenu ce jour-là historique, que 800 Anglais se heurtèrent à 540 Français. Malgré une défense héroïque et des contre-attaques furieuses comme celle du commandant Lautrec avec 6o chasseurs de I’lle de France et 40 gardes nationaux, les Français, écrasés par le nombre, durent battre en retraite et laisser leurs canons aux mains de l’ennemi.

Saint-Denis se trouva bientôt encerclé, le reste des troisième et quatrième brigades avec le commandant en chef Keating débarquait à son tour à la Grande Chaloupe. Devant le nombre la résistance était impossible⁠ ⁠; Sainte-Suzanne, voulant épargner à la ville une prise d’assaut désormais inévitable, se rendit à Fraser et le 9 juillet la capitulation était signée.

Les défenseurs se retirèrent avec les honneurs de la guerre, les officiers gardant leur épée⁠ ⁠; le colonel Sainte-Suzanne fut autorisé à rentrer en France sous condition de ne plus reprendre les armes contre l’Angleterre.

COMBAT MARITIME DES

L’ile Bonaparte aux Anglais, c’était le commencement de la fin pour l’Ile de France. Mais cette fin, nous l’allons voir, fut une belle page de gloire. Le nouveau gouverneur 20, 21, 22 AOÛT 1810 anglais de l’île Bonaparte ayant pris possession de son poste décida de précipiter les événements. Les circonstances étaient favorables. La seule escadre française dans la mer des Indes (la Bellone, la Minerve et le Victor aux ordres de Duperré) était en croisière sur les côtes d’Afrique depuis le mois de mars⁠ ⁠; l’Ile de France se

HISTOIRE DES COLONIES. T. VI

402

trouvait donc sans défense par mer, il était opportun de s’emparer dès maintenant des îlots qui avoisinent l’ile et de les tenir solidement jusqu’à l’assaut final.

AMIRAL DUPERRÉ

Les deux îlots stratégiques étaient l’ile de la Passe commandant le Port Impérial (Grand Port) et l’ile Plate commandant le Port Napoléon (Port-Louis). Farquhar ordonna la prise de l’île de la Passe pour débuter. Cette île située à trois milles environ de la terre fermait l’accès du Grand Port. Les navires devaient obligatoirement passer devant elle pour s’engager ensuite dans un étroit chenal qui lui-même débouchait dans la rade. Un bastion en demi-lune défendait bien cet îlot, mais à sa pointe Nord-Ouest existait un petit débarcadère non fortifié. Les Anglais connaissaient ce point faible, ils en profitèrent. Le 14 août 181o, le Sirius et la Néreide arrivent en vue de l’ile. Après avoir transbordé sur sa conserve 70 hommes avec trois grandes embarcations, le Sirius reprend le large pour ne pas attirer l’attention de l’ennemi. Quand à la Néreïde elle s’avance seule et croise jusqu’au soir aux environs de l’îlot où la vue de cette voile

ILE MAURICE. LA GRANDE RIVIÈRE
Gravure ILE MAURICE. LA GRANDE RIVIÈRE

(D’après une lithographie de Maurin). unique ne cause pas d’inquiétude. A Io heures du soir le capitaine Willoughby qui commande la Néreide ramène sa frégate vers la terre, la met en panne à 4 ou 5 milles de la passe et fait descendre à la mer 7 embarcations montées par 140 hommes. Nageant en silence on pénètre ainsi dans le chenal et avant que la sentinelle ait pu alerter le poste un débarquement foudroyant livrait aux Anglais les 38 hommes du bastion. Le I5 août, au soleil levant, les habitants du Grand Port voient avec stupeur le drapeau anglais flotter sur Pile de la Passe et la frégate ennemie la Néreide mouillée au Fer à Cheval, sous les canons de la batterie conquise.

Un courrier part immédiatement pour le Port Napoléon où Decaen apprend la pén ble nouvelle alors qu’il passe en revue les troupes sur le Champ-de-Mars. Il harangue aussitôt les habitants et envoie à marches forcées vers le Port Impérial le général Vandermaësen et un détachement de volontaires. Mais, arrivé à destination, le général se trouve vite débordé. Les Anglais en effet multiplient leurs débarquements. Ils enclouent les canons, réquisitionnent des vivres qu’ils paient comptant, distribuent des tracts incitant la population à se placer sous le gouvernement paternel de l’Angleterre et retournent ensuite se mettre à l’abri à bord de la Néreïde.

403

Pour les vaincre, il faut les attaquer par mer. Decaen n’a pas d’escadre, et les vaisseaux au mouillage au Port Napoléon sont en très mauvais état. Qu’importe il faut risquer le tout pour le tout, l’ordre est donné d’activer les travaux pour refaire une indispensable flotte. Aura-t-on le temps avant l’arrivée des renforts anglais⁠ ⁠? Du côté français il ne faut compter sur aucun renfort : l’escadre de Duperré est trop loin...

Or, l’escadre de Duperré est au contraire toute proche et c’est elle qui, à ce moment psychologique, entre providentiellement en scène.

C’était le 20 août. Duperré, à la suite d’un voyage heureux à la côte de Mozambique, avait amariné au début de juillet deux vaisseaux anglais de la Compagnie des Indes, et ayant ainsi porté son escadre à quatre navires, il la ramenait tranquillement avec lui à l’Ile de France⁠ ⁠; or, en arrivant en vue du Grand Port ou Port Impérial, il voit le drapeau tricolore flotter au loin sur deux vaisseaux. Il ne peut s’imaginer que c’est une feinte des Anglais et veut s’engager dans la passe, pour entrer dans le port. Il est une heure de l’après-midi.

Alors commence ce combat héroïque qui dura cinquante-quatre heures et se termina par la destruction complète de la petite flotte anglaise, mais aussi par un affaiblissement de la nôtre tel que cette victoire ne pouvait avoir de lendemain. Comme ce combat, l’un des plus glorieux que nous eûmes à soutenir sur mer, appartient plus à l’histoire de la marine qu’à celle des îles, nous nous bornerons à le signaler, avec un double sentiment de reconnaissance et d’admiration pour la valeur qui y fut déployée⁠ ⁠; elle fait le plus grand honneur aux trois hommes qui s’y distinguèrent entre tous les autres, Duperré, Bouvet et Hamelin.

Nous reprîmes possession du Grand Port, par une capitulation signée du capitaine Pym. Mais c’était un simple répit avant la catastrophe finale. L’ennemi recevait des renforts, tandis que nous n’avions rien à espérer de la métropole. Par surcroît nos forces furent dispersées au lieu de se tenir groupées. Duperré, nommé par Decaen contre-amiral après sa victoire du Grand Port continuait à terre une longue convalescence que nécessitait la gravité de ses blessures. En son absence, qui devait commander sur mer⁠ ⁠? Bouvet semblait tout indiqué par ses talents personnels, mais Hamelin avait pour lui l’ancienneté. Pour ne pas trancher la question Decaen décida, en attendant le rétablissement définitif de Duperré, de laisser les deux capitaines de vaisseaux chacun à la tête de la moitié des forces navales de la colonie.

404

Coupée en deux la flotte française était trop faible pour tenter aucun engagement naval, Bouvet, après avoir capturé la frégate l’Africaine était obligé de l’abandonner sur l’intervention de trois bâtiments anglais. De son côté Hamelin avec l’autre moitié d’escadre, après avoir amariné le Ceylon portant des troupes, le trésor de l’armée anglaise et le futur commandant de l’expédition contre l’Ile de France, le général Abercrombie, était obligé de lâcher sa prise et non, sans une furieuse résistance, était capturé à son tour avec la frégate, la Vénus.

Après la prise de ce navire, il ne restait plus que neuf vaisseaux pour défendre Plle de France⁠ ⁠; encore cinq d’entre eux ne pouvaient plus naviguer : C’étaient la Bellone, la Néreide, la Minerve, le Ceylon et la Manche. Seuls avaient encore une valeur combattante, deux frégates : l’Iphigénie et l’Astrée, et deux corvettes : le Victor et l’Entreprenant.

L ’EXPÉDITION ANGLAISE CONTRE L’ÎLE DE FRANCE

Du côté anglais se préparait, contre ce fantôme d’escadre, l’un des plus forts groupements navals qui se soit vu depuis longtemps dans la mer des Indes. A la fin de novembre I81o, quittaient Rodrigue, rendez-vous général de l’expédition, 21 navires de guerre et 46 transports portant 16 000 hommes. L’escadre était sous les ordres du vice-amiral Bertie, les troupes de débarquement étaient commandées en chef par le général Abercrombie. Les divisions du Cap, de Bombay, de Madras, de Calcutta avaient groupé leurs effectifs. Dans l’attente de ce formidable ennemi, Decaen et Duperré préparaient fiévreusement la défense de l’ile. Chargé de la protection du Port Napoléon, Duperré le ferma par une ligne de frégates embossées. C’était le meilleur moyen d’utiliser les débris de vaisseaux qu’il avait encore sous la main. L’Astrée et la Manche prirent donc position à l’entrée du port aux côtés de la Bellone et de la Minerve qu’on avait débarrassées des prisonniers de guerre qu’elle contenait. Un pont jeté d’un navire à l’autre permettait une liaison commode entre tous ces éléments d’un même barrage.

A terre Decaen groupait tout ce que l’ile pouvait avoir de défenseurs. Il arriva au faible total de 2 000 hommes environ. Il y avait là 5o0 soldats du régiment de l’ile de France, 400 chasseurs de Bourbon, quelques canonniers, 400 marins provenant des frégates et 400 gardes nationaux. Trois cents prisonniers de guerre, presque tous Irlandais, étaient passés du côté français et coopéraient à la défense avec environ 50 esclaves, les chasseurs de réserve, élément assez discutable au point de vue militaire.

405

Le 26 novembre 1810, à Io heures du matin, furent signalées au vent de l’Ile de France, 20 voiles ennemies, puis 34. On les voit en panne à l’horizon. Le 28 elles sont 65. Decaen fait battre la générale, rassemble ses troupes sur le Champde-Mars et les harangue. Le commandement en chef est confié au général Vandermaësen. La petite armée française est partagée en trois divisions. L’aile gauche (chef de bataillon Josset) s’établit entre la Grande Rivière et le Fort Blanc⁠ ⁠; le centre (commandant Latour) reste sur la place d’armes avec mission de se porter sur le point le plus faible⁠ ⁠; l’aile droite (major Lerch) prend position depuis l’ile aux Tonneliers jusqu’à la batterie Dumas avec un avant-poste sur la rivière des Lataniers.

ILE MAURICE. LA GRANDE RIVIÈRE
Gravure ILE MAURICE. LA GRANDE RIVIÈRE

Le 29, à l’aurore, on compte 74 voiles devant l’Ile de France. L’armée anglaise est au complet, tous les retardataires arrivés des quatre points de l’horizon sont là. Le dernier acte de l’histoire de l’Ile de France va se jouer.

406

Les Français s’attendent à une attaque de Port Napoléon⁠ ⁠; le plan anglais est tout autre. Admirablement renseigné sur les moindres détails topographiques de l’ile, le général Abercrombie va débarquer en un point particulièrement sauvage, hérissé de défenses naturelles où quelques tirailleurs bien postés pourraient tenir tête à toute une armée, mais où les Français n’avaient pas songé un instant que l’ennemi pourrait se présenter. C’était Mapou entre la Poudre d’Or et la Grande Baie.

Le 29 à midi, 6o embarcations portant les troupes de la ire division anglaise (major général Warde) touchent terre à cet endroit retiré. Au fur et à mesure du débarquement les hommes se mettent immédiatement en colonnes et s’avancent rapidement dans les terres. Il s’agit en effet de dépasser une zone d’environ 6 kilomètres de fourrés particulièrement dangereux pour les arrivants. Tandis que la brigade Smith reste sur la grève pour protéger le débarquement, les autres précipitent à travers bois leur marche retardée par la quasi absence des routes. De ce premier corps de débarquement fait partie notre vieil adversaire le colonel Keating.

Retardés quelque temps par 180 gardes nationaux du quartier de la Rivière du Rempart (Keating est blessé dans cette escarmouche) les Anglais font halte à la nuit tombante pour prendre quelque repos et ils repartent à une heure du matin. Mais faute d’eau ils s’arrêtent de nouveau exténués à une heure et demie de marche du Port Napoléon, aux environs du Moulin à Poudre.

A l’aube du 30 novembre, la brigade Macleod s’emparait des batteries du Tombeau et de la Baie aux Tortues où un certain nombre de bâtiments anglais vinrent mouiller. Cependant la nouvelle du débarquement anglais arrivait à Decaen, stupéfait de le voir se produire dans un endroit aussi imprévu. Le général Vandermaësen reçoit immédiatement l’ordre de se porter en avant avec I 300 hommes de troupe et un bataillon africain. Ces forces s’établissent dans une plaine au pied de la Montagne Longue dont la crête fut assignée à la Garde nationale du quartier des Pamplemousses : Dans l’après-midi le capitaine général poussa en personne une reconnaissance jusque dans les postes ennemis. Son chapeau traversé par une balle, une autre lui ayant éraflé la jambe, il revint avec la certitude que des forces dix fois supérieures aux siennes étaient devant lui.

Le rer décembre Abercrombie donna l’ordre de la marche en avant. Malgré les ordres donnés par Decaen, le pont de la Rivière du Tombeau n’avait pas été coupé ou plus exactement il ne l’avait été qu’à moitié. Les Anglais le franchirent sans trop de difficultés et débouchèrent dans la plaine où Vandermaësen avait rangé son monde.

407

L’armée anglaise avance en bon ordre, les Français l’attendent. Tout à coup Vandermaësen démasque ses batteries et une rafale de mitraille balaie les premiers rangs de l’ennemi. Désarroi, flottement, les Anglais se rassemblent et s’élancent à la baïonnette. A leur tête courent le colonel Campbell et le major O’Keefe. Le choc se produit, la mêlée devient générale. Campbell et O’Keefe tombent frappés à mort.

La gauche française est formée par le régiment de l’Ile de France et deux compagnies de chasseurs coloniaux⁠ ⁠; soudée au centre, que commande vigoureusement le chef de bataillon de Bissy, elle reçoit le choc d’environ 6 oo0 hommes sans plier. Solidement établie sur la route des Pamplemousses, elle y demeure. Bien mieux, elle attaque⁠ ⁠; sous la poussée des Français le 84° régiment britannique est culbuté et bat en retraite. Le commandant Blin d’Hiliers les poursuit. Se précipitant à cheval au cœur des bataillons ennemis, il arrache un drapeau et revient ventre à terre, dans nos lignes en brandissant son trophée. Comme il touche au but, il s’écroule frappé de trois balles dans les reins.

Si l’aile gauche et le centre résistent et contre-attaquent, la situation à l’aile droite n’est pas si favorable. La ligne de défense française s’appuyait à droite à la Montagne Longue, dont le sommet était une position stratégique capitale. La garde nationale des Pamplemousses devait l’occuper, ellene le fit pas et les Anglais, profitant de l’occasion, y lancent une compagnie de cipayes. Brusquement, sur cette hauteur qui domine le champ de bataille, le drapeau anglais se met à flotter. Dès lors Decaen comprend qu’il faut battre en retraite. Devant lui, 10 000 hommes accablent de leur nombre la poignée de Français qui leur est opposée. Il donne l’ordre de repli qui s’exécute méthodiquement pied à pied. Le capitaine général quitte le dernier le champ de bataille, à l’arrière-garde, à petits pas, calme, si héroïquement calme que, des lignes anglaises où l’on s’y connaît en bravoure, tout à coup, part, un hourrah à son adresse.

Luttant tout en reculant, l’armée française atteint enfin les remparts de Port Napoléon. Elle s’y met à l’abri tandis, qu’à leur tour, les batteries des forts entrent en action. C’est depuis le bastion Fanfaron jusqu’à la batterie Dumas, un feu roulant qui arrête net les assaillants. Le général Abercrombie donne à son tour l’ordre de repli hors de portée de cette artillerie, tandis que les défenseurs de l’Ile de France pénètrent dans leur dernier refuge.

Devant une si belle résistance le général en chef britannique décide un regroupement général avant l’assaut final. La plus grande partie de la flotte anglaise est maintenant ancrée dans la baie du Tombeau⁠ ⁠; la division du Cap reçoit l’ordre d’aller débarquer ses troupes à la Petite Rivière, ce qui permettra de prendre l’ennemi entre deux feux.

408

Decaen est sur le point de tenter une ultime sortie lorsqu’il apprend, le 2 décembre au matin, ce nouveau débarquement qui rend la situation désespérée. Il ne reste plus qu’à sauver l’honneur en épargnant les vies humaines par une capitulation digne de la colonie. Un parlementaire part vers les lignes anglaises porteur d’un projet de capitulation et demandant une suspension d’armes en cas de non acceptation de ce projet.

VUE DU GRAND BASSIN
Gravure VUE DU GRAND BASSIN

A Il heures, le parlementaire revient⁠ ⁠; la suspension d’armes est accordée, mais la capitulation telle qu’elle est proposée est rejetée.

A 4 heures de l’après-midi, Decaen réunit à l’hôtel du gouvernement, Vandermaesen et Duperré et les envoie au quartier général anglais pour chercher un terrain d’entente.

Dès leur arrivée dans les lignes anglaises, les parlementaires sont mis en rapport avec le major général Warde et le commodore Rowley et la discussion commence. Elle se poursuit jusqu’à une heure du matin. Le projet, signé des quatre officiers généraux, est contresigné par Decaen, dans la nuit même. A 6 heures du matin le 3 décembre 181o, les troupes britanniques occupent la capitale de l’Ile de France.

409

La capitulation stipulait que les troupes françaises de terre et de mer ne seraient pas prisonnières de guerre⁠ ⁠; elles se retireraient avec armes et bagages, enseignes déployées, tambours battants et mèches allumées et seraient reconduites en France aux frais du gouvernement anglais. Les habitants conserveraient leurs propriétés, leurs biens, leurs coutumes, leur religion et pourraient quitter pendant deux ans la colonie avec tout ce qu’ils possédaient pour se rendre où ils désireraient. Les blessés dans les hôpitaux seraient soignés par un major français exactement comme les Anglais et seraient ensuite rapatriés aux frais du gouvernement britannique.

Lorsqu’il apprit quels étaient les termes de cette capitulation, Napoléon déclara qu’elle était la plus belle qu’il eût jamais connue.

Illustration de l'ouvrage, page 409
Gravure sans légende (page 409)
410

Citer ce chapitre

Pierre Crepin, « Les Iles sous la révolution et l'empire », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. VI, Madagascar — Les Comores — Les Mascareignes — Le Pacifique — L'Afrique du Sud, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1933, p. 385-410.

Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-6/mascareignes/les-iles-sous-la-revolution-et-l-empire/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11002767