Tome VI · Madagascar du seizième siècle à 1815 · Chapitre 6
La fin de la vieille tradition française
CHAPITRE VI LA FIN DE LA VIEILLE TRADITION FRANÇAISE I. - LES VOYAGES DE MAYEUR. — Voyageurs français dans l’intérieur de Madagascar. II. — LES IDÉES DE DANIEL LESCALLIER ET LEURS SUITES. — Madagascar sous la Révolution. - Le général Decaen et Madagascar. III. - SYLVAIN ROUX A TAMATAVE. - Sylvain Roux se maintient à Tamatave. - Capitulation des îles Mascareignes : Chute de Tamatave. — Perte définitive de Madagascar.
A seconde expédition de Benyowski dans le nord de Madagascar ne saurait être tenue pour un essai d’établissement français dans la grande île. L’aventurier qui en a pris l’initiative et la conduite n’a cherché que son intérêt personnel ; il s’est si peu réclamé de la France que celle-ci a vu dans ses agissements une intrusion et une menace pour ses revendications sur une terre qu’elle tenait depuis longtemps pour sienne et où ses enfants avaient depuis deux siècles travaillé pour elle.
Cette tradition ne devait pas s’interrompre. Même pendant les temps si troublés de la Révolution et du premier Empire, tant que la France a possédé quelques débris de son ancienne marine, tant que son pavillon a flotté sur les mers au delà du Cap de Bonne-Espérance, elle a continué de se maintenir. Au cours de la période longue d’un tiers de siècle dont il nous reste à raconter l’histoire, elle s’incarne en quelque manière dans trois hommes dont le nom doit être mis en évidence : le voyageur Louis Mayeur, le commissaire civil Daniel Lescallier et l’agent commercial Sylvain Roux.
Pendant longtemps, Mayeur n’a été connu que pour son rôle dans l’histoire de Benyowski, dont il fut le collaborateur de 1774 à 1777 et l’adversaire en 1786. Cependant, c’est surtout à un autre point de vue, comme explorateur de Madagascar, que cet interprète du gouvernement français dans les établissements de la côte du Nord-Est a contribué au maintien et même à l’essor de l’influence de son pays dans la grande île.
Les relations de ses voyages, succinctement résumées dès la fin du siècle dernier, mais restées inédites jusqu’au début du vingtième siècle, prouvent que, avant même d’avoir été attaché à l’aventurier hongrois, Mayeur, arrivé à Madagascar dès 1758, avait commencé ses voyages dans l’intérieur. En 1770, il pénètre dans l’Ankay, chez les Bézanozanos, lui premier de tous les Européens de nous connus. Un peu plus tard, dès l’arrivée de Benyowski et de ses volontaires dans l’ile Maroce, le voici chargé de missions chez les Sakalavas du Nord-Ouest (il doit traverser de part en part la partie Nord de Madagascar entre les deux baies d’Antongil et de Morondava, mais n’arrive pas alors à réaliser complètement ce voyage), chez les Antankaranas du Nord et enfin chez les Hovas du centre. C’est alors que Mayeur, renouvelant l’exploit de François Martin plus de cent ans après celui-ci, pénètre sur le plateau (1777) et s’avance jusqu’en plein cœur de l’Imerina, jusqu’à sa capitale Tananarive, observant attentivement l’organisation sociale et l’industrie de ces Hovas, que les Européens ne connaissent pas encore, constatant combien ils diffèrent des autres habitants de la grande île et leur sont supérieurs. Quelques années plus tard (1785), Mayeur a contrôlé et complété ses premières impressions, quand il est revenu à Tananarive pour négocier avec son roi Andrianamboatsimarofy la construction d’un poste fortifié français à la frontière du territoire hova ;
I. - LES VOYAGES DE MAYEUR.
109il a rapporté de ce nouveau voyage une véritable admiration pour le peuple dont il venait pour la seconde fois de visiter le pays et de constater l’intelligence et l’ingéniosité.
Au centre de l’ile, à trente lieues de la mer, dans un pays jusqu’à présent inconnu, qu’entourent des peuplades brutes et sauvages, il y a (écrit Mayeur) plus de lumières, plus d’industrie, une police plus active, des arts plus avancés que sur les côtes... Aucune autre peuplade de Madagascar n’a autant d’intelligence naturelle, ni autant d’aptitude au travail.
Et que de preuves en donne le voyageur ! Après avoir noté combien est aride le sol des montagnes qui entourent l’Imerina et au prix de quel labeur pénible et opiniâtre « les Hovas, qui n’épargnent pas leur peine, arrivent à en tirer parti », Mayeur ajoute :
Leur activité, leur persévérance, leur habileté à diriger les eaux nécessaires à l’irrigation des rizières sont tout à fait dignes d’éloges... Les Hovas tissent aussi avec art des étoffes de coton et de bourre de soie ; ils travaillent le fer avec habileté, fondant le minerai, qui est abondant dans le centre de l’île, dans des fourneaux bien conditionnés, et forgent des haches, des bêches, des lances, des couteaux, des aiguilles, etc...
110 TÉRIEUR DE MADAGASCARIl convenait de s’arrêter sur cet éloge des Hovas par le premier Français qui est entré en relations avec eux ; c’est une preuve, entre beaucoup d’autres que contiennent les relations de ses voyages, des grandes qualités d’observation et de mesure de Mayeur. Moins tardive, la publication de ses notes n’eût pas présenté de l’intérêt au seul point de vue historique. Mayeur n’est pas le seul voyageur français qui, à l’époque, ait parcouru différents cantons du petit continent malgache. A côté, mais très loin de lui, il faut citer Dumaine, directeur des traites du roi de 1782 à 1795, qui visita l’Ankay et le pays des Antsihanakas et traversa l’ile depuis Tamatave sur la mer des Indes jusqu’à Majunga sur le canal de Mozambique. Plusieurs traitants, tels d’Hue et Savoureux, et ceux dont Lasale, un compagnon de Benyowski demeuré à Madagascar après la mort de son chef, s’est sans doute approprié les récits, ont également payé de leur personne à la fin du règne de Louis XVI et contribué alors, pour leur petite part, à entretenir la tradition française dans les parties de l’île où ils ont pénétré. Voilà également ce qu’ont fait par la suite, aux temps de la Révolution et du premier Empire, Chapelier, J.-B. Fressange et B. Hugon ; mais les uns et les autres ne sont que des comparses et ne méritent qu’une brève mention.
Il n’en faudrait pas conclure, toutefois, à l’importance du rôle joué à Madagascar par Daniel Lescallier, un des quatre commissaires civils institués par le décret de l’Assemblée Constituante en date du 18 août 1791 pour se rendre au delà du cap de Bonne-Espérance. Mais ce personnage officiel a bénéficié du prestige attaché à sa personne par son titre même et, une fois rentré dans la métropole, a soumis à la classe des Sciences morales et politiques du nouvel Institut de France, un « mémoire relatif à l’ile de Madagascar ». A défaut d’actes bien saillants, ce mémoire lui a conquis un certain renom.
M ADAGASCAR SOUS LA RÉVOLUTIONAux commissaires civils envoyés aux Mascareignes, le décret du 18 août 1791 assignait pour tâche « d’y maintenir l’ordre et la tranquillité publiques, de faciliter leur organisation et de veiller à l’exécution des décrets de l’Assemblée nationale » ; mais, en face d’une assemblée coloniale déjà constituée et maîtresse de toute l’administration intérieure, quelles réformes ces personnages, sans autorité effective et aux pouvoirs assez vagues, étaient-ils capables de réaliser ? Lescallier, comprenant son impuissance, ne trouva rien de mieux que de s’éloigner ; toutefois, avant de se rendre dans les comptoirs français de l’Inde pour y remplir sa mission, il se détourna de son droit chemin et gagna Foulpointe, qui n’avait cessé de demeurer le centre du commerce des bœufs et du riz de Madagascar avec les Mascareignes. Il voulait y appliquer les décrets de la Constituante, pacifier et organiser ce point de la côte orientale de la grande ile et placer cette bourgade et le territoire environnant « sous la protection de la France » ; il voulait aussi gagner, par une politique habile, les chefs des diverses provinces du petit continent malgache et leur « faire aimer le nom de Français ». En application de ce dessein qui, fidèlement suivi, devait ANCIENNE BATTERIE FRANÇAISE A FORT-DAUPHIN aboutir à faire de Madagascar « une possession française », suivant l’expression même de Lescallier, le commissaire civil resserra l’alliance avec les chefs des Betsimisaraka par un traité en forme ; puis il s’éloigna, laissant à d’autres le soin de poursuivre la réalisation de ses vues, et de travailler tout à la fois à pacifier, à coloniser et à civiliser un pays dont il comprenait l’importance pour sa Patrie. qui, dès le rer février 1793, étendit à toutes les mers Mais il avait compté sans la guerre avec l’Angleterre du globe une lutte demeurée jusqu’alors exclusivement européenne. Les répercussions s’en firent sentir jusqu’à Madagascar, dont se désintéressa naturellement aussitôt le gouvernement de la métropole, absorbé par d’autres soucis ; seules, par conséquent, une fois encore, les Mascareignes entretinrent avec la grande île située plus à l’Ouest des relations économiques influencées à diverses reprises
II. — LES IDÉES DE DANIEL LESCALLIER ET LEURS SUITES.
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par la déclaration de la liberté du commerce en 1794, par celle de l’abolition de la traite des nègres et par les croisières navales anglaises. L’une de celles-ci détruisit la palissade de Foulpointe en frimaire an V (novembre 1796) ; néanmoins les colons des îles de France et de Bourbon continuèrent de tirer de Madagascar, par les ports de Foulpointe et surtout de Tamatave, les esclaves, les bœufs à bosse et le riz dont ils avaient besoin. Ils en firent aussi, à la suite des dissensions dont fut témoin en pluviôse an VII (février 1799) |’ « île de la Réunion des Sans-Culotte », un lieu de déportation pour leurs condamnés politiques, dont les uns furent envoyés au « Fort de la loi » (le ci-devant Fort-Dauphin) et les autres à Foulpointe.
LE ET MADAGASCAR ET MADAGASCARAinsi se continuèrent, durant l’époque révolutionnaire, les relations entre les colonies françaises de la mer des Indes et Madagascar ; en dépit de la guerre navale et de ses conséquences, en dépit des luttes intestines auxquelles étaient alors en proie les populations betsimisaraka de la côte orientale, la tradition française persistait à s’y affirmer. Mais elle allait s’affaiblissant ; Magallon, le prédécesseur du général Decaen au gouvernement des Mascareignes, le déclare sans ambages dans les Notes politiques et militaires qu’il a rédigées à la fin de 1803. S’il voit, après tant d’autres, dans Madagascar, un grenier d’approvisionnement en riz et en bœufs pour l’Ile de France, il constate que ses ressources ne sont plus, actuellement, qu’un objet de spéculation pour quelques petits armateurs du Port-Louis et que les anciennes relations des Mascareignes avec la grande terre sont « presque éteintes aujourd’hui » ; il déplore la ruine des comptoirs français, de Foulpointe en particulier dont la palissade n’est pas encore rétablie, dont les maisons sont en partie détruites, où ne se trouve aucun agent pour centraliser les relations avec les indigènes. Magallon est donc d’accord avec ceux qui, en Europe même — tels Charpentier de Cossigny et Bory de Saint-Vincent — préconisent vers le même temps une intervention de la France à Madagascar et veulent faire porter « la civilisation, la culture, les arts dans une vaste contrée qui gémit dans la barbarie » et qui est vraiment, selon le mot de Cossigny, « la clef des Indes. » France un empire d’outre-mer, Bonaparte ne pou- A une époque où il songeait encore à refaire à la vait pas se désintéresser d’une terre considérable, qu’on lui dépeignait comme capable de remplacer Saint-Domingue et de devenir la plus belle colonie du monde, comme nécessaire pour le maintien ou l’essor de la puissance française dans l’Océan Indien. Aussi, pour obéir à ses instructions comme pour complaire au Consul à vie, le général Decaen s’empressa-t-il, dès le lendemain de son arrivée à
113Ille de France, de s’enquérir de Madagascar. « Je m’occupe, écrivait-il à Bonaparte le 2o décembre 1803, de reconnaître les avantages réels que la France, par vous gouvernée, doit enfin retirer d’un immense pays que les siècles passés ont vu négliger. » De fait, il avait cherché à s’entourer de renseignements précis et, pour en recueillir de nouveaux, il avait organisé une mission qui allait se rendre tôt après dans le Sud de l’ile, à Fort-Dauphin, pour essayer de découvrir un point favorable à l’établissement d’un nouveau poste et pour étudier les dispositions des naturels et des chefs de la contrée. Mais cette mission, confiée au capitaine du génie Mécusson (janvier-avril 1804), mit très vite en évidence à quels obstacles se heurterait la « fondation d’une véritable colonie dans le Sud de Madagascar ». Aussi Decaen, malgré les renseignements très précis que lui fit tenir Mayeur, abandonna-t-il dès lors ce dessein. Il se contenta de laisser les traitants des Mascareignes fréquenter Fort-Dauphin et entretenir de l’Anosy. Mais, conscient des besoins bonnes relations avec le roi de « BONTONA » (ARBRE-BOUTEILLE) CHEZ LES BARA MANANBIA des îles dont il était le capitaine général, il chercha en même temps à développer leurs rapports commerciaux avec d’autres points du petit continent malgache. De là l’envoi successif à Tamatave, en 1807, d’abord de l’agent Mariette, qui mourut presque aussitôt, puis de Sylvain Roux.
Le créole Jean-Baptiste-Sylvain Roux, né à l’Ile de France en 1765, était venu de bonne heure se fixer à la grande terre, où il avait fait la traite des riz. Pour- HISTOIRE DES COLONIES. T. VI.
114quoi fut-il, à la mort de Mariette, préféré au sous-agent commercial que Decaen avait adjoint à ce dernier, nous l’ignorons ; toujours est-il que, quelques jours à peine après l’arrivée au Port-Louis de la nouvelle du décès de Mariette, Roux, alors revenu dans son pays natal, était désigné pour le remplacer. Très vite, il débarquait à Tamatave (14 juillet 1807), avec mission de remplir au mieux les instructions qu’il avait reçues, mais que n’avait pas eu le temps d’exécuter son prédécesseur.
S KIVAIN ROUX SE MAIN- TIENT A TAMATAVEL’agent commercial de Tamatave, dont l’autorité s’étendait sur la côte orientale de Madagascar depuis la baie d’Antongil jusqu’à la rivière de Mananhary, devait vivre en bons rapports avec les chefs indigènes de son ressort, s’efforcer d’en prévenir et d’en apaiser les querelles, se comporter de la même manière à l’égard des traitants français et enfin collaborer de tout son pouvoir au ravitaillement des Mascareignes, autant du moins que le pouvaient permettre les flottes britanniques. A tous égards, ce programme n’était pas sans présenter de grandes difficultés ; Sylvain Roux travailla de son mieux à sa réalisation. Non content de remplir avec succès, dès 1807, le dernier point de ses instructions (ce sont les envois de vivres de Madagascar qui ont, à cette date, sauvé les Mascareignes de la famine), il s’efforça de satisfaire le capitaine général sur tous les points. On le voit visiter les environs de Tamatave pour se bien rendre compte de leurs ressources et de leurs possibilités ; il tente d’attirer les indigènes de l’intérieur, et en particulier les Hovas de l’Imerina — « les plus industrieux et les plus doux de Madagascar », écrit-il, — dans les comptoirs français établis aux points les plus favorables de la côte orientale, à Fénérive, à Tamatave, à Foulpointe, à Tintingue. En même temps, et parfois sans grand succès, Sylvain Roux tente de jouer le rôle de pacificateur et d’arbitre entre les chefs indigènes, d’en prévenir les guerres fratricides et de vivre en bonne intelligence avec eux. Mais il est loin de réussir dans toutes ses entreprises ; son caractère autoritaire et brouillon l’amène parfois à prendre des décisions maladroites ; de là des discussions, des heurts, des froissements avec les traitants ses compatriotes, avec les principicules de la côte de la mer des Indes, enfin avec les Hovas qui déjà, sous la conduite de leur grand Andrianampoinimerina, commencent la conquête de l’ile entière de Madagascar. rendent difficiles et même arrêtent presque com- Cependant, les nombreuses croisières anglaises plètement les relations entre la grande terre et les Mascareignes. « Depuis longtemps nos communications sont interrompues par les maudits Anglais qui, tous les jours, nous assiègent de leurs visites sur nos côtes, » écrit Roux, le 25 oc-
115tobre 1808, au général Ernault des Bruslys, gouverneur de l’ile de la Réunion, qui n’a pas encore pris officiellement le nom d’ « île Bonaparte » ; non contents de longer le rivage, ils prennent et détruisent « six ou sept bâtiments de commerce », au grand désespoir de notre agent. Dès lors, par conséquent, les Mascareignes sont privées des rafraîchissements qui leur sont indispensables, et il en est en 180g exactement comme en 1808. Aussi Decaen, voyant qu’il ne peut plus tirer aucun avantage de l’occupation de Tamatave, songe-t-il à l’évacuation de ce comptoir ; sans l’insistance, voire même l’opiniâtreté de Sylvain Roux, ce plan eût été exécuté. Sans doute le capitaine général se laissa-t-il toucher par le patriotisme et par l’énergie de son agent commercial qui, non content de se maintenir à Tamatave et de travailler à son essor, parvenait encore, par la construction du fort de Tagniou, à en faire un poste militaire. Mais, en dépit des efforts du général
• REIGNES. CHUTE DE TAMATAVE Decaen et de l’héroïsme de nos marins et de nos corsaires, les Mascareignes, complètement abandonnées par la métropole alors dépourvue de toute marine, obligées de vivre sur leurs seules ressources, voient leur force de résistance diminuer de jour en jour. L’ile Bonaparte succombe la première (9 juillet 181o) et dès lors Sylvain Roux refuse d’entretenir des relations commerciales avec elle ; ce serait, déclare-t-il, venir en aide aux Anglais qui « cherchent un moyen de se procurer des bœufs et des salaisons pour l’approvisionnement des vaisseaux de guerre et des nombreuses troupes qui y sont momentanément stationnées ». Tôt après, l’Ile de France est obligée de capituler à son tour, avec tous les honneurs de la guerre (3 décembre I81o) et, quelques semaines plus tard (18 février I81I), voici la division navale du commodore Lynne qui se range devant Tamatave. Sommé par ce capitaine de frégate de rendre la place, ainsi que tous TANANARIVE : LES VIEUX CANONS les autres comptoirs de (Catat : Voyage à Madagascar, 18g3) (dessin de Boudier).
son commandement, que peut faire Sylvain Roux, complètement isolé de l’Ile de France depuis le mois de janvier I81o ? La garnison de Tamatave se compose d’une poignée d’hommes minés par les fièvres ; son artillerie, d’une batterie de six pièces ; on ne peut résister à une escadre composée de « deux fortes corvettes de 24 caronades de 36 et (de) deux transports armés, ayant à bord 120 hommes de débarquement ». Le parlementaire envoyé par le commodore Lynne rapporta donc à celui-ci l’adhésion de l’agent commercial français aux termes de la capitulation obtenue naguère par son chef au Port-Louis... lieu quelques mois plus tard (juin I81o) au large de En dépit du combat naval franco-britannique qui eut Tamatave, la capitulation de ce comptoir constitue le terme de l’histoire des multiples et infructueux efforts tentés par la France de l’ancien régime pour s’établir à Madagascar et pour y fonder des comptoirs commerciaux, voire même de véritables colonies. Pendant près de deux siècles, cette histoire n’a été qu’une longue et lamentable série d’échecs ; elle mérite cependant d’être racontée avec quelque détail. Elle met en effet en pleine lumière les qualités d’initiative, d’endurance et d’audace des hommes de notre pays ; elle montre aussi les mérites colonisateurs, humanitaires et sociaux de nombre d’entre eux ; elle prouve enfin avec quelle persévérance nos aïeux ont tenté de s’implanter de façon solide et définitive, aux dix-septième et dix-huitième siècles, sur une terre qu’ils ont de bonne heure tenue pour une France d’outre-mer, et dans laquelle ils voyaient une précieuse escale sur la longue route maritime que devaient suivre leurs vaisseaux pour se rendre depuis les ports métropolitains du Ponant jusqu’aux Indes d’Asie.
Citer ce chapitre
Henri Froidevaux, « La fin de la vieille tradition française », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. VI, Madagascar — Les Comores — Les Mascareignes — Le Pacifique — L'Afrique du Sud, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1933, p. 107-116.
Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-6/madagascar-origines/la-fin-de-la-vieille-tradition-francaise/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11002767