Colonies françaises

Tome VI · Les Français dans l'Afrique du Sud · Chapitre 1

Les huguenots français au Cap de bonne-espérance

Par p. 497-520 de l'édition originale 8 075 mots 15 illustrations 1933 Fac-similé sur Gallica ↗
Argument du chapitreL’escale du cap de Bonne-Espérance. — Débuts de la colonisation. — I. L’ARRIVÉE DES COLONS FRANÇAIS AU CAP. — L’engagement des colons français. — Le voyage des Pays-Bas au Cap. — Ori- gine, profession, nombre des colons. — II. LA COLONISATION FRANÇAISE AU CAP A LA FIN DU DIX-
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d’État des Pays-Bas. Frontispice

HUITIÈME AU VINGTIÈME SIÈCLE.

4 112 LES HUGUENOTS FRANÇAIS AU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE L’escale du Cap de Bonne-Espérance. — Débuts de la colonisation. I. — L’ARRIVÉE DES COLONS FRANÇAIS AU CAP. — L’engagement des colons français. — Le voyage des Pays-Bas au Cap. — Origine, profession, nombre des colons. II. — LA COLONISATION FRANÇAISE AU CAP A LA FIN DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. III. — HOMOGÉNÉITÉ PUIS DISSOCIATION DU GROUPE FRANÇAIS. — Les colons français et Willem Adriaan van der Stel. IV. - LES DESCENDANTS DES RÉFUGIÉS FRANÇAIS EN AFRIQUE AUSTRALE DU DIX- — L’expansion vers l’Est. — Quelques

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Gravure sans légende (page 497)

Boers notables d’origine française.

Es Français ont participé à la formation de la population blanche de l’Union sud africaine par l’émigration des protestants, qui s’établirent au Cap de Bonne-Espérance à la fin du dix-septième siècle, et par l’expansion de leurs descendants jusqu’à la Cafrerie à l’est et jusqu’au Zambèze au nord. Cet établissement fait partie, sinon de la colonisation française, du moins de l’expansion française⁠ ⁠; son histoire mérite donc d’être exposée brièvement ici. HISTOIRE DES COLONIES. T. VI.

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L ’ESCALE DU CAP DE BONNE-ESPERANCE

JOHAN VAN RIEBEECK

Bonne-Espérance date du milieu du dix-septième siècle. Le premier établissement des Européens au Cap de Quand la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, née en 16o2, eut fondé son empire commercial de l’Insulinde, quand elle eut jalonné de comptoirs fortifiés les côtes de l’Océan indien et des mers de Chine depuis Ceylan jusqu’à Nagasaki, quand enfin ses bâtiments naviguèrent régulièrement d’Amsterdam et de Rotterdam, de Delft et de Middelbourg, de Hoorn et d’Enckhuysen vers l’Extrême- Orient et inversement, il lui devint nécessaire de posséder sur la route une escale où les commissaires du bord pourraient remplacer l’eau fétide des tonneaux par de l’eau fraîche, les salaisons par de la viande sur pied, les légumes secs par des verdures et des fruits. Les denrées fraîches n’étaientelles pas le seul remède efficace contre le scorbut, ce fléau des anciennes traversées maritimes⁠ ⁠?

JOHAN VAN RIEBEECK
Gravure JOHAN VAN RIEBEECK
DÉBUTS SATIO COLO- NISATION

Or, par les rapports des commandants de navires, le Conseil des dix-sept directeurs de la Compagnie apprit que, à l’extrémité de l’Afrique, la baie de la Table présentait des conditions favorables aux escales : elle est profonde et sûre, on puise aisément l’eau fraîche dans le petit fleuve qui s’y jette, les pacifiques Hottentots qui fréquentent ses rivages cèdent volontiers leur bétail, « si on leur remplit l’estomac de pois et de haricots, dont ils sont friands. » L’établissement d’un poste fut donc résolu. Le 5 avril 1652, trois bâtiments, le Drommedaris, le Reijger et le Gode Hoop, partis du Texel, le 24 décembre précédent, sous les ordres d’un obscur officier de la Compagnie des Indes orientales, nommé Johan van Riebeeck, entraient dans la baie de la Table. Quatre jours après, le 9 avril 1652, van Riebeeck descendait sur le rivage. Un point situé sur la partie méridionale de la baie, sous la montagne de la Table, lui parut propice à l’emplacement de la future forteresse. Le lendemain, de bonne heure, les hommes, munis de pioches et de pelles, commencèrent les travaux de fondation. L’Europe prenait pied dans l’Afrique du Sud. En fondant un établissement au Cap, les directeurs de la Compagnie néerlandaise n’avaient pas d’autre objet que de ménager à leurs flottes un lieu de ravitaillement entre les Pays-Bas et l’Inde. L’événement dépassa les espérances. Johan van Riebeeck constata promptement que le climat du Cap est sain et même agréable, que les végétaux d’Europe y poussent à merveille (trois mois après son arrivée ne voyait-il pas sur sa table radis, laitue, cresson et oseille⁠ ⁠?) et que parmi les Hottentots, si certains étaient malveillants, d’autres vendaient volontiers leurs bêtes à cornes et leurs moutons, bref qu’au Cap la vie paraissait facile. marchands qu’ils fussent et non point colonisateurs, Si bien que les directeurs de la Compagnie, tout mis en éveil par les rapports élogieux des marins, demandèrent à van Riebeeck, deux ans et demi après son arrivée, si à son avis « quelques familles néerlandaises établies là y rendraient service ».

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ABRAHAM VAN RIEBEECK
Gravure ABRAHAM VAN RIEBEECK

Empressé à développer son œuvre, van Riebeeck répondit favorablement à cette ouverture.

« Nous supposions, répondit-il le 28 avril 1655, qu’ici votre seul objet était de faire ravitailler vos navires, mais comme nous vous voyons maintenant disposés à fonder une colonie, nous n’hésitons pas à dire que plusieurs points offrent des conditions favorables à l’élevage et à la culture. »

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Deux ans plus tard, en 1657, neuf hommes, jusqu’alors fonctionnaires de la Compagnie, quittèrent son service pour se livrer librement à l’agriculture et à l’élevage.

L ’ENGAGEMENT DES

Ainsi commença la colonisation de l’Afrique australe. De ces colons, qui peuplèrent le Cap à la fin du dix-septième siècle, les uns étaient des fonctionnaires de la Compagnie qui rentrèrent dans la vie privée, les autres, des émigrants qui vinrent d’Europe pour vivre en Afrique à leurs risques et périls. Considérés sous le rapport de l’origine géographique, les uns étaient Néerlandais, d’autres Rhénans et bas Allemands, d’autres enfin, les seuls qui doivent ici retenir notre attention, vinrent de France, en traversant les Pays-Bas. Ces colons français étaient des huguenots qui se sauvaient de France. Déjà, avant la révocation de l’Edit de Nantes, des pro- , COLONS FRANÇAIS testants français avaient quitté leur patrie, pour prier Dieu à leur gré. Après la funeste décision du 20 octobre 1685, ces exils volontaires se multiplièrent dans des proportions considérables. La Hollande reçut les huguenots français en si grand nombre, que Beyle put la qualifier de « grande arche des fugitifs ».

Les directeurs de la Compagnie des Indes orientales cherchaient à favoriser l’émigration au Cap. Le 3 octobre 1685, ils prenaient la décision suivante :

Pour encourager l’agriculture, qui semble au Cap de plus en plus florissante, et pour réduire les frais d’entretien de la garnison, on enverra un nombre plus considérable de colons. Parmi ces colons, on choisira des Français réfugiés de la religion réformée, en particulier ceux qui seront experts dans la culture de la vigne, dans la fabrication du vinaigre et de l’eau-de-vie.

Des propositions d’établissement au Cap furent donc faites à ces réfugiés français, dans les conditions suivantes : passage gratuit sur les bâtiments de la Compagnie⁠ ⁠; don d’une somme de 125 à 21o francs de notre monnaie à tout chef de famille et d’une somme de 62 à 104 francs à tout célibataire⁠ ⁠; concession gratuite de terres de culture⁠ ⁠; avance à crédit par la Compagnie du cheptel et des instruments aratoires nécessaires à l’exploitation⁠ ⁠; assistance d’un pasteur parlant français.

SERMENT

Les futurs colons devaient s’engager à rester cinq ans au Cap⁠ ⁠; ceux qui en partiraient avant ce terme paieraient leur voyage de retour. Ils devaient en outre prêter le serment suivant : que doivent prêter les personnes libres et estant hors le service de la Compagnie qui vont au Cap de Bonne Espérance avant que de partir de ce païs :

I. — L’ARRIVÉE DES COLONS FRANÇAIS AU CAP

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Je promets et jure d’estre soumis et fidèle à leurs Hautes Puissances les Estats généraux des Provinces Unies, nos souverains Maistres et Seigneurs, à Son Altesse Mgr le prince d’Orange, comme gouverneur, capitaine et amiral général, et aux Directeurs de la Compagnie générale des Indes orientales de ce pais, pareillement au gouverneur général des Indes, ainsi qu’à tous les gouverneurs, commandants et autres qui durant le voyage par mer et ensuite par terre auront commandement sur nous. Et que j’observeray et exécuteray fidellement, et de point en point toutes les loix et ordonnances, faites ou à faire tant par MM. les Directeurs, par le gouverneur général et par les conseillers, que par le gouverneur ou commandant du lieu de ma résidence, et de me gouverner et comporter en toutes choses comme un bon et fidèle sujet.

Ainsi Dieu m’aide.

Fait et arresté dans l’Assemblée des Dix-Sept, le 20 octobre 1687.

BAS AU CAP

Le Cap de Bonne-Espérance, pour les réfugiés, c’était la terra incognita dans le sens strict du mot. Vers 1685-1687, on ne le connaissait encore que par les on dit décousus des marins. Aucun livre ne le décrivait. Mais bien avant la révocation, le départ pour les pays exotiques était considéré dans les familles protestantes françaises comme une éventualité vraisemblable. On s’était familiarisé graduellement avec la perspective des longs voyages et de la vie outre-mer. Les propositions des directeurs de la Compagnie des Indes n’avaient donc pas pris les réfugiés au dépourvu. La grande majorité des futurs colons passa des Pays-Bas au Cap pendant l’année 1688 et le début de 1689 dans huit bâtiments : Voorschoten, Boorsenburg, Oosterlandt, Berg China, Zuid Beveland, Wapen van Alkmaar, Schelde et Zion, qui appareillèrent de Middelbourg, d’Amsterdam, de Delft, de Rotterdam et de Hoorn.

Le Voorschoten partit le premier le 31 décembre 1687, le Zion le dernier le 8 janvier 1689. La durée du voyage fut très inégale. Parti de Middelbourg le 29 janvier 1688, l’Oosterlandt jeta l’ancre dans la baie de la Table le 26 avril 1688, ayant accompli sa traversée en moins de trois mois, tandis que celle du Wapen van Alkmaar en dura six, du 27 juillet 1688 au 27 janvier 168g.

Postérieurement à 1689, quelques colons français débarquèrent encore au Cap, du Vosmaer le 16 octobre 1696, du Driebergen le 3 septembre 1698, du Westhorn et du Donkervliet en juillet 1699, du Reijgersdaal en août 170I.

Traversant maintenant l’Océan dans de grands paquebots si confortablement aménagés que la vie sur l’eau diffère peu de la vie sur terre, nous nous représentons difficilement les misères des anciens voyages. Les bâtiments étaient généralement de dimensions restreintes. Le Voorschoten était considéré comme un grand navire, il avait cinquante et un mètres⁠ ⁠; la longueur du Boorsenburg n’en dépassait pas trente-six.

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Les passagers logeaient, non pas dans des cabines particulières, mais dans une chambre commune, où l’on tendait des hamacs. La nourriture était médiocre, elle se composait uniformément de viande salée de bœuf et de porc, et de pois, qui moisissaient avant d’être cuits. Souvent l’eau se corrompait : « Elle ne laisse pas de retenir le goût du bois des tonneaux, dit Souchu de Rennefort dans son Histoire des Indes orientales, et l’on en boit presque toujours de mauvaise, de sorte qu’on étend des draps pour recueillir celle qui tombe du ciel. On se fait sur mer un régal de la pluye. » La bière devient sûre, les vins de France en passant sous les tropiques « ne résistent pas »⁠ ⁠; seuls les vins d’Espagne, Malaga, Alicante, Xérès, restaient excellents.

Placés dans des conditions de vie aussi malsaines, beaucoup de marins et de passagers tombaient malades : frissons, fièvre, taches sur le corps, corruption des gencives, le scorbut se déclarait, qui avait souvent une issue fatale. Que de morts relatées dans les journaux de bord des bâtiments de la Compagnie des Indes orientales⁠ ⁠!

Les réfugiés français subirent le sort commun. Plus d’un qui s’était embarqué plein d’espérance ne toucha pas la terre promise. Le Berg China, le Schelde, le Zuid Beveland, notamment, perdirent en mer une partie de leurs passagers.

NOMBRE DES COLONS

Mais heureusement toutes les traversées ne furent pas calamiteuses. Quand l’Oosterlandt et le Boorsenburg mouillèrent respectivement dans la baie de la Table le 26 avril et le 12 mai 1688, tous les Français qui y avaient pris passage en débarquèrent sains et dispos. (Cf. Le Cap de Bonne-Espérance au XVII® siècle). de toutes les parties de la France⁠ ⁠; nos anciennes RIGINE, PROFESSION, Les colons qui passèrent au Cap étaient originaires provinces furent représentées avec toute leur variété dans le sud de l’Afrique : Flandre, Artois, Picardie, Ile de France, Orléanais, Champagne, Bretagne, Normandie, Blaisois, Anjou, Aunis, Saintonge, Poitou, Dauphiné, Comtat, Languedoc et Provence.

La profession de quelques-uns des colons nous est connue. Josué Cellier, Jean de Buis, Jean et Jacques Nourtier, Jacques de la Porte, Jean Parisel étaient cultivateurs⁠ ⁠; Daniel Hugo et André Gaucher, forgerons⁠ ⁠; Durand Sollier et Jacques Cloudon, bottiers⁠ ⁠; Jacques Pinard et Daniel Nourtier, charpentiers⁠ ⁠; Etienne Bruère était charron. Trois réfugiés exerçaient la médecine : Jean Durand, de la Motte en Dauphiné⁠ ⁠; Jean Prieur du Plessis, de Poitiers⁠ ⁠; Gédéon Le Grand. Parmi les réfugiés figuraient beaucoup de célibataires. On y comptait aussi plusieurs familles, telles que la famille Marais, composée de Charles Marais, de sa femme née Catherine Taboureux et de leurs quatre enfants, la famille Taillefer, composée d’Isaac Taillefer, de sa femme née Suzanne Briet et de leurs six enfants, la famille de Savoye, composée de Jacques de Savoye, de sa femme née Marie- Revilliers Chano emanais

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jeansiCle fera paulroux cupfedis chirurgien prerre Crone Madeleine Le Clerc, de sa belle-mère, née Antoinette Carnoy, de ses trois enfants et de quatre serviteurs. Jacques de Savoye était le plus riche des émigrants.

Le chef spirituel des réfugiés fut Pierre Simond, né à Embrun dans le Dauphiné, qui exerçait le ministère pastoral à Zierikzee en Zélande et qui accepta d’assister ses coreligionnaires moyennant un traitement mensuel équivalant à 188 francs.

On n’est pas absolument fixé sur le nombre des réfugiés français qui passèrent au Cap, quatre des rôles des bâtiments qui les y amenèrent étant perdus. Ce nombre n’a pas dû, à notre avis, dépasser deux cents personnes. Mais il faut remarquer qu’en 1687 les colons libres vivant au Cap atteignaient à peine le chiffre de 600. Pendant la dernière décade du dix-septième siècle, un quart de la population coloniale du Cap de Bonne-Espérance fut donc française.

SIGNATURES DES PREMIERS COLONS FRANÇAIS AU CAP

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II. — LA COLONISATION FRANÇAISE DU CAP A LA FIN DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE Au début les colons libres restèrent groupés autour de la baie de la Table. Mais Simon van der Stel, le plus remarquable des gouverneurs du Cap au dix-septième siècle, résolut d’étendre l’aire de peuplement. En 168o il fonda un village au confluent de l’Eerste (petit fleuve qui se jette dans la False Bay) et du Plankenburg et il lui donna son propre nom, Stellenbosch. D’une hauteur voisine de Stellenbosch, on aperçoit une chaîne de montagnes qui ferme l’horizon à l’Est. A son pied coule une rivière, que deux fonctionnaires de la Compagnie des Indes découvrirent en 1657 et à laquelle ils donnèrent le nom de Groot Berg rivier, la rivière de la grande montagne. En 1687, Simon van der Stel installe des colons dans la vallée et donne à ce nouveau centre de peuplement le nom de Drakenstein, en souvenir d’un haut fonctionnaire de la Compagnie des Indes, le commissaire Hendrik Adriaan Rheede, seigneur de Drakenstein.

Des terres de culture furent ensuite concédées dans deux vallées latérales de la Berg parcourues par des ruisseaux : Dal Josaphat, où coulent le Wilde Paarde et le Palmiet, et Wagenmakers vallei, arrosée par le Spruit, le Leeuwen et le Wagenmaker.

Les colons français reçurent des concessions de terre dans ces divers pays. Ils furent très dispersés puisque du fond de Drakenstein à Wagensmakers vallei, la distance est de plus de 30 kilomètres.

Néanmoins, un groupe compact de colons français étant établi sur le cours supérieur de la Groot Berg rivier, cette contrée prit, sinon officiellement, du moins dans le langage courant, le nom de quartier français, Fransche hoek, qui s’est conservé jusqu’à nos jours.

Les noms des domaines rappelèrent ceux de la patrie qu’il avait fallu quitter⁠ ⁠; noms de provinces : Bourgogne, La Brie, Champagne, La Provence, Picardie, Normandie, Languedoc⁠ ⁠; noms de villes et de fleuves : Orléans, Saint-Omer, Calais, Versailles, Le Paris, Lormarins, Rhône⁠ ⁠; noms évangéliques : Bethléem, Sion, la Terre de Luc⁠ ⁠; noms de fantaisie : La Concorde, Non-pareille, Bien donné, Le Roc, Lamotte.

Sur cette terre vierge du Cap surgit toute une toponymie française, dont il subsiste maintenant encore bien des vestiges.

Les premières maisons furent très modestes. Elles ressemblaient vraisemblablement à Bochenhouts Kloof, construite par Jean Roux, à Fransche hoek et qui existait encore il y a une trentaine d’années⁠ ⁠; c’était un simple rez-de-chaussée, percé de petites fenêtres, facile à barricader et à défendre. Avec le temps des demeures plus confortables furent élevées. Le plan de ces demeures était uniforme. Elles se composaient d’un rez-de-chaussée surmonté d’un comble très haut, au milieu duquel se dressait un pignon, dont les arêtes fantaisistes donnaient aux demeures un certain pittoresque. Les colons plantaient autour de leur maison des arbres, qui avec le temps leur procurèrent d’agréables ombrages. Selon une tradition, un chêne qui se dresse près de « La Cotte » serait issu d’un gland apporté de France par le colon fondateur du domaine, Jean Gardiol.

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Les colons cultivèrent trois céréales : le froment, le seigle et l’orge⁠ ⁠; ils plantèrent des vignes et élevèrent du bétail.

Les défrichements furent pénibles. « Le sol, qui n’a jamais été cultivé depuis la création du monde, écrivait Simon van der Stel le 15 avril 1689, est plein d’arbustes et de racines qu’il faut extirper, de sorte qu’on ne fait de belle récolte qu’au bout de trois ou quatre années de travail⁠ ⁠; pour obtenir de quoi subsister, il faut que les cultivateurs commencent par mener une vie très dure. »

On sait que les saisons de l’hémisphère austral sont à l’inverse de celles de l’hémisphère boréal. On commençait donc à labourer en avril ou en mai, on semait, puis on faisait la moisson de novembre à janvier.

Comme main-d’œuvre, les colons employèrent des esclaves, qui pour la plupart provenaient de Madagascar, ainsi que des Hottentots autochtones, qu’ils embauchaient pour un temps limité. Leur vie agricole au début du dix-huitième siècle est décrite dans un Journal que tint Adam Tas, de Stellenbosch, et dont, bien que son auteur fût d’origine hollandaise, nous nous autorisons à faire état, en raison de la similitude de leurs travaux avec les siens.

15 juin 1705. — Ce matin temps couvert⁠ ⁠; l’après-midi belle pluie. Aujourd’hui le labourage a bien avancé⁠ ⁠; on a porté du fumier dans un nouveau jardin et de la paille dans les parcs à bestiaux.

24 juin 1705. — Aujourd’hui trois esclaves ont commencé à tailler la vigne. 26 juin 1705. — Des nuages. La rivière est haute ce matin⁠ ⁠; une bonne pluie a dû tomber cette nuit. On a taillé la vigne, garni les parcs à bestiaux de paille, nettoyé le vieux pressoir. L’après-midi promenade dans les champs⁠ ⁠; les brins de blé commencent à verdoyer convenablement. Que Dieu protège la récolte⁠ ⁠!

Franchissons six mois. 8 décembre 1705. — Nos esclaves et les Hottentots occupés à couper le froment et le seigle. 12 janvier 1706. — Belle matinée⁠ ⁠; aujourd’hui nos gens ont été occupés à battre les épis.

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NOMS DES DOMAINES DES COLONS FRANÇAIS

VALLÉE DE WAGENMAKERS

I. La Dauphine 33- Picardie. 2. Burgogne. 34. Laborie. 3. La Bri. 35. La Concorde. 4. La Motte dans l’Oliphants Ho : 36. De Gode Hoop. 5. Champagne. 37. Lustig Aan. 6. Cabrière. 38. De Wilde Paarde Jagt. 7. La Kat (La Cotte). 39. Paris. 8. La Provence. 40. Salomons Vallei. 9. La Terre de Luc. 41. De Hartenbeests Kraal. I0. Le Rooke (ou Roque). 42. Knolle Vallei. II. Bethlehem. 43. Domaine de la Palmiet Rivier. 12. Normandie. 44. Languedoc près de la Palmiet Rivier. I3. Lormarins. 45. Rethel. 14. Winterhok. 46. Orléans. I5. Languedoc près de Simons Berg. 47. Saint-Omer. 16. De Gode Hoop près de Simons Berg. 48. Calais. 17. Rhone. 49. Schoongezigt. 18. Bossendal. 50. Non Pareille. 19. Domaine près de Bossendal. 51. De Kleine Bos. 20. Domaine au nord-est de Gœde Hoop. 52. Gode Rust. 21. Lekkerwyn. 53. Domaine voisin de Gœde Rust. 22. L’Arc d’Orléans 54. Rust en Werk. 23. La Paris. 55. De Fortuin. 24. Domaine voisin de Sion. 56. Wel van Pas. 25. Le Plessis Marle. 57. Klip Vallei. 26. Sion. 58. Leeuwen Vallei. 27. Vrede en Lust. 59. Kromme Rivier. 28. La Motte près de Simons Berg 60. Domaine voisin de Hexenberg. 29. Fredriks Berg. 6I. Versailles. 30. Bergen Henegouwen. 62. Hexenberg. 31. Église de Drakenstein. 63. De Grœne Fontein. 32. Den Soten Inval. 64. Olyvenhout. 65. De Slange Rivier CARTE DES DOMAINES CONCEDES AUX COLONS FRANÇAIS ET HOLLANDAIS JUSQU’EN 1700 ( D’après Colin Graham Bothe) 65 59 Sprut Riv V imietberg lapmuts VALLÉE 46 JOSAPH B e r g Montagne Wilde stein raken Tiger

CONCORDANCE NUMÉRIQUE AVEC LA CARTE

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LE CAP DE BONNE-ESPÉRANCE A LA FIN DU XVIIE SIÈCLE, d’après Zuid Afrika’s Geschiedenis in Beeld. Graham Botha
Gravure LE CAP DE BONNE-ESPÉRANCE A LA FIN DU XVIIE SIÈCLE, d’après Zuid Afrika’s Geschiedenis in Beeld. Graham Botha
Illustration de l'ouvrage, page 507
Gravure sans légende (page 507)

- vers le Cap Babylons cren 226 Kloof Berg

Illustration de l'ouvrage, page 507
Gravure sans légende (page 507)

vers Stellenbosch Simonsberg 25 Berg Wermerhocke Wemmers Hack Berg FRANSCHE HOEK Grant nrakenstein OLIPHANTS Berg

Fermes francaises Fermes hollandaises Fransche Hock

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V IE SOCIALE ET

VIE RELIGIEUSE

Bien loin de s’isoler chacun dans son domaine les colons prenaient plaisir à voisiner. Il régna une vie active de société à Stellenbosch et à Drakenstein. Adam Tas mentionne presque chaque jour dans son fournal des visites reçues ou rendues par lui. Parmi les familiers de la maison figuraient deux Français, Guillaume du Toit et Hercule du Pré. Large hospitalité⁠ ⁠! Les visiteurs étaient souvent retenus à dîner ou à souper, ou pour le moins invités à boire un verre de vin. « Nous avons bu un verre ou deux de bon vin. Nous avons fumé une pipe de tabac, » note fréquemment Adam Tas. Le vin récolté à Stellenbosch et à Drakenstein, s’il ne valait pas le fameux cru de Constance, dont la réputation se répandit même en France, était fort apprécié.

Pendant les quelques semaines qu’il passa au Cap en 1698, le protestant français Leguat eut l’occasion de faire à l’un de ses coreligionnaires, Taillefer, qui occupait le domaine de « Picardie », sur la rive gauche de la Berg rivier et sous la montagne de la Paarl, une visite dont il conserva un agréable souvenir.

Parmi les réfugiés, il y avait, avons-nous dit, des médecins. Les nombreux descendants de l’un d’eux, Jean Prieur du Plessis, de Poitiers, sont répandus maintenant sur le territoire de l’Union sud-africaine. Un de ses confrères, Gédéon Le Grand, exerça la médecine à Stellenbosch jusqu’en 1710. On conserve dans les Archives du Cap l’un de ses carnets, qui donne le détail de sa vie professionnelle. On y lit, par exemple : « Jacob de Villiers. Réduit la luxation du poignet droit. Le radius était luxé. Mis seux (dessus) farine et argile »⁠ ⁠; ou encore, à propos d’un autre client : « J’ai payé sa nourriture à mes frais et dépens »⁠ ⁠; brave homme, ce Gédéon, qui faisait la charité à ses malades en même temps qu’il les soignait.

La raison de la présence invraisemblable de ces Français en Afrique australe était leur foi religieuse. Ils avaient tout abandonné, parents, amis, maison, habitudes et la douceur du pays de France⁠ ⁠; ils étaient venus habiter ce pays inconnu, inculte, sauvage, pour prier Dieu comme ils l’entendaient.

La religion tenait donc dans leur vie une grande place. Les dimanches où le ministre officiait, ils se rendaient au prêche, sinon ils lisaient l’Ecriture et chantaient des psaumes chez eux. Ils communiaient régulièrement.

A Drakenstein le ministre Pierre Simond commença par officier dans la chambre d’un colon. En 1694 on bâtit entre la rive gauche de la Berg et la hauteur des Baby- Ions Toren une modeste salle de réunion, dont le voyageur Kolbe disait au début du dix-huitième siècle : « c’est plutôt une grange qu’une église ».

Cette masure ayant été démolie par un ouragan en 1716, on construisit une église, dont la première pierre fut posée le 6 septembre 1718. Tous les noms des signataires du procès-verbal de la cérémonie sont français : du Toit, Jacob Théron, Pieter de Villiers, Claude Marais, Pieter Rousseau, Paul Roux, Hercule du Pré, Pierre Taillefer. Quelques vestiges matériels de ces temps lointains subsistent : des chaises d’église sur les dossiers desquels se lisent encore les noms des dames françaises qui en étaient les titulaires, ainsi que « Le livre de Registre des enfans qu’on a Baptizé dans nôtre église française de Drakenstein du depuis le 29 d’aoust lannée 1694, » où figurent les noms des enfants, des parents et des témoins.

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Cette communauté française eut pour chef spirituel Pierre Simond. Arrivé au Cap le 19 août 1688, il fut l’objet d’une considération marquée. Dans une lettre du 16 octobre 1688, le conseil de gouvernement invita les autorités de Stellenbosch, le landdrost et les heemraden « à lui témoigner l’affection et le respect dus à sa position officielle et à sa personne et à l’assister de tout leur pouvoir en construisant une maison confortable pour lui. » Un domaine lui fut concédé au sud de Drakenstein, sur le bord du Dwars, ruisseau affluent de gauche de la Berg rivier. Il le dénomma « Bethlehem ».

Simon prêchait, en français, naturellement, le dimanche alternativement à Stellenbosch et à Drakenstein. Il était d’une activité qu’on trouvait parfois intempérante. « Il nous plairait fort, écrivait le gouverneur du Cap le 29 juin 1691, de ne pas voir le ministre français se tant mêler des affaires privées et des affaires publiques, jeter le trouble parmi ses coreligionnaires en leur faisant faire des déclarations ou en les convoquant tantôt pour une raison et tantôt pour une autre. »

Irascible de caractère, il eut avec un autre réfugié de marque, Jacques de Savoye, des querelles qui agitèrent la colonie : « Nous désirons seulement, écrivait encore Simon van der Stel, que le révérend Pierre Simond et Jacques de Savoye aient réciproquement une attitude plus paisible et amicale, et qu’ils mettent un terme à leur désaccord sans causer par suite de leur humeur querelleuse, fruit de leur entêtement, tant d’ennui à la communauté, tant de tracas à nous-mêmes et aux colons dans la saison où l’on a le plus à faire. »

Simond se piquait de lettres⁠ ⁠; il publia à Leyde en 1687 une brochure qu’il dédia au prince Guillaume d’Orange et qui est intitulée : La discipline de Jésus-Christ ou sermon sur ces paroles du chapitre XVI de saint Matthieu, vers. 25 : « Alors Jésus dit à ses disciples : si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, qu’il charge sur soi sa croix et qu’il me suive. »

Au Cap il occupa ses loisirs à une traduction des Psaumes de David. Les réfugiés ressentaient quelque fierté des talents littéraires de leur pasteur, et ils parlèrent de ce travail à François Leguat. Revenu aux Pays-Bas, Simond publia son livre en 1703 sous ce titre, qui rappelait les circonstances dans lesquelles il avait été composé : Les Veillées africaines ou les Psaumes de David mis en vers françois.

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Pendant son séjour au Cap, Simond fonda une famille. Il eut six enfants⁠ ⁠; la fille aînée, Catherine, eut l’honneur d’avoir pour parrain le gouverneur Simon van der Stel. Ses affaires temporelles prospérèrent à souhait et quand il quitta le Cap il réalisa un certain capital en vendant son domaine, son cheptel, ses meubles, ses esclaves. Pour honorer la mémoire de ce colonisateur français, le gouvernement du Cap a récemment inscrit sur la carte le nom de « Simondium ».

Simond fut secondé par un excellent « lecteur », Paul Roux, d’Orange, qui, jusqu’à sa mort, survenue en 1723, c’est-à-dire pendant trente-cinq ans, enseigna les enfants, visita les malades, lut des sermons en l’absence du ministre et qui fut un modeste mais précieux soutien de la communauté française à ses débuts.

L’histoire des protestants français, qui au dix-septième siècle, avant et après la révocation de l’Edit de Nantes, ont cherché asile dans les pays exotiques, a évolué selon un mode identique. Les groupes établis sur la côte de l’Amérique du Nord, à la Nouvelle Amsterdam et dans la Nouvelle Angleterre, se sont efforcés de maintenir leur individualité nationale et religieuse. Et d’abord ils y réussirent souvent. Mais les années passant, vivant au milieu de colons étrangers, apprenant leur langue, se mariant avec eux, ils se fondirent graduellement dans l’ensemble de la population. Pareillement au Cap. Les réfugiés s’appliquèrent d’abord et avec quelque succès à constituer un groupe homogène, puis ils s’assimilèrent à la population hollandaise.

Le 28 novembre 1689, Pierre Simond, accompagné de quatre coreligionnaires, Jacques de Savoye, David de Ruelle, Abraham de Villiers et Louis Cordier, présenta au Conseil de gouvernement qui se tenait dans le château du Cap un mémoire demandant la création d’un consistoire élu uniquement parmi les réfugiés, et d’une école française. Puis les pétitionnaires s’étant retirés dans le vestibule pour attendre la réponse du Conseil, Simon van der Stel, qui paraît avoir toujours été hostile aux Français, déclara avec véhémence que cette demande n’était pas recevable. Le Conseil adopta cet avis. Les pétitionnaires furent rappelés dans la salle. « Le révérend, dit le procès-verbal, fut prié de lire le serment prêté par tous les colons, puis ils furent renvoyés, après avoir été sérieusement avertis de se conduire strictement en conformité avec le texte du serment, d’éviter à l’avenir de troubler la communauté et le Conseil par des demandes aussi impertinentes, mais de se contenter du consistoire de Stellenbosch. »

III. — HOMOGÉNÉITÉ, PUIS DISSOCIATION DU GROUPE FRANÇAIS

511

Cependant le Conseil des Dix-Sept directeurs de la Compagnie des Indes, qui siégeait à Amsterdam, saisi du mémoire des Français, se montra plus conciliant que Simon van der Stel. Il décida que l’église de Drakenstein serait régie par un consistoire particulier composé d’anciens et de diacres parlant autant que possible hollandais et français, avec ces réserves que leur nomination devait être approuvée par le Conseil de gouvernement et que un membre ou deux de ce Conseil siégeraient en qualité de commissaires dans le consistoire.

Illustration de l'ouvrage, page 511
Gravure sans légende (page 511)

La présence d’une partie notable de colons parlant français uniquement était pour l’admi- VERGELEGEN. VUE DU NORD nistration du Cap une circonstance dont elle devait s’accommoder. Et quand elle promulguait un édit, elle était obligée de faire afficher à côté de l’exemplaire en hollandais un exemplaire en français.

Le groupe français conserva son homogénéité pendant une quinzaine d’années. Au début du dix-huitième siècle les causes de dissociation commencèrent à produire leur effet. Des colons hollandais étaient établis au milieu des colons français, les domaines étaient contigus, on voisinait, les enfants apprirent le hollandais.

On a en 1916 fait une découverte qui prouve le mélange des deux populations. Dans l’ancien cimetière de La Motte, situé à l’ouest de Drakenstein et au nord de Simon’s berg, des pierres tombales, débarrassées de la brousse et de la terre qui les cachaient, et dont la plus ancienne porte la date de 1699, furent déchiffrées. Les noms des défunts sont, les uns français, les autres hollandais : Briere, Delport, du Buis, du Toit, Marais, Roux, de Villiers, d’une part⁠ ⁠; van der Merwe, van Jaarsfeld, van der Bijl, van Nierkerk, d’une autre. Ces colons français et hollandais, qui reposent côte à côte dans la tombe, ont bien vraisemblablement vécu d’une vie commune.

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Les directeurs de la Compagnie des Indes s’ingénièrent à fondre les Français dans le reste de la population et à leur faire perdre l’usage de leur langue.

Quand le pasteur Pierre Simond quitta le Cap, le Conseil des Dix-Sept saisit l’occasion pour hâter l’extinction du français. Il écrivit le 20 septembre 1701 au gouverneur Willem Adriaan van der Stel, qui avait succédé à son père :

Le Huis te Byweg vous amènera un ministre à la place du ministre français, Pierre Simond... Conformément à votre proposition et à votre requête, il comprendra le hollandais et le français, non, nous l’entendons bien, pour prêcher dans cette langue, mais seulement pour administrer les colons âgés, qui ne connaissent pas notre langue, les exhorter, les visiter, les consoler. De cette façon, avec le temps le français sera tué et chassé de la colonie. La direction à donner à l’instruction consiste à enseigner notre langue aux enfants, à leur apprendre à la lire et à l’écrire.

Et le gouverneur répondit le 20 mars 1702 : Nous prendrons soin que par l’usage de la langue hollandaise dans l’église et à l’école la langue française tombe en désuétude parmi les habitants de la province de Drakenstein et finalement meure.

Mais les colons français de Drakenstein protestèrent. Le 24 juin 1703, Willem Adriaan van der Stel informa le Conseil des Dix-Sept qu’il en avait reçu une pétition. Ils y exposaient qu’ils étaient plus de cent adultes ayant un nombre encore plus considérable d’enfants, que vingt-cinq d’entre eux seulement étaient capables de soutenir une conversation en hollandais et un plus petit nombre encore d’entendre un sermon en cette langue, que le pasteur Beck prêchant seulement en hollandais, ils étaient depuis le départ de Pierre Simond entièrement dépourvus de secours religieux⁠ ⁠; ils demandaient donc le prêche en français.

Comme l’Église de Drakenstein le demande humblement et comme le révérend Beck se considère comme capable de leur prêcher la parole de Dieu dans leur propre langage une fois par quinzaine, nous n’avons pu nous empêcher d’écrire en leur faveur à leur pressante requête et de vous demander, connaissant votre bonté habituelle, de vouloir bien modifier votre ordre.

Willem Adriaan van der Stel transmit donc la pétition aux Dix-Sept et l’appuya même.

Les Dix-Sept firent le 24 juin 1704 une réponse ambiguë : « Nous laissons la décision en vos mains, agissez au mieux des intérêts de la Compagnie. »

En fait, le culte français continua à être célébré à l’église de Drakenstein. En 1715, par exemple, le dimanche, le service en hollandais à to heures était précédé d’un service en français à 8 heures et demie. Quand un réfugié succombait, des paroles françaises tombaient encore sur son cercueil.

Illustration de l'ouvrage, page
Gravure sans légende (page —)

RHÔNE

Pastel de Mme C. HANoTAUx, d’après une peinture de GWELO GOODMAN

HIST. COLONIES. - MADAGASCAR

Dorothea Fairbridge : Historic House of South Africa). PLANCHE VIII

513 L’ LEM ADRIAAN VAN DER STEL

Mais si l’administration se montrait tolérante, elle ne perdait pas de vue son objet. Le consistoire de l’église de Drakenstein, qui correspondait en français avec le conseil de gouvernement, reçut le Io décembre 1709 du gouverneur Louis van Assenburg, successeur de Willem Adriaan van der Stel, l’ordre d’écrire désormais toutes ses lettres en hollandais. tique qui agita beaucoup la colonie, contribua ES COLONS FRANCAIS ET WIL Trois ans auparavant, un événement polinotablement à l’union des colons français et hollandais.

Le gouverneur Willem Adriaan van der Stel entreprit de faire sa fortune aux dépens des colons. Il avait obtenu d’un com- 999.99 missairede la Compagnie 44999 des Indes en mission, la concession d’un vaste + 929904 domaine rural, Vergelegen, situé sur la rive orientale de la False baay. Simon, son père, Frans, son frère, Elsevier, le sous-gouverneur et les autres fonction- 0. 4_9.4.44.90 naires principaux devinrent de grands propriétaires fonciers. Pour 1999899009224 écouler les produits de leurs domaines, grains, (Dorothea Fairbridge : Historic Houses of South Africa.) LES JARDINS DE VERGELEGEN vin et bétail, ils se réservèrent la fourniture des navires de la Compagnie et des bâtiments étrangers en escale au Cap. Inversement les colons qui n’appartenaient pas au groupe des privilégiés n’avaient plus de débouchés. La mévente, prélude de la ruine, les souleva contre le gouvernement. Deux colons de Stellenbosch, Henning Husing et Adam Tas son neveu, se mirent à la tête du mouvement. Faisant état de la règle qui interdisait l’exercice du commerce aux fonctionnaires de la Compagnie, ils demandèrent aux directeurs de révoquer Willem Adriaan van der Stel. Adam Tas groupa leurs griefs dans un manifeste, puis il se mit en quête d’adhésions. Ce fut alors qu’il entra en

LES JARDINS DE VERGELEGEN, d’après Dorothea Fairbridge : Historic Houses of south Africa
Gravure LES JARDINS DE VERGELEGEN, d’après Dorothea Fairbridge : Historic Houses of south Africa

HISTOIRE DES COLONIES. T VI.

514

rapport avec les colons français de Drakenstein, par l’intermédiaire de ses deux amis, Guillaume du Toit et Hercule du Pré. Il a noté dans son fournal les principaux épisodes de cette campagne.

22 janvier 1706. — M. Gilliam du Toit m’a fait savoir qu’il avait reçu une lettre de son frère François du Toit (habitant le domaine de Kleine Bos dans le Dal Josafat), disant que dimanche prochain tout un groupe de Français viendrait au domaine de M. van der Bijl à Drakenstein, et qu’il fallait s’y

Dimanche 24 janvier 1706. — Chaude matinée. Déjeuné avec mes amis ce matin et parti avec M. Appell pour Drakenstein. Dans la matinée nous arrivons à la ferme de M. van der Bijl. Peude temps après arrivèrent plus de vingt hommes à cheval. Lorsque tous ces gens qui avaient bon esprit, furent rassemblés je leur lus « mon sermon ». Chacun d’eux dit : Amen. (Et ils signèrent le manifeste.) Nos affaires terminées, ils m’ont chaleureusement remercié, ont pris congé courtoisement et sont partis. Ils étaient tous pleins de courage et de belle humeur.

Informé du complot, le gouverneur entama la lutte. Sa tactique consista à réunir des attestations en sa faveur de la part des colons notables dans le dessein de se défendre à Amsterdam. Mais il rencontra de la part des colons français une résistance invincible.

Ces événements ont été consignés par Adam Tas dans son Journal. Voici le récit d’une scène pathétique qui eut lieu le 17 février 1706 au château du Cap entre le gouverneur et Guillaume du Toit.

Le gouverneur reçut du Toit seul dans une pièce et lui demanda s’il avait signé le manifeste. — « Oui, monsieur, j’ai signé, » répondit franchement du Toit. — Le gouverneur : « Qui vous y a obligé⁠ ⁠? » — Du Toit : « Ma conscience, monsieur. » — Le gouverneur : « Pourquoi ne m’avoir pas informé de votre mécontentement au lieu d’écrire en mauvais termes sur mon compte. Je vous aurais fait droit. » — Du Toit : « Rien n’aurait été changé et si vous m’aviez fait droit, vous ne l’auriez pas fait à la communauté. Je suis un vieil homme, mon pain sera bientôt cuit⁠ ⁠; ce que j’ai écrit, je l’ai fait par amour pour la communauté. »

Le gouverneur fut stupéfait de la franchise de ce langage, et ajouta : « Ne vous ai-je pas accordé une concession de terre⁠ ⁠? » — Du Toit : « Oui, monsieur, un domaine en pays sec près de la Berg rivier. » Le gouverneur dit alors : « Du Toit, je n’ai pas mérité cela de vous (et il répéta trois fois cette phrase). Je ne me serais jamais attendu à cela de votre part. J’espère que Dieu vous traitera comme vous me traitez. » Du Toit répondit : « Je l’espère aussi, monsieur, » et ils se séparèrent.

Et Tas ajoute : « Du Toit s’est conduit en homme d’honneur. Il serait à souhaiter que nous eussions beaucoup de patriotes comme lui. »

Willem Adriaan van der Stel délégua son agent le landdrost Starrenburg auprès des Français de Drakenstein pour leur faire signer une adresse exposant ses mérites, mais ils se refusèrent à toute complaisance. Finalement les colons l’emportèrent. Après maintes péripéties, Willem Adriaan van der Stel et les fonctionnaires de sa coterie furent en 1707 rappelés aux Pays-Bas par les directeurs de la Compagnie.

515 LA VILLE DU CAP EN

Ensemble colons français et colons hollandais avaient donc lutté contre celui qu’ils appelaient avec l’exagération de la passion « leur tyran ». Ensemble ils avaient triomphé. Un sentiment nouveau commence à poindre. Un patriotisme sud africain unit les réfugiés aux colons hollandais. Durant le dix-huitième siècle, parmi les descendants des réfugiés français, les uns restèrent fixés dans les villages de Stellensbosch et de Drakenstein et y vécurent comme leurs parents, d’autres participèrent au mouvement d’expansion vers l’est, qui porta à huit cents kilomètres de la ville du Cap la limite de la colonie.

IV. — LES DESCENDANTS DES RÉFUGIÉS FRANÇAIS EN AFRIQUE AUSTRALE DU DIX-HUITIÈME AU VINGTIÈME SIECLE
Gravure IV. — LES DESCENDANTS DES RÉFUGIÉS FRANÇAIS EN AFRIQUE AUSTRALE DU DIX-HUITIÈME AU VINGTIÈME SIECLE

La haute chaîne de montagnes, le Drakenstein berg, qui se dresse du sud au nord à l’est de la Berg rivier, marqua jusqu’au début du dix-huitième siècle la limite de

1763. UN CHARIOT DE COLONS (D’après un dessin de J. Rach) (Collection van Stolk, Rotterdam).

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la colonisation européenne. Mais les familles sont nombreuses, le territoire occupé de 1680 à 1700 devient trop étroit. Au delà du Drakenstein berg se prolongent vers l’est parallèlement à la côte de l’Océan Indien des chaînes de montagnes, entre lesquelles s’étendent des vallées parcourues par divers cours d’eau, Breede et Zondereinde son affluent, Gaurits, Kromme et Gamtous. Tel fut pendant un siècle le domaine d’expansion des colons européens. La Visch rivier, au delà de laquelle habitaient de belliqueuses tribus cafres, en marqua la limite orientale.

Le colon partait avec sa famille et quelques serviteurs hottentots dans son chariot recouvert d’une toile blanche, et au pas lent de son attelage de douze à vingt bœufs, il s’avançait librement dans le veld. Il choisissait un point à proximité d’un cours d’eau, y construisait une masure et devenait éleveur de bétail. Il s’habituait à manger presque uniquement de la viande et surtout du gibier pour épargner les troupeaux, dont il vendait les produits aux chevillards du Cap. Ces colons devinrent passionnés de la vie au grand air, saine, libre, affranchie de contrainte. Ils fréquentèrent le plus rarement possible à la ville. La Bible, où était décrite une vie qui n’était pas sans analogie avec la leur, devint leur lecture unique. Ainsi se forma la race des Boers, courageux, énergiques, habitués à ne compter que sur eux-mêmes, frustes et très ignorants.

Par suite de ce mouvement d’expansion, une partie sans cesse croissante de la population échappait au gouvernement du Cap. Mais il lui était impossible de l’arrêter. Il reconnut cet état de fait. A quarante ans d’intervalle, deux districts nouveaux furent fondés sur le modèle de celui de Stellenbosch. En 1745 les colons habitant les vallées de la Zondereinde, de la Breede et de la Gaurits furent constitués en un district que le gouverneur Swellengrebel, combinant son nom et celui de sa femme (Damme) dénomma Swellendam. Le village du même nom, situé sur la rive gauche de la Breede, en fut le chef-lieu.

En 1784, un nouveau district comprenant les territoires que des colons aventureux avaient occupés à l’est de Swellendam jusqu’à la Visch rivier, fut fondé, auquel le gouverneur van de Graaff, imitant le procédé de son prédécesseur, donna le nom de Graaff Reinet. Le chef-lieu, Graaff Reinet, fut établi au pied du Groot Sneeuw Berg.

Dans chacun de ces districts un landdrost représenta le gouverneur de la colonie⁠ ⁠; il fut assisté des heemraden, conseil administratif et judiciaire composé de colons⁠ ⁠; les burghers en état de porter les armes formèrent un corps de milices.

Des colons d’origine française participèrent à ce mouvement d’expansion. En 1758, Josua Joubert, par exemple, est installé sur le domaine nommé De Koo dans le Swellendam. En 1759, Pieter Delport exploite une ferme à bétail, nommée De paarde Vlaij sur la Botter rivier, petit cours d’eau qui se jette dans l’Océan Indien. En 1783, Louis Fourié est field cornet (sous-lieutenant) dans la compagnie de dragons de Swellendam.

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Une famille en particulier, les du Toit, descendant de ces du Toit qui avaient joué un rôle dans les événements de 1706, s’implanta dans la vallée de la Breede et

II

LE CAP DE BONNE ESPÉRANCE A LA FIN DU XVIIIE SIÈCLE - Limite septentrionala de la Colonie Limites les district : C A

Illustration de l'ouvrage, page 517
Gravure sans légende (page 517)

IV

1 Graad Hone de batter Fant Bar II Gamtoos H. Sunday Reynet

Illustration de l'ouvrage, page 517
Gravure sans légende (page 517)

Le Cap Stel lembosch Swellendem District de la ville du Cap District de Stellenbosch District de Swellendam District de Graaf Reynet (D’après Zuid Afrika’s Geschiedenis in Beeld). s’y ramifia en branches multiples. Le voyageur allemand Heinrich Lichtenstein, qui parcourut la colonie de 1803 à 1806, reçu un jour chez un certain Daniel du Toit, écrit à ce propos :

La famille du Toit est la plus nombreuse de toutes celles qui se vantent d’une origine française. Dans cette région notamment, les du Toit sont en tel nombre qu’on a peine à se retrouver dans les degrés de parenté. Dans la présente journée de voyage, nous avions vu en passant plusieurs colons de ce nom. Notre hôte était un homme de soixante et onze ans, mais vigoureux et alerte. Il était marié pour la troisième fois, et sa brave femme, âgée de trente ans lui avait donné plusieurs enfants, dont le plus jeune avait trois ans. Ses fils les plus âgés étaient déjà grands-pères et, enfants et petits-enfants compris, sa descendance comptait quatre-vingt-trois personnes.

On sait qu’à la fin du dix-huitième siècle et au dix-neuvième siècle, plusieurs régimes se succédèrent au Cap. En 1795, l’Angleterre s’en empara⁠ ⁠; elle le restitua en 1803 à la République batave, puis le reconquit en 1806. Mécontents du nouveau gouvernement, un certain nombre de Boers de Graaff Reinet se soulevèrent en 1815. Cette rébellion, qui échoua, fut suivie d’un long procès, dans lequel les témoins déclarèrent, outre leur nom, leur date de naissance. Or on relève sur cette liste les noms de colons d’origine française, qui déclarèrent être nés dans le district même de Graaff Reinet : Jan Jonathan Durand en 1781, Lendert Labuscagne en 179I, Adriaan Labuscagne en 1799, Petrus Johannes Fourié en 1791, Theunis Christian de Clerc en 1786, Lucas Delport (qui avait cinq frères et deux sœurs) en 1792. D’où l’on peut conclure que des colons d’origine française, venus de l’ouest de la colonie, s’étaient établis dans les districts orientaux pendant le dernier quart du dix-huitième siècle et y avaient fait souche.

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Comme les autres, les colons d’origine française se livraient un peu à la culture et beaucoup à l’élevage. Ils prenaient part aux commandos organisés contre les Boschimans, voleurs de bétail fort adroits, contre lesquels la lutte fut sans répit ni merci.

En 1790, le bruit s’étant répandu au Cap que des Européens sauvés du naufrage d’un navire de la Compagnie des Indes, le Grosvenor, vivaient encore au Natal, une expédition de secours fut organisée. Ce parti accomplit un vrai voyage de découvertes à travers la région appelée aujourd’hui Kaffreria, il retrouva les débris du navire, mais non pas les naufragés⁠ ⁠; or il comprenait des descendants de Français : Jacob Joubert et Pieter Lombard.

D’ORIGINE FRANÇAISE

S’assimilant à leurs concitoyens, les colons d’origine française perdirent graduellement l’usage du français. Quand en 1752 l’abbé de la Caille vint au Cap, tous les réfugiés étaient morts⁠ ⁠; leurs enfants parlaient encore le français, mais ils étaient eux-mêmes vieux⁠ ⁠; les enfants de ceux-ci parlaient hollandais, et à la fin du dix-huitième siècle on ne parlait plus le français dans la population du Cap. Des colons d’origine française ont marqué depuis un siècle dans l’histoire des Boers. Quand le 14 septembre 1795, les troupes anglaises qui avaient débarqué dans la Simon’s bay marchèrent sur la ville du Cap, elles ne rencontrèrent pas d’autre résistance, les troupes régulières hollandaises ayant lâché pied, que celle qui leur fut opposée par les colons organisés en milices. Or leur chef était un Duplessis. Ce fut donc le descendant d’un Français qui tenta le dernier effort pour défendre l’indépendance du pays où son ancêtre avait trouvé asile.

CAREL CILLIER

On connaît les origines de l’Etat libre d’Orange et de la République sud-africaine du Transvaal. A partir de 1836 un certain nombre de colons du Cap ne voulant plus vivre sous la domination anglaise, émigrèrent en bandes, les hommes à cheval, les femmes et les enfants dans les chariots traînés par les attelages de bœufs, vers les plateaux situés au nord du fleuve Orange : certaines de ces bandes furent dirigées par des colons d’origine française : Carel Cillier et Pieter Retief par exemple. Du Trans-Orange, Pieter Retief franchit le Drakensberg probablement dans l’intention de fonder une république boer au Natal, mais il fut massacré le 6 février 1836 à Umgungunhdlovu par le chef zoulou Dingan. (Cf. L’Expansion des Boers au XIXe siècle). Qui ne se souvient du rôle joué dans la longue guerre de 1899 à 1902 par les généraux de noms français : Joubert, le commandant en chef des forces boers d’octobre 1899 à mars 1900, Cronje (Cronier) le vainqueur de lord Methuen à Magersfontein en décembre 1899 et Delarey⁠ ⁠?

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CAREL CILLIER
Gravure CAREL CILLIER

SIGNATURE DE COLONS FRANÇAIS. Cul-de-lampe

Plusieurs membres de la nombreuse famille de Villiers se sont signalés dans les professions civiles. Lors de la fondation du nouveau district de Port Elizabeth (au sud du Graaf Reinet), en 1836, un Jean George de Villiers fut nommé le premier résident. Récemment encore, le chef suprême de la magistrature dans l’Union sud africaine était le baron de Villiers. Enfin il y aurait de l’ingratitude, de la part d’un historien, à omettre de rappeler que Christoffel Cotzen de Villiers est l’auteur du volumineux répertoire généalogique intitulé : Geslacht Register der oude Kaapsche Familien.

Illustration de l'ouvrage, page 519
Gravure sans légende (page 519)

De ce lointain passé il ne subsiste plus qu’un DELAREY seul vestige, les noms de famille⁠ ⁠; certains Boers ont conservé intact le nom de leur ancêtre français : les Fouché, les Duplessis, les Joubert, les du Toit, les Villiers, les Marais. Mais d’autres ont modifié l’orthographe du leur sous l’influence du milieu hollandais ambiant. Rousseau est devenu Roussauw ou Raussauw, Mesnard, Minnaar, Niel, Nel, Nortier, Nortje, Pinard, Pienaar, Potier, Potje et un Malherbe a défiguré son nom, illustre dans les lettres françaises, en laissant tomber l’h médian et en devenant Malerbe.

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Une conclusion s’impose. Deux centaines de Français débarqués pendant l’année 1688 dans la petite ville du Cap ont essaimé à travers la vaste Afrique du Sud depuis le rivage de la baie de la Table jusqu’aux rives du Limpopo lointain. Pour une part qu’il convient sans doute de ne pas exagérer, mais qu’il convient aussi de mesurer justement, les Français ont donc contribué à la formation de la nation nouvelle, qui naît sous nos yeux, la nation de l’Union sud africaine. Louis de berault Jacobus Delawige

Citer ce chapitre

Henri Dehérain, « Les huguenots français au Cap de bonne-espérance », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. VI, Madagascar — Les Comores — Les Mascareignes — Le Pacifique — L'Afrique du Sud, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1933, p. 497-520.

Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-6/afrique-du-sud/les-huguenots-francais-au-cap-de-bonne-esperance/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11002767