Colonies françaises

Tome V · L'Indochine · Chapitre 1

Les français en Indochine au xvite et au XVIIIe siècles

Par p. 327-360 de l'édition originale 11 907 mots 21 illustrations 1932 Fac-similé sur Gallica ↗
Argument du chapitreI. Les premiers pionniers. Alexandre de Rhodes. La Société des Missions étrangères et la Com- pagnie de la Chine. François Pallu. L’établissement de relations officielles et commerciales avec l’Indochine. Louis XIV et l’affaire de Siam. Les voyages et les projets de commerce au XVIIIe siècle. — II. L’évêque d’ Adran. Révoltes et guerres en Cochinchine. Pigneau de Behaine Les premières relations de Pigneau de Behaine avec le prince Anh. Le traité de Versailles. La « révolution de Cochinchine ». L’évêque d’ Adran et les volontaires français. Mort de l’évêque d’Adran La tradition indochinoise en France pendant la Révolution et l’Empire
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frontispice du chapitre Ier,
Gravure frontispice du chapitre Ier,
CAMBO

Enfeada deí andinch • Omanda J. Veniega 5: Pulo Cao 1. Brancos i de Lamao * Pulside Pracel s * Pulohube Pulo condor Mon Pracen I. - LES PREMIERS PIONNIERS. — Alexandre de Rhodes. — La Société des Missions étrangères et la Compagnie de la Chine. — François Pallu. L’établissement de relations officielles et commerciales avec l’Indochine. — Louis XIV et l’affaire de Siam. — Les voyages et les projets de commerce au dixhuitième siècle. II. — L’ÉVÊQUE D’ADRAN. — Révoltes et guerres en Cochinchine. — Pigneau de Behaine. — Les premières relations de Pigneau de Behaine avec le prince Anh. — Le traité de Versailles. — La « révolution de Cochinchine ». - L’évêque d’Adran et les volontaires français. — Mort de l’évêque d’Adran. — La tradition indochinoise en France pendant la Révolution et l’Empire 327

328 LEXANDRE DE

NE circonstance toute fortuite vint au milieu du dix-septième siècle forcer l’attention des Français et les intéresser aux petits royaumes de l’Indochine orientale. Depuis plus de cent ans, leurs navires sillonnaient les mers lointaines, sans qu’aucun eût franchi les détroits de la Sonde. Pour nouer des relations commerciales avec la Chine, nos marins s’obstinaient en effet à chercher un passage à travers le continent américain du Nord. Et au début du siècle suivant, Pyrard de Laval représentait encore Malacca, cette « clef de la navigation de la Chine », comme « une ville bien forte » aux mains des Portugais. Sans doute commençait-on alors à être renseigné sur le peu de solidité des remparts de Malacca⁠ ⁠; personne cependant ne songea à créer des relations commerciales avec l’Extrême-Orient. Vers 1630, un fameux mémoire d’Isaac de Razilly relatif à un établissement à Madagascar déclare nettement : « Envoyer les Français d’une traite en Sumatra, Java major, Siam, Cochinchine, les Moluques, Japon et autres lieux éloignés, et y rencontrant les obstacles tels que peuvent faire naître les Hollandais, c’est jeter de l’argent en la mer et perdre des hommes ». La France serait peut-être restée longtemps encore étrangère aux entreprises indochinoises sans l’active propagande faite par Alexandre de Rhodes, l’un des premiers missionnaires jésuites débarqués en Cochinchine par les bateaux portugais de Macao. Suivant le mot de M. L. Cadière, le P. de Rhodes allait être « notre introducteur » en Indochine. Né en 1591 à Avignon, en territoire pontifical, entré à A RHODES dix-neuf ans dans la Compagnie de Jésus avec le désir de se consacrer aux missions de l’Asie, il s’embarqua en 1619 pour les Indes. Après avoir séjourné à Goa, Malacca et Macao, il parvint en 1625 en Cochinchine. Il se mit aussitôt à l’étude de la langue du pays et réussit au bout de six mois à prêcher aux Annamites dans leur langue. Pour cette raison ses supérieurs le choisirent pour ouvrir la nouvelle mission du Tonkin. Il s’y rendit accompagné d’un autre missionnaire et y demeura trois ans, de 1627 à 1630, faisant un nombre considérable de conversions. Chassé par le seigneur du Tonkin, qui l’avait d’abord favorablement accueilli, il se retira à Macao où il resta six années. Puis, il voulut retourner en Cochinchine⁠ ⁠; mais la situation dans ce pays avait changé, les autorités commençaient à s’inquiéter de la propagande catholique et Alexandre de Rhodes, dans l’intérêt même de ses chrétiens indigènes, décida de ne pas rester au milieu d’eux. Il retourna à Macao et se contenta, jusqu’en 1645, de faire de fréquentes apparitions en Cochinchine. Mais à cette date il fut, au cours d’une persécution, saisi, condamné à mort, puis gracié et chassé du pays. A regret il quitta l’Indochine, où il laissait « son cœur tout entier », au milieu de la désolation de ses chrétiens indigènes. « Les uns, écrit-il, se jetaient par terre comme à demi morts, les autres hurlaient de façon si lugubre que mon cœur mourait de douleur. » Ses supérieurs prirent le parti de l’envoyer en Europe pour chercher « du secours spirituel et temporel ». Il parvint à Rome en 1649, après un long et pénible voyage qu’il poursuivit par voie de terre depuis l’Inde par la Perse et l’Asie mineure. Il séjourna trois ans à Rome, puis deux ans à Paris (1652 et 1653). C’est alors qu’il fut désigné pour aller fonder une nouvelle mission en Perse. Il mourut dans ce pays en 1660.

I. - LES PREMIERS PIONNIERS.

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Ce premier missionnaire français en pays d’Annam avait véritablement fondé la chrétienté du Tonkin qui compta, paraît-il, jusqu’à 300 000 fidèles. Par la vivacité et la finesse de son esprit, par son enthousiasme d’apôtre, par ses exceptionnelles qualités de cœur aussi, car il aima passionnément les Annamites, il avait obtenu dans la propagation de la foi un succès merveilleux. Mais ce résultat de son action, le plus important à ses yeux, ne fut pas le seul : par d’autres côtés Alexandre de Rhodes appartient à l’histoire. (V. G. Goyau : La Société des Missions étrangères, 1932.)

De son long séjour au Tonkin et en Cochinchine le P. de Rhodes rapportait une connaissance très complète de la langue et des mœurs des habitants, de l’histoire et des ressources du pays. Sa Carte du Royaume annamite (1650) fournit une documentation nouvelle sur l’intérieur de l’Annam : on peut y lire les noms de toutes les provinces disposées suivant leur ordre véritable. Il publia aussi une Relation des heureux succès de la foi au royaume de Tonkin (1650), une Histoire du Tonkin (1652), enfin les Divers voyages et missions (1653) et ces deux derniers livres eurent plusieurs éditions successives. En lisant ces ouvrages, le public français entrait en contact avec un pays qui lui était jusqu’alors tout à fait inconnu : il apprenait que le Tonkin par sa situation, son voisinage de la Chine, se prêtait merveilleusement aux entreprises commerciales⁠ ⁠; il en appréciait les populations indigènes, dont l’auteur parlait toujours avec une paternelle affection.

En même temps, Alexandre de Rhodes faisait imprimer à Rome dans les presses de la Propagande un catéchisme en latin et en annamite pour les indigènes et un dictionnaire annamite-latin-portugais destiné aux missionnaires. Dans ces ouvrages, les caractères romains accompagnés de nombreux signes conventionnels étaient

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pour la première fois employés pour rendre les sons de la langue annamite, suivant le mode de transcription connu sous le nom de quôc-ngu. Un dictionnaire de la langue annamite, le premier qui eût jamais été fait, la transcription du quôc-ngu fixée et vulgarisée pour la première fois par l’imprimerie, c’étaient autant de traits d’union destinés à rapprocher de l’Europe chrétienne l’Annam imprégné de civilisation chinoise. Parmi tous ces travaux, le P. de Rhodes consacra en Europe le meilleur de son activité à un autre objet. Il voulait faire aboutir un projet qui lui tenait à cœur : l’établissement d’une hiérarchie ecclésiastique complète dans les chrétientés de l’Asie orientale. Par commission expresse de ses supérieurs, il présenta au pape Innocent X une supplique à l’effet d’obtenir la nomination d’évêques pour les églises d’Annam, ce qui permettrait la constitution d’un clergé indigène⁠ ⁠; la supplique fut favorablement accueillie, mais le projet se heurta à une énergique résistance du Portugal, qui prétendait conserver intacts les droits que la papauté lui avait consentis dans « les pays conquis ou à conquérir sur les infidèles ». Devant l’insistance d’ , le pape songea à le sacrer évêque. Il refusa, et fut alors chargé de trouver lui-même de jeunes prêtres qui iraient en Annam assumer la direction des missions. Il se tourna aussitôt vers la France. « J’ai cru, écrit-il, que • la France, étant le plus pieux royaume du monde, me fournirait plusieurs soldats qui aillent à la conquête de tout l’Orient. » A Paris, il intéressa les âmes charitables

ALEXANDRE DE RHODES
Gravure ALEXANDRE DE RHODES
331 L

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CARTE DU TONKIN ET DE LA COCHINCHINE DU PÈRE DE RHODES. Bibliothèque nationale
Gravure CARTE DU TONKIN ET DE LA COCHINCHINE DU PÈRE DE RHODES. Bibliothèque nationale

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Illustration de l'ouvrage, page 331
Gravure sans légende (page 331)

(Bibliothèque Nationale, département des cartes).

332 PIERRE DE LA MOTTE-LAMBERT

à l’œuvre d’évangélisation de la Cochinchine et du Tonkin⁠ ⁠; il sut se concilier l’appui de nombreux membres du clergé, de grandes dames, de la reine elle-même⁠ ⁠; il entra en rapport avec une association de jeunes prêtres qui, enthousiasmés par ses récits, résolurent de se consacrer aux missions. Malgré tous ses efforts, il ne put aboutir et partit pour la Perse. Mais le projet d’Alexandre de Rhodes avait des partisans résolus⁠ ⁠; il devait être réalisé peu d’années après. à l’Annam. Le pape savait que des La France s’intéressait maintenant prêtres français étaient disposés à partir dans les missions de la Cochinchine et du Tonkin⁠ ⁠; sur son ordre, le nonce en France en choisit trois destinés à l’épiscopat et l’un d’eux fut François Pallu, chanoine de Saint-Martin de Tours. De nombreux bienfaiteurs donnèrent des sommes nécessaires à la fondation de trois évêchés⁠ ⁠; l’assemblée générale du clergé de France intervint auprès du pape. Enfin, une démarche de Pallu à Rome auprès d’Alexandre VII amena une solution, huit années après la première supplique d’Alexandre de Rhodes. Trois évêques in partibus infidelium furent désignés : Pallu lui-même devint évêque d’Heliopolis, évêque de Béryte, Ignace Cotolendi évêque de Metellopolis⁠ ⁠; ils devaient être en Asie « vicaires apostoliques » et dépendre directement du pape. La Société des Missions étrangères fut créée, avec un séminaire à Paris. En même temps, par une initiative hardie, Pallu s’efforçait avec l’appui d’un grand armateur de Rouen, Fermanel, de fonder une compagnie de commerce⁠ ⁠; il était évident en effet que les chrétientés de l’Indochine resteraient dans un état précaire si l’on ne parvenait pas à établir des relations par bateaux français entre les ports de France et l’Asie orientale⁠ ⁠; le commerce et l’évangélisation devaient se prêter un mutuel appui. Ainsi fut fondé : la « Compagnie de la Chine » le 15 avril 1660. Il était stipulé que l’on débarquerait des évêques et des missionnaires au Tonkin,

PIERRE DE LA MOTTE-LAMBERT
Gravure PIERRE DE LA MOTTE-LAMBERT
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en Cochinchine ou en Chine « à leur choix ». Les prélats devaient « veiller à ce que l’on ne détournât rien des fonds de la Compagnie et qu’il fût tenu bon registre des ventes et achats par les commis ». Parmi les souscripteurs étaient les principaux soutiens de la Société des Missions étrangères, la duchesse d’Aiguillon, le conseiller d’Argenson, Arnaud de Pomponne. Un navire fut commandé dans un chantier hollandais⁠ ⁠; par malheur, il fut à sa première sortie brisé par la tempête au Texel. Ce désastre marqua la fin des entreprises de la Compagnie de la Chine.

FRANÇOIS PALIU,

Déjà La Motte-Lambert était parti⁠ ⁠; les deux autres évêques, accompagnés de plusieurs prêtres, les suivirent en 1661 et 1662. Evitant Lisbonne, ils traversèrent la Méditerranée, puis la Perse et l’Inde, et parvinrent enfin au Siam. - L’ÉTABLISSEMENT DE RELATIONS OFFICIELLES ET COMMERCIALES AVEC L’INDOCHINE en Cochinchine et au L’installation au Siam, Tonkin d’une hiérarchie de prêtres et d’évêques français est un événement considérable. Jusqu’alors la France était absente de cette partie de l’Asie⁠ ⁠; désormais, par ses missionnaires, elle y sera toujours présente. Certes, les Français ne sont pas seuls à y prêcher le catholicisme⁠ ⁠; en 1693 les dominicains espagnols sont introduits dans le Tonkin oriental, et presque jusqu’à la fin du dix-huitième siècle les Jésuites, en majorité portugais, poursuivent l’œuvre commencée au temps d’Alexandre de Rhodes. Mais les Missions étrangères sont toujours là⁠ ⁠; elles y sont même dans les périodes les plus difficiles où la persécution sévit, où les révoltes agitent le pays, où le commerce maritime est découragé. Les lettres et relations des missionnaires font connaître en France les événements dont l’Indochine est le théâtre. C’est par l’intermédiaire de François Pallu, évêque d’Heliopolis, que les premières relations officielles vont être nouées avec les Etats de la péninsule⁠ ⁠; c’est par l’initiative de Pierre Pigneau, évêque d’Adran, que plus tard un traité d’alliance sera signé entre les royaumes de France et de Cochinchine. Enfin le commerce français a suivi en Indochine l’évangélisation. Tout à fait inexistant jusqu’au milieu du dixseptième siècle, il n’a jamais été bien actif entre cette date et la fin du dix-huitième siècle, mais on peut dire que le trafic de la Compagnie française des Indes a été désiré, appelé, encouragé de toute façon par les Missions étrangères.

Dès octobre 1661, avant le départ de Pallu, Louis XIV avait écrit une lettre destinée aux souverains de la Cochinchine, du Tonkin et de la Chine. L’existence en est connue par un brouillon conservé aux Archives des Affaires étrangères. Il n’est pas certain qu’elle ait été emportée par Pallu et remise aux souverains. Elle est néanmoins intéressante : adressée au « très illustre, très excellent et magnifique prince 333

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notre très cher ami », elle indique que « notre cher et bien-aimé le sieur Pallu, gentilhomme français », n’entreprend pas son voyage « pour un motif d’avarice ou d’ambition »⁠ ⁠; elle affirme aussi « la disposition où nous sommes d’avoir et d’entretenir avec vous une bonne correspondance par tous les meilleurs moyens qui s’en pourront offrir ». Aucune allusion n’était faite à la conversion des infidèles.

FRANÇOIS PALLU

L’idée fut reprise. En 1665, Pallu retourna en Europe pour soumettre au pape et à Louis XIV divers règlements relatifs à l’établissement de la mission. Il revint en 1673, porteur de lettres de Clément IX et de Louis XIV pour le roi de Siam. Les évêques d’Heliopolis et de Béryte furent reçus en audience solennelle par Phra-Narai le 18 octobre 1673⁠ ⁠; ils marchèrent « précédés de hautbois, de tambours et de trompettes »⁠ ⁠; le monarque, assis sur son trône et revêtu des ornements de sa dignité, reçut les lettres qu’ils lui présentaient. Et cette première audience publique fut suivie de deux autres particulières. Le roi, qui n’avait jamais accordé de tels honneurs à des étrangers, interrogea les évêques sur Louis XIV, sur ses forces militaires, sur ses conquêtes, sur ses projets. Il voulut même donner au roi de France une marque particulière de son estime en lui proposant de choisir dans son Etat « un port où l’on pourrait bâtir une ville en son nom, laquelle pourrait être la demeure du vice-roi de Sa Majesté Très Chrétienne si elle le jugeait à propos ».

FRANÇOIS PALLU
Gravure FRANÇOIS PALLU

La mission catholique, qui bénéficiait déjà de la large tolérance religieuse des Siamois, profita de ces heureuses dispositions du souverain pour étendre sa propagande⁠ ⁠; le séminaire fondé quelques années auparavant connut un succès inespéré. De son côté la Compagnie des Indes, déjà installée à Surate depuis 1668, à Bantam depuis 1671, à Pondichéry depuis 1673, songea à fonder un comptoir dans un royaume où les Français étaient si bien accueillis. Elle chargea l’un de ses meilleurs agents, Boureau-Deslandes, de porter au roi de Siam une lettre et des présents. Phra-Narai accueillit avec faveur l’envoyé de la Compagnie⁠ ⁠; il fit savoir qu’il était prêt à concéder aux Français l’entière liberté du commerce dans ses Etats et un port à leur choix.

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Certes la puissance et la gloire de Louis XIV proclamées en toute occasion par les évêques et l’admiration singulière de Phra-Narai pour le Grand Roi étaient l’attitude du souverain pour quelque chose dans PAR CANTA sChiarchia Laile siamois. Mais celui-ci Chinched appui contre les entre- prises des Hollandais. La Compagnie hollan- cherchait surtout un CHINCHINA QUAN #Cochinchina Judito Santanu t Cantao sa 25000 Maca daise des Indes, solide- Terno alta ment installée dans les et Deitam locas ¡les de la Sonde, accapa- TAman Philippines Luxem rait le trafic de l’Asie depuis l’Inde jusqu’au ca Charchi Palos Polo Picle cotar 2 LU Japon, elle agissait avec Langem Sinoa CO Mar les pays qu’elle dominait une rapacité brutale dans SIAN Coflade Pia Varella Pracele NIA et usait de violence à ora Charpa a Pégard des rois qui résis- Diam abat Calamer& taient à ses volontés⁠ ⁠; Ola Pde charpa déjà elle avait au Siam Langer Cambdes établissements pros- Taquartie -Pulo Cite pères. Quelle puissance Pule amdor Puls hube D -8. dos ladremen C 7 était plus capable de tenir en respect ces redoutables voisins que la CARTE DE L’INDOCHINE (India Orientalis, extraite de l’Atlas Mercator, 1628). France, dont Phra-Narai n’ignorait pas l’antagonisme en Europe avec les Pays-Bas⁠ ⁠?

CARTE DE L’INDOCHINE, India Orientalis, extraite de l’Atlas Mercator (1628)
Gravure CARTE DE L’INDOCHINE, India Orientalis, extraite de l’Atlas Mercator (1628)
Illustration de l'ouvrage, page 335
Gravure sans légende (page 335)
Illustration de l'ouvrage, page 335
Gravure sans légende (page 335)

Il se décida en 168o à faire partir une ambassade avec de riches présents et des lettres destinés au pape et à Louis XIV. Malheureusement le navire sur lequel étaient les ambassadeurs fut assailli à la hauteur de Madagascar par une violente tempête et périt corps et biens. Ce naufrage n’était pas encore connu à Ayuthia lorsque l’évêque d’Heliopolis, revenant de France en 1682, apporta une nouvelle lettre de Louis XIV. Le roi la reçut avec le même appareil et la même magnificence que la précédente et parut surpris « de se voir prévenu et honoré une seconde fois 335 des lettres d’un si grand monarque ». Ses bonnes dispositions en furent encore accrues : à la Compagnie française, privée en 1682 de son dépôt d’approvisionnement de Bantam par la prise de cette ville par les Hollandais, il fit suggérer de prendre et de fortifier Jork sur le détroit de Malacca. Aux évêques il promit de construire une église « à trois nefs, de 2o brasses de long, largeur et hauteur proportionnées ». D’ailleurs la mission prospérait, elle ne comptait pas moins de six résidences dans le royaume.

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Une circonstance exceptionnelle favorisait, il faut le dire, ces surprenants progrès de toutes les entreprises françaises. Phra-Narai avait à côté de lui comme confident et premier ministre un étranger d’origine grecque, Constance Phaulkon. Après maints voyages et maintes aventures, ce personnage était venu s’établir au Siam. Ambitieux, hardi, doué d’une vive intelligence et d’une grande expérience des affaires, il avait su gagner la confiance du souverain. Mieux qu’un Siamois, il voyait clairement la situation du royaume, la jalousie et l’égoïsme des mandarins, la routine des habitants, les intrigues environnant le trône, la menace hollandaise. Mais il sentait aussi la fragilité de sa position personnelle, qu’un changement de règne, une révolution de palais, un simple caprice du roi pouvaient compromettre en un instant. Il forma le projet de s’appuyer sur une puissance étrangère capable de le protéger en s’établissant dans le royaume, et son choix se porta sur la France. Aussi fit-il accorder des privilèges à la Compagnie des Indes et combla-t-il de prévenances les évêques tout surpris de rencontrer au Siam la protection vigilante de cet « homme d’esprit si fort entendu ».

DÉBARQUEMENT AU SIAM DE L’AMBASSADE FRANÇAISE

DÉBARQUEMENT AU SIAM DE L’AMBASSADE FRANÇAISE
Gravure DÉBARQUEMENT AU SIAM DE L’AMBASSADE FRANÇAISE
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Ainsi l’œuvre voulue par Pallu se réalisait : un courant ininterrompu de relations amicales était établi entre les cours de Versailles et d’Ayuthia, le commerce français prenait pied au Siam, l’évangélisation des infidèles s’annonçait sous d’heureux auspices et les évêques français, VILLE DE STAM préparant l’avenir, avaient I das Mala - : Village déjà raconté à Phra-Narai la CARTE des Barielre Banca Tabanque ou Douane aussi vite dans les Etats anna- conversion de Constantin. DU COURS DU Jusqu’a la Mer MENAN, Depuis Siam 3 Barram tero Bancofraya & Rayjaeran 8 Marson Royale E Chinoife LRoya gode Royale

LE COURS DU MÉNAM, carte de l’ingénieur François. Bibliothèque nationale
Gravure LE COURS DU MÉNAM, carte de l’ingénieur François. Bibliothèque nationale

Les choses n’allaient pas mites, où les souverains sur- Imécrus les Lieue par Ingereur Franceis 1 Bantran *Ban Couaant veillaient jalousement les Echelle de 6 Lienes Commanes Sancok *Ban Seumac Barchar agissements des étrangers, Grand Détrou Ban pac trebva antretyai surtout des prêtres catholiques. En 1673, sur le conseil de deux missionnaires, fort de Bo Ban pac naam Ban pac tret noi & Ban tretnoi Ouest Est Deydier et de Bourges qui . Talacouan Talague étaient en assez bons termes Talaquen 1 Talaqueo avec la cour de Lê-gia-tôn, I. de Bankok Banhasz & Bankok Fortere Patache Pallu songea à se rendre à Bantous Hanoi, mais une tempête le Banquelieut jeta sur la côte des Iles Philippines. Trouvé porteur d’un « projet pour l’établissement Barre de Stam Indes dans le royaume du de la Compagnie royale des Taquin Tonkin », il fut emprisonné pendant sept mois, puis em- GOLPHE DE SIAM barqué pour le Mexique et relâché en 1677. Cependant (Bibliothèque Nationale, département des cartes). La Motte-Lambert s’était rendu à Hué en 1676⁠ ⁠; il fut reçu en audience solennelle par le seigneur de Cochinchine Hien-vuong, qui promit d’accorder la liberté religieuse à son royaume. La persécution qui durait depuis trente ans s’arrêta en effet jusqu’à la fin du règne.

l’Espagne, où il fut enfin LE COURS DU MENAM, CARTE DE L’INGÉNIEUR FRANÇOIS
Gravure l’Espagne, où il fut enfin LE COURS DU MENAM, CARTE DE L’INGÉNIEUR FRANÇOIS

HISTOIRE DES COLONIES I. V.

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Pallu quitta la France en 1681. Parvenu au Siam, il chargea deux missionnaires partant pour le Tonkin de remettre à Trinh-tac les présents et la lettre de Louis XIV. « Nous avons, écrivait le Roi Très Chrétien, donné des ordres à la Compagnie royale de s’établir dans votre royaume le plus tôt possible, et aux sieurs Deydier et de Bourges de demeurer auprès de vous afin d’entretenir une bonne correspondance entre nos sujets et les vôtres et de nous avertir aussi des occasions qui pourraient se présenter où nous puissions vous donner des marques de notre estime et du désir que nous avons de concourir à votre satisfaction et à vos avantages. » Trois jours après la remise de cette lettre, Trinh-tac mourut⁠ ⁠; son fils Trinh-can, qui lui succéda, fit aux missionnaires quelques promesses assez vagues et remit pour Louis XIV de superbes soieries brochées d’or.

Quant à l’introduction du commerce français dans l’Indochine orientale, Pallu s’y employa de toutes ses forces : en 1667 et 1671, il envoya sur ce sujet des mémoires aux directeurs de la Compagnie⁠ ⁠; en 1672, il sollicita directement Colbert. Il obtint enfin satisfaction pendant son séjour en Europe : la Compagnie expédia de l’Inde un petit bâtiment, le Tonquin, pour établir le comptoir réclamé avec tant d’insistance. Le marchand Chappelain ouvrit un comptoir à Hung-yen, où étaient déjà les Anglais et les Hollandais⁠ ⁠; il y laissa un sous-marchand et un commis, et le Tonquin repartit avec du musc et quelques soieries. Mais cet établissement ne fut pas durable : la prise de Bantam par les Hollandais en 1682 entraîna sa disparition.

L FATRE DE STAM OUIS XIV ET L’AF

Lorsque Pallu mourut au Fou-kien en 1684, c’est l’un des bons artisans de l’influence française en Indochine qui disparaissait. Fénelon, qui le connut pendant son séjour à Paris, a dépeint « cette vieillesse prématurée et si touchante, ce corps vénérable courbé non sous le poids des années mais sous celui de ses pénitences et de ses travaux », et il ajoute : « Son cœur était encore dans ces contrées si éloignées. » Comme tous les Français de son temps, Pallu a pensé que l’on devait poursuivre en même temps la propagation de la religion, le développement du commerce et la gloire du roi. Il s’est dévoué à cette triple tâche. Si différente que soit cette conception de celles qui ont cours aujourd’hui, il faut reconnaître qu’elle n’était pas sans grandeur. Elle était exempte en tout cas des fourberies et des violences qui avaient trop souvent marqué l’action des Portugais et des Espagnols et du mercantilisme étroit et assez bas qui caractérisait celle des Anglais et des Hollandais. cours de Versailles et d’Ayuthia se développèrent rapi- Les relations si heureusement commencées entre les dement. Une ambassade siamoise partit pour la France au commencement de 1684. Les envoyés furent reçus brièvement par Louis XIV, mais ils firent part aux secrétaires d’Etat, le marquis de Seignelay et Colbert de Croissy, du vif désir qu’avait leur roi de recevoir une ambassade française, et ils ajoutèrent, influencés sans doute par les jésuites qui les entouraient depuis leur arrivée en France, que Phra-Narai n’était pas éloigné de songer à se convertir au christianisme.

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Cette promesse vague décida Louis XIV à envoyer à son tour une ambassade. Le chef de la mission fut le chevalier de Chaumont, capitaine de vaisseau, major général des armées navales du royaume dans le Levant, connu pour sa piété fervente. Il y eut encore le coquet et frivole abbé de Choisy, le comte de Forbin, le P. Tachard, plusieurs gentilshommes et jésuites. Le but avoué de l’ambassade était d’obtenir des avantages pour le commerce français, mais son « principal objet » était d’amener la conversion de Phra-Narai. Les instructions du marquis de Seignelay insistaient sur les espérances conçues par les missionnaires « que le roi de Siam, touché des marques d’estime de Sa Majesté, achèverait, avec l’assistance de la grâce de Dieu, de se déterminer à embrasser la religion chrétienne ». FORBIN

FORBIN
Gravure FORBIN

Arrivée au Siam en septembre 1685, l’ambassade de Louis XIV fut reçue avec les plus grands honneurs⁠ ⁠; mais, dès qu’elle voulut négocier, le malentendu devint évident. Phra-Narai et Phaulkon voulaient la protection française contre les Hollandais, le chevalier de Chaumont demandait une conversion royale impossible à obtenir. Pour masquer son insuccès, l’ambassadeur français se borna à signer à Louvo deux traités, dont l’un élargissait les privilèges des catholiques au Siam et l’autre accordait de précieux avantages à la Compagnie, qui recevait la concession de la ville de Singor.

Une nouvelle ambassade siamoise parvint vers le milieu de 1686 à Versailles, où elle fut solennellement reçue et où elle prolongea son séjour jusqu’à la fin de l’année. On parla beaucoup autour des envoyés des intérêts du catholicisme et de la conversion de Phra-Narai, pendant que le P. Tachard, interprète de la pensée

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de Constance Phaulkon, réussissait à faire approuver par Louis XIV l’envoi de vaisseaux et de troupes, d’ingénieurs militaires, de matériel de guerre, pour faire occuper et fortifier les places du royaume siamois.

L’ambassade française, ayant pour chefs Simon de la Loubère et Céberet de Boullay, quitta la France en mars 1687. Elle était accompagnée de 630 hommes d’infanterie commandés par Desfarges pour procéder à l’occupation de Bangkok et de Mergui. Malheureusement La Loubère et Céberet furent tout de suite en désaccord. La Loubère, spécialement chargé des négociations politiques, avait des manières hautaines, un esprit borné et entêté⁠ ⁠; Céberet, qui était l’un des douze directeurs de la Compagnie, avait plus de souplesse et de prudence. Quant à Desfarges, c’était un bon soldat, mais plus apte à obéir qu’à commander, peu capable de prendre une décision dans une circonstance difficile. De son côté, le P. Tachard soutenait de son mieux Phaulkon contre l’inimitié de Forbin et de l’agent de la Compagnie Véret. Enfin l’accord ne régnait guère entre les missionnaires et les jésuites. Au milieu de toutes ces discordes et après de pénibles négociations, les troupes françaises finirent par occuper Bangkok et Mergui, mais leur nombre s’était réduit peu à peu et elles suffisaient à peine à assurer la défense des deux places.

RÉCEPTION DE L’AMBASSADE FRANÇAISE PAR LOUIS XIV
Gravure RÉCEPTION DE L’AMBASSADE FRANÇAISE PAR LOUIS XIV

La situation cependant s’aggravait. Phaulkon, plus puissant que jamais au moment de l’arrivée des Français, voyait son pouvoir menacé. Les mandarins, de plus en plus jaloux de son élévation, l’accusaient de livrer le Siam à l’étranger et les envoyés siamois, qui avaient compris à Versailles les plans politiques et religieux du gouvernement français, les confirmaient dans ce sentiment. La masse même du peuple était inquiète de l’arrivée de tant d’étrangers armés, qui s’installaient dans le pays, commettaient des violences et se conduisaient moins en alliés qu’en vainqueurs. Quand La Loubère s’embarqua le 3 janvier 1688, emmenant une dernière ambassade siamoise accompagnée du P. Tachard, une révolution se préparait au Siam.

RÉCEPTION DE L’AMBASSADE SIAMOISE PAR LOUIS XIV

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Elle éclata, sanglante, peu de mois après, anéantissant à la fois la fortune de Phaulkon et l’influence de la France. Un mandarin d’humble origine, nommé Pitracha, sut exploiter à son profit le mécontentement grandissant dans toutes les classes de la population. Il réunit de nombreux partisans désireux de restaurer les vieilles traditions⁠ ⁠; il eut même l’appui de certains Français aveuglés par leur haine du premier ministre. Constance Phaulkon, devant l’imminence du danger, fit appel à Desfarges, mais celui-ci hésita et finalement refusa d’agir. Pitracha s’empara de Phaulkon et du roi⁠ ⁠; le premier fut mis à mort dans les supplices, le second mourut peu après, emporté par une maladie mystérieuse, et Pitracha régna après avoir épousé la fille unique de Phra-Narai.

Le nouveau roi persécuta tous ceux qui avaient cu les faveurs du précédent règne et entreprit de chasser les Français. La place de Bangkok fut assiégée avec l’aide des Hollandais et, après une belle résistance de cinq mois, put heureusement être évacuée par Desfarges. Celle de Mergui, commandée par du Bruant, se défendit héroïquement⁠ ⁠; quand toute résistance fut devenue impossible, les trente derniers Français parvinrent à s’embarquer et à rejoindre Desfarges à Pondichéry. Les autres Français restant au Siam furent traqués et emprisonnés.

L ES VOYAGES ET LES PROJETS DE COM- MERCE AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

Ainsi finit misérablement cette aventure qui avait été bien près de fonder un solide établissement de la France dans l’Indochine centrale. Les rivalités personnelles, le manque de coordination des efforts, surtout Pignorance où l’on était à Versailles des conditions réelles de la politique siamoise, avaient causé cet échec. Les Hollandais en profitèrent : protégés par le nouveau souverain, ils acquirent tout le prestige et tous les avantages enlevés aux Français. Ceux-ci désormais se détournèrent du Siam et portèrent leurs regards sur les seuls pays de l’Indochine orientale. suivie au Tonkin et en Cochinchine dans L’œuvre religieuse de Pallu fut pourdes conditions assez difficiles : au Tonkin les persécutions furent fréquentes et la Cochinchine elle-même, relativement tolérante jusqu’en 1750, devint hostile aux chrétiens et à leurs prêtres. La même époque vit un ralentissement considérable

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des rapports commerciaux avec les Européens : Hollandais, Anglais et Français n’ayant plus de comptoirs, les bateaux portugais de Macao continuèrent seuls à fréquenter irrégulièrement les ports du Tonkin et de la Cochinchine.

Mais, l’intérêt historique de cette période est ailleurs. Les Français n’ignorent plus l’Indochine orientale. De nombreux projets d’établissement montrent que la Compagnie des Indes a désiré trouver de ce côté un supplément d’activité et que plus tard on y a cherché un moyen pour la France de compenser les défaites subies dans l’Inde.

Dès 1686, un agent de la Compagnie, Véret, conseilla l’établissement d’un comptoir à Poulo Condor. La Compagnie française gênée par des difficultés financières ne fit rien. En revanche, la Compagnie anglaise s’installa dans l’île en 1702 et y construisit un fort et des magasins⁠ ⁠; cet établissement devait être ruiné et abandonné peu d’années après, par suite de la révolte des Macassars qui formaient la garnison. La question fut reprise par les Français en 1721⁠ ⁠; à ce moment la Compagnie était réorganisée par Law, une fièvre d’activité s’empara de tout son personnel. Mais Renault, envoyé par le gouverneur de Pondichéry, fut beaucoup moins optimiste que Véret et lorsque son rapport fut reçu en 1723, la Compagnie était de nouveau ruinée par l’effondrement du Système. La question fut abandonnée.

Les Français de l’Inde ne cessèrent pourtant pas de s’intéresser au Tonkin et à la Cochinchine⁠ ⁠; on en trouve mainte preuve dans la correspondance des gouverneurs. En 1737, Dumas adressa aux directeurs un rapport sur le Tonkin, dont il vantait le sol fertile et le climat salubre. Il insistait sur la richesse du pays en cuivre et en cannelle, et sur le voisinage de la Chine qui devait faciliter le commerce.

Après lui, Dupleix porta toute son attention sur l’Indochine orientale⁠ ⁠; il était documenté sur ces pays par un neveu de Mme Dupleix, Friell, qui, ayant longtemps commercé à Canton, avait fait « plusieurs envois à la Cochinchine » et s’était enrichi. En 1744, Friell avait lui-même été en Cochinchine sur un navire portugais affrété, et le seigneur lui avait délivré une chappe (lettre de concession) l’autorisant à venir faire du commerce dans le pays. La guerre entre la France et l’Angleterre força Dupleix à se désintéresser de la Cochinchine. Cependant en 1750, il se renseigna de nouveau sur ce pays par M. Bennetat, coadjuteur du vicaire apostolique, chassé par la persécution, et il le renvoya en Cochinchine en le priant « de lui servir de négociateur afin d’établir des relations solides entre Pondichéry et la Cochinchine, de fonder des factoreries et d’acquérir quelque coin de terre sur la côte ». En 1752, malgré la gravité des événements qui se déroulaient

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Gravure ¡GOLFE Pa

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Royaume Coromoria ede de Ille Minson Ton OLFE DE Royaum Machant quin *COCHINCHINE MER de a Co chinchime Royau Durandive C blompo Re de me Ravece Cam Indemaon Jfles Camboya : Chiam Raya Carnicubar DE CARTE

INDES

de Malaca EDU ROYAUME SIAM et des Pays DE AR P. DU-VAI Geographe Ordin" du Roy A. Menfeur dediée Mon fle Chevelier de Guenon Ambiteradeur du Ray a Juam Equateur autrem⁠ ⁠? ligne Equinociale U nancabo Palimban Ide l’Empereu ede La : Sonde Scame Zirle du Palad TAvA ) 343 dans l’Inde, il y envoya encore l’un de ses agents, M. de Rabec. Aucune de ces tentatives n’aboutit à un résultat.

STAM Coete Inficar

CARTE DE LA PÉNINSULE INDOCHINOISE DU PÈRE DU VAL (1686)

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Mais dans le même temps, Dupleix avait l’extrême surprise d’apprendre que ses projets étaient repris à son insu par les directeurs de la Compagnie à Paris et de voir passer par Pondichéry Pierre Poivre, chargé par eux de négocier avec le seigneur de Cochinchine l’installation d’un comptoir français. Malgré sa déception et en dépit des discussions pénibles qui éclatèrent à Pondichéry entre Friell et Poivre, Dupleix mit à la disposition de ce dernier un navire, le Machault, pour poursuivre sa mission. Le Machault arriva à Fai-fo le 29 août 1749 et y séjourna jusqu’au Io février 1750.

A cette mission de Poivre en Cochinchine on accordait naguère une haute importance. La lecture du petit volume publié en 1768 sans l’aveu de Poivre, sous le titre de Voyages d’un philosophe, celle de la notice biographique écrite par Dupont de Nemours, l’étude des lettres et rapports de Poivre laissent en effet l’impression d’un homme actif, intelligent et cultivé, possédant à fond les langues malaise et annamite, doué d’un sens remarquable de l’observation. On y admire le négociateur habile qui réussit dans l’accomplissement de sa mission : « Il négocia avec le roi (de la Cochinchine) et obtint de lui des lettres patentes par lesquelles ce prince accordait pour la première fois aux Français jusque-là inconnus à la Cochinchine la permission de faire le commerce dans toute l’étendue de son royaume⁠ ⁠; il obtint en même temps la liberté d’établir un comptoir dans le port de Fai-fo ». A son départ, il emportait une lettre de Vo-vuong à Louis XV où l’on peut lire : « L’illustre royaume de France... a envoyé un homme intelligent et habile pour porter un paquet de lettres avec des présents et par là faire connaître tout ce qu’il y a dans son cœur... Nous demandons que ce royaume-ci avec le royaume de France soient en joie et soient dorénavant comme un. »

Les recherches historiques récentes de M. Ch. B. Maybon ont quelque peu diminué le caractère et le rôle de Poivre. Parti très jeune en Extrême-Orient sous les auspices de la Société des Missions étrangères, Poivre fut pour des motifs graves chassé de la mission. Il vécut à Canton, où de « fréquentes conversations » avec le trop confiant Friell lui fournirent sur la Cochinchine la documentation commerciale admirée dans le premier rapport envoyé à Paris, qui fut le commencement de sa fortune. En Cochinchine même il ne vécut que quinze mois, hors de Fai-fo où se faisait le commerce, et sans même se donner la peine d’apprendre la langue du pays. Revenu en France en 1748, il obtint habilement d’être chargé de la mission mentionnée plus haut, que Friell sollicitait au même moment des directeurs.

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Parvenu trop tard à Fai-fo, Poivre ne put se livrer qu’à des opérations commerciales insignifiantes, les Chinois et les Portugais ayant déjà enlevé toutes les marchandises disponibles. Il se rendit à Hué, offrit des présents à Vo-vuong et lui vendit des marchandises qui ne furent pas payées. Il n’y a pas apparence que ses négociations avec le chua aient été couronnées de succès. Quant à la lettre destinée à Louis XV, « elle ne paraît pas offrir de très solides garanties d’authenticité ». Malgré la réelle habileté de Poivre, sa mission avait abouti à un échec.

Par la suite, la question d’un établissement en Cochinchine donna encore lieu à quelques projets : en 1753, un rapport fut présenté au garde des sceaux par un ancien missionnaire, l’abbé de Saint-Phalle, qui avait passé huit ans au Tonkin et conseillait de s’y établir. En 1755, un négociant français de l’Inde, Protais-Leroux, adressa au contrôleur général des finances un mémoire où il proposait un établissement à Poulo Condor. Ces projets étaient présentés dans un moment particulièrement défavorable : les victoires anglaises dans l’Inde, le traité de Paris qui suivit, enfin la dissolution de la Compagnie en 1769 POIVRE (d’après une gravure de L. Conquy). ne permirent aucune tentative utile.

PoIvRE, d’après une gravure de L. Conquy
Gravure PoIvRE, d’après une gravure de L. Conquy

Déjà se faisait jour une pensée nouvelle : chercher en Indochine une compensation à la perte de l’Inde, affranchir la France de la suprématie coloniale anglaise. Cette idée apparaît nettement dans des Réflexions politiques et secrètes rédigées à la fin du règne de Louis XV. Elles mentionnent la constitution d’un comité « dans lequel on agita la question de savoir s’il y aurait des moyens de procurer à la France des établissements dans quelque partie de l’Asie, qui pussent balancer dans quelque proportion les avantages obtenus par l’Angleterre », et elles concluent : « Il semble qu’il ne reste plus que la Cochinchine qui ait échappé jusqu’ici à la vigilance des Anglais⁠ ⁠; mais peut-on se flatter qu’ils tarderont à y porter leurs vues⁠ ⁠? S’ils s’y décident avant nous, nous en serons exclus pour jamais. »

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ÉVOLTES ET GUERRES

La situation politique du pays sur lequel se

, EN COCHINCHINE portaient les vues des Français s’aggrava bientôt de telle sorte qu’il fut tout entier mis à feu et à sang et que la dynastie Nguyên faillit sombrer dans la tourmente. Cette crise fut le point de départ de l’entreprise audacieuse d’un prélat français, qui forme l’épisode le plus dramatique et le plus brillant de notre histoire en Indochine avant le temps de l’intervention directe.

A la mort du chua Vo-vuong en 1765, il semblait que son second fils, déjà associé au pouvoir, dût lui succéder, mais un parti puissant porta au trône un enfant de douze ans, seizième fils du seigneur défunt et d’une femme de second rang. Ce prince, qui est connu dans l’histoire sous son nom posthume de Duê-tôn, fut assisté d’un régent dont le mauvais gouvernement, le caractère cupide et cruel mécontentèrent la population. En 1771 éclata dans le Binh-dinh la révolte des Tayson. Les trois frères qui en étaient les chefs groupèrent une bande de déserteurs, de gens tarés, d’exilés⁠ ⁠; ils proclamèrent qu’ils voulaient renverser le régent et beaucoup de notables se rangèrent de leur côté. Bientôt ils s’emparèrent de la citadelle et du trésor de Qui-nhon. « Avant le combat, le chef abreuvait d’alcool ses guerriers, puis les lançait contre l’ennemi, le torse nu et des papiers votifs suspendus au cou. » Devant la violence de ces attaques les troupes royales fléchirent. Or, dans le même temps, le seigneur du Tonkin, sentant le moment favorable, reprit la guerre contre la Cochinchine : son armée s’empara de Hué en 1775 et demeura maîtresse de tout le Quang-nam. Le chua de Cochinchine n’avait pu que s’enfuir en toute hâte dans la province la plus méridionale de ses Etats, le Dong-nai ou Basse-Cochinchine, la seule qui lui restât fidèle. Attaqué dans cette retraite en 1775 par les bandes des Tay-son, il se retira dans la principauté vassale de Ha-tien, dont le chef Mac-thien-tu l’aida même à reconquérir en 1776 la Basse-Cochinchine. Mais en 1777 les Tay-son revinrent avec des troupes nombreuses, prirent Saigon et poursuivirent jusqu’à Long-xuyen le roi Duê-tôn, qui fut mis à mort. L’un des frères qui commandaient la révolte Tay-son se proclama roi.

Un jeune prince de la famille royale, le prince Anh, avait échappé au massacre⁠ ⁠; il devait la vie à un évêque français, Pierre Pigneau, évêque d’Adran. Caché dans une forêt voisine du lieu où se trouvait l’évêque, il avait reçu régulièrement de lui des subsistances par un prêtre annamite, Paul Nghi⁠ ⁠; grâce à lui, il put s’enfuir dans une ile du golfe de Siam, Poulo Panjang. Le jeune prince, désormais seul héritier légitime des rois de Cochinchine, fit preuve d’énergie : au mois de septembre 1777 il sortit de sa retraite, rassembla ses troupes et se rendit maître de Saigon⁠ ⁠; en 1778 il réussit à occuper momentanément toute la Basse-Cochinchine.

347 PIGNER DE BEHAINE

Le bruit de ces tragiques événements étant parvenu jusqu’à l’Inde, un agent anglais, Chapman, établit un plan d’intervention en Cochinchine. Le chef de l’établissement de Chandernagor, Chevalier, proposa de son côté l’envoi d’une petite expédition militaire pour restaurer le souverain légitime et lui imposer un traité favorable aux intérêts français. Aucune suite ne fut donnée à ces projets. Mais déjà agissait en Cochinchine un grand Français, Pigneau de Behaine, qui allait consacrer toutes ses forces à restaurer la dynastie Nguyên et à établir solidement en Cochinchine l’influence française. Thiérache⁠ ⁠; sa famille, originaire d’un lieu dit Behaine, n’était Pierre Pigneau était né le 2 novembre 1741 à Origny-enpas noble, mais pour se distinguer d’une autre branche, elle ajoutait souvent à son nom celui de cette propriété. Il avait commencé ses études à Laon et les avait achevées à Paris au séminaire des Missions étrangères. En 1765, après avoir été ordonné prêtre, il s’embarqua pour les Indes. Il séjourna à Pondichéry, à Malacca, à Macao⁠ ⁠; il partit enfin pour la Cochinchine qui était sa destination et rejoignit dans la capitale du Cambodge Mgr Piguel, vicaire apostolique de la Cochinchine, du Cambodge et du Champa. Celui-ci l’attacha au collège général des Missions, dont il lui donna bientôt la direction.

Ce collège avait pour but de préparer au sacerdoce de jeunes indigènes⁠ ⁠; il avait tout d’abord été installé près d’Ayuthia, puis, devant la menace des armées birmanes, il avait été transféré en 1765 dans la principauté de Ha-tien, à Hondat, sur la côte du golfe de Siam. C’est là que Pigneau arriva en 1767⁠ ⁠; il n’y devait pas longtemps demeurer en paix. A deux reprises, en 1768, il fut incarcéré et chargé d’une lourde cangue. Reconnu innocent, il reprit son œuvre à Hondat. Mais le pays commençait à subir le contre-coup des révolutions politiques qui ébranlaient la péninsule⁠ ⁠; des révoltes éclatèrent dans la principauté, maîtres et élèves du séminaire vécurent dans une continuelle inquiétude. Enfin, en novembre 1769, une bande de pirates envahit le collège, le pilla, l’incendia et massacra quelques écoliers.

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Pigneau put en sauver 17 et s’enfuit avec eux dans une barque. Il décida alors de chercher la sécurité en territoire français⁠ ⁠; à travers mille difficultés il transporta son séminaire à Pondichéry (1770). C’est là qu’il reçut la même année les bulles papales le nommant évêque d’Adran et coadjuteur de Mgr Piguel. La mort de ce prélat fit bientôt de lui le vicaire apostolique de la Cochinchine (1771). Il demeura cependant quelques années encore à Pondichéry, mettant la dernière main à son dictionnaire de la langue annamite et nouant des relations avec les Français qui vivaient dans ce grand centre d’affaires.

En 1774, il partit de Pondichéry pour Macao, d’où il gagna le Cambodge⁠ ⁠; puis, adien.

DE BEHAINE AVEC LE PRINCE ANH

Colin dine 21 951798 cédant aux instances de Mac-thien-tu, l’un des plus fermes partisans de la dynastie Nguyên, il s’installa à Ha-tien avec le collège (1775). Alors commença son rôle politique. Leur première rencontre eut lieu sans doute quand le seigneur de Cochinchine Duê-tôn se réfugia avec toute sa suite en 1775 dans la principauté de Ha-tien, Nguyên-anh avait alors quatorze ans. Mais c’est en 1777, on le sait, que le prélat s’acquit des titres à la reconnaissance du prince en le sauvant et en favorisant sa fuite. A la fin de la même année, aussitôt après les premiers succès de Nguyên-anh, il quitta Ha-tien et vint s’installer auprès de lui en Basse-Cochinchine. Dès cet instant, il est certain que l’influence de Pigneau fut grande sur le jeune souverain dont il devint en quelque sorte le conseiller. Plusieurs faits le prouvent. Lorsque Nguyên-anh eut fait ou laissé mettre à mort son premier ministre et mei lui montra « l’injustice de cette action » et l’amena à rendre au mort « des honneurs extraordinaires et proportionnés à la grandeur de sa dignité et de ses services ». Lorsque furent entreprises la mise en état de défense des provinces occupées et la réorganisation des forces militaires, l’évêque aida le jeune roi de ses conseils⁠ ⁠; il mit même à sa disposition un marin breton nommé Manuel venu avec lui de Pondichéry, qui prit le commandement d’un bateau de la flotte cochinchinoise. Il semble que, dès cette date, l’évêque d’Adran était bien résolu à lier son sort et celui de la Mission au succès de la restauration de Nguyênanh.

AUTOGRAPHE DE L’ÉVÊQUE D’ADRAN

AUTOGRAPHE DE L’ÉVÊQUE D’ADRAN

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LE PRINCE CANH
Gravure LE PRINCE CANH

Mais la puissance des Tay-son, momentanément contenue, restait redoutable. En 1781, ils avaient envahi le Cambodge, en 1782 ils attaquèrent Saigon, et malgré l’héroïque résistance de Manuel qui préféra faire sauter son bateau plutôt que de se rendre, ils furent victorieux. Le prince Anh dut s’enfuir dans l’ile de Phuquoc⁠ ⁠; l’évêque d’Adran se réfugia au Cambodge avec le collège⁠ ⁠; il échappa difficilement aux recherches de ceux qui le poursuivaient : « Mes bateaux, écrit-il, me suivirent dans LE PRINCE CANH les sinuosités inconnues de la rivière⁠ ⁠; j’y restai près de deux mois. » Cependant, par un singulier retour de fortune, Saigon fut repris à la fin de la même année⁠ ⁠; Pigneau et Nguyên-anh y revinrent, mais ils ne pouvaient guère avoir d’illusion sur l’avenir : l’armée des Tay-son était repoussée [mais non vaincue, elle reprendrait bientôt l’offensive. L’attaque attendue se produisit en effet en 1783 et les Tay-son furent encore victorieux. 349

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Ce fut de nouveau la fuite. Le roi n’avait plus de royaume⁠ ⁠; le prélat était chassé de son vicariat apostolique. Période tragique de près de deux ans, où l’on vit l’un et l’autre chercher refuge dans les archipels du golfe de Siam et errer d’île en île poursuivis par les jonques de guerre des Tay-son. L’évêque débarqua le collège en territoire siamois, à Chantaboun. Nguyên-anh de son côté errait avec quelques fidèles et quelques centaines de soldats qu’il avait peine à nourrir. Dans une situation aussi désespérée, l’idée de recourir à l’étranger s’imposait à lui⁠ ⁠; il sollicita l’appui du roi de Siam, il pensa à demander secours aux Espagnols des Philippines.

VERSAILLES

A plusieurs reprises l’évêque et le prince se rencontrèrent : Pigneau de Behaine parla sans aucun doute à son ami de la puissance du roi de France, de la possibilité de s’adresser à lui, et l’accord fut réalisé. L’évêque se rendrait à Pondichéry et, s’il le fallait, en France pour demander des secours en hommes et en matériel de guerre. Il offrirait la cession d’un port, d’un territoire et une alliance avec le roi de Cochinchine. Une déclaration des mandarins formant le Conseil royal et une lettre de Nguyên-anh à Louis XVI furent remises à l’évêque d’Adran. Cette lettre disait : « Je me suis décidé, d’après l’avis de l’évêque d’Adran, à m’adresser à vous. Je lui ai donc confié mon fils Canh et je lui ai remis le sceau royal qui l’accréditera auprès de vous pour qu’il vous demande les secours nécessaires pour rentrer dans mon royaume. Connaissant vos vertus, je me flatte que vous daignerez accueillir mon jeune enfant, que vous aurez compassion de mon sort et j’espère que dans peu de temps j’aurai la joie de le voir revenir avec les secours nécessaires. » L’évêque quitta Poulo Panjang à la fin de 1784, avec le jeune Canh et sa suite. Pigneau de Behaine parvint à Pondichéry à la fin de février 1785. Sans doute croyait-il possible d’obtenir des autorités françaises de cette ville les secours dont Nguyên-anh avait besoin, mais il se heurta à un refus catégorique. Découragé par cet accueil défavorable et peut-être aussi par les accusations portées contre lui en cour de Rome par les franciscains espagnols qui dénonçaient son intervention dans la politique cochinchinoise, il songea un instant, semble-t-il, à retourner dans son vicariat apostolique. Mais la nomination d’un nouveau gouverneur à Pondichéry, Charpentier de Cossigny, et l’arrivée du chevalier d’Entrecasteaux lui rendirent quelque espoir. D’Entrecasteaux, qui venait d’effectuer une campagne d’exploration dans les mers de Chine, et qui déplorait l’absence de tout établissement français dans ces régions, comprit l’intérêt du projet. Cossigny, de son côté, se montra favorable : il conseilla au prélat d’aller en France plaider lui-même sa cause devant la cour. Il lui accorda donc un passage sur un navire quittant Pondichéry en juin 1786 et envoya en même temps une flûte sur les côtes cochinchinoises pour entrer en relation avec Nguyên-anh.

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L’évêque d’Adran débarqua à Lorient en février 1787⁠ ⁠; il se rendit aussitôt à Paris, où les malheurs et la jeunesse du prince Canh émurent les cours sensibles. Les démarches du prélat furent facilitées par quelques protecteurs influents, Loménie de Brienne, l’archevêque de Narbonne Dillon, l’abbé de Vermond. Déjà le maréchal de Castries, secrétaire d’Etat de la marine, avait fait procéder à une étude du projet. Pigneau de Behaine négocia, discuta, réfuta toutes les objections. Il avait tout prévu : le nombre et le calibre des pièces d’artillerie, les approvisionnements en biscuits et en blé, le lieu de débarquement qui serait Qui-nhon. A Versailles, il fut reçu par Louis XVI en présence du maréchal de Castries et du comte de Montmorin, secrétaire d’Etat des Affaires étrangères. Il exposa au roi l’état anarchique de la Cochinchine, les ressources du pays, la facilité et les avantages de l’expédition proposée.

CONWAY

Le 28 novembre 1787, le traité d’alliance fut signé par M. de Montmorin et par lévêque d’Adran. Le roi de France promettait d’envoyer à ses frais quatre frégates, I 200 hommes d’infanterie, 200 artilleurs et 250 Cafres avec de lartillerie de campagne. Le roi de Cochinchine cédait, en reconnaissance, l’ile de Hoi-nan fermant le port de Tourane, l’île de Poulo Condor en toute souveraineté, le droit exclusif du commerce dans tout le royaume, l’exemption de tout droit de douane hors ceux que payaient les indigènes. Il s’engageait à soutenir le roi de France de ses forces de terre et de mer, en cas de guerre dans la région limitée par les îles Moluques, les ¡les de la Sonde et le détroit de Malacca, et le roi de France lui promettait son aide pour le cas où il serait troublé dans la possession de ses Etats. Lorsqu’il apposa sa signature au bas du traité, l’évêque d’Adran put croire qu’il tenait enfin le succès : l’expédition était décidée et son chef devait être le comte de Conway, commandant des troupes de l’Inde.

Mais ce qu’ignorait alors le prélat et ce qu’il ignora toujours, c’est l’attitude nouvelle prise dès les jours suivants par le gouvernement de Louis XVI. Le 2 décembre, cinq jours après la signature du traité, des instructions furent adressées à Conway⁠ ⁠; or, dans la partie secrète de ces instructions, on laissait Conway « maître de ne point entreprendre l’opération ou de la retarder » d’après les renseignements qu’il aurait « tant sur la facilité du succès que sur les avantages de l’établissement projeté ». On insistait d’une façon significative sur l’ « état d’épuisement où se trouvent 351 les finances du roi ». Tout était donc remis en question. Et le gouvernement de Versailles était si convaincu que le traité ne serait pas exécuté que Montmorin écrivait, quelques semaines plus tard, à l’ambassadeur de France à Madrid : « Sa Majesté s’en est rapportée à la sagesse de M. le comte de Conway qui doit commander l’expédition. Je suis porté à croire que les circonstances locales paraîtront à cet officier général devoir y mettre obstacle, en sorte qu’il est probable qu’elle n’aura pas lieu. »

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Dès l’arrivée de Pigneau de Behaine à Pondichéry, le 18 mai 1788, le conflit éclata entre lui et Conway. Celui-ci était décidé à profiter de la latitude qui lui était laissée et à n’entreprendre aucune expédition⁠ ⁠; il pensait d’ailleurs, et il a écrit plus tard, qu’il n’y avait « rien à gagner, pas plus dans la Cochinchine que dans l’Inde, contrées malsaines, inhabitables, où il n’y a que de la misère ». Il demanda au prélat renseignement sur renseignement⁠ ⁠; il multiplia les objections. Surpris et indigné de la résistance qu’il rencontrait, l’évêque d’Adran adressa à Conway les adjurations les plus pathétiques : « Pour votre gloire, monsieur le comte, reprenez l’énergie dont vous avez donné partout tant de preuves et décidez-vous. » Conway répondait : « Je me conformerai strictement à mes instructions, c’est tout ce que je puis dire. » Il écrivait encore : « Je ferai ce que la cour attend de moi, n’en doutez pas. » Jusqu’au bout, ignorant la duplicité du gouvernement de Versailles, l’évêque demeura convaincu que l’expédition n’échouait que par la mauvaise volonté de Conway. Le succès de son projet lui tenait tant à cœur qu’il adressa au comte une dernière prière : « Je vous conjure pour la gloire et les intérêts du roi et surtout pour ne pas laisser à la nation la honte d’avoir manqué de parole à un prince étranger qui a mis la plus entière confiance dans les promesses qui lui ont été faites au nom du roi... Dès le moment que vous croirez pouvoir vous occuper de l’expédition, tout ce qui s’est passé depuis mon arrivée à Pondichéry entrera dans l’oubli. » Conway resta sourd à cet appel.

C’était l’effondrement des plus chères espérances de Pigneau de Behaine, il se laissa aller au découragement. Les Anglais lui firent des offres qu’il repoussa. Estimant que son honneur ne lui permettait pas de reparaître en Cochinchine, il envisagea sérieusement un retour en France. Cependant des nouvelles plus rassurantes vinrent modifier sa décision : la discorde était au camp des Tay-son, Nguyênanh avait réussi à reconquérir la Basse-Cochinchine. Il reprit courage.

Décidé à ne compter désormais que sur lui-même, il résolut de « faire seul la révolution de Cochinchine ». Le I5 juin 1789, il prit passage avec le prince Canh sur la frégate la Méduse, qui jeta l’ancre, le 24 juillet, à l’entrée de la rivière de Saigon.

Illustration de l'ouvrage, page
Gravure sans légende (page —)
HIST. COLONIES, INDE. — T. V.

PIERRE PIGNEAU DE BEHAINE, EVEQUE D’ADRAN Portrait de MAUPÉrIN. (Société des Missions étrangères). PLANCHE V.

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Elle s’accomplit en treize années. Le prince faible

COCHINCHINE » et sans ressources qui se maintenait péniblement dans la Basse-Cochinchine reconquit le royaume de B. Pslair de La Reine ses pères et s’empara D. Mapital . Palan Du Shinu. même du Tonkin où les Averal et Firger. Tay-son avaient étendu H. Magarir è Jouere Charonnerie Borpu de flaverne : leur pouvoir⁠ ⁠; en 1802, L. K. Place BiAnnes. Remin pour le pièces de kampagne sous le nom de Gia-long, M. Mat De Pavillon N. aMaion de l’Erique. il régna sur tous les pays 0. Sadonnage. P. Magavin aue Virer annamites, unis pour la R. Chantier De Bon/truch 0. Batard S. Sapin. première fois dans l’his- T. Briquateri U. dragode toire, depuis le golfe de Siam jusqu’à la frontière chinoise.

PLAN DE SAIGON EN 1795, d’après un dessin de Dayot, service hydrographique de la marine
Gravure PLAN DE SAIGON EN 1795, d’après un dessin de Dayot, service hydrographique de la marine

Voici les faits : en 1792, les Cochinchinois surprennent et détruisent dans la rade de Qui-nhon la flotte des Tay-son. En 1793, ils Nan assiègent la citadelle delasille de Saigon même de Qui -nhon⁠ ⁠; mais des renforts Tay- Rout Du Grand Nan son expédiés du Nord Lore par Orté du Choi, en 1795 viennent dégager la ville. En 1794, une ar- 799- mée cochinchinoise se trouve investie, avec le prince Canh et l’évêque d’Adran, à Dien-khanh PLAN DE SAIGON EN 1795 (d’après un dessin de Dayot, Service hydrographique de la marine, F° 180, div. 2, pièce n° 3). (Nha-trang)⁠ ⁠; Nguyênanh accourt en hâte avec des renforts et disperse l’ennemi. Il envoie dès lors, chaque année, à la mousson favorable, une expédition vers le Nord, et la flotte appuie l’armée de terre. Mais si quelques résultats sont obtenus dans ces « guerres de saison » (giac-mua), ils sont compensés par un recul vers le Sud au moment où

HISTOIRE DES COLONIES. T. V.

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la mousson d’hiver facilite le retour offensif des Tay-son, et Qui-nhon demeure imprenable. Après une accalmie en 1796, Nguyên-anh dirige sa flotte sur Tourane, prend la place, mais l’abandonne. Pendant la même année 1797, Canh s’avance avec l’armée de terre vers le Nord, il obtient quelques succès, puis rétrograde lui aussi. En 1799, le siège de Qui-nhon est enfin mené avec vigueur⁠ ⁠; les troupes royales, que commandent les meilleurs généraux cochinchinois Lê-van-duyet, le grand eunuque, et Vo-tanh, enlèvent les positions très forte : qui défendent la place, et celle-ci finit par capituler au moment même où meurt l’évêque d’Adran qui assiste au siège. Mais bientôt les Tay-son reviennent en force pour re n que défend Vo-tanh⁠ ⁠; les efforts de l’armée cochinchinoise en 1800 pour débloquer la place restent vains. Alors Nguyên-anh se décide à agir avec sa flotte⁠ ⁠; dans la rade de Qui-nhon il détruit les bateaux de guerre des Tay-son, puis, dans une offensive hardie, il va attaquer Hué. Grâce à la valeur de Lê-van-duyet, la capitale est prise et le roi victorieux y fait son entrée le 12 juin I8o1. Mais il apprend que les Tay-son ont repris Qui-nhon, dont le défenseur Vo-tanh s’est fait sauter plutôt que de se rendre. Nguyên-anh poursuit sa marche victorieuse vers le Nord, il traverse le Quang-binh, fait occuper le mur de Dong-hoi, témoin des luttes séculaires entre les Nguyên et les Trinh⁠ ⁠; il concentre sa flotte à l’embouchure du Sông Giang. Une attaque tonkinoise est repoussée et la bataille décisive s’engage au Nhut-le, le 3 février 18o2. Nguyên-anh en sort vainqueur⁠ ⁠; le Tonkin s’ouvre devant lui, sans défense. Après avoir envoyé une armée reprendre Qui-nhon sur les Tay-son démoralisés, il continue sa marche vers le Nord et entre à Hanoi.

’ÉVÊQUE D’ADRAN ET LES

Certes cette conquête a été lente, surtout au début. Elle a été entrecoupée de revers, elle a été trop souvent arrêtée par les hésitations du souverain. Néanmoins ces treize années aboutissent à la fondation d’un empire unifié, solide et qui a duré. L’artisan d’un aussi extraordinaire retour de fortune était l’évêque d’Adran. A Nguyên-anh il fallait des armes, des muni- • VOLONTAIRES FRANÇAIS tions, des approvisionnements, il fallait aussi des combattants européens et surtout des organisateurs et des chefs. Pigneau de Behaine lui fournit tout. Pendant son voyage de retour, le prélat avait su intéresser à ses projets des commerçants de l’Ile de France, qui lui avaient offert leurs ressources « pour l’aider dans l’exécution d’un projet si avantageux pour la nation ». A Pondichéry, où il assista à l’abandon du traité de Versailles, l’évêque dut se montrer pressant pour obtenir tous les concours utiles. Il fit des achats pour le compte de LES FRANÇAIS EN INDOCHINE AUX DIX-SEPTIÈME ET DIX-HUITIÈME SIÈCLES Nguyên-anh et fit diriger des bateaux sur la Cochinchine. Sans doute lui fut-il possible d’utiliser le trésor et surtout le crédit du roi qui, nous le savons par les Annales, faisait acheter dans ses provinces le sucre destiné à être échangé contre les armes apportées par les Français.

PORT DE QUI-NHON, d’après la carte manuscrite de Dayot (1795), service hydrographique de la

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Les résultats de l’action du prélat furent étonnants. Dès 1788, deux bâtiments envoyés par Conway en reconnaissance sur les côtes de Cochinchine, la Dryade et le Pandour, transportèrent 1 000 fusils achetés pour le compte du roi. D’autres bateaux français vinrent ensuite, la Garonne, le Robuste, le Moyse, le Capitaine Cook, le Saint-Esprit, et ce mouvement persista plus tard⁠ ⁠; en 1791, par exemple, il n’y eut pas moins de 12 bateaux européens à Saigon. Il en vint de l’Ile de France et de Pondichéry⁠ ⁠; d’autres firent des voyages à Macao et à Manille pour assurer le ravitaillement.

En même temps, les Français affluaient au service du prince. Parmi eux il y eut de jeunes « volontaires » des bâtiments du roi, comme Victor Olivier, qui, séduits peut-être par la propagande de l’évêque, abandonnèrent la Dryade⁠ ⁠; il y eut aussi quelques officiers du cadre colonial de la marine, Dayot et Magon de Médine⁠ ⁠; deux officiers de la marine royale, Philippe Vannier et Jean-Baptiste Chaigneau, celui-ci arrivé en 1794⁠ ⁠; d’autres marins encore, de Forsans, de l’Isle Sellé⁠ ⁠; un Français venu pour commercer et dont les circonstances firent un homme de guerre, Barisy⁠ ⁠; et avec eux combien de matelots, de canonniers, de pilotes⁠ ⁠? Ces jeunes gens, que l’amour des aventures attirait en Cochinchine, y accomplirent dans des conditions difficiles une œuvre qui force l’admiration. Mais leur nombre ne cessa de diminuer : plusieurs périrent, d’autres quittèrent le pays. En 1799, il ne restait que Vannier, Chaigneau, de Forsans, Barisy et Despiau.

L’évêque coordonna les efforts et mit chacun à la place qui convenait. Sur son avis, Dayot reçut en 1790 le commandement de la flotte qu’il exerça jusqu’à son départ en 1795. Il releva les côtes du pays, et la collection de ses cartes, formant le Neptune cochinchinois, fut plus tard utilisée par la marine française. Dayot conduisit aussi l’offensive victorieuse de 1792 contre la flotte des Tay-son. Par la suite, la division européenne de la flotte cochinchinoise fut développée : Chaigneau commanda le Dragon, Vannier le Phénix, de Forsans l’Aigle. Ces navires européens, montés par des équipages d’Annamites bien entraînés et encadrés de marins français, décuplèrent la valeur militaire de la flotte des jonques cochinchinoises. Dans les événements de 18or qui aboutirent à la prise de Hué, les exploits des marins français décidèrent de la victoire.

Dès 1790, le jeune volontaire Victor Olivier fut placé à la tête de l’artillerie et

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du service des fortifications, avec un autre volontaire, Lebrun, comme adjoint. Il éleva aussitôt à Saigon une gigantesque citadelle conçue suivant les principes de Vauban. Nul vestige n’en subsiste aujourd’hui, car Minh-mang la rasa plus tard⁠ ⁠; mais le plan en a été conservé et l’on est stupéfait de penser que cet énorme ouvrage de fortification édifié en quelques mois avec un outillage rudimentaire et une maind’œuvre inhabile était l’œuvre d’un ingénieur de vingt-deux ans. Un peu plus tard (1793), Olivier construisit encore la forteresse de Dien-khanh (Nha-trang). Toutes les autres citadelles qui allaient en quelques années couvrir le territoire de l’Indochine furent édifiées par les élèves indigènes qu’il avait formés.

Olivier organisa l’artillerie et il la commanda dans tous les grands sièges : il introduisit dans l’armée cochinchinoise l’usage des pièces de campagne dont la mobilité et les effets meurtriers surprirent vivement les troupes des Tay-son. Il dirigea enfin, secondé semble-t-il par Barisy, une sorte d’école militaire où se formèrent les cadres de l’armée de Nguyên-anh. Ces quelques troupes nouvelles, organisées et armées à l’européenne, disciplinées, rompues aux manœuvres de l’attaque et de la défense des places, capables, à l’occasion, d’exécuter une charge à la baïonnette (forme de combat bien française) furent, avec la marine, l’instrument essentiel de la victoire.

Quant à l’évêque d’Adran lui-même, son rôle militaire fut considérable. « Il traduisit pour son élève, écrit un contemporain, plusieurs ouvrages français en cochinchinois, notamment sur la tactique et les fortifications, » et Nguyên-anh, qui « constamment s’occupait à lire les ouvrages traduits par M. d’Adran », devint par là plus apte à comprendre les méthodes militaires européennes. Le prélat s’efforça toujours d’inspirer des résolutions énergiques au roi, trop enclin à tergiverser ou même à jouir tranquillement d’un répit momentané que ses ennemis lui laissaient. Il eût voulu mener rapidement les opérations et arriver à cette victoire définitive dont il attendait tant pour la religion, pour la France et pour Nguyênanh lui-même. Par deux fois, en 1791 et en 1792, il menaça le roi de se retirer avec tous les Français si la guerre n’était pas menée avec plus d’audace. Nguyênanh céda la première fois⁠ ⁠; l’année suivante il répondit à Pigneau de Behaine en lui accordant son congé, mais il ne tarda pas à changer d’avis : « On n’a pas plus tôt su ici que Monseigneur se disposait à partir, écrit le missionnaire Le Labousse, que tout le monde a commencé à crier. Tous les mandarins disaient que si le Grand Maître (Monseigneur) s’en allait, ils devaient aussi eux-mêmes penser à leur sûreté et prendre la fuite. Le peuple menaçait d’appeler ici les rebelles dans l’espérance d’un meilleur sort. La mère du Roi, la Reine et toute la cour ont représenté à ce prince qu’il ne pouvait laisser partir le Grand Maître sans exposer tout le monde et s’exposer lui-même. Il l’a bien senti. Aussi quelques jours après est-il venu chez Monseigneur... dire qu’il ne pouvait consentir à son départ ». C’est ainsi que l’offensive sur • terrain noyé ai se dechargent- plusieurs tireres, et n’ayant pas Qui-nhon fut décidée et plus de 2 au 3 Diete Dian. que la flotte des Tay-son fut détruite.

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marine

Enfin Pigneau de Behaine prit part en per- Vang sonne aux opérations militaires. C’est lui qui dirigea en 1794 la défense de Nha-trang assiégé, et Basard après la levée du siège on le vit accompagner vaillamment les troupes du prince Canh à la poursuite des rebelles dans les montagnes du Phu-yen. encore aux opérations du En 1798-1799, il assista Vung Guna Port siège de Qui-nhon, qui se de terminèrent par la capi- Quinhon tulation de la place. Sur le rôle militaire qu’il y joua aucun doute n’est et 107°00 de longirude Orientale. Par 15%6 de Pariude Nord Merition de Paris permis : le missionnaire 1795 Le Labousse, qui à ses I Datte Echelle De 2 millar de bo au degre - 2 milles côtés fut témoin de ces événements, écrit simple- PORT DE QUI-NHON Service hydrographique de la marine, F° 180, div. 2, pièce n° 10). (d’après la carte manuscrite de Dayot (1795), ment : « S’il n’avait pas été à Qui-nhon, les fiers Tay-son y seraient encore. »

Illustration de l'ouvrage, page 357
Gravure sans légende (page 357)
MORT DE DENQUE D’ADRAN

L’évêque d’Adran s’occupa aussi de toutes les grandes affaires de l’Etat. Il veilla au ravitaillement, fit envoyer des navires à Malacca, Macao, Manille, dans les ports de l’Inde, pour échanger les produits indochinois contre des canons, des fusils, du fer, du soufre. Il fut, dans toutes les circonstances, le conseiller politique du roi. les fatigues, sentit ses forces l’abandonner devant Qui- Lorsque Pigneau de Behaine, épuisé par le climat et nhon, il envoya son médecin annamite prévenir le roi : « Racontez à Sa Majesté ce que vous avez vu, dites-lui que je n’ai nulle inquiétude, nulle frayeur, afin qu’il connaisse que les Européens savent vivre et mourir. » Il expira le 9 octobre 1799. La douleur de Nguyên-anhfut extrême⁠ ⁠; il fit transporter à Saigon les restes du prélat et ordonna des funérailles magnifiques. Le 16 décembre, le prince Canh dirigea le convoi qui comprenait au moins 40 000 hommes⁠ ⁠; le roi s’y trouvait ainsi que les mandarins, la reine et les dames de la cour. « Elles crurent, dit un témoin, que pour un homme si au-dessus du commun, il fallait passer par-dessus toutes les lois communes⁠ ⁠; elles y vinrent toutes et allèrent jusqu’au tombeau. » L’évêque fut enterré dans le jardin planté de bambous, aux environs de Saigon, où il aimait à se reposer. La cérémonie catholique ayant pris fin, « le roi s’avança d’un pas grave et majestueux, la douleur peinte sur le visage, et fit ses derniers adieux au prélat⁠ ⁠; ses larmes coulaient avec tant d’abondance qu’un grand mandarin qui ne pleura jamais en fut pénétré jusqu’au vif. »

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Nguyên-anh fit élever le magnifique tombeau qui a été décrété propriété nationale en 1861. Il décerna enfin à celui qu’il appelait le « Grand Maître » un brevet posthume, pour honorer sa mémoire : « Le grand maître, l’évêque Pierre était unhomme éminent des pays occidentaux, un hôte supérieur de notre dynastie... Bien qu’il fût allé conclure un accord dans sa patrie, à mi-route les événements se mirent à la traverse de ses desseins⁠ ⁠; mais, faisant de mes ennemis les siens, il voulut se réunir au parti du droit et, me rejoignant, dressa des plans pour reprendre la lutte... Il répétait ses propos avec douceur, ayant des dons extraordinaires de maître pour instruire la jeunesse⁠ ⁠; notre intimité était constante... Du début à la fin, son cœur véridique fut sans changement⁠ ⁠; sa merveilleuse rencontre a été toute ma vie une joie uniforme... Je le nomme à titre posthume grand précepteur du prince héritier, duc régional Bi-nhu (Pigneau), avec nom posthume de loyal, afin de rendre manifeste le parfum caché de ses grandes vertus. » Ces éloges étaient sincères, jamais Gia-long arrivé au faîte de la puissance n’oublia la gratitude qu’il devait au grand Français qui avait été l’artisan de son triomphe.

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LES FRANÇAIS EN INDOCHINE AUX DIX-SEPTIÈME ET DIX-HUITIÈME SIÈCLES

Lorsqu’on embrasse d’un coup d’œil la suite prodigieuse d’événements par laquelle l’évêque d’Adran accomplit, avec l’aide d’une poignée de braves, l’œuvre à laquelle il avait rêvé d’associer la France, le mot d’épopée vient tout naturellement sous la plume. Pigneau de Behaine est bien « le dernier, mais non le moindre, de ces prélats guerriers » que l’histoire de France a connus.

Au moment de sa mort, les mandarins avaient cessé toute opposition, les missions catholiques étaient non seulement libres mais respectées, le nom français était honoré dans toute la Cochinchine. Ces résultats devaient être sans

• PENDANT LA RÉVOLUTION ET L’EMPTRE lendemain. Pigneau de Behaine disparu, son œuvre s’effaça peu à peu, et au bout de quelques années il n’en subsista à peu près plus rien. La France révolutionnaire et impériale ne tira aucun parti du succès obtenu.

Le 16 fructidor an V, le capitaine de vaisseau Larcher soumit au Directoire un projet d’établissement aux Philippines et à la Cochinchine. Il rappelait les services rendus par l’évêque d’Adran et faisait ressortir les avantages que la France pourrait retirer d’un établissement en Extrême-Orient dans sa lutte contre l’Angleterre. Quelques années plus tard, le 2 fructidor an X, Charpentier de Cossigny, qui avait servi aux Indes de nombreuses années, envoya au conseiller d’Etat Portalis une note destinée au Premier consul. Il proposait d’expédier en Cochinchine « une frégate de 40 canons et une corvette avec un ministre prénipotentiaire, chargé de conclure un traité d’alliance, d’amitié et de commerce avec le roi. » Ces propositions ne reçurent aucune suite.

Cependant le traité d’Amiens (1802), en restituant à la France ses colonies, créait une situation plus favorable. L’expédition du général Decaen fut envoyée pour prendre possession des anciens établissements français à l’Est du cap de Bonne-Espérance. Un officier de cette mission, Félix Renouard de Sainte-Croix, se trouva rencontrer à Macao Jean-Marie Dayot. L’ancien commandant de la flotte cochinchinoise lui raconta les événements survenus en Cochinchine et lui montra combien la France aurait intérêt à renouer des relations avec Gia-long. Renouard de Sainte-Croix rapporta en France les cartes dressées par Dayot et communiqua ses vues au ministre. Le premier accueil ne fut pas défavorable mais l’affaire en resta là.

Nous savons que plus tard encore, en 1812, Napoléon fit demander au ministère de la Marine des renseignements sur l’affaire de l’évêque d’Adran. Ainsi, l’Indochine n’était pas complètement oubliée : on envisageait de temps à autre la possibilité d’y nouer des relations ou d’y créer un établissement. En réalité, on désirait surtout trouver en Extrême-Orient un moyen de lutter contre l’Angleterre. Toute l’attention, toutes les forces de la France restaient concentrées sur la politique européenne.

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JONQUE IMPÉRIALE, cul-de-lampe
Gravure JONQUE IMPÉRIALE, cul-de-lampe

Citer ce chapitre

Edmond Chassigneux, « Les français en Indochine au xvite et au XVIIIe siècles », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. V, L'Inde — L'Indochine, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1932, p. 327-360.

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