Colonies françaises

Tome IV · L'Afrique occidentale française · Chapitre 8

L'Afrique occidentale française de 1904 à 1930

Par p. 319-356 de l'édition originale 14 445 mots 18 illustrations 1931 Fac-similé sur Gallica ↗
Argument du chapitreI. — LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES ET MILITAIRES. — Le Sénégal. — La Mauritanie. — Le Soudan. — La jonction algéro-soudanaise. — Le Soudan sous Clozel. — Les formations méharistes. — L’affaire d’ Achourat. — L’Aménokal Firhoun. — Le siège d’ Agadès. — La Guinée. - La Côte d’Ivoire. — Le Dahomey
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COLONNE DE MÉHARISTES SOUDANAIS, frontispice
Gravure COLONNE DE MÉHARISTES SOUDANAIS, frontispice

CHAPITRE VIII L’AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE DE 1904 A 193° I. — LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES ET MILITAIRES. — Le Sénégal. — La Mauritanie. — Le Soudan. — La jonction algéro-soudanaise. — Le Soudan sous Clozel. — Les formations méharistes. — L’affaire d’ Achourat. — L’Aménokal Firhoun. — Le siège d’Agadès. — La Guinée. — La Côte d’Ivoire. - Le Dahomey. II. - L’ADMINISTRATION ET LES FAITS ÉCONOMIQUES. — M. Roume. — M. Ponty. - M. Clozel. - M. Van Vollenhoven. - M. Angoulvant. — M. Merlin. - M. Carde.

I. — LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES ET MILITAIRES

E 1904 à 1930, sept gouverneurs généraux titulaires se sont succédé en Afrique occidentale, MM. Roume, Merlaud-Ponty, Clozel, van Vollenhoven, Angoulvant, Merlin et Carde. Deux, MM. Angoulvant et van Vollenhoven n’ont fait qu’un séjour assez court⁠ ⁠; les

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LE SENEGAL

autres ont pu fournir des étapes plus longues. Aucun n’a été sérieusement gêné par les liens trop étroits de la métropole ni par des influences politiques excessives⁠ ⁠; tous ont fait preuve d’une initiative féconde et, sans bruit, Echelle sans fausse réclame, ils *5 Km. ont travaillé à faire de The BalLAta pte AP VERT amberene * l’Afrique occidentale, notre colonie la plus Cap Vert Camp * de Bel-Am rapprochée, une de celles OCKAN DAKAR qui attirent plus particulièrement notre atten- Cap Menuel tion et notre sollicitude. ntemente- Quoique le gouver- RADE neur général ait la PanE direction entière de la des Torpion Port DAKAR politique et la surveillance de toutes les affaires, chaque colonie qu’il contrôle a des intérêts particuliers et une He de Garém histoire spéciale. Nous DAKAR Conter allons essayer de la résumer dans l’ensemble, mais, pour la clarté du Bernard A CLAN récit, nous la poursuivrons d’un seul trait jus- Batterie pteBernard qu’à nos jours, en nous bornant à faire ressortir l’action propre de Echelle 1000 1500 M. chaque gouverneur général, lorsqu’il y aura lieu. De cette façon, l’unité d’action, qui fut réelle, sera plus facile à suivre. culier, sauf l’aménagement du port de Dakar, dont les tra- L’histoire de la colonie du Sénégal n’offre rien de partivaux avaient commencé en 1904, la création en 1917 d’une école secondaire transformée en lycée en 1920, la suppression de la dualité administrative entre les territoires d’administration directe et les pays de protectorat, enfin la création, en 1924, d’une circonscription administrative propre à la seule ville de Dakar. Désor-

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V. - GUERRIER LOBI (GAOUA). Fusain rehaussé, original de Germaine Bernard
Gravure V. - GUERRIER LOBI (GAOUA). Fusain rehaussé, original de Germaine Bernard
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HIST. COLONIES. - AFRIQUE.

GUERRIER LOBI (GAOUA) Fusain rehaussé, original de Germaine BERNARD. PLANCHE V.

321 LA MAURITANIE

mais ce territoire relève directement du gouverneur général. Il était naturel que la ville où il réside et où se trouve un port dont l’importance est tout autre que locale, fût placée sous sa dépendance directe et que le chef de l’Afrique occidentale ne parût point être en quelque sorte l’hôte d’un de ses lieutenants-gouverneurs. Ceux-ci, durant cette période de vingt-six ans, furent au nombre de huit⁠ ⁠; ce sont MM. Camille Guy, Gourbeil, Peuvergne, Cor, Antonetti, Levecque, Didelot et Bernier. la Mauritanie fut au contraire fort agitée. Après le meurtre Si la colonie du Sénégal fut particulièrement tranquille, de Coppolani, on estima nécessaire de lui donner un successeur militaire, le lieutenant-colonel Montané-Capdeboscq. Le nouveau commandant se rendit en hâte à Tidjikja et ne tarda pas à apprendre que l’assassinat de Coppolani avait été commis à l’instigation du cheikh Ma-el-Ainine, chef religieux très influent, originaire de l’Adrar, alors installé dans la Saguiet-el-Hamra, en territoire espagnol, et qu’Ahmed ould Aïda, émir de l’Adrar, était de connivence avec lui. Ces deux personnages cherchaient un appui auprès de Moulai Abd el Aziz, alors sultan du Maroc. Ils lui expédièrent un message, au reçu duquel ce sultan envoya dans l’Adrar un de ses cousins, nommé Moulai Idris, soi-disant pour étudier la situation.

En octobre 1906, Moulai-Idris adressa au capitaine Tissot, qui commandait le poste de Tidjikja, une sorte d’ultimatum lui enjoignant, au nom du sultan, d’évacuer le Tagant. Le capitaine ne tint nul compte de cette injonction. Alors Moulai Idris se porta en personne dans le Tagant, à la tête de plusieurs centaines de guerriers. Tissot envoya contre lui toutes les forces dont il disposait, c’est-à-dire environ 6o tirailleurs, commandés par les lieutenants Andrieux et de Franssu. Le 24 octobre, ce détachement se heurta, à Niémelane, à 25 kilomètres au sud de Tidjikja, à une force de 900 fusils, conduite par Moulai Idris. Les deux lieutenants furent tués ainsi que les deux sous-officiers européens du détachement et 16 tirailleurs. Les survivants se retirèrent en combattant et rallièrent Tidjikja, ramenant les blessés, au nombre de 27, mais ayant dû abandonner les corps des 4 Européens et des 16 indigènes tombés sur le champ de bataille. Enhardi par ce succès, Moulai Idris vint mettre le siège devant Tidjikja, que le lieutenant-colonel Michard, venu de Saint-Louis, parvint à dégager au bout d’un mois. Mais il avait des ordres lui interdisant de poursuivre l’ennemi dans l’Adrar, l’effectif qu’on avait pu mettre à sa disposition étant trop faible pour tenter pareille aventure.

HISTOIRE DES COLONIES. T. IV,

Au Maroc, Moulai El-Hafid venait de renverser Abd el Alziz⁠ ⁠; ses dispositions 2I paraissaient plus favorables. Notre légation de Fez fut chargée de lui faire des représentations au sujet de la conduite du cousin et envoyé de son prédécesseur. Le sultan répondit qu’il était fort surpris des événements portés à sa connaissance, que Moulai Idris avait seulement reçu mission d’enquêter sur le point de savoir si le Tagant et l’Adrar relevaient du Maroc ou du Sénégal et que, s’il avait outrepassé ses pouvoirs, la responsabilité n’en pouvait être attribuée au gouvernement chérifien.

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Sous le colonel Gouraud, nommé commissaire en 1907, l’occupation du Tagant devint un fait acquis et l’œuvre de Coppolani se trouva complétée à l’exception de l’Adrar, toujours hostile. Pour le tenir en respect, le poste d’Akjoucht fut fondé au début de 1908. Celui-ci fut aussitôt menacé par Ahmed ould Aïda. Le capitaine Repoux, qui le commandait, se porte à la rencontre de l’armée de l’émir, et est tué le 16 mars 1908. Le 8 avril, une bande de guerriers envoyée du Nord par Ma-el-Ainine enlève un de nos convois à Damane, au sud d’Akjoucht. Le cheikh Hassana, l’un des fils de Ma-el-Ainine, proclame la guerre sainte et déclare œuvre pie toute action ayant pour but le pillage des musulmans soumis aux chrétiens. Aussitôt se forment de nombreux rezzous, qui enlèvent les troupeaux des tribus fidèles à notre cause et coupent les lignes télégraphiques. Le capitaine Mangin, frère du futur général, qui se trouvait dans le Nord du Tagant avec une section méhariste de 30 hommes récemment organisée, est assailli le 13 juin, sur la piste conduisant de Tidjikja à Ouadane, et massacré avec toute sa troupe. Le lendemain, le même groupe se porte à la rencontre du reste de la formation méhariste, qui comprenait 31 tirailleurs montés à chameau, II goumiers et un convoi d’ânes et de chameaux, sous la conduite du vétérinaire Amict, et l’attaque, à 4 heures et demie du matin, à Talmest, entre El-Moïnane et Tidjikja⁠ ⁠; les tirailleurs mettent pied à terre et se forment en carré⁠ ⁠; les conducteurs maures du convoi, s’abritant derrière les chameaux, refusent d’approvisionner les combattants en cartouches⁠ ⁠; ce sont les femmes des tirailleurs qui, ayant pris et ouvert les caisses de munitions, vont porter des cartouches à leurs maris sur la ligne de feu. Vers midi, l’ennemi se décide à charger. Au même instant, il est assailli en arrière par cinq hommes : c’est le sergent Ouélo Kouloubali, qui, parti pendant la nuit avec un caporal et sept tirailleurs à la recherche d’ânes égarés et les ayant trouvés et ramenés, s’est rendu compte de la situation, a laissé ses ânes à la garde du caporal et de trois hommes et, avec les quatre autres tirailleurs, s’est précipité sur le dos des assaillants. Ceux-ci, croyant à l’arrivée d’un renfort considérable, prennent la fuite. Nous avions eu 12 tués et II blessés.

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Les attaques continuent de juillet à décembre, par des rencontres de médiocre importance en elles-mêmes, mais où nous perdons chaque jour un peu de terrain. En gagnant vers le Sud, l’hostilité des gens de l’Adrar et de la famille de Ma-el- Ainine finit par détacher de nous des fractions jusque-là fidèles. On compte que du I6 mars au 6 décembre 1908, nous avons essuyé 125 attaques et avons eu 142 tués, dont 3 officiers et 5 sous-officiers et 47 blessés dont 7 Européens, sans parler des pertes énormes en bétail. La disproportion, hors d’usage, entre le nombre des tués et celui des blessés, montre quel avait été l’acharnement et la violence de la lutte.

GUERRIER TARGUI ET SON PAGE, d’après un document du capitaine Aymard
Gravure GUERRIER TARGUI ET SON PAGE, d’après un document du capitaine Aymard

Nous ne pouvions sortir d’une situation aussi mauvaise qu’en occupant l’Adrar, d’où partait toute la résistance. La campagne ayant été décidée à la suite du voyage de M. Millies-Lacroix, le colonel Gouraud concentra sa colonne à Moudjéria, au début de décembre 1908. L’effectif total comprenait 24 officiers, 44 sous-officiers et artilleurs européens, I 000 combattants indigènes dont 200 montés à méhari et 8oo chameaux de bât. GUERRIER TARGUI ET SON PAGE

La campagne dura dix mois (D’après un document du capitaine Aymard). (décembre 1908-octobre 1909) et fut extrêmement rude, dans un pays aride et exposé de toutes parts aux feux brûlants du soleil. Attaquant au Nord, attaqués au Sud, Gouraud et ses lieutenants, parmi lesquels il faut citer le chef d’escadron Claudel et les capitaines Bablon et Dupertuis, eurent à lutter tout à la fois contre les Touareg au Nord et les Maures au Sud. Il fallut livrer de nombreux combats : Chommat et Amatil en décembre, Hamdoun en janvier, Labba et Ghasserent en avril, Ksar Teurchane et Ghülan en juillet, Tourine en août, qui nous coûtèrent des pertes sérieuses, mais amenèrent insensible-

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ment la retraite puis la dispersion de l’ennemi. A Atar, les habitants hissèrent le drapeau blanc dès le mois de janvier. Les sédentaires, commerçants et propriétaires de palmeraies, gens paisibles et soucieux de voir leurs biens protégés, se rendaient à nous sans arrière-pensée, heureux d’être désormais à l’abri des exactions des nomades⁠ ⁠; mais qu’importait à ceux-ci la guerre, puisqu’ils n’avaient aucune attache au sol⁠ ⁠? Ouvertement soutenus par Ma-el-Ainine, ils ne reculaient que pour mieux préparer une nouvelle embuscade. La seule perte qui leur fût sensible était celle de leurs chameaux et c’est elle qui provoqua de nombreuses soumissions et détermina la fin de la guerre. Ayant appris au mois d’août que les guerriers de Ma-el-Ainine, étaient retranchés du côté d’Idjil, le colonel Gouraud organise une colonne de 500 hommes montés à chameau, quitte Atar le 6 septembre, atteint les salines le II, y trouve quelques isolés qu’il fait prisonniers et apprend d’eux que l’ennemi, désespérant de la victoire, a quitté la contrée, qu’il s’est réfugié en majeure partie sur le territoire espagnol de Rio de Oro.

Ce fut la fin de l’expédition. Gouraud revint à Moudjeria, son point de départ, et, le 15 novembre suivant, il remettait le commandement au chef de bataillon Claudel. Les soumissions continuaient à affluer et le chef rebelle Ould Deid se rendait le I6 décembre 1909 au commandant Gaden, à Boutilimit. Quant à Ma-el-Ainine, il avait concentré ses forces entre la Mauritanie et le Sud marocain. C’est de là qu’il devait pousser ses bandes d’ « hommes bleus » sur Tiznit, puis sur Marrakech, pour les faire se heurter le 23 juin I91o, dans le Tadla, au commandant Aubert, qui le rejeta au sud du Sous.

Le Ier janvier I9Io, le lieutenant-colonel Patey avait pris la direction de la Mauritanie. Il organisa le territoire en répartissant les tribus sous le commandement de quelques chefs agréés par nous, diminua le nombre des postes fixes, qui absorbaient de gros effectifs sans utilité, et augmenta celui des refuges dits « postes de nomadisation », en enrôlant le plus possible de Maures comme goumiers ou même comme soldats réguliers. Le calme s’étant fait dans le pays, le géologue Chudeau put étudier la contexture du massif de l’Adrar, pendant que le professeur Gruvel poursuivait ses études de la faune marine, des ressources qu’offrait la baie du Lévrier et de l’installation de pêcheries à Port-Etienne. Les soumissions nouvelles reçues en I9Io furent nombreuses et importantes, sans nécessiter de mesures militaires spéciales.

En IgIı il suffit d’une simple colonne pour déterminer la prise de Tichit, à l’est de Tagant, et la capture de l’ancien émir de l’Adrar, Ahmed ould Aïda. Après quoi, le lieutenant-colonel Mouret succéda au lieutenant-colonel Patey. Des rezzous

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troublant de divers côtés la tranquillité de la colonie et pouvant compromettre sa sécurité, le nouveau commandant conçut le projet hardi d’aller les frapper à la source même de leur recrutement et, mettant ce projet à exécution, il entreprit en février-mars 1913 un raid sur la Saguiet-el-Hamra, foyer de la puissance d’EI- Hiba, qui avait succédé à Ma-el-Ainine. Ce raid se termina le 1o mars par le combat de l’Oued Tagliatt. Il s’acheva par un succès pour nos armes, mais il eut des conséquences malheureuses. Violemment excité par l’attaque dont il avait été l’objet au cœur même de sa zone d’influence, El-Hiba dépêcha son frère Laghdaf auprès des Regueibat et des Oulad Delim et, par des menaces en même temps que par des promesses, les amena à entrer tous en dissidence. Celles de leurs fractions qui, depuis leur soumission, vivaient en paix sur le territoire de la Mauritanie, repartirent dans le Nord, après avoir pillé le Trarza et l’Adrar, et les rezzous furent plus nombreux que jamais. Le 18 septembre, un détachement de méharistes était surpris au pâturage et massacré à Boutilis, dans l’Adrar, par des dissidents venus du Nord.

En avril 1914, le lieutenant-colonel Mouret fut remplacé par le lieutenantcolonel Obissier, qui chercha à pratiquer une politique d’apaisement.

Le lieutenant-colonel Gaden continua la politique prudente de son prédécesseur mort à Saint-Louis le 17 novembre 1916⁠ ⁠; sous l’administration de l’un et de l’autre, un calme aussi complet qu’on pouvait le désirer régna et les Maures contribuèrent de leur mieux au ravitaillement de la métropole en recueillant et en apportant aux escales du Sénégal de grandes quantités de substances tannantes.

L’année 1918 marqua quelques légers changements dans l’administration. Le besoin d’un chef unique se faisait sentir au Tagant où Abderrahman ould Bakkar ould Soueid Ahmed fut investi des fonctions d’émir. En septembre, une députation des Oulad Delim du Sud marocain vint à Saint-Louis faire les offres de soumission.

Le 22 janvier 1919 arrivait à Atar un fils de Ma-el-Ainine, nommé Talib Khiar, demandant à rentrer en grâce auprès de nous. Il fut conduit à Dakar par le cheikh Sidia, et fit sa soumission au gouverneur général. Le 23 juin mourait son neveu El Hiba, fils et successeur de Ma-el-Ainine, demeuré notre ennemi jusqu’à son dernier jour⁠ ⁠; il fut remplacé par Meribbi Rebboh, qui continua, de sa résidence située au sud du Dara, à fomenter des intrigues contre nous. Le 9 août, le lieutenant-colonel Gaden était nommé gouverneur des colonies, tout en conservant ses fonctions de commissaire en Mauritanie.

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Depuis ce temps, notre souveraineté n’a plus été contestée en Mauritanie. Toutefois, si de 1919 à 1923 la situation fut particulièrement bonne grâce à la politique d’ « apprivoisement » pratiquée par le nouveau gouverneur, depuis 1923, des rezzous fréquents vinrent troubler la colonie et nous coûtèrent encore des vies humaines. Faut-il citer en 1923 le massacre de Cherick où succombèrent le lieutenant Bédmier, un caporal français et 21 tirailleurs⁠ ⁠; en 1924, l’attaque des postes de Port-Etienne et de Chinguetti, du peloton méhariste d’Atar et du 2º peloton méhariste à Lekdim⁠ ⁠; en 1925, l’attaque du ter peloton méhariste à Treyfia au cours de laquelle fut tué l’héroïque capitaine de Girval⁠ ⁠? A la suite de ces événements, des mesures d’ordre militaire et politique furent prises qui eurent les plus heureux effets⁠ ⁠; en juillet 1926, un rezzi de 300 fusils fut complètement défait par SENTINELLES TARGUI nos goumiers de l’Adrar (D’après un dessin de Mme Paule Crampel). et nos gardes réguliers maures⁠ ⁠; en 1927, une seconde attaque de Port-Etienne échoua et les agresseurs furent poursuivis jusqu’au rio de Oro, abandonnant des morts et des prisonniers. En 1928 enfin, un gros rezzi fut éventé dès sa formation en territoire espagnol et vigoureusement accroché lors de son apparition en Mauritanie.

SENTINELLES TOUAREG, d’après un dessin de Mme Paule Crampel
Gravure SENTINELLES TOUAREG, d’après un dessin de Mme Paule Crampel

Il est donc certain que la réorganisation de nos forces de police désertique a eu d’excellents résultats, tout en faisant observer que le rôle assigné à nos postes et à nos formations mobiles, en Mauritanie, reste difficile et ingrat parce que la plupart des bandes pillardes s’organisent loin de nos informateurs dans la colonie espagnole du rio de Oro et qu’elles trouvent un refuge assuré dans ce même territoire où il nous est interdit de les poursuivre.

Après M. Gaden, les derniers gouverneurs de la Mauritanie furent MM. Choteau et Chazal.

327 ALGÉRO-SOUDANAISE

L’ancien Soudan français avait été reconstitué par le décret du 18 octobre 1904, sous le nom de Haut-Sénégal et Niger, et le gouvernement de la colonie avait été confié à William Merlaud-Ponty, qui l’administrait en fait depuis plusieurs années déjà avec le titre plus modeste de délégué. Son activité eut surtout à se manifester dans la direction de la politique saharienne et des opérations militaires qui durent être effectuées à cette époque contre les Touareg, ainsi que dans les pays situés entre le Niger et le Tchad. Le colonel Aymerich, chargé du commandement des territoires réunis de Tombouctou et de Zinder-Niamey, fit créer en 1904 trois postes entre Zinder et le Tchad, et un autre à Agadès, dans l’Air. En 1905, le lieutenant Ayasse atteignait Bilma, le 4 février, et y fondait aussi un poste pour surveiller le Kaouar et la route des caravanes vers le Tibesti et le BATIMENT A COLONNADES A ZINDER (D’après le Tour du Monde (190g). Fezzan.

BATIMENT A COLONNADES A ZINDER
Gravure BATIMENT A COLONNADES A ZINDER

A la fin de l’année 1905 éclata, dans le Djerma, jusque-là fort tranquille, une révolte assez sérieuse, à l’instigation d’un marabout nommé Saïdou. La rébellion gagna rapidement les alentours du Dosso et menaça tout le Djerma. On put même craindre un instant que les Touareg de la boucle du Niger ne prissent part au mouvement. Firhoun s’employa à les maintenir dans le devoir, et à la suite de quelques mouvements de troupes où deux de nos officiers trouvèrent la mort, la rébellion fut réduite au début de mars 1906 par la défaite et la mort de l’un de ses chefs nommé Oumarou.

Dans le même temps, la jonction algéro-soudanaise, jusqu’alors simplement tracée sur le papier, se trouva réalisée, d’abord par un mouvement combiné du capitaine Laperrine, parti d’In Salah, dans le Sud algérien, et du lieutenant Cortier, parti le 20 avril 1906 de Bou Djebiha dans la région de Tombouctou, puis par un autre mouvement, plus à l’Est, où le capitaine Arnaud, parti également d’In Salah, se rencontra le 28 avril 1907 à Timiaouine avec deux pelotons méharistes venus du Soudan. Le capitaine Laperrine et le lieutenant Cortier s’étaient rencontrés au puits de Guettara : le détachement Cortier ayant traversé en trente jours un désert long de 500 kilomètres, où il n’avait rencontré qu’un seul puits d’eau avant d’atteindre Taodénit.

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A partir de ce moment, la traversée du Sahara sembla devenir une sorte de simple jeu sportif : vers la fin de la même année 1907, M. Félix Dubois, sans aucun compagnon européen et sans escorte militaire, se rendait d’Alger à Tombouctou, où il arrivait le 8 décembre.

Sur un autre point de la colonie, nos frontières prenaient également une forme ou plus rationnelle ou plus définitive. Nos limites avec la Nigéria anglaise avaient été fixées d’une façon plutôt géométrique par le traité de 1898. Des conversations s’engagèrent à Londres du 16 au 25 octobre 1905, puis en mars 1906, à l’effet de mettre au point le traité. Elles aboutirent à un tracé où il était tenu compte des réalités physiques et politiques et à l’envoi sur place d’une double mission française et britannique, placée respectivement sous les ordres du capitaine Tilho et du major O’Shee. Les opérations d’abornement durèrent jusqu’en février 1908 et se terminèrent à Kouka. Le gouverneur Clozel fut dési- MEHARISTES, - L’AFFAIRE D’ACHOURAT gné en 1908 pour prendre la succession de M. Ponty. Il s’installa au palais de Koulouba, qui fut achevé la même année et Bamako devint le chef-lieu effectif de la colonie.

Comme son prédécesseur, il eut surtout à s’occuper de la situation des confins sahariens, tant à l’ouest qu’à l’est du Niger. Aucun incident grave ni cette année ni en 1909, car on ne saurait accorder une véritable importance aux opérations du lieutenant Paquette dans le Hodh, ni à celles du lieutenant Dromard du côté de Bilma, ni enfin à celles du commandant Laverdure du côté de Baney. Toutes répondaient à des nécessités du moment, aucune à un danger réel.

Se tournant alors du côté du Nord, Clozel inaugura en 1909 un nouveau système de police, destiné à mieux assurer la sécurité des régions sahariennes. Jusqu’alors, nos formations méharistes avaient été cantonnées dans la zone soudanaise, en sorte que, la plupart du temps, les rezzous avaient déjà accompli leur œuvre lorsque ces troupes étaient averties de l’arrivée des pillards⁠ ⁠; Clozel estima que, si nos formations méharistes étaient reportées au cœur même de la région parcourue par les rezzous, il leur serait plus facile de prévenir les pillages en courant sus aux pirates du désert avant qu’ils n’eussent pu mettre leurs desseins à exécution. Par application de ces principes, la section méhariste de Gao transporta son centre à Kidal et celle de Tombouctou, d’ailleurs quadruplée, fut transférée à Araouane. Cette dernière avait mission d’escorter chaque année la grande caravane, dite azalaï, qui allait chercher du sel à Taodénit, et, en outre, de surveiller le nord de la région de Tombouctou.

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Chaque année, cependant, les rencontres se multipliaient entre officiers soudanais et officiers algériens. En 1908, le capitaine Colonna de Lecca s’était rendu de Zinder dans l’Ahaggar en passant par Agadès. En 1909, des courriers transsahariens fonctionnent régulièrement et tous les deux mois entre In Salah et Gao, comme entre In Salah et Zinder. La même année, le colonel Laperrine, commandant le territoire des oasis sud-algériennes, vient visiter le territoire militaire du Niger et pousse une pointe jusqu’à Niamey. La jonction s’établit aussi de façon permanente entre l’Afrique occidentale française et l’Afrique équatoriale, par l’intermédiaire de Zinder et de Fort-Lamy, et la ligne télégraphique de Niamey à Zinder est poussée jusqu’à N’Guigmi, sur le Tchad.

Certains rezzous, il est vrai, continuent à venir jeter le trouble dans les régions pacifiées. Citons simplement celui d’Adoudé-Achgour, à 120 kilomètres au nordouest de Bilma, à la fin de juillet 1909, et celui de Gahoum-Dirki, à 60 kilomètres de cette même localité, au mois de novembre suivant. Plus grave et plus sérieux fut celui dont le capitaine Grosdemange fut la victime le 18 novembre de la même année. Le capitaine étant à Bou-Djébiha avec une partie de la section méhariste de Tombouctou-Araouane, apprend qu’un fort rezzou de Kounta dissidents et de Beraber s’approche, venant du Tafilalet. Il part à sa rencontre et le surprend aux puits d’Achourat, le 29 novembre, à 2 heures du matin. L’ennemi se retranche derrière ses chameaux et ses bagages et ouvre un feu violent⁠ ⁠; plusieurs de nos tirailleurs sont tués. Lorsque le jour, en se levant, permet mieux de voir autour de soi, le capitaine Grosdemange constate que le rezzou est nombreux, bien armé, et qu’il tire avec précision, ses hommes terrés dans le sable. Vers 9 heures du matin, une quarantaine de Beraber tentent un mouvement enveloppant. Le capitaine a le pied gauche fracassé par un projectile⁠ ⁠; il ne lui reste que 20 tirailleurs, dont plusieurs sont hors de combat. Bientôt une nouvelle balle atteint le capitaine Grosdemange. Avant de rendre le dernier soupir, il demande au lieutenant Morel de l’abandonner, mais celui-ci s’y refuse et le tirailleur Lamine Kétessa traduit le sentiment unanime de la petite troupe en disant : « Nous y a pas moyen laisser capitaine, nous y a morts ici tous. » Vers 9 heures et demie, le capitaine expire. Au même moment, coïncidence étrange, les ennemis, fatigués par la durée du combat, épuisés par des pertes sévères, peut-être aussi manquant de cartouches, rompent leur cercle. Un feu intense de nos hommes achève de les décontenancer. Ils s’enfuient en abandonnant leurs chameaux de bât, leurs bœufs de prise et la plus grande partie de leur bagage. Le lieutenant Morel put ramener à Bou-Djébiha le corps de son capitaine.

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Pendant que ces dramatiques incidents se passaient dans le Sahara, une révolte battait son plein chez les Habé. L’administrateur d’Arboussier, commandant le cercle de Bandiagara, en cherchant à désarmer les rebelles, fut attaqué dans les gorges de Pélinga et l’adjoint des affaires indigènes Veyres fut assailli et tué peu après, le 3 novembre 1909, à Kinian, au cours d’une tournée dans la région. A la fin de 1909, le commandant Cazeaux fut chargé d’une opération militaire contre les insurgés. La campagne fut particulièrement dure, en raison de la nature difficile du pays et de la résistance opiniâtre des révoltés, retranchés dans des nids d’aigles presque inaccessibles. Elle se termina cependant en I9Io par la prise du village de Kinian, la soumission des rebelles et la création d’un poste à Sangha, dans leur pays même.

Peu après, en juin I91o, eut lieu une réorganisation du territoire militaire qui, jusqu’alors, comprenait la région de Tombouctou et celle de Zinder, et avait son chef-lieu officiel à Niamey. La région de Tombouctou, tout en demeurant soumise au régime militaire, fit désormais partie intégrante de la colonie au même titre que les cercles civils et fut détachée du territoire militaire du Niger, dont le chef-lieu fut reporté à Zinder et qui constitua une unité distincte, tout en relevant encore de la haute autorité du lieutenant-gouverneur du Haut-Sénégal et Niger.

L’année suivante, à la demande du gouverneur Clozel, qui avait fait observer que l’éloignement de Zinder l’empêchait d’exercer utilement son autorité sur le territoire militaire du Niger, celui-ci fut détaché de la colonie du Haut-Sénégal et Niger et constitué en une unité administrative et financière autonome, à l’exemple de la Mauritanie, le commandant de ce territoire prenant le titre de commissaire du gouvernement général.

En 1913, le colonel Hocquart remplissant les fonctions de commissaire à Zinder, le commandant Læfler procéda à l’occupation du Tibesti et fonda un poste à Bardai. En 1914, le colonel Hocquart fut remplacé par le colonel Venel.

331 FIRHOUN

Nous sommes maintenant obligés de revenir en arrière pour faire le récit de nos difficultés avec les Oulmidden et leur chef Firhoun de 1908 à 1915, ce récit pouvant difficilement être coupé sans perdre de sa clarté et de son intérêt.

On avait créé en 1908, dans le cercle de Gao, une circonscription spéciale, dite secteur nomade de Ménaka, pour l’administration du territoire et de la tribu des Touareg Oulmidden. Mais la tâche était rendue difficile par le nomadisme de ces derniers et par le fait que plusieurs fractions, vivant tantôt à l’intérieur de la boucle du Niger et tantôt à l’extérieur, relevaient plus ou moins indirectement de l’autorité de l’aménokal Firhoun, sans pourtant lui obéir au même titre que les Oulmidden proprement dits. Tel était le cas, notamment, des Igouadaren, des Kel-Temoulait et des Imédedren de la boucle, qui, en 1908, se révoltèrent contre nous. Le colonel Laverdure, alors commandant du territoire de Tombouctou-Niamey, battit les révol- FIRHOUN, AMÉNOKAL DES OULMIDDEN tés le Io juin à Banéi et obtint (D’après un document du capitaine Aymard). leur soumission.

FIRHOUN, AMÉNOKAL DES OULMIDDEN, d’après un document du capitaine Aymard
Gravure FIRHOUN, AMÉNOKAL DES OULMIDDEN, d’après un document du capitaine Aymard

Il ne se passa rien de particulier en 1909, mais, en 1910, un rezzou d’Oulmidden assaillit une fraction des Kounta à Sellrech et à Kerchoud. Le capitaine Lauzanne, qui commandait le secteur de Ménaka, procéda alors à l’arrestation de 18 notables Oulmidden, dont le vieux Laouéï, prédécesseur de Firhoun. Ce dernier fut convoqué à Gao, pour répondre de sa conduite. Il y fut gardé jusqu’à l’arrivée du gouverneur Clozel, qui désirait s’entretenir avec lui et qui vint à Gao le 15 février I9II. Traduit devant le tribunal indigène, il fut condamné à une forte amende⁠ ⁠; les 18 notables arrêtés se virent infliger des peines d’emprisonnement variant de 6 mois à 3 ans⁠ ⁠; quant aux prises faites aux Kounta, les Oulmidden furent mis en demeure de les restituer. Trouvant cette sentence insuffisante, le commandant du cercle de Gao demanda en 1912 la déportation de Firhoun. Le commandant de la région de Tombouctou transmit la demande en émettant un avis défavorable, et Firhoun fut laissé en liberté et en possession de son commandement. Mais, quelques mois plus tard, les Oulmidden étant en retard pour l’acquittement de leur impôt, le lieutenant Richard, commandant du secteur de Ménaka, rendit Firhoun responsable de cette négligence et procéda à son arrestation. Le capitaine Pasquier, alors commandant du cercle de Gao, se rendit à Ménaka et fit relâcher l’aménokal. Il est curieux de constater combien Firhoun était d’autant plus ménagé par les autorités militaires de la région de Tombouctou que ces autorités étaient plus haut placées dans l’ordre hiérarchique et plus éloignées de sa résidence : le commandant du secteur de Ménaka ne montrait pas en général une très grande bienveillance pour ce chef⁠ ⁠; le commandant du cercle de Gao, quoique soupçonneux vis-à-vis de Firhoun, le traitait avec moins de rigueur⁠ ⁠; enfin le commandant de la région de Tombouctou était toujours disposé à l’indulgence et à la confiance. Cette différence d’humeur, qui peut aisément s’expliquer, eut certainement des conséquences fâcheuses, en créant, dans notre politique à l’égard de ce chef, des flottements qui n’échappaient point à la sagacité de Firhoun.

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En 1913-1914 régna, dans le nord de la boucle du Niger et dans la vallée moyenne du fleuve, une famine causée par le manque de pluies durant l’été de 1913. Cette circonstance contraignit les Oulmidden à descendre vers le Sud, où ils trouvaient quelques vivres et pour leurs chameaux de meilleurs pâturages. Lorsque les pluies de 1914 vinrent, en juillet, faire reverdir la vallée du Tilemsi, ils remontèrent vers le Nord. Ce mouvement, pourtant fort naturel, fut interprété par des esprits inquiets comme une manifestation de dissidence et motiva des reproches qui, n’étant aucunement fondés, furent vivement ressentis par Firhoun. Le fait coïncidait avec l’arrivée au Soudan des premières nouvelles de la guerre européenne. Un marabout nommé Mohammed Alamine, qui prétendait recevoir des informations spéciales par la voie de la Tripolitaine, raconta que les Français étaient battus par les Turcs et par les Allemands, alliés de ces derniers, et que le moment était venu de se débarrasser des quelques troupes que nous possédions en Afrique. Ces exhortations tombaient dans des oreilles bien préparées à les accueillir. Les Oulmidden se révoltèrent en masse, Firhoun à leur tête et, en octobre I914, l’état de siège était proclamé dans la région de Tombouctou. Tous les Touareg voisins du Niger étant prêts à suivre Firhoun, il n’y avait pas à tergiverser. Le capitaine Ferron, venu de Gao avec 40 tirailleurs, arriva à Ménaka le 27 octobre et, le 3 novembre, s’empara de la personne de Firhoun, qu’il remplaça comme aménokal par son frère Zohor et amena prisonnier à Gao le 20 novembre.

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En décembre, le gouverneur Clozel et le chef de bataillon Cauvin, commandant de la région de Tombouctou, se rendirent à Gao pour examiner la situation et décidèrent de déférer Firhoun au tribunal de cercle de Gao, sous l’inculpation d’excitation à la révolte. Le 15 janvier 1915, ce tribunal rendit son arrêt : Firhoun et cinq notables de sa tribu étaient condamnés à dix ans de prison et vingt ans d’interdiction de séjour, pour propagation de bruits de nature à nuire à l’autorité française, tentative de soulèvement et actes de pillages à main armée. Pendant que l’ex-aménokal était dirigé sur la prison de Tombouctou, le commandant Cauvin alla à Ménaka et procéda sur place à une enquête qui lui inspira des doutes sérieux sur la culpabilité de ce chef⁠ ⁠; il retrouva le marabout Mohammed Alamine et apprit que le rôle primordial, dans la tentative de soulèvement, avait été joué par ce dernier personnage. Ces considérations, consignées dans un rapport qui fut communiqué à la Chambre d’homologation de la cour d’appel, à Dakar, amenèrent les magistrats à réduire de moitié, le 9 juin 1915, la peine prononcée par le tribunal de cercle de Gao. De son côté, le commandant de la région de Tombouctou établissait un recours en grâce, qui était transmis au chef de l’Etat.

La réponse du chef de l’Etat tardait à arriver, mais l’on ne doutait pas à Tombouctou qu’elle ne fût favorable et, en janvier I916, le commandant de la région rétablissait solennellement Firhoun dans ses fonctions d’aménokal à Kidal, en présence d’un groupe de Hoggar et de Chamba, venus du Sud algérien⁠ ⁠; il fut ramené à Gao en attendant que la décision du président de la République permit de le laisser exercer les fonctions royales dont on venait de le réinvestir.

Or, dans la nuit du 13 au 14 février 1916, Firhoun et ses co-détenus s’évadèrent dans la direction de l’Est. Bientôt ils s’emparaient de trois goumiers touareg de Ménaka, en mettaient deux à la torture pour les punir de s’être engagés au service des Français et proclamaient la révolte générale des Oulmidden⁠ ⁠; Firhoun adressa même une lettre de menaces au commandant du secteur de Ménaka. Coïncidence curieuse, la grâce de ce chef avait été signée par le président de la République le ı2 février, la veille même de l’évasion, et la nouvelle en avait été transmise à Tombouctou par le télégraphe. Sans tarder, le commandant de la région envoya après Firhoun un courrier spécial, porteur de la décision présidentielle. Le messager atteignit l’aménokal le 25 février⁠ ⁠; celui-ci prit connaissance du message avec un dédain marqué et chargea l’envoyé d’inviter son maître à se faire musulman s’il ne voulait pas le rencontrer comme ennemi sur le sentier de la guerre. Puis il écrivit à Mohammed Ahmed pour lui dire qu’il allait commencer la guerre sainte.

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Elle commença, en effet, aussitôt. Firhoun fit attaquer le poste de Ménaka les 13 et 28 mars, avec le concours d’une harka d’Oulad Djerir, venue du Sud marocain. L’une et l’autre attaques furent repoussées. Changeant alors de tactique, les Oulmidden tombent le 9 avril sur le petit poste de Filingué, où ils sont accueillis par une fusillade meurtrière. Cependant, une fois passé le premier moment de surprise, notre défense s’organise, avec la collaboration des troupes du Sud algérien. En moins de deux mois, le 7 mai, cinq détachements se trouvent réunis au confluent de l’oued Azaouak et de l’oued Assakaré, où les informations reçues signalaient la présence de Firhoun et du gros de ses forces. C’est là en effet que s’étaient retranchés les Oulmidden, dans une forêt marécageuse. VILLAGE DE GAO Le vieux Laouei con- (D’après un document du capitaine Aymard). seilla à Firhoun de se rendre, mais ce dernier refusa et se prépara au combat. Le 9 mai, avant l’aube, le capitaine Loyer, qui s’était installé sur un piton rocheux dominant la forêt, lança le gros de ses forces sur les Oulmidden en contournant celle-ci, tandis que des tireurs demeurés sur le piton retenaient sur ce point l’attention de l’ennemi. Surprise par une charge à la baïonnette, l’armée de Firhoun s’enfuit, prise de panique, et laissant sur le terrain plusieurs centaines de morts, parmi lesquels était Zohor, frère de l’aménokal. Nous ramassâmes 5 000 chameaux, 15 000 bœufs et 30 000 moutons, qui furent répartis à titre de récompense entre les auxiliaires touareg et chamba, ainsi que 700 femmes et enfants, dont une sœur de Firhoun, que nous conservâmes comme otages. Firhoun lui-même s’était enfui vers le Nord. Il fut tué le 25 juin 1916 par un Targui de l’Ahaggar.

VILLAGE DE GAO, d’après un document du capitaine Aymard
Gravure VILLAGE DE GAO, d’après un document du capitaine Aymard

Akorakor, successeur éventuel du défunt, vint annoncer sa mort en juillet au lieutenant Depiesse, à Ménaka, et lui remit en même temps le bonnet servant de couronne aux aménokal des Oulmidden, affirmant par là la soumission de toute la tribu. Tous les notables, dont le plus âgé et le plus respecté, l’ancien aménokal Laoueï, se rendirent à Gao, où leur soumission fut reçue le rer septembre par le capitaine Réchaussat, et Akorakor fut proclamé aménokal par ses pairs.

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L’intérim du gouvernement de la colonie du Haut-Sénégal et Niger, au départ de M. Clozel pour Dakar, fut confié au commandant Digue, directeur du chemin de fer, qui l’exerça de 1915 à 1916. Cette période fut troublée par quatre révoltes d’inégale importance, celle des Bambara du Bélédougou en 1915, celle des Bobo et Marka des cercles de Dédougou, San et Bobo-Dioulasso en 1915-1916, et celles d’une partie des Touareg de la boucle du Niger également en 1915-1916 et des Touareg Oulmidden en 1916.

La première fut motivée, semble-t-il, par le mécontentement qu’avait causé le recrutement supplémentaire de 1914⁠ ⁠; elle se produisit presque au moment de la mort de M. Ponty et fut réprimée rapidement par les troupes stationnées près de Bamako, avant que le mouvement ait eu le temps de se propager au delà d’un petit noyau de mécontents.

La seconde trouva son origine principalement dans le mécontentement produit par le recrutement de 1915, et, subsidiairement, dans les excitations de quelques chefs jaloux de voir diminués leurs antiques prérogatives⁠ ⁠; à cela, il convient d’ajouter les bruits, semés par quelques fanatiques musulmans et exploités par les prêtres de la religion animiste, bruits tendant à faire croire que la France était à l’agonie et que le moment était venu de secouer son joug. En dépit de la source de ces bruits, les musulmans de la région, à de rares exceptions près, ne prirent point part à l’insurrection, qui conserva un caractère très nettement animiste et qui fut dirigée en majeure partie par des prêtres de la religion locale ou des devins réputés et redoutés. Elle fut très dure à réprimer et, un instant, menaça de s’étendre à un grand nombre des peuplades habitant à l’intérieur de la boucle du Niger. Après l’échec subi par une colonne qui, sans doute, ne disposait pas des effectifs ni des moyens nécessaires en face d’un ennemi farouchement déterminé à périr plutôt que de se rendre et retranché dans des forteresses presque inexpugnables, les administrateurs des cercles contaminés par la rébellion firent les plus louables efforts pour l’empêcher de se propager, tandis qu’on organisait à la hâte une importante expédition militaire. Celle-ci parvint, au prix de durs combats, à soumettre une à une les fractions révoltées et à rétablir la sécurité vers le milieu de l’année 1916.

LE SIEGE D’AGADES

Quant aux Touareg de la boucle du Niger, ils ne firent que continuer leurs rébellions coutumières, sans troubler sérieusement la tranquillité du pays. Notre vieil ennemi, le marabout Mohammed Ahmed, était le véritable inspirateur de tous ces mouvements, dont un nommé Mamadou Ottam fut l’agent le plus actif⁠ ⁠; tous furent réprimés par les capitaines Fourcade et Réchaussat, sans trop de pertes de part et d’autre, mais Mohammed Ahmed lui-même parvint à échapper à nos poursuites et finit en 1917 par se réfugier dans le Fezzan, où il devait se rencontrer avec Kaosser, dont nous allons voir l’entreprise avortée contre Agadès. Dans le territoire du Niger, l’année 1916 fut également fertile en événements aussi graves qu’imprévus. Par suite de l’obligation de renvoyer en Europe tout ce qui n’était pas strictement nécessaire à la conservation de nos domaines africains, le colonel Mourin, commissaire du gouvernement, crut plus sage d’ordonner en juillet 1916 l’évacuation du poste de Bardaï par lequel nous tenions le Tibesti et le gouverneur général approuva cette mesure, dont les conséquences furent pour ainsi dire immédiates.

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Dans les derniers jours de décembre, on apprit que notre poste d’Agadès, dans l’Air, était investi par une armée venue du Fezzan, sous la conduite de Kaossen, chef d’une fraction des Kel-Air depuis longtemps en dissidence, et pourvue de deux canons, de plusieurs mitrailleuses et d’un millier de fusils modernes, le tout pris aux Italiens lors de leur retraite vers le nord de la Tripolitaine. Tegama, sultan d’Agadès, faisait cause commune avec l’ennemi.

Le capitaine Maffre, qui escortait la caravane de sel revenant de Bilma et qui ignorait la présence dans l’Air de Kaossen et de son armée, fut surpris à une étape d’Agadès par une colonne envoyée à sa rencontre par Kaossen⁠ ⁠; blessé, il parvint pourtant, avec quelques tirailleurs, à échapper à l’ennemi et à gagner Zinder, où il apporta la nouvelle du siège d’Agadès, le reste du détachement fut entièrement massacré. Bientôt, on sut que Kaossen agissait par ordre du chef de la confrérie des Senoussiya, qu’il avait reçu de ce dernier l’investiture et que c’étaient ses hommes qui, en se rendant du Fezzan à Agadès, avaient assassiné à Tamanrasset le père de Foucauld.

Les quelques troupes dont disposait le colonel Mourin ne pouvaient affronter un adversaire de cette envergure. D’autre part, laisser Agadès tomber aux mains de l’ennemi eût eu les conséquences les plus désastreuses, entraîné la révolte de tous les Touareg, constitué une menace pour tout le nord du Soudan et accru les difficultés, déjà suffisamment sérieuses, de la Tunisie et de l’Algérie. On fit donc diligence à Dakar pour envoyer tous les renforts possibles. Presque tout ce qu’il y avait de tirailleurs et d’artillerie de campagne fut expédié à Zinder, on les embarqua sur un vapeur de commerce qui se trouvait en rade et qui les emmena à Lagos, d’où sir Frederick Lugard, gouverneur général de la Nigéria, prévenu, les fit acheminer en deux jours sur Kano par le chemin de fer et de Kano à Zinder au moyen de convois de chameaux et d’automobiles. En même temps une colonne légère était expédiée de Tombouctou, et un détachement envoyé du Sud algérien. Dès que le tout fut arrivé à Zinder, le colonel Mourin prit le commandement de l’expédition, et marcha sur Agadès, qu’il délivra en mars 1917, après un siège de trois mois durant lequel notre poste, héroïquement défendu par le capitaine Sabatier, avait subi plusieurs bombardements et refoulé plusieurs assauts.

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La poursuite de Kaossen et de Tegama à travers le massif montagneux de l’Air fut extrêmement pénible. L’ennemi ne nous cédait le terrain que pied à pied et, presque chaque jour, la colonne Mourin avait à livrer de durs combats en un pays propice aux embuscades et où le manque d’eau faisait cruellement souffrir nos troupes. Cependant Kaossen éprouva des pertes sensibles et, manquant de munitions, dépouillé par nous d’une partie de son artillerie, harcelé par les Touareg du fidèle aménokal du Hoggar, qui concourait avec nous à la poursuite de l’ennemi, il finit par être obligé de se réfugier au Fezzan, où il devait mourir peu après. L’Air et notre prestige étaient sauvés et le colonel Mourin put passer au colonel Méchet le commandement du territoire du Niger dans des conditions satisfaisantes. Le sultan rebelle Tegama devait être capturé en 1919.

Tels sont les événements d’ordre militaire qui, de 1904 à la fin de la grande guerre européenne, ont troublé notre colonie soudanaise⁠ ⁠; depuis ce moment jusqu’à nos jours, nulle agitation sérieuse n’a secoué le pays, dont l’histoire est devenue purement administrative ou économique.

LA GUINÉE

Après le commandant Digue, les gouverneurs titulaires du Soudan furent MM. Antonetti, Brunet, Olivier et Terrasson de Fougères⁠ ⁠; ceux de la Haute Volta, MM. Hessling et Fournier⁠ ⁠; ceux de la colonie du Niger, MM. Brévié et Choteau. excellente de 1904 à 1907, sauf pourtant au Fouta-Djallon, où En Guinée française, la situation politique fut en général l’on dut procéder, en 1905, à l’arrestation d’Alfa-Yaya, chef du canton de Labé, qui cherchait à susciter une rébellion. Quant à la prospérité économique, elle nécessita en 1906 la création d’une chambre de commerce à Conakry.

Les années suivantes, sous les gouvernements de Liotard (1908-1910), Camille Guy (I910-1913) et Peuvergne (1913-1915), la tranquillité fut de nouveau troublée dans le Fouta-Djallon par quelques mouvements de fanatisme musulman. Mais, sous l’administration de M. Poiret, qui n’a cessé d’être lieutenant-gouverneur

HISTOIRE DES COLONIES. T. IV.

338 LA COTE DIVOTRE

de cette colonie de 1916 à 1930, la colonie entra enfin dans une voie de développement agricole qui s’accentue chaque année. d’abord l’attention du gouvernement local après l’organisa- Des questions de frontière ou d’abornement occupent tion définitive du gouvernement général en 1904. Le voisinage des territoires attribués à la République de Libéria dans lesquels régnait la plus grande anarchie, ne fut pas sans nous causer nombre d’ennuis, d’autant plus difficiles à faire disparaître que la frontière entre cet Etat et nos colonies de la Guinée française et de la Côte d’Ivoire manquait de précision. La convention franco-libérienne du 8 décembre 1892 avait bien eu l’intention de fixer la ligne de démarcation, mais elle était inapplicable puisqu’elle indiquait comme amorce de cette ligne le Cavally depuis son embouchure jusqu’à son confluent avec le Fodédougouba et que ce dernier cours d’eau n’existait pas. Bien mieux, en 1905-1906, au cours d’une reconnaissance, le capitaine Laurent s’aperçut que ce que l’on avait pris pour le cours supérieur du Cavally était en réalité un fleuve complètement distinct appelé Nuon dans sa partie supérieure et que c’était ce fleuve et non le Cavally qui devait constituer

PORTO-NOVO. PASSAGE DE LA BARRE (D’après un dessin de Mme Paule Crampel).

PORTO-NOVO, PASSAGE DE LA BARRE, d’après un dessin de Mme Paule Crampel
Gravure PORTO-NOVO, PASSAGE DE LA BARRE, d’après un dessin de Mme Paule Crampel
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la frontière dans le haut pays. Cette imprécision rendait fort délicate la tâche des officiers chargés des postes frontières⁠ ⁠; il fallait constamment se tenir en garde contre les bandes de pillards qui prétendaient faire partie du territoire de la république voisine.

La question fut réglée en 1907, au cours d’un voyage que M. Arthur Barclay, alors président du Libéria, fit à Paris. Il conclut, le 18 septembre, un nouvel arrangement relatif à la commune frontière. Le tracé, depuis la colonie anglaise de Sierra-Leone jusqu’à la source de la Nuon, était à déterminer sur le territoire de façon à tenir compte de nos droits acquis⁠ ⁠; ensuite, c’était le cours de la Nuon qui devait servir de limite, depuis sa source jusqu’à la hauteur de Toulépleu, la frontière gagnant de là le Cavally et suivant le thalweg de ce fleuve jusqu’à son embouchure. La délimitation en fut faite en 1909 par une commission mixte.

Rien de particulièrement grave n’est à signaler dans les années qui suivent, mais la sécurité ne règne toujours pas. Si, dans le Nord de la colonie, l’autorité civile a pu remplacer l’autorité militaire dès 1904, les pays du Sud restent plus agités. Dans le Baoulé, le commandant Betsellière dut, en 1905, châtier les insolences répétées des Agba en conduisant contre eux une colonne de 400 fusils⁠ ⁠; puis, plus près de la côte, ce sont les Ebrié qui se révoltent⁠ ⁠; dans le haut Sassandra, les Bêté assassinent un commis des affaires indigènes et bloquent M. Bouvet, chef de poste de Daloa, dans sa résidence.

Le capitaine Schiffer, venant de Sassandra, le capitaine Thévenin et le lieutenant Ripert, venant de Séguéla, et le capitaine Rimbaud, venant de Grand- Lahou, se dirigèrent en même temps sur Daloa et le dégagèrent.

Plus à l’ouest, entre le haut Sassandra et la haute Nuon, M. Delafosse reprenait à la même époque les tentatives d’occupation qui avaient été interrompues depuis 1899. Un poste fut fondé à Danané, entre le Cavally et la Nuon.

En 1907, on procéda à l’occupation du pays des Gouro. Poursuivant son œuvre de pénétration entre le haut Sassandra et la frontière libérienne, Delafosse se rendait avec le capitaine Caveng de Séguéla à Sémien, centre principal des Ouobé, traversait le pays montagneux des Toura, parvenait à Man, où il obtenait la soumission des chefs demeurés hostiles depuis le départ de la mission Wælffel-Mangin en 1899.

Peu après, le capitaine Caveng ayant voulu, en partant de Séguéla, joindre chez les Gouro le point d’Elengué, est attaqué et tué, le I2 juin 1907, non loin de Bouaflé, par un parti de Gouro réfractaires⁠ ⁠; le lieutenant Ripert, qui l’accompagnait, repoussa les agresseurs et parvint à ramener à Mankono le corps de son chef. Cet incident malheureux fut le signal d’une révolte générale des Gouro. Quelques jours plus tard, le lieutenant Beigbeder était assailli et blessé près du village de Boua. Un acte fâcheux, commis le 8 octobre par des gardes de police, devait étendre la rébellion parmi les Bêté, qui avoisinent les Gouro au sud et à l’ouest : ces gardes, s’étant pris de querelle avec le frère du chef de Laba, en pays bêté, tuèrent cet homme⁠ ⁠; aussitôt, tous les villages de la contrée prirent les armes et les Bêté vinrent mettre le siège devant le poste de Daloa, que commandait le lieutenant Hutin. Le capitaine Schiffer, partant de Soubré, et le capitaine Doualin, venant de Sinfra, se portèrent au secours de Daloa⁠ ⁠; ils y arrivèrent le I2 novembre 1907, après avoir eu à soutenir de vifs combats, et apprirent que le lieutenant Hutin, attiré dans un guet-apens, avait été tué le 30 octobre. D’autre part, après le départ de Soubré du capitaine Schiffer, ce dernier poste avait été attaqué et cerné à son tour, et il ne fut dégagé qu’au début de décembre par le commandant Betsellière et le capitaine Délibéros.

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Ce trop bref résumé de la situation montre combien celle-ci était critique, à la fin de 1907, dans une grande partie du centre et du sud de la colonie.

M. Angoulvant succéda en 1908 au gouverneur Clozel, passé au Haut- Sénégal et Niger. M. Angoulvant, dès son arrivée à Bingerville, se rendit compte qu’à l’exception des cercles du Nord, libérés par les troupes du Soudan de la tyrannie de Samori et d’autres chefs de bande de moindre envergure, l’ensemble de la colonie n’offrait que les apparences, parfois très discutables, d’une sécurité trompeuse, parce que, sous l’empire de sentiments généreux mais utopiques, on avait voulu, au début, procéder à des annexions par des moyens pacifiques. Le résultat était que la plupart des populations du Sud et du Centre, en général d’un caractère indépendant, n’étaient que virtuellement soumises. S’inspirant de l’œuvre accomplie à Madagascar par Gallieni, le nouveau gouverneur conçut et fit adopter par le gouverneur général Ponty un plan de pacification méthodique, ce système dit de la tache d’huile. Comme M. Angoulvant resta gouverneur pendant dix ans de suite, de 1908 à 1918, cette circonstance lui permit d’achever l’entreprise qu’il s’était imposée.

Les deux premières années furent une période de préparation. En 1908, ce fut la pénétration des pays gouro et bêté et la création des postes de Vavoua et de Zuénoula. Des opérations dans le Baoulé contre les Ayou et les Akoué, dans la région d’Osrou et chez les Dida sont les événements de l’année 1909. Le lieutenant-colonel Betsellière, le commandant Noguès, le capitaine Lalubin, les lieutenants Pellé et Bouet, les administrateurs Lamblin et Terrasson de Fougères furent les principaux artisans de la pacification.

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Les opérations militaires de plus haute envergure ne commencèrent qu’en 1910. En principe, on devait d’abord s’attacher à réduire à merci le clan des Ngban, le plus ancien et le plus tenace de nos ennemis du Baoulé. Mais les circonstances firent porter le premier effort sur les Abé ou Abbey, tribu habitant dans le nord d’Abidjan et dont le territoire se trouvait traversé par la ligne du chemin de fer. Celle-ci était alors construite à peu près jusqu’au Nzi et la portion la plus difficile à établir, celle qui court en forêt dense, se trouvait presque achevée. Les Abé, dont le pays est coupé précisément par cette portion de la ligne, n’avaient pas fait d’opposition à la construction de la voie ni des gares, mais, n’ayant jamais été soumis, ils se tenaient à l’écart. Vers la fin de 1909, un incident imprévu causa chez ces indigènes, profondément superstitieux, une grande surexcitation. Un terrain consacré au culte des ancêtres, et dont la direction des travaux du chemin de fer ignorait complètement le caractère et la destination, avait été bouleversé par les terrassiers. Après avoir couvé quelque temps en silence, la révolte éclata au début de janvier I9Io. Sur le conseil de leurs prêtres et de leurs devins, les Abé s’en prirent au chemin de fer, considéré comme responsable du sacrilège commis, et à ceux qui en usaient ou le faisaient marcher, et ils commencèrent par arrêter un train et massacrer les voyageurs qui s’y trouvaient. Le 6 janvier, M. Angoulvant apprend que 200 Abé en armes se disposent à attaquer la gare d’Agboville. Le lieutenant Dhomme est envoyé pour les châtier. Le 7 janvier, il est à Agboville, où il est rejoint le 13 par le commandant Noguès, accouru à son secours. La voie est réparée, mais en même temps on apprend que les Agba se sont révoltés dans le nord de Dimbroko. Leur mouvement est imité dans toute la région environnante chez les Attié, les Ngban, les Ouellé et bientôt c’est une insurrection générale⁠ ⁠; elle couvre toute la forêt depuis la basse Comoé jusqu’à la vallée du Nzi.

La situation avait paru assez inquiétante pour déterminer le gouverneur général Ponty à venir en conférer sur place avec le lieutenant-gouverneur de la Côte d’Ivoire. Il arriva à Grand-Bassam le 8 février, en même temps que deux compagnies et demie de renfort sous les ordres du commandant Morel. Les troupes furent alors réparties entre Dimbokro, Agboville, la voie ferrée et Bonzi. Le commandant Noguès, rapatrié le 7 avril, fut remplacé par le commandant Maritz, qui fit fouiller méthodiquement la région insurgée, procédant au fur et à mesure au désarmement des indigènes. Ce système, continué par le capitaine Jacobi, finit par briser en juin la résistance des Abé, qui, en octobre, pouvaient être considérés comme soumis.

342 PONT DE LIANES SUR LE CAVALLY

Les opérations contre les Ngban durèrent jusqu’au rer août. Elles furent rendues difficiles par la nature du pays, l’opiniâtreté de nos adversaires et leur habileté à se retrancher. Après avoir été délogés, au cours du mois de mai, de leurs retraites voisines du Nzi, ils se concentrèrent, comme plusieurs années auparavant, sur la montagne dite Ouroumbo Boka, que le commandant Morel enleva d’assaut le 15 juin, grâce au concours de l’artillerie. La révolte continua encore çà et là, en dépit de quelques redditions, jusqu’à ce que la capture des principaux chefs amenât, le 3ı juillet, la soumission de tous les Ngban du Sud, répandus entre le Nzi et le Bandama. Quant à la pacification du pays des Agba, elle fut conduite par le commandant Maritz, assisté du capitaine Bouvet. Elle débuta le ter juillet, fut marquée le 28 juillet par la prise de Dida-Mossou, principal centre de résistance des Agba et se termina par le désarmement de la popu- (Document de la mission Hostains d’Ollone). lation. Dans le même temps, le lieutenant Javouhey poursuivait la soumission des Oulé, Béléfoué, Saléfoué et autres tribus établies entre ce pays et la Comoé. La défaite du chef Boni Ndiolé, le 9 septembre, et la prise du village d’Alangbakro, le 21, décidèrent de la soumission des Saléfoué. La prise de Kodokokré, le 2ı octobre, détermina la déroute des Oulé de l’Est. Ceux de l’Ouest furent réduits en novembre par le capitaine Richard, ainsi que les Bombofoué. Le 5 décembre les opérations étaient terminées.

PONT DE LIANES SUR LE CAVALLY, document de la mission Hostains d’Ollone
Gravure PONT DE LIANES SUR LE CAVALLY, document de la mission Hostains d’Ollone

A l’extrémité occidentale de la colonie, sur le Cavally, la situation était loin d’être satisfaisante. Nos convois ou nos postes étaient souvent attaqués ou menacés. Le lieutenant Gauvain, envoyé sur les lieux avec un petit détachement, parvint à rétablir momentanément la situation, mais la pénurie des effectifs nous empêcha de procéder à une répression suffisamment forte et nous contraignit même à évacuer le poste de Pagouéhi, ce qui accrut l’audace des rebelles.

En dépit de tous ces obstacles, les travaux du chemin de fer avaient été poussés avec une grande activité, par le capitaine Thomasset et le capitaine Ballabey, et,

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à la fin de I91o, il atteignit Dimbokro, sur la rive droite du Nzi, à l’orée de la zone de transition entre la forêt dense et les pays découverts du Soudan.

Au début de IgII, on se mit à la pacification du nord-ouest du Baoulé, où habitent le gros de la tribu des Nanafoué et les fractions des Yohouré, des Ayaou et des Kodé. L’opération fut confiée au lieutenant-colonel Levasseur, qui disposait de 20 officiers et 40 sous-officiers européens, de I 100 tirailleurs et d’une pièce de canon. En janvier IgII, il lance le commandant Bourgeron contre les Nanafoué du Nord, tandis que le lieutenant Reymond procède à la soumission, plus facile, des Nanafoué du Sud. Après plusieurs combats, le commandant Bourgeron s’empare de Salékro le rer février et y rétablit un poste. Le 15 mars, la soumission des Nanafoué du Nord et du Sud était complète. Les Yokouré et les Ayaou furent réduits de mars à juin, ces derniers après une très sérieuse résistance qui leur coûta 644 morts.

Les opérations consacrées à la conquête et à la pacification du haut Cavally furent de plus longue durée : commencées en janvier I9II par le commandant Bordeaux, elles ne furent achevées qu’en mai 1912. Nous avions de ce côté, en effet, devant nous des populations aussi éprises d’indépendance que les Baoulé, aussi bien défendues que les Abé par la nature de leur pays et certainement plus sauvages que les uns et les autres, n’ayant eu jusqu’alors à peu près aucun contact avec les Européens, en dehors de quelques missions qui avaient simplement traversé le pays et souvent au prix de grosses difficultés. En janvier I9II, nous obtinmes la soumission du canton de Hié et nous réduisimes par la force le canton de Yaro⁠ ⁠; en février fut créé le poste de Logoualé, dont la fondation marqua la fin de la résistance des Dan du Sud. De mars à mai de la même année eurent lieu la conquête du pays des Guéré, et la pacification du pays des Ouobé, une révolte plus grave avait éclaté chez les Dan du district de Danané : le village de ce nom, situé à I 500 mètres du poste, avait été attaqué par les rebelles durant la nuit du 26 au 27 juillet⁠ ⁠; la garnison avait réussi à mettre en fuite les agresseurs, non sans que ceux-ci fussent parvenus à enlever 27 femmes et enfants⁠ ⁠; le lieutenant Humbert, qui commandait le poste de Danané, marcha contre les révoltés, leur reprit leurs prisonniers, s’empara de 250 fusils dans le canton de Oua et mit à la raison la fraction des Kalé. Cependant la situation s’aggrava du fait que l’insurrection avait gagné les tribus des Manon et des Guerzé, qui habitent sur le territoire de la Guinée française à l’ouest des Dan. Le commandant Bordeaux dut se rendre dans la colonie voisine pour débloquer les postes de Nzo et de Lola, menacés par les rebelles. Ayant terminé cette opération en octobre, il revint en Côte d’Ivoire pour continuer son œuvre de conquête, du 20 novembre I9II au 25 mars I912, entre le Zo, affluent du Sassandra, et ce fleuve lui-même, dans une région presque inexplorée encore : il s’empara de I 395 fusils, mais perdit 6 tirailleurs et eut 32 blessés.

344

La période de répression et de conquête, qu’on peut considérer comme s’étant terminée au début de 1912, fut suivie d’une période d’occupation progressive, selon le système de la tache d’huile. Déjà, en IgII, on avait commencé à occuper de cette manière le pays des Dida, à l’ouest du bas Bandama, qui fut complètement en mains à la fin de 1912. L’occupation des pays bêté et gouro, commencée en juin I9II et achevée seulement en avril I915, nécessita l’emploi de cinq compagnies de 200 fusils chacune, qui furent réparties autour de Daloa entre les cinq secteurs de la Lobo, de Zuénoula, de Bouaflé, de Sinfra et d’Oumé⁠ ⁠; elle ne s’accomplit pas sans résistance ni sans de nombreux engagements, qui nous coûtèrent au total 3I tués et 10g blessés⁠ ⁠; en quatre ans, le désarmement de cette région, poursuivi sans relâche, amena la prise de 25 355 fusils : il permit de pacifier définitivement cette contrée si longtemps réfractaire et de la passer dans son entier, en 1916, à l’autorité civile.

La pacification des districts compris entre le Zo et le Sassandra et des provinces avoisinant le Cavally et la frontière libérienne exigea moins de temps, sans doute parce que la conquête en avait été effectuée d’un seul coup. Commencée en avril-mai 1912, aussitôt après la dernière opération de répression, elle fut terminée en mai 1913. Au cours de cette période, un commerçant européen, M. Huberson, qui remontait le Zo en pirogue en amont de son confluent avec le Sassandra, fut assassiné à Ouroubo⁠ ⁠; ses meurtriers, capturés par le capitaine Lacourière, furent traduits devant les tribunaux et condamnés⁠ ⁠; mais ce crime, commis contre un Européen, fit craindre aux populations soumises des représailles de notre part, et un certain nombre d’indigènes de notre territoire gagnèrent le Libéria. Cette circonstance, en jetant le trouble dans le pays, rendit plus délicate sa pacification et aussi plus précaire, d’autant que ceux des riverains de la Nuon et du bas Cavally qui voulaient se soustraire à notre autorité n’avaient qu’à franchir ces fleuves pour se trouver en sûreté sur un territoire sans administration où nous n’avions pas le droit de les poursuivre.

Le résultat du désarmement effectué dans l’ensemble de la colonie, de 1909 à 1915, avait été la destruction de I12 926 fusils, dont plus de 21 000 pour le Baoulé, 24 000 pour les circonscriptions du Cavally, 25 000 pour celles du Sassandra, Io 500 pour les pays voisins de la lagune Ebrié.

345 B DAHOMEY

Depuis cette époque, sous les gouvernements successifs de MM. Antonetti et Lapalud, la Côte d’Ivoire a joui de la paix intérieure la plus complète qui a favorisé un essor économique des plus remarquables. L’année 1908 fut marquée par l’arrivée du rail à Agouagon, au kilomètre 235, et par la mort de Toffa, roi de Porto- Novo, dont le fils Adjiki lui succéda sous le nom de bédessi, mais seulement avec le titre de « chef supérieur » de Porto-Novo. En 1909, mourait à son tour Gigla, roi d’Allada⁠ ⁠; il ne fut pas remplacé et les provinces dont avait été constitué son royaume furent mises au régime de l’administration directe. C’est en 1909 aussi que le capitaine Fourn compléta la délimitation du Dahomey et du Togo, au nord du 7 parallèle, avec les commissaires PORTO-NOVO allemands. L’ex-roi d’Abomey, Agoliagbo, interné au Gabon depuis 1900, fut rappelé d’exil en IgIo, sans pour cela être réintégré dans ses anciennes fonctions⁠ ⁠; cette mesure de clémence ne donna lieu à aucun incident fâcheux. Trois ans après mourait le successeur de Toffa et cessait d’exister, même sous un nom plus modeste, l’ancien royaume de Porto-Novo.

PoRTo-Novo
Gravure PoRTo-Novo

La déclaration de guerre de l’Allemagne, en août 1914, devait amener fatalement des hostilités entre le Togo et les colonies ou françaises (Dahomey et Haut- Sénégal et Niger) ou anglaise (Gold-Coast), limitrophes de cette possession allemande. Ces hostilités furent de courte durée et se terminèrent en moins d’un mois par la conquête du Togo tout entier.

Le 3 août 1914, le gouverneur allemand de ce territoire proposa à ses collègues de la Gold-Coast et du Dahomey une sorte de pacte de neutralité réciproque. Ses offres furent rejetées d’Accra et de Porto-Novo, et des dispositions furent prises aussitôt pour l’attaque à la Gold-Coast et au Dahomey, et à Lomé pour la défense. Les Allemands avaient d’ailleurs concentré déjà vers Anécho 300 Européens, un millier de tirailleurs indigènes et trois mitrailleuses. Cependant la frontière fut franchie d’abord sur un point où les Allemands n’avaient pas songé à se garder : à l’extrême nord de leur colonie. L’administrateur Duranthon, commandant le cercle soudanais du Gourma, à la première nouvelle de la déclaration de guerre reçue par télégraphe à Fada-n’Gourma, avait rassemblé une troupe de cavaliers auxiliaires parmi ses administrés indigènes et s’était précipité sur Sansanné-Mangou, qu’il avait occupé dès les premiers jours d’août, faisant prisonnière la garnison allemande.

346

Du Dahomey, le chef de bataillon Maroix, commandant des troupes, envoya sur Anécho une colonne volante, sous les ordres du capitaine Marchand. Celui-ci trouva Anécho évacué. Continuant sa marche le long de la côte, il traversa Porto- Seguro, puis s’arrêta le 8 août à Messakodji, sur l’ordre du commandant Maroix, qui venait d’être informé de la prise et de l’occupation de Lomé, le chef-lieu du Togo, par la colonne anglaise du capitaine Baker, venue d’Accra.

Après entente entre les autorités française et anglaise, deux expéditions plus importantes furent organisées, comprenant des éléments anglais et français⁠ ⁠; l’une, sous le commandement du lieutenant-colonel anglais Bryant, l’autre uniquement composée de forces françaises, commandée par le chef de bataillon Maroix. La première rencontra le 15 août les avant-postes allemands⁠ ⁠; le 16, elle s’emparait d’un train militaire⁠ ⁠; le 20, à Mouatché, elle apprenait que les Allemands étaient rassemblés au passage du fleuve Chra⁠ ⁠; se portant sur ce point, le lieutenant-colonel Bryant s’y heurta, le 22 août, à une troupe de 400 tirailleurs, commandée par quelques Européens, fortement retranchée et disposant de deux mitrailleuses. Après un combat violent qui dura toute la journée, les Allemands évacuèrent leur position à la faveur de la nuit. Nous avions eu deux officiers tués et deux blessés, quarante soldats indigènes tués et quarante-huit blessés. La colonne Bryant, ayant évacué ses blessés sur Lomé, reprit sa marche en avant le 25 août et rencontra à Glé des parlementaires allemands, offrant la reddition de la place forte de Kamina et demandant en échange que leurs compatriotes, militaires et civils, fussent laissés en liberté. Le lieutenant-colonel Bryant répondit qu’il n’accepterait qu’une capitulation sans conditions. Les parlementaires ayant refusé d’entrer dans ses vues, il continua sa marche et rejoignit le 26 août à Amoutchou la colonne Maroix.

Celle-ci s’était mise en mouvement le 22 et le 23 août, en deux échelons. Le premier, sous les ordres du capitaine Durif, avait rencontré le 22, à vingt kilomètres de Tchetti, une reconnaissance ennemie dont il avait fait prisonnier le commandant⁠ ⁠; le 23, il avait atteint le Mono, dont les Allemands défendaient le passage. Le deuxième échelon, conduit par le commandant Maroix et comportant de l’artillerie, avait rejoint le 24 le capitaine Durif sur la rive gauche du Mono

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et les Allemands avaient dû abandonner leur ligne de défense. La colonne franchit le fleuve et arriva le 26 devant Kamina, à Amoutchou.

Le gouverneur allemand capitula le même jour, sans conditions, avec la reddition du territoire entier du Togo. Le 27 août 1914, les deux colonnes Bryant et Maroix entrèrent de conserve dans Kamina, où les Allemands avaient accumulé des défenses considérables et construit un poste de télégraphie sans fil. Le commandant Maroix procéda ensuite à l’occupation de Sokodé et envoya un détachement relever, à Sansanné-Mangou, les cavaliers auxiliaires de l’administrateur Duranthon.

INTÉRIEUR DU PALAIS DE ZASNANADO (DAHOMEY)
Gravure INTÉRIEUR DU PALAIS DE ZASNANADO (DAHOMEY)

Le 30 août, une convention provisoire fut conclue à Lomé entre les autorités locales de la Gold- Coast et du Togo, aux termes de laquelle l’administration des cercles de Lomé, Klouto, Kété- Kratchi et Yendi fut attribuée aux Anglais et le reste aux Français, l’autorité étant exercée INTÉRIEUR DU PALAIS DE ZASNANADO (DAHOMEY) dans la première zone par le gouverneur de la Gold-Coast et dans la seconde par celui du Dahomey.

Rattachée d’abord au gouvernement du Dahomey, la partie du Togo occupée par la France en fut détachée par un décret du 2ı août 1919 pour être mise sous l’autorité directe du gouverneur général⁠ ⁠; mais le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, en plaçant sous le mandat de la Société des Nations les anciennes colonies allemandes, devait amener une modification dans cette organisation en attendant que la Société eût officiellement délégué à la France et à l’Angleterre le mandat pour l’administration de ce territoire⁠ ⁠; un accord fut conclu, le to juillet 1919, entre les deux puissances, pour la délimitation de leurs zones respectives. L’arrangement provisoire intervenu au lendemain de la conquête fut remplacé par une convention qui faisait passer sous l’administration française le cercle de Lomé presque en entier, y compris le chef-lieu, ainsi que le cercle de Klouto, moins les districts de Ho et de Kpandou, et l’est du cercle de Kété-Kratchi⁠ ⁠; nous conservions par ailleurs les territoires qui nous avaient été confiés par l’arrangement provisoire de 1914, sauf que nous abandonnions à la Grande-Bretagne

348 M. BONIY

le canton de Sansougou, dans l’ouest du cercle de Sokodé, et la province des Konkomba, ainsi que le canton occidental des Tiokossi, dans le cercle de Sansanné- Mangou. Le réseau entier des chemins de fer construits par les Allemands, et réparés par nos soins, se trouvait dans la partie française. Lorsque les mandats eurent été effectivement conférés, un décret du 23 mars 1921 intervint, pour déterminer les attributions du commissaire de la République et le relever de la dépendance du gouverneur général de l’Afrique occidentale française, en le plaçant sous l’autorité directe du ministre des Colonies⁠ ⁠; en même temps, le Togo sous mandat français était doté de l’autonomie financière, aussi bien qu’administrative. L’administrateur en chef Wolffel, qui exerçait déjà les fonctions de commissaire de la République, fut maintenu à son poste⁠ ⁠; il devait être remplacé quelque temps après par le gouverneur Bonnecarrère. l’Afrique occidentale et l’attribution à ce gouvernement de res- Par la constitution définitive d’un gouvernement général de sources financières qui lui fussent propres, M. Roume se trouva en situation d’établir un programme de travaux publics et de progrès économique qui pût s’appliquer à toute la colonie et il en commença l’exécution. Une loi du 22 janvier 1907 autorisa un emprunt de 100 millions de francs pour poursuivre la construction de chemins de fer, du port de Dakar, du port de la Côte d’Ivoire, l’aménagement des fleuves Sénégal et Niger, les installations de Port-Etienne, l’achèvement du réseau télégraphique et l’œuvre d’assistance médicale. ayant demandé à être relevé de ses fonctions, M. Roume fut rem- Rentré en France en octobre 1907 pour raison de santé, et placé, après un court intérim de M. Martial Merlin, alors secrétaire général du gouvernement, par le gouverneur Ponty, tandis que M. Merlin était nommé gouverneur général du Congo français. M. Ponty reçut la nouvelle de sa désignation sur le Niger, où il se trouvait en tournée, et rallia au plus vite Dakar : le palais du gouvernement général était achevé et il en prit possession. Peu après, en avril, il y recevait le ministre Milliès-Lacroix, qui avait tenu à visiter l’Afrique occidentale, poussant son voyage jusqu’au Dahomey. William Ponty devait occuper le poste de gouverneur général jusqu’à sa mort, en 1915.

II. — L’ADMINISTRATION ET LES FAITS ÉCONOMIQUES

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Cette période de sept ans fut entièrement consacrée au développement économique de l’Afrique occidentale.

L’organisation générale, amorcée par son prédécesseur, fut complétée à l’aide de diverses mesures dont les principales, au point de vue de leur portée sociale, furent l’institution de sociétés indigènes de prévoyance en 1909 et le perfectionnement du régime judiciaire applicable aux indigènes, en I912. Entre temps, une loi du 18 février IgIo avait autorisé un nouvel emprunt jusqu’à concurrence de la somme de I4 millions de francs, en vue de l’achèvement du chemin de fer de Thiès à Kayes, qui commencé en 1907 par les deux bouts à la fois, devait être, à la veille de son achèvement, interrompu par suite de la grande guerre.

Sans prévoir celle-ci, on s’était déjà préoccupé, en I9Io, d’utiliser sur des théâtres extérieurs les troupes noires qui avaient conservé le nom de tirailleurs sénégalais, mais qui depuis longtemps étaient recrutées dans toutes les colonies du groupe. De mai à septembre I91o, le lieutenant-colonel Mangin, véritable initiateur de la force noire, parcourut tout le pays pour étudier le recrutement, la formation et l’organisation d’une armée noire pourvant servir d’auxiliaire, le cas échéant, à l’armée métropolitaine. A la suite de cette première enquête, un contingent d’hommes bien entraînés furent à la disposition du Maroc et quelques unités furent envoyées à Madagascar et en Algérie. Au moment de la mobilisation générale, en août 1914, l’Afrique occidentale possédait 14 I42 tirailleurs indigènes en service sur son propre territoire et en comptait 15 600 au dehors, principalement au Maroc. Une bonne partie de ces quelque 30 000 hommes fut acheminée vers les champs de bataille de France et de Belgique et M. Ponty demanda aux populations noires un nouvel effort qui se manifesta d’août à décembre 1914 par l’enrôlement de 9 000 volontaires nouveaux.

M. CLOZEL

Epuisé par vingt-cinq ans d’un labeur presque ininterrompu, William Merlaud-Ponty tomba gravement malade au printemps de 1915. Invité par le ministre des Colonies à venir en France se remettre de ses fatigues, il déclara qu’il aurait considéré comme un abandon de poste le fait de se faire rapatrier pendant la guerre et il succomba, le 13 juin 1915, à Dakar, où il fut enterré. d’organisation de ses prédécesseurs, se donna principalement à ce Il eut pour successeur M. Clozel, qui, tout en continuant l’œuvre qu’exigeait alors le salut de la métropole, c’est-à-dire l’accroissement numérique de ses forces militaires. Dans le cours de l’année 1915, il leva 20 000 nouveaux tirailleurs et, l’année suivante, l’Afrique occidentale en fournit encore 51 913, ce qui portait à IIo 000 hommes le total des tirailleurs provenant des diverses colonies du groupe. Ce recrutement intensif, que la nécessité issue des circonstances obligea à effectuer, détermina en plusieurs contrées des mouvements de mécontentement qui se traduisirent tantôt par des révoltes importantes, tantôt par des émigrations vers les colonies anglaises, dans lesquelles on ne procédait à aucune levée d’hommes exceptionnelle. A la vérité, les jeunes gens qui s’enrôlaient le faisaient assez volontiers, mais ceux qui les voyaient partir regrettaient les bras disparus ct redoutaient de ne jamais plus les récupérer⁠ ⁠; en sorte que les principaux mouvements de sédition engendrés par le recrutement n’eurent pas lieu au moment où se faisaient les opérations de recrutement, mais quand celles-ci furent terminées et que les hommes furent partis.

350 TAN VOLLENHOVEN.

La santé de M. Clozel se trouva fort ébranlée en 1916 et l’obligea à rentrer en France. Durant son absence, l’intérim fut assuré par le gouverneur Angoulvant, mais il avait déjà rejoint son poste avant la fin de cette même année. Dans le courant de 1917, il fut remplacé par M. Van Vollenhoven. M. Clozel devait mourir subitement à Rabat, le Io mai 1918, au cours d’une visite qu’il était allé faire au général Lyautey. Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que c’est à Clozel, dont l’érudition et les facultés d’investigation scientifique égalaient la finesse d’esprit et la grande bonté, qu’est due l’institution du Comité d’études historiques et scientifiques de l’Afrique occidentale française, qu’il avait créé à Dakar à la fin de 1915 et qui a, depuis, rendu tant de services à l’histoire et à la science. Joost Van Vollenhoven, qui ne devait remplir les

- ANGOULVANT fonctions de gouverneur général que pendant moins d’une année, a laissé cependant dans la fédération ouest-africaine d’ineffaçables souvenirs. Arraché par le gouvernement métropolitain au front de France sur lequel il avait gagné les galons de capitaine, il arriva en Afrique occidentale avec des instructions qui lui enjoignaient de suspendre le recrutement des tirailleurs et de faire porter tout l’effort des indigènes vers la production de denrées et de matières premières dont la France avait un pressant besoin. Il était tout entier attaché à cette tâche, lorsqu’à la fin de décembre 1917, M. Clemenceau étant arrivé au pouvoir, le gouvernement métropolitain fit connaître que les besoins de la patrie exigeaient de nouveaux envois de tirailleurs indigènes. Van Vollenhoven, estimant que la reprise du recrutement compromettait le succès de l’œuvre de ravitaillement dont il avait été chargé, demanda à conférer de la question avec le ministre des Colonies et quitta Dakar le 3I décembre, laissant l’intérim au gouverneur Carde, son secrétaire général. Il ne devait plus y revenir. N’ayant pu s’entendre avec le ministre sur la méthode à employer, il donna sa démission au début de février I918, et alla reprendre sa place de capitaine au front, dans la division marocaine. Il fut tué à Longpont le 18 juillet suivant.

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FEMMES ALLANT A L’EAU, d’après un dessin de Boudier, Tour du monde (I9OI)
Gravure FEMMES ALLANT A L’EAU, d’après un dessin de Boudier, Tour du monde (I9OI)
Illustration de l'ouvrage, page 351
Gravure sans légende (page 351)

Il fut remplacé en Afrique occidentale par M. Angoulvant qui, déjà nommé gouverneur général de l’Afrique équatoriale, cumula de 1918 à I9i9 ces deux hautes fonctions avec résidence à Dakar.

MERLIN

Le nouveau recrutement décidé par le gou- FEMMES ALLANT A L’EAU vernement métropolitain, (D’après un dessin de Boudier. Tour du Monde (IgoI). et à l’occasion duquel M. Diagne, député du Sénégal, fut envoyé en mission spéciale en Afrique occidentale, avec le titre et la qualité de commissaire du gouvernement, fut effectué durant le premier semestre de l’année 1918 et procura 63 000 hommes qui, ajoutés aux 110 000 fournis de 1914 à 1916, portèrent à 173000 le nombre des soldats donnés pendant la guerre par l’Afrique occidentale française. M. Martial Merlin, qui avait été le principal collaborateur de M. Roume en Afrique occidentale et qui, ensuite, avait exercé successivement en Afrique équatoriale et à Madagascar les fonctions de gouverneur général, fut appelé en 1919 à les exercer à Dakar. Il devait y rester jusqu’en 1923, date à laquelle il fut nommé gouverneur général de l’Indochine. Son gouvernement fut marqué par une réorganisation complète de tous les services et une reprise des grands travaux publics interrompus pendant la guerre. Il convient également de signaler, en 1921, le voyage en Guinée et au Sénégal de M. Albert Sarraut, alors ministre des Colonies.

352 M CARDE

A la suite de la guerre, le gouvernement avait décidé que les diverses colonies contribueraient, chacune selon ses moyens, à fournir des contingents réguliers de soldats indigènes pour renforcer l’armée nationale, dont la réduction du service militaire aurait trop sensiblement réduit les effectifs. L’Afrique occidentale fut donc soumise à une conscription annuelle qui donna 23 000 hommes en 1920, 12 000 en 1921, 13 000 en 1922 et fut fixée provisoirement à 12500 pour les autres années. Lorsque M. Merlin fut désigné pour continuer ses fonctions en Indochine, ce fut M. Jules Carde, précédemment commissaire de la République au Cameroun, qui fut appelé à lui succéder. pouvoir, il convient de citer : une série de décrets, du 30 mars 1925, Parmi les actes qui se sont accomplis depuis qu’il prit le qui ont fait faire un pas très appréciable à la participation des indigènes aux affaires publiques, conjointement avec les Européens, en instituant des collèges électoraux indigènes, en introduisant des membres élus au sein des conseils d’administration du Soudan français, de la Guinée française, de la Côte d’Ivoire et du Dahomey, en habilitant les conseils d’administration à déléguer deux de leurs membres élus — un citoyen français et un indigène — au conseil de gouvernement de l’Afrique occidentale française, et en modifiant la constitution du conseil colonial du Sénégal, désormais composé de 26 membres élus par les citoyens français de la colonie et de 18 chefs indigènes élus par l’ensemble des chefs de province et de canton. (Décret du I3 janvier 1930.) Il nous reste maintenant à résumer en quelques mots les diverses mesures

GRIOT MALINKÉ, d’après un dessin de Mage
Gravure GRIOT MALINKÉ, d’après un dessin de Mage

(D’après un dessin de Mage). GRIOT MALINKÉ d’ordre administratif qui furent prises pour une meilleure organisation du pays, encore que quelques-unes d’entre elles n’aient rien de définitif.

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C’est d’abord, en 1919, la création du gouvernement autonome de la Mauritanie, avec siege à Saint-Louis.

Puis vinrent les réorganisations successives du Soudan. Un décret du 4 décembre 1920 restaura la vieille appellation de « Soudan français », dont on ne s’était d’ailleurs pas déshabitué dans la pratique, et la restitua à la colonie qui, depuis 1904, portait officiellement le nom plus long et moins élégant de « Haut- Sénégal et Niger ». Le territoire militaire du Niger étant devenu un anachronisme, un autre décret, du 4 décembre 1920, lui accorda l’autonomie administrative et budgétaire, sans cependant lui donner le nom de colonie, mais en supprimant le mot « militaire » de son appellation officielle et le colonel Rueff, qui avait remplacé le colonel Michet comme commissaire du gouvernement général, passa le service en 1921 à l’administrateur en chef Brévié, nanti du titre d’ « administrateur du territoire du Niger ». Enfin en 1922, ce territoire fut érigé en colonie et M. Brévié en fut le premier lieutenant-gouverneur.

Ce ne fut pas le seul démembrement du Soudan. Sous prétexte que la colonie, encore dénommée « Haut Sénégal et Niger » était trop étendue, un premier décret, du rer mars 1919, en détacha la plupart des cercles situés à l’intérieur de la boucle du Niger (Ouahigouya, Ouagadougou et ses annexes, Dori, Fada-n’Gourma, Say, Gaoua, Bobo-Dioulasso, Dédougou), pour en faire une colonie autonome, qui reçut le nom de Haute Volta, avec chef-lieu à Ouagadougou. Un arrêté du gouverneur général du 22 janvier 1927 a distrait de celle-ci toute la région de Say sur la rive droite du fleuve pour être rattachée à la colonie du Niger, dont le chef-lieu, Nyamey, sur le Niger, était trop excentrique.

L’œuvre économique et sociale de M. J. Carde fut particulièrement importante : au début de son gouvernement, grâce à une politique financière habile lui permettant de disposer, sur les ressources propres du budget et sans recours à l’emprunt, de grosses disponibilités, les grands travaux publics (ponts, chemins de fer) furent activement poursuivis et la politique d’aménagement hydraulique du Niger amorcée. D’autre part, l’accroissement de la production des différentes matières premières — oléagineuses et textiles en particulier — fut largement encouragée par l’institution d’un plan méthodique intéressant l’ensemble de la colonie.

En ce qui concerne les œuvres sociales, il faut signaler la réorganisation générale de l’enseignement en Afrique occidentale française réalisée en 1914, la nouvelle orientation donnée en 1926 à l’assistance médicale indigène pour la diriger principalement dans le sens de la médecine préventive et de l’hygiène, et surtout la réglementation du travail indigène dans les entreprises privées et sur les chantiers

HISTOIRE DES COLONIES. T. IV.

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de travaux publics en vue d’une utilisation rationnelle de la main-d’œuvre disponible, si clairsemée encore sur ce vaste territoire.

Ces derniers faits nous amènent tout naturellement à parler de l’évolution économique qui s’est manifestée de 1904 à 1930 en Afrique occidentale française, et qui peut se résumer en cinq traits principaux : le développement de la culture des arachides au Sénégal⁠ ⁠; la régression très sensible des exportations de caoutchouc⁠ ⁠; l’essor pris au contraire par la culture du cacaoyer en Côte d’Ivoire⁠ ⁠; l’ouverture de l’hinterland soudanais à la vie économique par la création des moyens de transport⁠ ⁠; le commencement enfin des travaux d’hydraulique agricole sur le Niger moyen.

L’accroissement considérable de la production de l’arachide au Sénégal durant les trente dernières années est dû, d’une part, au développement de voies de communications — chemins de fer et routes — qui a permis la mise en valeur de nouvelles régions productives et l’évacuation des graines sur les ports de la colonie, et, d’autre part, à l’effort réalisé par le producteur indigène pour la culture de ce précieux oléagineux qui représente actuellement les neuf dixièmes du commerce d’exportation du Sénégal et près de 6o pour 1oo du trafic total des sorties de l’Afrique occidentale. De 1900 à 1930, les exportations d’arachides sont en effet passées de 120 000 tonnes à plus de 400 000 tonnes.

Le caoutchouc qui était, avant la guerre, le deuxième grand produit de la colonie et qui paraissait devoir constituer pour la Guinée française notamment, un élément jntéressant de richesses, ne figure plus que pour un tonnage minime dans les statistiques d’exportation⁠ ⁠; c’est en effet un produit de cueillette qui a été concurrencé victorieusement par le caoutchouc de plantation d’Extrême-Orient.

Mais un autre produit, le cacao, a remplacé très avantageusement le caoutchouc dans le trafic extérieur de l’Afrique occidentale. Suivant l’exemple de sa voisine, la Gold-Coast britannique, M. Angoulvant à la Côte d’Ivoire a étendu largement la culture du cacaoyer et les exportations du cacao, qui n’atteignaient pas en moyenne 200 tonnes annuellement avant la guerre, ont dépassé 16 000 tonnes en 1929, créant ainsi dans cette colonie, déjà très favorisée pour ses produits forestiers et l’exploitation de ses palmeraies, une nouvelle source de richesses.

Alors que jusqu’en 1914 les colonies côtières seules avaient, du point de vue économique, une certaine importance, la politique du gouvernement général durant ces dernières années a été, par tous les moyens appropriés, d’accroître largement la partie « utile » de la colonie, en ouvrant à la vie économique de l’ensemble de la fédération les vastes territoires de la région soudanaise, où vit une population foncièrement attachée à l’agriculture. Ces moyens ont consisté dans le développement des voies de communications comprenant voies ferrées et routes. Depuis 1914, 50 000 kilomètres de pistes ont été aménagés pour permettre la circulation des automobiles et actuellement on peut dire que toutes les localités de l’intérieur présentant quelque intérêt au point de vue commercial sont desservies par une route. D’autre part, le réseau ferré en direction de l’hinterland soudanais a été très développé (chemins de fer du Thiès au Niger, de la Guinée française à la Côte d’Ivoire) et il ne peut manquer, avec les années, de prendre un développement plus grand encore.

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POSTE DE BAMBA, d’après un croquis du capitaine Aymard
Gravure POSTE DE BAMBA, d’après un croquis du capitaine Aymard

C’est que cet hinterland soudanais constitue justement, grâce au programme d’hydraulique agricole envisagé sur les rives du moyen Niger et déjà amorcé, une des régions d’avenir de l’Afrique occidentale. C’est sur cette contrée, prolongée jusqu’à ce beau Mossi, grand comme la France, et que nous a valu l’heureuse négociation de juin 1898, que se fondent les plus sérieux espoirs, par l’irrigation de terres aujourd’hui stériles (D’après un croquis du capitaine Aymard). POSTE DE BAMBA faute d’humidité, de développement de cultures vivrières comme le riz, de textiles comme le coton et la laine. Avec une vue très large des possibilités d’avenir de ce pays, M. Carde n’a pas craint d’engager de sérieuses dépenses dans des travaux préparatoires actuellement terminés et dont les conclusions sont absolument probantes. Le gouvernement métropolitain, reconnaissant la haute portée d’ordre économique et même social, des ouvrages entrepris et prévoyant l’essor qu’ils sont susceptibles de donner à ces régions, a délégué en 1929 M. Maginot, alors ministre des Colonies, à l’inauguration du barrage et du canal de Sotuba qui constituaient la première expérience réalisée de ce gigantesque travail qui doit se continuer plus au nord dans la région de Sansanding, au moyen d’un crédit de 300 millions, prévus au projet d’emprunt colonial. Là, sur la rive gauche du Niger, près d’un million d’hectares actuellement incultes vont être métamorphosés en quelques années, par la magie de l’eau,

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en terrains de culture et en grands parcs d’élevage du mouton à laine, pouvant contribuer ainsi à l’alimentation de certaines régions de la colonie moins favorisées, et à l’essor économique général de l’Afrique occidentale française.

Sans doute, il reste beaucoup à faire avant que le vaste groupe de nos colonies ouest-africaines ait atteint le degré de progrès et de prospérité auquel la France a le devoir et la volonté de les conduire, mais quand on compare la situation actuelle à celle qu’avait trouvée le colonel Schmaltz en échappant au naufrage de la Méduse et même à celle qu’avait laissée le général Faidherbe en quittant pour la dernière fois le Sénégal, on ne peut se défendre d’un sentiment d’admiration et de reconnaissance pour tous ceux, fondateurs illustres, héros glorieux et ouvriers obscurs, qui ont été les auteurs des changements obtenus et qui ont payé, les uns de leur sang, les autres de leur santé, tous de leur enthousiaste et fécond labeur, la transformation de nos modestes comptoirs du Sénégal et de la Côte de Guinée en un empire dont la France peut être justement fière.

Citer ce chapitre

Maurice Delafosse, « L'Afrique occidentale française de 1904 à 1930 », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. IV, Afrique occidentale — Afrique équatoriale — Côte des Somalis, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1931, p. 319-356.

Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-4/aof/l-afrique-occidentale-francaise-de-1904-a-1930/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1100274d