Colonies françaises

Tome III · Le Maroc · Chapitre 1

Premières rencontres

Par p. 2-2 de l'édition originale 454 mots 1931 Fac-similé sur Gallica ↗
Argument du chapitreI. La rencontre. Poitiers. Lendemain de bataille. L’apparition des relations commerciales Le contre-coup des Croisades. Le progres des relations franco-marocaines. — II. L’orgam- sation du commerce. Les obligations réciproques. Les lieux et les objets d’échange. Le fondouk Une ombre au tableau : les corsaires
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de l’Europe, et d’une Europe dont la nature se rapproche singulièrement de la sienne, au débouché de l’Algérie. Il ne se trouve donc pas à l’écart des principaux courants de civilisation, il ne peut échapper à un minimum d’influences, il dépouille de bonne heure la simple barbarie, qui fait de l’homme de la Forêt dense, par exemple, un être à part, franchement séparé de l’humanité.

Mais il loge ses populations — et cela encore le distingue de la plupart des autres pays d’Afrique - dans un cadre nettement dessiné, il dispose de frontières naturelles qui sont de véritables remparts : à l’ouest, la côte atlantique, basse, difficile d’accès, pauvre de bonnes rades et surtout défendue par une barre furieuse⁠ ⁠; au nord, la côte méditerranéenne, hérissée de hautes falaises et de récifs, doublée d’un massif montagneux malaisément pénétrable, le Rif⁠ ⁠; à l’est et au sud, les hautes chaînes du Moyen-Atlas, du Haut-Atlas et de l’Anti-Atlas. Dans cette enceinte, et en dehors de cols faciles à barrer, un seul passage : le seuil de Taza, long couloir d’une quarantaine de kilomètres, qui dans tous les temps est apparu comme un coupe-gorge et qui devait obliger à tourner court les hordes lancées sur les routes d’invasion de l’Afrique du Nord. En somme, une forteresse, avec ses fossés, ses murs et ses ponts-levis.

U N TOUT ECONOMIQUE

Il y a bien, au delà du seuil de Taza, un « Maroc oriental », qui se rattache, sans solution de continuité, aux plaines et aux massifs de l’Oranie⁠ ⁠; il y a aussi, à l’est et au sud de l’Atlas, un « Maroc saharien », qui se confond avec l’immensité des solitudes désertiques. Mais ce sont là des marches, plutôt que des provinces marocaines⁠ ⁠; l’autorité des sultans n’y fut jamais assise bien solidement. Le vrai Maroc, c’est l’amphithéâtre de montagnes, de plateaux et de plaines, ouvert sur l’Atlantique. brigands : c’est, largement étendu à l’abri de ses hautes Cet oppidum n’est pas un nid d’aigles, ni un repaire de murailles, un riche domaine, où travaille, depuis l’aube des temps, un peuple ingénieux et patient de laboureurs, d’artisans, de marchands.

Il ne limite pas sa surface utile à quelques morceaux de plaines littorales ou à ses plateaux intérieurs, enfermés entre des chaînons montagneux⁠ ⁠; il étale, du nord au sud, le long de la côte, et de l’ouest à l’est, le long de la vallée du Sebou, une série continue de plaines fertiles, au sol profond, qui appellent l’effort humain⁠ ⁠; par surcroît, la disposition de son relief offre le triple et rare avantage de soumettre ces plaines aux souffles humides de l’Atlantique, de les protéger contre les souffles desséchants du désert, de leur amener, sous forme de vives rivières ou d’abon-

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Georges Hardy, « Premières rencontres », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. III, Le Maroc — La Tunisie — La Syrie — L'œuvre scientifique française en Orient, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1931, p. 2-2.

Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-3/maroc/premieres-rencontres/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11002730