Colonies françaises

Tome I · La Louisiane · Chapitre 6

Domination espagnole

Par p. 359-374 de l'édition originale 5 501 mots 5 illustrations 1929 Fac-similé sur Gallica ↗
Argument du chapitre1. Antonio de Ulloa. Attitude des sauvages. Rébellion. Incohérence. Répression. Le régime espagnol. Prospérité économique. Immigration acadienne. Renaissance acadienne. Bonaparte. Opposition Il. Rétrocession et cession définitive (1800-1803). Tentative de américaine. Renonciation de Bonaparte. Transfert. Développement de la Louisiane. Survi- vance française 628
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I. - ANTONIO DE ULLOA
Gravure I. - ANTONIO DE ULLOA

I. — ANTONIO DE ULLOA. — Attitude des sauvages. — Rébellion. — Incohérence. — Répression. — Le régime espagnol. — Prospérité économique. — Immigration acadienne. — Renaissance acadienne. II. — RÉTROCESSION ET CESSION DÉFINITIVE (1800-1803). — Tentative de Bonaparte. — Opposition américaine. — Renonciation de Bonaparte. — Transfert. — Développement de la Louisiane. — Survivance française.

SAUVAGES

N dépit du secret ministériel, plusieurs fois avait couru dans la colonie le bruit de la cession à l’Espagne de la Louisiane occidentale. Brusquement, le 9 septembre 1764, le directeur d’Abbadie reçut l’ordre d’opérer cette cession incontinent. Or, nul n’était prêt, pas même lEspagne. Après nous avoir gênés pendant toute notre occupation, elle trouvait mauvais maintenant, répétait-elle, de dépenser 300000 piastres par an dans le seul but d’écarter un deuxième larron. Ce ne fut qu’en mars 1766 qu’arriva à la Nouvelle-Orléans Son Excellence don Antonio de Ulloa. Ce savant, « minutieux » et « impérieux », dit Aubry, « malgré son esprit, ses talents, ses connaissances et sa réputation, n’était pas convenable pour le gouver- 359 nement de ce pays : il a fait tout ce qu’il fallait pour s’aliéner les cœurs,... surtout ceux de messieurs du Conseil : il a fait appréhender la domination espagnole. » Comme la France s’était engagée à subvenir à toutes les dépenses militaires et autres jusqu’à la prise de possession, Ulloa, qui n’avait amené que 90 soldats espagnols, ne se décida à effectuer un semblant de prise de possession que le 20 janvier 1767⁠ ⁠; il le fit sans apparat, à la Balise, ce qui mécontenta les habitants de la Nouvelle-Orléans. « Ce retardement fut bien coûteux », dit Foucault. Le gouverneur espagnol n’en pria pas moins le commandant français de continuer le gouvernement civil et militaire. » « Ma position est des plus extraordinaires, dira Aubry en janvier 1768. Je commande pour le roi de France et, en même temps, gouverne... pour le roi d’Espagne. Un commandant français forme des Français à la domination espagnole... Je suis obligé d’avoir de grands ménagements avec les Espagnols, les Français, les Anglais et les sauvages... qui ne peuvent s’accorder... Les habitants témoignent bien du regret de ne plus appartenir à la France... Si on veut les gouverner despotiquement comme un préside du Mexique, la plupart quitteront leurs terres pour aller chez l’Anglais qui... ne néglige rien pour se les allier. » Au lieu d’écouter ces conseils, Ulloa tenta vainement d’engager Aubry au service de l’Espagne. Le gouverneur espagnol ne fut pas moins maladroit avec les sauvages qu’avec les Français. Alors qu’Aubry lui disait de se faire de leurs tribus alliées « une barrière contre les Anglais », Ulloa se montrait à leur égard plus prodigue de mauvais traitements que de présents. Or, comme il ne reçut jamais qu’un contingent de 150 soldats espagnols, il ne put pas plus se fortifier à Sainte-Geneviève qu’à Manchac. L’inévitable se produisit : des quarante envoyés aux Illinois, vingt se révoltèrent en 1767 et passèrent chez les Anglais des Natchez. Le mépris des sauvages, que les Anglais comblaient de présents et gorgeaient de boissons fortes, n’en fut que plus grand pour cette « insuffisance » et cette « dissémination » espagnoles, aggravées de vaines brutalités. « Je regarde comme indubitable, disait dès janvier 1766 notre ambassadeur à Madrid, que les Anglais seront avant dix ans maîtres de presque tout le commerce du Mexique » il aurait pu ajouter : « et de tout le territoire de la Louisiane. »

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En attendant, la crise financière, qui n’avait cessé de croître, s’exaspérait. Le gouvernement espagnol avait bien fini le ter janvier 1768 par prendre à sa charge les dépenses de la colonie⁠ ⁠; mais des « six à sept millions de livres » que nous avait coûté ce retard, il semble bien qu’il n’en paya en 1767 que 241 250 livres.

361 INCOHERENCE

D’autre part, il ne voulait accepter qu’avec un discrédit de 75 pour 100 le papiermonnaie qui en avait perdu 60 pour 100. Enfin, en mars 1768, il interdisait tout autre commerce d’importation et d’exportation qu’avec l’Espagne et sous pavillon espagnol⁠ ⁠; d’où irritation des commerçants louisianais et désespoir du reste de la population condamnée à la ruine. Pour se faire une juste idée de l’importance de cette agitation, il faut savoir que la population très mêlée de la Nouvelle Orléans et de ses environs s’élevait alors à 5452 habitants, dont bon nombre d’Allemands et plus de 6o0 réfugiés acadiens. Les chefs des mécontents furent l’ordonnateur Foucault et le procureur général Chauvin de la Frenière, également perdus de dettes, trois officiers français, MM. de Mazan, de Noyan et de Bienville, ces deux derniers parents de l’ancien gouverneur, un officier canadien de Villeré, un officier suisse Marquis, le négociant Jean Milhet, l’avocat Doucet et quelques autres notables. Vers la fin d’octobre 1768 circula une pétition au Conseil réclamant le renvoi immédiat de l’ « usurpateur » Ulloa, le maintien des anciens privilèges et la liberté du commerce⁠ ⁠; cinq cents habitants la signèrent⁠ ⁠; trois cents Allemands commandés par Villeré et des Acadiens commandés par Noyan l’appuyèrent, les armes à la main. Le 27, un « conseil extraordinaire » délibère. Le 28, « tout étant en combustion dans la ville », Ulloa, sur le conseil d’Aubry, s’embarque dans la frégate espagnole, alors que, sur la place, près de mille hommes en armes avec un pavillon blanc crient : « Vive le roi de France »⁠ ⁠! Le 29, le Conseil « enjoint à M. d’Ulloa de sortir de la colonie sous trois jours ». Une supplique est adressée à Sa Majesté Très Chrétienne pour qu’elle reprenne incessamment la colonie : « Résolus de vivre et de mourir sous sa chère domination, disent « habitants, négociants et colons, » nous la supplions de vouloir nous conserver notre nom patriotique, nos lois et nos privilèges ». « MM. Aubry et Foucault sont priés et même sommés de continuer à commander et à régir la colonie ». Aussitôt informée, la foule, qui attendait sur la place, fait retentir l’air de mille acclamations : « Vive le Roy⁠ ⁠! » Ulloa ne se décidant pas à partir, le rer novembre quelques habitants coupent le câble et sa frégate part en dérive⁠ ⁠; quelques jours plus tard, il était à la Havane et en février à Cadix. Plus étrange que jamais était la situation du malheureux Aubry. Proclamé commandant français de la colonie révoltée, il proteste⁠ ⁠; mais sa protestation est déclarée nulle et non avenue. « Quoique l’on me veuille pour commandant, dit-il, tout se fait contre mon gré et par violence⁠ ⁠; sous prétexte de me rendre beaucoup d’honneur, on ne m’obéit point ». Des délégués partent hâtivement pour la Rochelle, porteurs de requêtes au roi, au duc d’Orléans, au chancelier, etc...⁠ ⁠; les unes insistent sur le « despotisme » du gouverneur espagnol, « objet d’horreur et d’indignation publiques »⁠ ⁠; les autres protestent du désir de sacrifier fortune et sang à la liberté de la colonie. Des factums suivent destinés à entretenir l’esprit de rébellion dans la colonie, et. surtout à décider l’intervention de la métropole. Ils sont déjà rédigés en ce style véhément et grandiloquent qui va sévir en France dans une vingtaine d’années.

362 EPRESSION

Comme rien ne venait de France ni d’Espagne, l’officier suisse Marquis a l’idée d’organiser à l’instar de son pays natal une république pourvue d’un conseil de quarante membres élus par le peuple⁠ ⁠; mais un « mémoire contre les républicains » combat ce projet en son principe comme en ses moyens d’exécution : « toute république qui se relâche aboutit à la tyrannie⁠ ⁠; et quelle république peut vivre indépendante sans monnaie ni moyens de s’en procurer⁠ ⁠? » Perdant la tête, Noyan et Mazan vont à la Mobile implorer une intervention anglaise. « Mille projets insensés se sont succédé, » dit Aubry. Pour remplacer la monnaie de papier réduite à 20 pour 10o de sa valeur, les chefs désemparés proposèrent une « Banque du Mont-de-Piété » qui émettrait un nouveau papier-monnaie⁠ ⁠; mais on se méfie de ces « banqueroutiers » devenus « banquiers. » « Nous nous trouvons absolument sans aucun numéraire, » gémit Aubry. Le malheureux commandant en fut réduit en sa « lamentable situation » à mendier des subsides au gouverneur de la Havane. Pareille détresse donne à réfléchir aux plus aveugles partisans de la révolution. « Malgré que la fureur et la frénésie continuent, écrit-il en avril, il me paraît que quelques-uns des plus opiniâtres envisagent l’avenir avec inquiétude et effroy... Le peuple commence à murmurer contre les chefs⁠ ⁠; la misère l’accable⁠ ⁠; le parti des rebelles diminue. Si j’avais trois cents hommes et de l’argent, la prise en possession se ferait paisiblement, sans effusion de sang, moyennant l’assurance d’un pardon et de l’oubli, à l’exception d’une douzaine qui s’enfuiraient afin d’éviter les châtiments. » A cette solution aussi humaine qu’habile, le gouvernement espagnol, froissé en sa morgue, en préférait une brutale. Ulloa avait conclu son réquisitoire de 315 pages par ces paroles menaçantes : « Ce soulèvement n’aurait pas eu lieu, s’il y avait eu douze personnes de moins dans la colonie ». Lorsque Choiseul proposa le concours de la France et prêcha « la douceur, » le ministre espagnol le prit de haut : « Sa Majesté croit nécessaire qu’on voie dans le monde qu’elle sait et peut sans aucun secours étranger réprimer l’audace et les desseins formés contre le respect dû à sa couronne : elle a décidé de soumettre les révoltés par la force. »

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Dès juin avait été nommé un dictateur muni de pleins pouvoirs, le lieutenant • général Alexandre O’Reilly, sorte de condottiere irlandais qui, après avoir servi la France en Italie et en Autriche, était devenu persona grata de Charles III⁠ ⁠; il inspectait alors les Antilles espagnoles. « D’esprit juste et pénétrant », il était « dur, haineux, vindicatif » Le 24 juillet, il arrive à la Balise « avec un grand nombre de vaisseaux et de troupes, » environ 3 000 hommes : « vives alarmes » des conjurés qui comptaient sur une escadre française. Aubry prêche « une prompte et entière soumission », en les assurant de « la bonté » du général. La Frenière et les autres délégués sont, en effet, si bien reçus par O’Reilly, retenus même à dîner, qu’aussitôt sortis, ils haranguent le peuple, prêchent la soumission et vantent les rares qualités du nouveau gouverneur. Le 18 août, solennelle prise de possession « avec tout l’éclat, la pompe et la grandeur dignes du monarque » « Trois mille hommes d’élite défilent en colonne... avec un ordre et un appareil redoutables. » « Dieu m’a fait la grâce, dit le

EXÉCUTION DE NOYAN ET DES CONJURÉS FRANÇAIS

EXÉCUTION DE NOYAN ET DE DEUX CONJURÉS FRANÇAIS
Gravure EXÉCUTION DE NOYAN ET DE DEUX CONJURÉS FRANÇAIS
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candide Aubry, de remettre la colonie à un général » dont « la sagesse et la bonté remplissent d’espérance et de satisfaction tous les habitants. »

On croyait le dictateur désarmé par un tel accueil, lorsque le surlendemain et jours suivants douze des anciens conjurés, convoqués comme pour une audience, furent brusquement arrêtés et, après deux mois de débats sans base juridique, condamnés : la Frenière, Noyan, Villeré, Marquis, Joseph Milhet, à mort⁠ ⁠; Petit, à la prison perpétuelle⁠ ⁠; Mazan, à dix ans de galère⁠ ⁠; Jean Milhet, Boisblanc et Poupet, à six ans de prison. Dès le lendemain, 25 octobre, les condamnés à mort furent fusillés. « Tous subirent leur supplice avec fermeté ». « Si je ne commande pas le feu, dit Noyan, c’est que vous n’êtes pas des soldats, mais des assassins ». « Adieu, citoyens, s’écrie la Frenière, le cri de la liberté a été entendu : elle vaincra ». O’Reilly se vanta de « justice » et de « clémence ». En réalité, pour cette rébellion sans effusion de sang, une moindre peine eût suffi : bannissement ou confiscation des biens. Il faut tristement avouer, pourtant, que ce brutal exemple mit fin pour toujours à l’incurable esprit d’insubordination qui avait si longtemps paralysé la Louisiane.

PROSPERITE ECO- NOMIQUE

Le plus coupable des conjurés, Foucault, obtint, en sa qualité de fonctionnaire, d’être jugé en France : on l’oublia plus ou moins à la Bastille jusqu’en 1771⁠ ⁠; si bien qu’il fit compter ces années d’emprisonnement comme de bons et loyaux services et fut nommé ordonnateur à Pondichéry, puis à l’Ile de France. Les six autres condamnés furent, sur la demande de Choiseul, libérés au bout d’un an. La plupart des soldats voulurent rentrer en France. La monnaie de papier fut remboursée par un contrôleur français aux trois cinquièmes de sa valeur, et l’Espagne se reconnut redevable à la France de I 622 454 livres tant pour nos récentes avances que pour les énormes dépenses qu’avait depuis près d’un siècle causées la ruineuse Louisiane. 1 200 hommes de troupe. O’Reilly lui-même administra la Louisiane bien plus en L’ESPAGNE tra tolérante et parfois même débonnaire, se contentant de Cette opération accomplie, la domination espagnole se mongouverneur français qu’en représentant de l’Espagne : il appliqua nos anciens « règlements sages et utiles », en particulier le Code noir et notre politique indigène⁠ ⁠; il maintint, sous le nom de Cabildo, le Conseil supérieur composé surtout de Français⁠ ⁠; mais il fut intraitable pour tout commerce autre qu’espagnol. — Son successeur don Luy de Unzaga (1770-1776) ferma les yeux sur la contrebande anglaise et prit même parti pour les capucins français contre les capucins espagnols⁠ ⁠; mais il gêna le règlement des comptes français. — En 1776 le nouveau gouverneur Bernardo de Galvez apporta des instructions plus libérales encore : le commerce avec les Iles sous le Vent étant autorisé, il en résulta un véritable essor économique de la Louisiane. Dès qu’éclata la guerre de l’Indépendance, les colons français prirent plus ou moins ouvertement parti pour les rebelles contre le gouvernement britannique. Lorsqu’en 1779 l’Espagne s’allia à la France, Galvez s’empara même des postes anglais de Manchac, de Bâton Rouge et des Natchez, puis en 1780 de la Mobile et en 1781 de Pensacola, pendant que le colonel américain Clarke s’emparait des Kaskaskias et de Vincennes. — Son remplaçant Miro favorisa tout d’abord le commerce des Américains du Nord dans l’espoir de les rattacher à la Louisiane⁠ ⁠; mais il dut en rabattre, les trouvant envahissants et même menaçants⁠ ⁠; il n’en eut pas moins à leur accorder un entrepôt à la Nouvelle-Orléans. Malgré ces obstacles, en dépit de guerres, querelles et désastres, la Louisiane espagnole se développait : le recensement de 1785 donne 3I 433 habitants, dont 4980 à la Nouvelle-Orléans. — Le baron de Carondelet (1793-1796) eut à lutter tant contre l’effervescence intérieure causée par la Révolution française que contre les menées américaines, alors secondées par la France. Il dut défendre la Balise contre un corsaire français et expulser le général Collot, qui vint faire dans la vallée du Mississipi une enquête suspecte. Bien loin d’attirer à eux les « Kaintocks » (gens du Kentucky), les Espagnols s’en virent menacés : ils durent en 1795 accepter le traité Pinkney-Godoy, qui accordait aux Américains la libre navigation sur le Mississipi et leur donnait sur la Louisiane une véritable emprise économique et même politique⁠ ⁠; le 3r° de latitude nord fut fixé comme frontière entre le Mississipi et la Rivière Sainte- Marie. — Sous le gouvernement de Gayoso (1796-1799) et de Salcedo (1799-1802) les Américains, non contents de leur entrepôt de la Nouvelle-Orléans, installèrent, en outre, un consul en ville et des colons hors la ville⁠ ⁠; non contents de leur poste aux Natchez, non plus que de leur nouvelle frontière, ils bâtirent le Fort Adams qui menaça toute la basse Louisiane et envoyèrent des pionniers sur la rive droite jusqu’aux abords du Nouveau-Mexique. Excédé, Salcedo en 18o2 supprima l’entrepôt américain⁠ ⁠; d’où, irritation des habitants du Kentucky et du Tennessee et menaces de conflit. espagnole, la Louisiane ne cessa de prospérer. La population Malgré tout, pendant les trente-six années de domination passa de 12 000 à plus de 50000 habitants, dont bon nombre étaient des réfugiés des Antilles fuyant les excès de la Révolution. En 1801, 585 bateaux américains firent descendre à la Nouvelle-Orléans pour plus d’un million de marchandises qu’exportèrent près de 200 navires, pour la plupart anglais. Mais cette prospérité même était ruineuse pour l’Espagne⁠ ⁠; de 1798 à 18o2, elle dépensa plus de soixante millions, dont 2841 000 en 1801, alors qu’elle n’en retira en cette même année qu’un revenu de 950000 livres. Comme, faute d’immigration espagnole, la population restait française, l’Espagne ne faisait que gouverner à grands frais une colonie qui lui restait étrangère et qui, fort enviée, menaçait même, en somme, de lui échapper à la moindre crise. L’une des principales causes de la prospérité louisianaise sous la domination espagnole fut l’afflux des Acadiens. Ces malheureux Français de la Nouvelle-Ecosse, brutalement expulsés de leur asile séculaire, dispersés aux quatre coins de l’horizon, en Nouvelle-Angleterre et tout le long du littoral américain, en Angleterre, en France et jusque dans les colonies françaises, furent tout naturellement attirés vers cette fabuleuse Louisiane qu’ils croyaient encore être la dernière terre française de l’Amérique septentrionale. Dès 1758, il en vint de petits groupes échappés des atroces geôles de la Géorgie, des Carolines et même du Maryland. Après le traité de Paris, dès le 24 février 1764, Foucault en annonçait 193 qui, « pauvres et dignes de pitié », fuyaient le torride climat de Saint-Domingue. Le même mois il en vint de New-York, ruinés par leur onéreux transport à la Mobile. En mai, ils étaient déjà 473. Ordonnateur et commandant ne demandent pas mieux que d’installer en Louisiane ces sujets « laborieux, braves, religieux, attachés à leur prince et à leur patrie »⁠ ⁠; mais les moyens manquent, d’autant qu’on ignore les intentions de l’Espagne et que ces malheureux n’apportaient qu’une monnaie de carte sans valeur. On la leur remboursa pourtant jusqu’au montant de 40000 livres⁠ ⁠; on leur donna 15 000 livres de vivres, remèdes et marchandises, et le capitaine d’Hauterive s’en fut les installer à 60 et 80 lieues à l’Ouest sur les « admirables prairies » des Attakapas et des Opelousas.

365 ENAISSANCE

Mais l’année suivante l’on se trouva débordé. « Ce n’est plus de centaines qu’on parle, dit Aubry, mais de milliers... qui viennent fixer en Louisiane leur destinée errante... Cet événement me jette dans le plus grand embarras,... d’autant... qu’ils apportent la petite vérole... Cependant, c’est un devoir de ne pas abandonner... ces pauvres gens qui ne sont malheureux que par leur attachement inviolable à la patrie et à la religion... Ils renaissent à la Louisiane et y feront des merveilles, pour peu qu’on les aide. » On les aida si bien, malgré toutes les difficultés du temps, qu’informés de ce bon accueil, tous les Acadiens de tous pays voulurent 366 venir en cette fertile Louisiane comme en une « nouvelle Acadie ». Il en vint d’Halifax, ravi de se débarrasser de 216 d’entre eux. « Il en vint en droiture de Cayenne », où avaient misérablement échoué les mirifiques projets de Préfontaine. Il en vint de France surtout. « Tous les Acadiens du Havre veulent s’y rendre, » écrit le ministre en septembre 1766. On en installa bon nombre en aval de Bâton Rouge sur une rive du Mississipi qui prit le nom de « Côte des Acadiens ». Mais, Ulloa en ayant vendu en esclavage qui ne voulaient pas s’établir à son gré, cette « inhumanité » contribua à la révolution du 28 octobre 1768. « Nous, Acadiens, dit la protestation acadienne, nous promettons de sacrifier nos biens et nos vies pour demeurer toujours Français et ne jamais passer sous la domination espagnole. » L’Espagne finit par apprécier ces « cultivateurs fort indus- • ACADIENNE trieux » et en somme dociles. En 1780, par l’intermédiaire d’agents secrets, elle s’efforça d’en attirer le plus grand nombre possible : elle leur promettait le transport gratuit, des terres et même la solde de six sous par jour que leur donnait la France. Bientôt tous nos Acadiens de l’Ouest furent « dans une impatience difficile à contenir ». « Nous pourrions même attirer à la Louisiane, disaient-ils en 1783, un nombre considérable de nos compatriotes répandus parmi les Franco-Américains et au Canada. » Pour faciliter leur rapatriement, Vergennes consentit à payer les arrérages de leurs soldes et jusqu’à leurs dettes. Ainsi, des I 434 Acadiens de Nantes I 244 partirent pour la Louisiane en 1785⁠ ⁠; d’autres, de Lorient⁠ ⁠; d’autres, de Saint-Malo⁠ ⁠; en tout, quinze à seize cents de Bretagne. Ce fut le plus grand exode acadien depuis les déportations en masse de 1755 et de 1758⁠ ⁠; si l’on y ajoute les 1 000 à I 200 Acadiens des Antilles françaises et des colonies anglaises, on peut estimer à plus de 2 500 le nombre des Acadiens qui passèrent en Louisiane. Jamais la Louisiane n’avait connu pareille émigration depuis les jours de Law⁠ ⁠; sa population augmenta d’un tiers. Et, cette fois, la qualité s’ajoutait à la quantité : car, c’était là une population saine, morale, pacifique qui, s’enracinant au sol, fit de la Louisiane « une nouvelle Acadie ». Aussi, lorsque la France rentra en possession de sa colonie, put-on dire : « Les postes les mieux peuplés, surtout ceux d’Attakapas et d’Opelousas, se distinguèrent par leur ardent amour pour la France. » 367

GENTATIVE DE

Le nouveau régime en France s’intéressa d’autant plus à la Louisiane qu’il en connaissait les récents progrès et voulait reconstituer un empire colonial. En 1790, pétition des colons pour être réunis à la « mère patrie »⁠ ⁠; en janvier 1793, allocation de 15 000 livres à Volney pour s’enquérir de la situation en Amérique⁠ ⁠; en octobre, coup de main d’un corsaire français sur la Balise⁠ ⁠; en 1794, nouvelle pétition de I 500 Louisianais⁠ ⁠; puis, suggestions de notre ministre à Washington Genest, de Carnot et d’autres chefs en France⁠ ⁠; en 1795, à Bâle, négociations avec l’Espagne pour la rétrocession de la Louisiane et de Saint-Domingue⁠ ⁠; en 1796, à Aranjuez, nouvelles négociations et visite d’inspection du général Collot⁠ ⁠; en 1797, tentatives canadiennes à notre instigation. Enfin, après son échec d’Egypte, Bonaparte, poussé par

BONAPARTE Talleyrand qui a une politique coloniale et par l’entourage créole de Joséphine de Beauharnais, veut reconstituer une Nouvelle-France d’Amérique, en ajoutant aux Antilles la Louisiane et les Florides. Un officier louisianais, Delfau de Pontalba, le renseigne à ce sujet. De nouvelles négociations reprennent avec l’Espagne : après Marengo, Charles IV consent, par le traité secret de Saint-Ildefonse (octobre 1800), à la rétrocession de la Louisiane en échange d’agrandissements territoriaux du duché de Parme⁠ ⁠; toutefois, en 1802, il réserve à l’Espagne un droit d’option en cas de renoncement ultérieur de la France. Aux négociations d’Amiens, l’Angleterre, renseignée, ne fit pas d’objections sérieuses.

OPPOSTTION AMIE- RICAINE

Dès le printemps de cette même année, Bonaparte organise en Hollande, sous le nom d’expédition de Flessingue, au prix de plus de trois millions, une expédition forte de douze navires et de plusieurs régiments⁠ ⁠; il la confie à Bernadotte, puis au général Victor. Un nouveau statut colonial est rédigé, des fonctionnaires nommés, le préfet Laussat expédié dès janvier 1803. Or, le 3 mai vient un contre-ordre : « L’expédition n’aura pas lieu. » Que s’était-il donc passé⁠ ⁠? D’une part, l’Angleterre menaçant de rompre la paix, - nous n’étions plus libres sur mer. D’autre part, les Américains, inquiets, intriguaient et s’agitaient. Informés dès mars I8o1 du traité de 368 PLANCHE VI. 1726 D’après une gravure en couleurs de l’époque. (Ministère des Colonies.) AMÉRIQUE. HIST. COLONIES.

II. — RÉTROCESSION ET CESSION DÉFINITIVE (1800-1803)

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R ENONCIATION DE BONAPARTE

Saint-Ildefonse, ils se préparaient à empêcher une occupation française plus redoutable que l’occupation espagnole. « N’attendons pas l’arrivée des Français, déclarait le sénateur Ross, occupons des lieux qui doivent nous appartenir... Les gens de l’Ouest sont tout prêts... La balance de l’Amérique est en nos mains... Entrant dans l’âge de la force, nous sommes prêts à nous en servir. » Au début, en 18o2, le président Jefferson affecte publiquement de temporiser, d’user de « moyens justés et honorables »⁠ ⁠; cependant, son ministre à Paris, Livingstone, réclamait les Florides y compris la Mobile, les bouches du Mississipi y compris la Nouvelle-Orléans, et toute la vallée en amont des Arkansas⁠ ⁠; il ne nous abandonnait que les sauvages régions à peu près inconnues de l’Ouest⁠ ⁠; mais il les déclarait « contrée riche et fertile... peuplée de quinze millions d’hommes. » En 1803, au milieu de nos difficultés européennes, Jefferson s’affirme franchement hostile : « Il est sur le globe, dit-il, un point dont le possesseur est notre ennemi naturel : c’est la Nouvelle- Orléans... En nous prenant cette porte, la France fait acte d’hostilité... Elle nous contraint à faire alliance avec la flotte et la nation anglaises. » Son message officiel annonce, en effet, « un changement dans l’aspect des relations extérieures ». A nouveau les milices MONROE de l’Ouest réclament l’invasion de la Louisiane. Sous l’influence de ces intimidations, Livingstone travaille à Paris à « la cession de la Nouvelle-Orléans contre achat ou à sa conversion en simple port-abri pour la France ». En mars, Jefferson dépêche son ami James Monroe pour négocier, si possible, cette cession⁠ ⁠; en même temps, il négocie avec l’Angleterre une entente offensive contre la France. préparatifs belliqueux de la Grande-Bretagne, le Premier Avant même l’arrivée de Monroe, en présence des Consul avait dû se décider à l’inévitable. Après une dramatique discussion avec ses ministres Barbé-Marbois et Decrès : « Je connais tout le prix de la Louisiane, déclare-t-il le Il avril... J’y renonce avec un vif déplaisir, car m’obstiner à la

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HISTOIRE DES COLONIES 369 24

conserver [sous les menaces anglaises et américaines] serait folie... Si je réglais mes conditions sur ce que ces vastes territoires vaudront aux Etats-Unis, les indemnités n’auraient point de bornes. Je serai modéré en raison de l’obligation où je suis de vendre. » Avec Livingstone et Monroe non moins surpris que ravis, Barbé-Marbois négocie donc du 3 au 8 mai la cession de la Louisiane pour 80 millions, à condition que les habitants jouiraient, en même temps que de tous les droits et avantages de citoyens américains, de leurs droits de propriété et de l’exercice de leur religion. A quoi bon s’apitoyer hélas⁠ ⁠! sur la somme dérisoire qui doublait ainsi le territoire des Etats-Unis et leur donnait la suprématie en Amérique septentrionale⁠ ⁠? La déclaration de guerre par l’Angleterre, le 12 mai, rendait inévitable la perte de la Louisiane. « Cette accession affermit pour toujours la puissance des Etats-Unis, estimait du moins Bonaparte⁠ ⁠; ainsi je viens de donner à l’Angleterre une rivale maritime qui tôt ou tard abaissera son orgueil. » « D’aujourd’hui, confirmèrent les négociations américaines, les Etats-Unis sont au nombre des puissances de premier rang⁠ ⁠; toute influence exclusive sur les affaires d’Amérique échappe sans retour aux Anglais ». N’oubliant pas le malheureux peuple, non consulté 370

CESSION DE LA LOUISIANE A L’AMÉRIQUE

CESSION DE LA LOUISIANE A L’AMÉRIQUE
Gravure CESSION DE LA LOUISIANE A L’AMÉRIQUE
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par suite du blocus imminent, Bonaparte ajouta au texte même des articles : « Que les Louisianais sachent que nous nous séparons d’eux à regret... Qu’heureux de leur indépendance, ils se souviennent qu’ils ont été Français... et conservent pour nous des sentiments d’affection⁠ ⁠! Que l’origine commune, la parenté, le langage, les mœurs perpétuent l’amitié⁠ ⁠! » Ce pendant, que se passait-il en Louisiane⁠ ⁠? Le 26 février 1803 avait été solennellement reçu à la Nouvelle-Orléans le préfet colonial Pierre de Laussat. « Je n’ai trouvé que des cœurs français, dit-il⁠ ⁠; adoptée par le Premier Consul, cette colonie attend de lui sa force et sa prospérité. » « Trente-quatre ans d’une domination étrangère, proclament les habitants, n’ont point affaibli en nous l’amour sacré de la patrie⁠ ⁠; nous lui offrons notre dévouement, notre obéissance et notre amour. » Toutefois, on s’inquiétait des assignats trop semblables à la monnaie de carte d’autrefois, d’une législation subversive, d’une révolte possible des nègres, de lois prohibitives pour le commerce. Et puis, remarquait Laussat, « nous succédons à un gouvernement qui jetait chaque année trois millions de francs dans la colonie. »

Bonnes à l’origine, les relations avec les autorités espagnoles se tendirent de plus en plus, parce que tardaient à venir les pouvoirs nécessaires au transfert et que croissaient les fâcheux bruits de cession aux Etats-Unis. Enfin, le 22 novembre, le malheureux préfet, qui depuis six mois se morfondait en sa situation de plus en plus fausse et ridicule, se trouve brusquement chargé d’ « opérer en un jour la prise de possession » des mains de l’Espagne et « la remise en possession » aux mains des Etats-Unis. Notre habile Méridional, s’accordant quelque loisir, sut se tirer avec décence et dignité d’une mission aussi ingrate.

Hâtivement il organise une milice : « les Volontaires du Mississipi », et « une municipalité éclairée, active et respectable », capables de constituer « une force morale imposante. » Le 30 novembre, à midi, après transmission des pouvoirs, au bruit des canons, devant une foule assemblée, « les pavillons espagnols descendirent des mâts et les pavillons Français furent hissés. » « Je vous confie ces drapeaux au nom de la République française, dit Laussat à ses miliciens⁠ ⁠; vous les défendrez, vous les honorerez : ils sont ici comme sur leur terre natale. » Pendant les jours suivants, un détachement militaire monta la garde près du drapeau. — Le 20 décembre, même cérémonial pour la remise des pouvoirs aux autorités américaines. « Un assez gros peloton d’Américains, rassemblés à quelques pas de l’Hôtel de Ville, cria : Hurrah⁠ ⁠! en agitant leurs chapeaux⁠ ⁠; mais, en général, on voyait régner l’immobilité et le silence⁠ ⁠; la douleur et l’émotion se peignaient sur la plupart des visages. »

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« La nation américaine vous reçoit comme des frères, disait la proclamation⁠ ⁠; elle se hâtera de vous faire participer à ses droits inappréciables, source d’une prospérité sans exemple. » Laussat n’en constate pas moins, pendant les quatre mois que dura l’inventaire des biens cédés par la France (5 500 000 francs), les pénibles frictions d’une adaptation trop hâtive : brusque introduction de la langue anglaise, « partialité révoltante en faveur des natifs américains ou anglais », « substitution de majorités américaines aux majorités créoles », « rixes et tumultes à propos de danses », etc. « Sont-ce là les bienfaits tant vantés de la cession par la France⁠ ⁠? disaiton. Sont-ce là les libertés dont elle a paru vouloir garantir à la Louisiane la conservation par une clause expresse du traité⁠ ⁠? » Malgré tout, Laussat prévoit que « le germe d’animosité contre les Etats-Unis... avortera : car ce peuple est naturellement doux, quoique chatouilleux, fier et brave. »

DEVEAOPPENEAT DE LA LOUISIANE

Comme l’Espagne ne se décidait pas à céder ses deux Florides, ce ne fut qu’en 1813 que le général Wilkinson occupa la Mobile, en 1815 Pensacola et en 1818 la Floride orientale. Devant le fait accompli, l’Espagne se résigna à vendre ce qu’elle n’avait plus pour vingt-cinq millions, lesquels lui furent repris sous forme d’indemnités aux citoyens américains. Ainsi, en quelques années et à peu de frais, les Etats- Unis obtinrent l’immense pays qu’avaient à si grande peine exploré et colonisé l’Espagne et surtout la France. peu à peu naissance à six Etats : en 1812 la Louisiane Cette dernière partie de la Louisiane française donna proprement dite avec la Nouvelle-Orléans, en 1817 le Mississipi avec les Natchez, en 1818 les Illinois avec Kaskaskias, en 1819 l’Alabama avec la Mobile, en 1821 le Missouri avec Saint-Louis, en 1836 l’Arkansas. Or, la Louisiane française, qui comprenait toute la vallée du Mississipi et le littoral du golfe du Mexique, se trouve actuellement divisée en vingt-quatre Etats ou territoires d’une richesse fabuleuse : 97 pour 100 du minerai de fer des Etats-Unis, 97 pour 100 du soufre, 95 pour 100 du charbon, 86 pour 100 du blé, 8ı pour 100 du froment, 82 pour 100 des instruments agricoles, 75 pour 100 du cheptel, 7º pour 10o du pétrole, 66 pour 1oo du sel, 6ı pour 100 du coton, 53 pour 100 du bois, etc...

S FRANÇAIS

L’union franco-américaine fut bientôt scellée dans le sang⁠ ⁠; en janvier 1815, une armée anglaise de II 000 hommes, débarquée à deux jours de marche de la Nouvelle-Orléans, fut arrêtée par les troupes du général Jackson, grossies de bon nombre de volontaires français et forcée de se rembarquer, après avoir perdu 2 000 hommes. Mais, au cours de la guerre de Sécession, en avril 1862, le commodore Farragut, avec une flottille de 40 navires, s’empara de la Nouvelle-Orléans qui, à peu près sans défense, fut ruinée tant par l’incendie que par l’insurrection. maintes crises économiques, la capitale du Sud prospère merveil De nos jours, malgré la brusque émancipation des nègres et leusement avec son active population de plus de 400 000 âmes, tandis que la capitale du Nord, au pays des Illinois, Saint-Louis, la surpasse encore avec ses 600 000 habitants. Malgré tout, bien que loyaux citoyens américains, maints descendants de vieilles familles françaises, surtout les 50 000 Acadiens du diocèse de La Fayette si gravement éprouvés par les récentes inondations, ont à cour de conserver la religion, la langue et les traditions de leurs ancêtres, particularisme que préservent pieusement l’Athénée français, l’Union française et l’Alliance française. 373

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Citer ce chapitre

Émile Lauvrière, « Domination espagnole », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. I, Introduction générale — L'Amérique, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1929, p. 359-374.

Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-1/louisiane/domination-espagnole/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11002715