Colonies françaises

Tome VI · Conclusion générale de l'Histoire des colonies · Chapitre 3

Marins, voyageurs, missionnaires français dans l'Afrique australe du dix-septième au dix-neuvième siècle i. L'escale du Cap et la marine française. — II. Savants et voyageurs français en

Par p. 551-568 de l'édition originale 5 710 mots 12 illustrations 1933 Fac-similé sur Gallica ↗
Argument du chapitreAFRIQUE AUSTRALE. — Le P. Tachard. — L’abbé de La Caille. — François Le Vaillant. — Adulphe Delegorgue. — III. LES MISSIONNAIRES PROTESTANTS FRANÇAIS DANS LE BASOUTOLAND - L’œuvre géographique des missionnaires. — CONCLUSION CONCLUSION GÉNÉRALE, par Gabriel HANOTAUX
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CONCLUSION GÉNÉRALE DE L’HISTOIRE DES COLONIES par Gabriel HANOTAUX DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE
Gravure CONCLUSION GÉNÉRALE DE L’HISTOIRE DES COLONIES par Gabriel HANOTAUX DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE

AMAIS, peut-être, l’utilité, la nécessité de l’Histoire ne sont apparues plus clairement à un historien que lorsqu’il lui fut donné d’assister à la réalisation (textes et images) de la présente Histoire des Colonies et de l’Expansion française. Les auteurs de ce livre sans précédent lui apparaissaient, dans leur navigation sur un océan de ténèbres, pareils à un Vasco de Gama, à un Christophe Colomb. Des terres nouvelles surgissaient devant eux. On ne savait, pour ainsi dire, rien de ce passé immense et, soudainement, il se découvrait, dans sa fourmillante existence perdue, sans que fût dissipée tout à fait par une connaissance plus précise, l’émotion du mystère.

ÉTABLISSEMENT FRANÇAIS AU GABON. Frontispice
Gravure ÉTABLISSEMENT FRANÇAIS AU GABON. Frontispice

Car le vaste sujet qui est celui du livre reste mystérieux malgré tant d’efforts pour l’éclaircir : le passé dont nous avons essayé de saisir l’image nous échappe quand même. Pourquoi la carence, prolongée jusqu’à nos jours, de ces peuples, loin du cortège de la civilisation et de la troupe des humains en marche⁠ ⁠? Pourquoi ces séparations indéfiniment séculaires entre les races⁠ ⁠? Pourquoi ces divergences d’habitus, de couleur, de facies, de crânes et de cerveaux⁠ ⁠? La distance qui sépare les continents n’est pas une raison suffisante pour expliquer le manque absolu de contact et de relations, puisque la famille, rien qu’en se dispersant, a prouvé que ni les continents ni les eaux n’étaient pour elle, infranchissables. Et pourquoi les uns ont-ils eu en partage des dons et des facultés qui ont manqué aux autres⁠ ⁠? Et tant d’autres problèmes qui aggravaient encore les ignorances de la science.

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Et il apparaissait, en outre, rien qu’en abordant cette recherche, que la prodigieuse énigme n’avait pas seulement une face tournée vers le passé, mais une autre tournée vers l’avenir.

Maintenant que les Océans sont franchis et les continents parcourus, maintenant que ces frères retrouvés ont reconstitué la totale humanité, que vont-ils devenir⁠ ⁠? Que faut-il en faire⁠ ⁠? Comment les prendre, comment les traiter⁠ ⁠? Quels ménagements et quels encouragements⁠ ⁠; par quel procédé les tirer sur la rive et les arracher au naufrage⁠ ⁠; par quelle gymnastique et quels entraînements physiques, intellectuels, moraux, les faire nôtres en les laissant eux-mêmes⁠ ⁠? Comment ce qu’ils étaient et ce qu’ils faisaient hier s’accrochera-t-il à ce qu’ils seront et à ce qu’ils feront demain⁠ ⁠?

Puisque la grande conjoncture de notre siècle est que la terre par le percement du canal de Suez et du canal de Panama est ronde et l’humanité absolue, il apparaît que le contact, désormais assuré entre les divers peuples, séparés jusqu’à nos jours, exigeait, pour une adaptation nouvelle, une connaissance plus intime de tout ce qu’ils avaient été, de leurs mœurs, leurs religions, leur manière d’être, de penser, du pli de leur âme, de l’élasticité possible de leur société et de leur sociabilité, pour savoir comment s’accomplirait avec eux, et en partie par eux, l’évolution vers le futur.

Et si donc la France, avec son naturel expansionniste et compréhensif, se trouve au premier rang des pays découvreurs et colonisateurs, elle a comme urgent devoir de s’appliquer à mieux connaître ces peuples au milieu desquels elle s’installe et où son cœur généreux retrouve des frères, fils de la grande famille en marche vers un unique destin.

La découverte n’est pas achevée⁠ ⁠; une première navigation ne suffit pas⁠ ⁠; et, pour reprendre l’expression si forte du divinateur qu’est Élie Faure, il y a « d’autres terres en vue ».

Ces « terres en vue » sont précisément celles sur lesquelles doit s’élever le nouvel édifice humain, ce palais de la future Société des Nations en comparaison duquel celui de Genève n’est qu’un vestibule d’attente. Mais, pour y fonder, il faut bien connaître les sols annexés, étudier leurs couches superposées, juger de leurs possibilités d’après ce qu’ils ont reçu et rejeté, d’après ce qu’ils ont adopté et éliminé, prévoir, selon ce qu’ils ont pu produire, ce qu’ils produiront demain avec les nouveaux moyens, les nouveaux outils, les nouveaux marchés qui leur sont offerts. D’où résultait la nécessité de la présente histoire, son regard sur le passé en considération de l’avenir, son enquête multiple, variée et synthétique à la fois, sur ce que la France ayant déjà fait et peut faire encore dans l’univers. ***

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La France a reçu de sa situation et de son histoire un devoir de propagation et de propagande : elle est éminemment missionnaire. Par un ordre providentiel qui s’est révélé à toutes les grandes heures de son existence, elle a été chargée de verser la Méditerranée dans la mer du Nord, et de là, dans les lointains Océans. La victoire de Charles Martel barrant la route à l’irruption musulmane, les percées de Charlemagne dans les masses germaniques mettant fin aux invasions des barbares, l’entreprise de Guillaume le Conquérant, les Croisades, la mission de Jeanne d’Arc, la Révolution française, la bataille de la Marne sont de ces faits par lesquels l’intervention de la France, consciente d’elle-même, a su assurer et propager l’évangélisation intellectuelle et morale des peuples.

L’Occident est née d’elle, héritière, par la Méditerranée, de l’Orient. Moyse et le Christ, Socrate et Platon, César et Justinien, Dante et saint Thomas, Descartes et Corneille, Victor Hugo et Pasteur ont échauffé de leur rayonnement astral la frigidité du Nord⁠ ⁠; si l’art, les lettres, la langue, le génie des Gaules n’avaient pas semé, le reste de l’Univers serait demeuré stérile. La France a répandu ses filles spirituelles sur la planète entière.

Ainsi sa longue pratique des entreprises difficiles, avec leurs succès et leurs échecs, avec leurs progrès et leurs arrêts, avec ces alternatives de gratitude et de rébellion qui sont la norme des rapports entre les peuples comme entre les individus n’eussent pas abouti au total : Civilisation. Sans le pont que fut la Gaule, par où donc eut-elle passé⁠ ⁠?

De là, pour la France, cette expérience des contacts entre les peuples qui lui permet les victoires sans orgueil, l’influence sans le territoire, les services sans reproche. N’est-il pas frappant que la conquête musulmane, arrêtée à Poitiers, fixée en Sicile, balancée à Jérusalem, refoulée à Bysance, ait abouti finalement, entre les deux civilisations hostiles, à cette pacification consacrée par les capitulations de François Ier et qui a permis la cohabitation et la copénétration des peuples divers sous l’égide des « Francs », stabilisant et harmonisant la vie commune durant de longs siècles⁠ ⁠?

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Ce qui s’est produit, au sein même des terres et des mers européennes par une si savante modération, donne la clef des résultats obtenus par la France dans les parties plus lointaines du globe. Ici, c’est sa faculté colonisatrice nouvelle qui s’exerce avec les moyens et les procédés modernes. Depuis quatre siècles, elle a fait ses preuves. Et c’est à exposer ses débuts et ses premiers succès dans le passé et dans le présent pour en tirer leçor en vue de l’avenir, qu’une Histoire de la colonisation et de l’expansion françaises était nécessaire. L’Amérique, découverte par Christophe Colomb et ses successeurs n’était pas une terre déserte. D’une extrémité à l’autre du nouveau continent, des populations nombreuses et variées occupaient son sol. De grands empires avaient atteint une sorte de splendeur⁠ ⁠; des populations nomades dont les vertus frappèrent les premiers découvreurs parcouraient les vastes plaines du Nord. Or, qu’est-il advenu de ces populations⁠ ⁠? La conquête mercantile

CHAPELLE DU TEMPLE DE WAT-PHOU, d’après F. Garnier : Voyage d’exploration en Indo-Chine
Gravure CHAPELLE DU TEMPLE DE WAT-PHOU, d’après F. Garnier : Voyage d’exploration en Indo-Chine

INDOCHINE. CHAPELLE DU TEMPLE DE WAT-PHOU (D’après Garnier. Voyage d’exploration en Indochine). des Anglo-Saxons a détruit les races autochtones sur la terre septentrionale, tandis que la conquête des Espagnols, tout en s’assimilant les populations du Sud, les soumettait à l’exploitation minière et esclavagiste. Or, les lamentables erreurs de l’Europe dans cette double et pénible expérience l’ont accablée d’une responsabilité où la France n’a nulle part⁠ ⁠; elle n’a d’autre renom sur le double continent que celui de libératrice. Il reste d’elle, en Amérique, cette admirable population canadienne qui multiplie la noblesse de son indépendance par l’ardeur de sa foi. La France n’a à se reprocher là-bas, nul méfait.

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Dans la proche Asie, la France fut la France des croisades. A Jérusalem, en Palestine, en Syrie, le protectorat catholique et les missions héritèrent de son prestige. Grâce à elle le nom du Christ n’a jamais été effacé du lieu où apparut le Christ. Et, au delà, les immenses contrées de l’énorme continent ont retenti des noms de Dupleix, de La Bourdonnais, de l’évêque d’Adran⁠ ⁠; toutes doivent leur renaissance et leur reconnaissance à Lesseps : elles ne respirent désormais que par lui. Les ayant saisies d’une poigne vigoureuse cet extraordinaire correcteur de la création les a attirées à nous et les a installées sur une Méditerranée prolongée à travers le globe tout LE FORTIN DE BAC-NINH entier. (D’après un dessin du Tour du monde).

LE FORT DE BAC-NINH, d’après un dessin du Tour du monde
Gravure LE FORT DE BAC-NINH, d’après un dessin du Tour du monde

Par cette route vont se mettre en marche les deux cortèges qui doivent s’unir et se confondre finalement dans leurs costumes, leurs musiques, leurs actes et leurs rêves, Orient, Occident. Par là sera corrigé le divorce « entre la connaissance et la mystique », entre Descartes et Çakiamouni, qui fut la plus grave rupture dans la grande famille et qui ne date, en somme, dans la branche européenne, que de la fin du moyen âge.

Une autre décision non moins importante de la destinée a voulu que la France fût installée en Indochine, et non ailleurs, et non une autre puissance européenne. Sous l’aisselle du Céleste Empire, en ce point où toutes les races originaires, jaunes et aryennes se sont rencontrées, le vieux projet des rois de France et de la papauté de prendre le monde asiatique à revers par les missions et les alliances, se trouve réalisé. Rien ne se perd en histoire. Là est le point de ponction où peut s’opérer la transfusion des sangs et le mariage des idées et des morales entre les deux civilisations séculaires qui se sont développées d’un pas égal aux deux extrémités d’un même continent. Il suffit de voir la figure d’un vieillard indochinois pour y reconnaître les traits frappants d’un vieux paysan français. Les deux cousins sont également fils de la terre, penchés sur la terre, enracinés dans la terre : du paysan blanc au paysan jaune, c’est une question de teint : plus ou moins de bile dans le sang⁠ ⁠; les deux visages s’égayant du même sourire, les âmes sont pénétrables, assimilables.

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Le miracle qui, certainement, ne s’accomplirait que difficilement ailleurs, n’est pas impossible ici. Observons, et l’histoire nous l’apprend, que, dès les premières rencontres, les amitiés ont été si promptes, si naturelles que, par la simple présence de quelques missionnaires, elles se sont nouées. Je ne sais si, depuis le discours du se rebeller contre Rome crainte de tomber sous le joug de la Germanie, il y ait eu, Rémois Julius Aupex rapporté par Tacite (I), conseillant aux Gaulois de ne pas dans l’histoire, une parole plus compréhensive de l’avenir que celle qui fut adressée, en 1832, à l’empereur d’Annam Minch-Mang par le vice-roi de Basse-Cochinchine plaidant la cause de ces étrangers bienfaisants : « Comment, écrivait-il, nous persécuterions ces maîtres européens dont nous avons encore le riz aux dents⁠ ⁠?... Qui, donc, a aidé le feu roi à recouvrer son royaume⁠ ⁠? Il paraît que Votre Majesté a bien envie de le perdre de nouveau. Les Tay-Song ont persécuté la religion et ils ont été détrônés⁠ ⁠; le roi de Pégou vient de perdre la couronne pour avoir chassé les prêtres... Est-ce que le tombeau du grand maître Pierre (2) n’est pas encore au milieu de nous⁠ ⁠? Non, tant que je vivrai, le roi ne fera pas cela⁠ ⁠; que Votre Majesté fasse ce qu’elle voudra après ma mort... » L’âme du grand évêque, ami des jaunes, né sur la terre de Behaine en Picardie, cultivateur, fils de cultivateur, doit contempler avec joie la moisson née de la semence qu’il a jetée. en toute loyauté, sur les lèvres de tant de peuples disséminés à la surface du " ...Dont nous avons encore le riz entre les dents... » C’est la phrase qui jaillirait, globe où le souffle français a passé sans être jamais destructeur. Partout, l’indigène s’est trouvé apaisé, nourri, élevé, guéri, multiplié par la survenue française. Un seul exemple, et combien mémorable : en Algérie, la population indigène a plus que doublé dans le siècle de notre établissement. Est-ce là un peuple qui souffre⁠ ⁠? Partout, la France s’est inspirée de la noble devise des croisés : « Exhausser chrétienté, » — relever l’humanité.

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PORT DE TAMATAVE, CONSTRUCTION DE LA DIGUE EXTÉRIEURE, d’après la Revue de Madagascar
Planche PORT DE TAMATAVE, CONSTRUCTION DE LA DIGUE EXTÉRIEURE, d’après la Revue de Madagascar

PORT DE TAMATAVE. CONSTRUCTION DE LA DIGUE EXTÉRIEURE

(D’après la Revue de Madagascar).

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Insistons sur l’Afrique. L’Afrique offre à l’histoire un problème auquel on peut réfléchir indéfiniment : pourquoi cette terre, méditerranéenne s’il en fut (c’est-à-dire du milieu des terres), est-elle restée pendant des siècles perdue pour la civilisation. Les anciens la considéraient comme le lieu de la fatalité et de la mort. Dans Lucain, les soldats de Caton s’en font un tableau effrayant : « Tu n’es bonne à rien, Afrique⁠ ⁠! Tu ne portes que des monstres⁠ ⁠; tes serpents s’acharnent contre la vie⁠ ⁠; ton sol hait la culture et dévore la semence⁠ ⁠! Tu es maudite, terre qui chasse l’homme par tous les maléfices et par tous les venins⁠ ⁠!... »

Cependant, l’Egypte, Carthage, Rome dans l’antiquité, l’avaient arrachée à cette désolation. Sur les bords, de la Méditerranée, elle avait aligné, comme les terres européennes de l’autre rivage, ses ports, ses villes, ses temples, ses peuples, en pleine prospérité. Le désert était un « grenier ». Et, quand le monde entra dans une ère nouvelle, la religion du Christ avait pris son élan décisif sur la terre des Origène et des Augustins.

Mais, voilà que, de nouveau, la stérilité et la mort reprennent leur empire. L’Afrique redevient le lieu de tous les maléfices et de tous les venins. Tandis que la mer était sillonnée par les passages alternatifs d’Orient en Occident et d’Occident en Orient, le rivage et le continent africains sont reconquis par les sables. Tous les maux, la piraterie, la razzia, l’esclavage, la traite, l’anthropophagie assombrissent de nouveau son malheureux destin et la nuit du néant frappe ses peuples d’une nouvelle malédiction. Un écrivain du moyen âge « Ils mènent une vie très misérable et calamiteuse pour autant que les pays expose, en ces termes, le tableau que l’on se faisait alors des peuples africains : auxquels ils habitent sont aspres et stériles... Les Arabes (leurs voisins) sont les plus dangereux et terribles voleurs qui soient sous le ciel⁠ ⁠; lesquels après avoir mis à blanc les indigènes étrangers qui tombent en leurs mains et leur avoir tout volé, les vendent aux Siciliens... Tant y a qu’ils sont tous difformes, mal vêtus, maigres et défaits pour l’extrême fatigue qui les moleste, s’en départir (1). » Dieu veuille demeurer sur cette damnable et perverse génération sans jamais voire et si aspre qu’il semble à voir que de tout temps la malédiction de

Et, jusque dans nos temps, qui ont assisté à une si extraordinaire transformation des êtres et des choses, subsiste la légende des longs périples qui, nous approchant peureusement de la terre inhospitalière, rapportaient l’image de ces fêtes noires se découpant sur des feux allumés, de ces danses érotiques scandées par le tam-tam des tambourins, de ces apparitions de nudités monstrueuses grandies par des masques aux regards de feu, de ces infinies lamentations se prolongeant sur les eaux et poursuivant les navires comme le cri indéfini du malheur sans espérance.

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Eh bien⁠ ⁠! c’est cette terre, qui n’était connue de l’Europe que par la terreur de la piraterie et les récits des captifs, que la France entreprit de relever de sa chute et de ramener à son antique splendeur. Cent ans : l’Egypte, Rome et Carthage renaissent, sont dépassées.

Mais, en arrière de cette Afrique du Nord à laquelle sa splendeur passée pouvait promettre un renouveau de ses antiques destins, une autre Afrique apparaît encore : c’est l’Afrique noire, l’inabordable.

Tandis que Gobineau, infatué de la supériorité des pirates normands dont il prétendait descendre, écrivait, il n’y a pas si longtemps : « |Il faut admettre que pour un nombre très important d’humains, il a été impossible, et l’est à jamais, de faire même les premiers pas vers la civilisation⁠ ⁠; si, en outre, nous considérons que ces peuplades se trouvent dispersées sur la surface entière du monde dans les conditions de lieu et de climat les plus diverses..., nous sommes induits à conclure qu’une partie de l’humanité est, en elle-même, atteinte d’impuissance à se civiliser jamais, même au premier degré⁠ ⁠; » tandis que ce verdict téméraire avait été prononcé, voici, maintenant, qu’un observateur attentif, renseigné par les faits et par le contact réel avec ces « peuplades » tant méprisées, écrit : « On vante la douceur des Oualous du Sénégal, des Krous de la Côte d’Ivoire, des Bambaras du Niger⁠ ⁠; on réprouve la férocité des Achantis et des Dahoméens⁠ ⁠; mais on ne conteste pas la supériorité des seconds sur les premiers. On reconnaît les vertus hospitalières des Wengandas du Nyanza, mais chez eux règne, par contre, un tel mépris de la vie humaine que le meurtre n’y est pas châtié. Le cannibalisme des Monboutous du Congo est resté longtemps le plus irréductible de l’Afrique, mais ils passent pour les plus loyaux de tous les peuples Bantous... Prenez-y garde. Ils sont désarmés devant nous : c’est ce qui nous rend atroces. Ils obéissent avec une sorte de fanatisme, à condition qu’on soit juste pour eux. Envers celui qui est bon, ils déploient « un zèle lyrique (I) ».

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M. Candace affirme que, maintenant que la « paix française » a supprimé la razzia, l’esclavage, les guerres de tribus à tribus, ces cultivateurs de manioc redeviennent le paysan propriétaire, type si normal chez l’homme⁠ ⁠; et il ajoute que la tradition du pater familias romain se retrouve chez eux⁠ ⁠; car Rome par les garnisons et les caravanes aurait pénétré jusqu’au Niger et au delà. Et Brazza, qui fut l’inventeur et le père de ces noirs incapables de civilisation même au premier degré, les juge en ces termes : « Populations primitives, il est vrai, mais non point inintelligentes et qui sont assez maniables pour qui sait les manier, ne pas les heurter, apporter dans les relations beaucoup de fermeté, une bienveillance sans faiblesse et une patience sans limites. » Brazza lui-même les a conquis sans tirer un coup de fusil. Le sergent Malamine fut le type de l’honneur et de la fidélité noires.

TYPES ADoUMA, dessins d’après nature de E. Læthier
Gravure TYPES ADoUMA, dessins d’après nature de E. Læthier
ADOUMA

On a bien vu, pendant la grande guerre, que ces hommes, une fois bien en (mains, ne le cèdent ni en bravoure, ni en discipline, ni en humanité à ces races ADOUMA supérieures qui se (Dessin d’après nature de E. Laethier, inembre de la mission de Brazza). mettent si haut sur les degrés de la grande famille. Ils n’étaient ni dans les massacreurs de Dinant, ni dans les destructeurs de Louvain. Je citerai, pour ramener toute chose à leurs justes proportions ce mot que le cœur a dicté comme l’esprit : « Le noir ignore le péché, c’est ce qui le rend si charmant. » La France a fait cette conquête sur l’ignorance et la méconnaissance universelles : elle a sauvé le noir, elle l’éduque, se penche sur lui et le présente comme un enfant naif à la civilisation. On verra bien si ce barbare harmo- (D’après un dessin d’après nature de E. Laethier, nieux et rieur est indigne de ces soins et de membre de la mission de Brazza). cette amitié.

Illustration de l'ouvrage, page 560
Gravure sans légende (page 560)

Quels sont les résultats actuels⁠ ⁠? Dans un livre récent, j’ai cité les incroyables progrès de nos possessions du bassin méditerranéen. Rappelons, à titre de simple indication schématique que là où il n’y avait rien, il y a maintenant dix mille et cent mille. Les ports de l’Algérie, qui n’abritaient que quelques barques de pirates, voient aborder maintenant des milliers de navires dont un seul dépasserait le tonnage total de la flotte des Deys.

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Parlons de nos colonies d’hier : celles que nous avons eu sur les bras à leur naissance, celles que l’ignorance ou la négligence de la métropole traitent en avortons mal venus, et que certains se montraient disposés hier à abandonner, faute de ressources, disait-on, à la commisération d’un condominium international.

Partout la population s’accroît, la production se développe, les maladies endémiques reculent. Il y a des misères, certes, ne serait-ce que la misère actuelle de l’arachide⁠ ⁠; mais ce sont, en somme, des reculs sur une incroyable prospérité. Qui reconnaîtrait l’Afrique de 1900⁠ ⁠? Même la crise universelle si elle mesur E ses coups c’est en faveu e notre corps colonial.

LE VIEUX TAMATAVE. La rue du Commerce, d’après la Revue de Madagascar. 5бI
Gravure LE VIEUX TAMATAVE. La rue du Commerce, d’après la Revue de Madagascar. 5бI

Voyez le benjamin de nos établissements en Afrique, la Côte d’Ivoire. Le Bulletin hebdomadaire d’information coloniale constate que, malgré la crise économique et l’effondrement des cours mondiaux du cacao, la production cacaoiere de la Côte d’Ivoire n’a cessé d’aller en augmentant. « L’exportation des premiers mois de 1933 a atteint 24 319 tonnes, tandis que, pour la période correspondante de 1932, l’exportation n’avait été que 19969 tonnes⁠ ⁠; la plus value en faveur de 1933 est donc de 4350 tonnes. » Ces résultats sont dus à une excellente rationalisation de la production. Or, la plus grande part de ces exportations est dirigée vers la métropole. Qui se plaindra que la tasse de chocolat de nos enfants nous vienne d’une terre française⁠ ⁠?

Voici Madagascar. Je donne encore les derniers renseignements, car ils sont les plus probants : le gouverneur général, M. Cayla, dans son Exposé aux délégations économiques et financières, jette à la pelle, si j’ose dire, les multiples progrès acquis au cours de la dernière année. Nos ironistes disaient que cette terre rouge

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avait tout juste, « la fertilité de la brique ». Or, l’exportation du café qui avait été de 6 850 tonnes en 1930 s’est élevée à 13 845 tonnes l’année 1932, et ce chiffre sera largement dépassé cette année⁠ ⁠; les tapiocas, partant de zéro ont conquis, avec 3 733 tonnes, le tiers du marché métropolitain. Le manioc dont l’exportation était à 25 000 l’année dernière, se trouve cette année à 37 000. Le tabac, qui s’essayait en exportant 28 tonnes en I92I, atteint maintenant 3 500 tonnes⁠ ⁠; les produits miniers qui, pour les sept premiers mois de l’année exportaient, l’année dernière, péniblement une valeur de 4 500 000 francs, sont montés, cette année, pour les mêmes premiers mois, à I4 millions. Progrès foudroyants, n’est-ce pas⁠ ⁠? Et on trouverait, dans toutes les branches del’activité, ces constatations aussi réconfortantes : le port de Tamatave est presque achevé avec un travail de remblais mesurant 420 000 mètres cubes et de r). dragages de 100000 mètres cubes⁠ ⁠; à Diego- Suarez, à Tuléar, à Fort-Dauphin, à Majunga, réalisations identiques soit en voie d’achèvement, soit en cours d’exécution. Et les routes⁠ ⁠! Le réseau se tisse comme une toile d’araignée de Tananarive à toutes les extrémités de l’ile : la route de Majunga-Diego-Suarez achevée, la plate-forme en vue de l’établissement de la voie ferrée en construction vers Mahabo, Ankify, vers les charbonnages de la Sakou. L’aviation, l’hygiène, l’instruction publique, l’urbanisme se développent du même élan⁠ ⁠; la mortalité enfantine est jugulée⁠ ⁠; 115 000 élèves indigènes dans nos écoles primaires⁠ ⁠; en outre, enseignement secondaire, enseignement supérieur y compris l’enseignement médical et les laboratoires. En deux mots, voilà une de ces populations « indignes du premier degré de la civilisation » qui nous apparaît comme un peuple intelligent, artiste, fin et souple, éducable, adaptable s’il en fut, et qui les monte « les premiers degrés de la civilisation » en moins de trente ans⁠ ⁠! J’ai vu partir de mon cabinet, il y a trente-cinq ans, le général Duchesne et je lui ai remis alors la médaille de Richelieu « Francia orientalis » en lui disant : « Faites-nous là-bas,

TANANARIVE ACTUEL. Boulevard Joffre, d’après la Revue de Madagascar
Gravure TANANARIVE ACTUEL. Boulevard Joffre, d’après la Revue de Madagascar
Illustration de l'ouvrage, page 562
Gravure sans légende (page 562)
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une France nouvelle ». La voilà, telle que n’eussent osé la rêver ni Richelieu ni Jules Ferry. Et quels ont été, je vous prie, pour obtenir ces moissons sans pareilles, les sacrifices de la métropole⁠ ⁠?...

Une nouvelle Egypte (on l’expliquait hier), se crée par nos soins en Afrique : c’est celle qu’arrose le Niger. Ce fleuve large, par endroits, de 5 kilomètres, coule sur 3000 kilomètres en territoire français. Hier encore, il était inutilisé, méconnu, bon, tout au plus à nourrir les fameux noirs de Mangin : deux Français sont survenus, deux⁠ ⁠; et ils ont passé le mors à la magnifique bête indomptée : un civil l’ingénieur Bélime, un militaire, le colonel du génie, Doizelet (une espèce de Joffre, quoi⁠ ⁠!) Lisez, par-dessus l’épaule de M. Pierre Deloncle, la lettre du colonel de Burthe d’Annelet : « malgré la crise, les travaux d’irrigation du Niger sont poursuivis avec une méthode, une activité impressionnantes. On est en train d’accomplir une œuvre grandiose qui rendra la vie à cette partie du Soudan vide et aride. Les installations de Ségou et de Markala ont été conçues avec un sens pratique qui frappe et sont un modèle du genre. Les équipes de terrassement dotées d’un outillage puissant et perfectionné, travaillent jour et nuit à plein rendement, sans gaspillage ni perte de temps⁠ ⁠; de sorte qu’on peut espérer que, dans quelques années, ce premier programme d’irrigation sera AU SÉNÉGAL terminé. » Le général Gouraud est allé r)

CONGLUSION GÉNÉRALE DE L’HISTOIRE DES COLONIES
Gravure CONGLUSION GÉNÉRALE DE L’HISTOIRE DES COLONIES

Je voudrais ne pas laisser cette œuvre admirable sans avoir cité l’article que lui consacre un homme qui s’inscrit parmi ceux qui comprennent au mieux la colonisation en général et l’Afrique en particulier, M. R. Delavignette⁠ ⁠; je donnerai, du moins quelques lignes de sa conclusion : « Les plans valent surtout par l’esprit qui les anime et qui les conduit à bout. Il existe un esprit africain, et ce n’est pas le moindre mérite du gouverneur général Brévié que de guider et développer cet esprit. Au Sénégal comme à la Côte d’Ivoire, cet esprit tend à créer ce que M. Preste appelle « des terres colonisées et humaines ». Et ainsi l’ordre naîtra d’un équilibre social, très nuancé. Il serait à désirer que certains sceptiques effarés par une œuvre d’une telle envergure, qui dépasse les limites de leur imagination, se rendissent sur place pour constater les résultats déjà obtenus et gagner un peu de cette foi et de cette flamme qui animent les hommes entreprenants et audacieux qui se sont attelés à cette besogne dans la vallée du Niger dont les eaux coulaient sans profit pour les populations riveraines. » Oui, c’est un Nil que crée le génie français comme il a créé l’autre Nil. Attendezvous que l’on y ait construit des Pyramides pour y aller voir⁠ ⁠? De plus en plus les plans d’action coloniale mettent en jeu les « impondérables » et tous mènent à la connaissance et à l’exhaussement de l’Afrique (I). » Quand l’histoire ne fournirait que ces points de comparaison entre ce qui fut

Au SÉNÉGAL, croquis d’après nature du lieutenant Andlauer

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et ce qui est, elle serait utile, indispensable. Elle donne la foi pour entreprendre et le courage pour persévérer. L’homme qui marche ne relève pas la trace de ses pas, mais en se retournant, il s’étonne du chemin parcouru. Il sait qu’il avance et qu’il gagne. C’est la hardiesse du futur et le recul sur l’œuvre accomplie qui a manqué à l’Ancien Régime pour garder l’Empire colonial qu’il avait su construire. On s’y est mal pris en laissant la gestion de cette affaire importantissime à des compagnies privées et privilégiées. On la vouait ainsi à l’exploitation et au plus vil des procédés humains, le mercantilisme. Si mal dirigée ou si indignement subie, l’avarice métropolitaine se vouait elle-même à la faillite. Voltaire, qui a dit beaucoup de bêtises, a lancé la misérable ironie des « arpents de neige ». La France, derrière ces mauvais bergers, manquait à sa mission. (Croquis d’après du lieutenant Andlauer). nature Et l’on marchait ainsi exactement contre la pensée des fondateurs. Champlain, digne compagnon et disciple de Pontrincourt, disait : « Les véritables richesses coloniales sont la culture du sol et la sympathie des indigènes, et non les mines d’or et une odieuse fiscalité. » En reviendrons-nous (Dieu nous préserve⁠ ⁠!) à l’erreur fatale des convoitises basses : « Qu’est-ce que cela rapporte⁠ ⁠? »... Cela rapporte l’accroissement de la vie, l’élargissement du souffle : l’Empire. Que la leçon de l’histoire nous éclaire. Faisons la plus grande France. La plus grande France, d’abord⁠ ⁠! Et, pour qu’elle soit grande et France, il faut qu’elle soit unie. Des intérêts et des calculs mesquins s’attardent aux mares stagnantes de la dispersion. Un corps colonial vivant d’une vie totale bien organisée, bien articulée, un ministère d’Empire, c’est la première décision à prendre, une décision de salut. La France est grande parce qu’elle est une, « une et indivisible⁠ ⁠! »

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De même la plus grande France, dont l’unité est d’autant plus nécessaire qu’elle est dispersée sur la planète.

Imaginez-vous la force et la souplesse qui résulteraient, soit pour la défense, soit pour les communications, soit pour le peuplement, soit pour l’appel et la sécurité des capitaux, d’un empire total aux mains d’un personnel unique, bien cultivé, bien entraîné, y consacrant sa vie, ses facultés, son idéal, et prenant dans l’univers la place due à un organisme disposant de ressources infiniment variées, aux cultures multiples, aux territoires complémentaires, aux hommes fils de races diverses, adaptables à tous les climats⁠ ⁠? Ces cent millions d’humains, soldats, travailleurs, commerçants, consommateurs, que ne feront-ils pas si leur groupement incomparable reste, par choix et par affection, dans la main de la métropole qui les a arrachés au malheur, à la misère, à l’ignorance, qui les a élevés à l’honneur civique, qui les a éduqués, ennoblis, multipliés et qui a fait, de ces enfants d’une autre mère, non pas des esclaves, ni même des serviteurs, non pas de la chair à canon ou de la chair à trafic, mais une famille, — sa famille à elle, ses fils.

Avis à la métropole : se donner c’est gagner. La véritable colonisation, c’est P’offrande que la patrie-mère fait de soi-même à ces jeunes peuples, ses enfants. Averti par l’histoire, l’avenir évitera les pièges où est tombé le passé. Les moyens d’action modernes sont infiniment puissants. Comme l’aviateur-colonisateur des espaces aériens, il peut mettre son idéal très haut. Il ne s’agit pas de la « mise en valeur », parole odieuse visant uniquement le gain et le profit⁠ ⁠; il s’agit de créer des valeurs humaines.

Telles seront, sous peine de nouvelles faillites, les directives de la colonisation moderne, de la colonisation française. Non pas assimilation, mais association, compréhension mutuelle, respect mutuel, travail en commun entre les fils d’une même famille. Telle sera la création imprévue et inouïe qui corrigera l’erreur des siècles et l’orgueil des racistes. Déjà au seizième siècle, un homme, un visionnaire, Guillaume Postel avait rêvé l’union future de toutes les religions en une seule qui invoquant un Dieu unique, rassemblerait la foi de toute l’humanité. C’est ce qu’il appelait « la Concorde de la terre entière » (I).

Son rêve (qui sait⁠ ⁠?) ne serait peut-être plus irréalisable aujourd’hui. On s’est bien guéri d’antinomies et de discussions qui paraissaient irréductibles⁠ ⁠; pourquoi pas de celles qui tenaient surtout à la distance et à la séparation quand la distance et la séparation ont disparu⁠ ⁠?

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J’en reviens pour finir à la leçon de l’histoire. Il n’y a rien de plus encourageant que la connaissance de l’histoire. L’histoire rend optimiste parce qu’elle constate le soin attentif avec lequel la Providence a mis le remède à côté du mal et assuré le triomphe de la vie sur l’acharnement de la mort. Si le genre humain devait succomber ou seulement reculer, ’ce serait fait accompli depuis longtemps. Survivent et dirigent ceux parmi les peuples qui sont capables d’un effort vital de plus en plus large et compréhensif. Tout est volonté, intelligence, amour. Telle est la loi coloniale puisque l’entreprise coloniale est la plus haute de toutes les entreprises humaines. Tel est le programme, tels sont les enseignements qui, pour la colonisation française en particulier, se dégagent de l’expérience des PIROGUIERS SÉNÉGALAIS siècles :

( nissant tout, se répandant du centre aux extrémités⁠ ⁠; une pensée coloniale mûrie, réfléchie, se transmettant du haut au bas de la hiérarchie sociale et se poursuivant d’âge en âge⁠ ⁠; une sympathie active ne laissant aucune bonne volonté sans guide, aucune famille lointaine sans soutien, aucune force inemployée⁠ ⁠; sur toute l’étendue du territoire métropolitain, une propagande organisée, constante, loyale, sans grossissement ni hyperbole, faisant connaître les conditions raisonnåbles d’un mouvement vers l’ultramar bien équilibré, ni déficient, ni surabondant⁠ ⁠; une politique de transports maritimes et terrestres, soutenue par les concours combinés des budgets métropolitains et des budgets coloniaux⁠ ⁠; une politique de sécurité, organisant les forces militaires et navales sur les principes du service individuel et de la discipline nationale⁠ ⁠; un programme progressif de constructions défensives, selon les besoins et selon les ressources, sur toute la surface de l’Empire⁠ ⁠; une politique de la santé prenant en mains pour la développer partout cette œuvre de l’hygiène collective qui assurera la multiplication et la vigueur des populations indigènes⁠ ⁠; une politique d’enseignement public et technique pour les colons et pour les indigènes, assurant la connaissance réciproque des langues et la copénétration des idéaux religieux et moraux⁠ ⁠; une politique économique réglant les relations du travail et des échanges intermétropolitains, intercoloniaux et internationaux par des mesures bien étudiées, souples et constamment adaptables aux temps, aux heures et aux nécessités générales et locales⁠ ⁠; enfin une politique financière et banquière s’appuyant avec une force infiniment amplifiée, sur le crédit impérial dans son ensemble et présentant ainsi une sécurité, une garantie comme il n’en existe nulle autre dans le monde » (I).

PIROGUIERS SÉNÉGALAIS, croquis d’après nature du lieutenant Andlauer

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Telle est cette future histoire coloniale française qu’il est permis d’entrevoir dès maintenant et que nos successeurs pourront écrire en prenant pour point de départ les conceptions et les gestes de l’actuelle génération : Gesta Dei per Francos.

La France qui a donné sa peine, son sang, son courage et son cœur à toutes les grandes œuvres de libération et de civilisation dans le monde, libération de la Pologne, de la Grèce, des Balkans, de l’Amérique, libérera l’humanité elle-même, en exhaussant l’Empire lointain qui lui est échu : c’est la loi de sa MISSION⁠ ⁠; c’est son plus haut devoir : elle le remplira. G. H. Paris, le 1g novembre 1933.

(I) Pour l’Empire colonial français, P. 305-31O.

Illustration de l'ouvrage, page 567
Gravure sans légende (page 567)
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Notes de l'édition originale

  1. p. 556 (I) TACITE, Histoires, liv. IV, 79.
  2. p. 556 (2) Mgr Pigneau de Behaine. — Passage cité dans HENNECART, Mgr Pigneau de Behaine, p. 25.
  3. p. 558 (1) Description de l’Afrique escrite par Léon Africain, premièrement en langue arabesque, puis en toscane, et à présent mise en français par Jean TEMPORAL. A Lyon, par Jean Temporal, I556, in-f°, p. 28.
  4. p. 559 (I) Élie FAURE, D’autres terres en vue⁠ ⁠; citant André Gide.
  5. p. 564 (1) L’Afrique française. Numéro d’octobre 1933. — Plans de production en A. O. F. Sénégal et la Côte d’Ivoire, p. 557.
  6. p. 565 (I) Voir les curieux ouvrages de Guillaume PostEL, De Orbis terra concordia lib. IV. - Et Alcorani sur legis Mahometi et Evangelistarum concordi liber... Additus est libellus de universatis conversionis... intra quot annos sit expectandum... Paris, I543.

Citer ce chapitre

Gabriel Hanotaux, « Marins, voyageurs, missionnaires français dans l'Afrique australe du dix-septième au dix-neuvième siècle i. L'escale du Cap et la marine française. — II. Savants et voyageurs français en », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. VI, Madagascar — Les Comores — Les Mascareignes — Le Pacifique — L'Afrique du Sud, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1933, p. 551-568.

Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-6/conclusion-generale/marins-voyageurs-missionnaires-francais-dans-l-afrique/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11002767