Tome IV · L'Afrique équatoriale française · Chapitre 1
L'établissement de la France au Gabon
CHAPITRE PREMIER L’ÉTABLISSEMENT DE LA FRANCE AU GABON Les anciens obstacles à la pénétration du Congo. I. — L’ANCIENNE « TROQUE » SUR LA CÔTE DU GABON. Les premiers découvreurs :
les Portugais. — Les premiers trafiquants français. — La « troque ». II. — LA TRAITE MARITIME DES ESCLAVES. Ce que le « commerce licite » coûta
d’hommes à l’ Afrique. — Les indigènes eux-mêmes entretiennent la traite. III. - L’ÉTABLISSEMENT FRANÇAIS AU GABON. Du droit de visite et ses conséquences : le besoin d’une base navale. — Les premiers missionnaires. — L’aventure de J.-B. Douville. — Bouët-Willaumez au Gabon. Traité avec le roi Denis. — Traité avec le roi Louis. — Fondation de Libreville. — Occupation progressive de la côte. IV. — LES PREMIÈRES EXPLORATIONS DANS L’INTÉRIEUR. Par le Como. — Par le
Mouni. - Par l’Ogooué. Les reconnaissances de du Chaillu. — Le voyage du lieutenant de vaisseau Aymes (1867). — Le voyage de Marche et Compiègne. — Explorations étrangères. L’ française — qui s’ap- / PENETRATION DU CONGO pelait il y a vingt ans encore le Congo français — a été à ses débuts la création de la marine française, avant d’être l’œuvre des explorateurs. Ce sont presque exclusivement des marins qui ont brisé la barrière qui fermait à la pénétration européenne nos pays d’Afrique centrale dont la plupart gardent encore leurs richesses inexploitées. C’est que nulle part plus qu’ici l’homme n’a eu contre lui cet ennemi particulièrement redoutable, la géographie. Le bassin intérieur du Congo et de ses affluents a été en effet défendu contre les Européens surtout par cette disposition physique si fréquente sur les côtes du Continent Noir et qu’on a si heureusement définie l’assiette renversée. Les fleuves, ces chemins qui auraient dû « marcher » surtout pour faciliter l’entrée d’un pays inconnu, y sont brisés un peu avant d’arriver à la mer par des dénivellations brusques, des cataractes, des chutes, des rapides, qui interdisaient aux navigateurs toute possibilité de gagner les biefs intérieurs qui sont les plus longs et de dissiper tout de suite tant de mystères qui ne se sont éclaircis qu’à la fin du dix-neuvième siècle.
AFRIQUE EQUATORIALE
360Joignez à cette première barrière une côte difficile, mal connue, hostile, elle aussi, à la navigation, offrant à peine quelques rades battues par la forte houle de l’océan Atlantique, peu sûre aussi parce que le navigateur, forcé d’y atterrir, risquait toujours d’y tomber entre les mains de tribus non civilisées et, à cette époque, cannibales.
Une autre cause de la difficulté de la pénétration était dans le monopole du trafic dont les peuplades de la côte tenaient à se réserver le bénéfice, en tant qu’intermédiaires avec l’intérieur.
LES PREMIERS DÉCOUVREURS : LES PORTUGAISCette triple barrière a été soumise par nos marins au siècle dernier à un effort continu d’exploration, dont le couronnement a été les voyages du grand vainqueur du Congo dont la gloire exige que le nom soit inscrit le premier et le plus haut en tête de tout récit de la formation de notre colonie tropicale, Savorgnan de Brazza. royale qui les premiers allèrent faire connaître Ce ne furent pas des navires de notre marine sur la côte du Gabon le nom de la France, mais de hardis marins de notre marine marchande et surtout des marins normands. Ils y suivirent de près, si même parfois ils ne les devancèrent, les découvreurs portugais.
C’était en effet la grande époque de gloire de la marine portugaise qui rivalisait alors en découvertes avec la marine espagnole. Dès le quinzième siècle, les Portugais qui, malgré les affirmations imprudentes et passionnées de Humboldt, eurent tout l’honneur des premières connaissances maritimes modernes et des premières navigations mondiales (I), avaient paru sur la côte de Guinée et commencé à pousser jusqu’à celle du Gabon et à l’Afrique du Sud. Ils avaient franchi l’équateur en 1470 et peu de temps après, deux d’entre eux, Lopez Gonsalvez et Fernan Vaz, étaient parvenus au cap Lopez actuel qui avait reçu son nom du premier et à la lagune de Fernan Vaz, située un peu plus au Sud, et qui porte le nom du second.
I. - L’ANCIENNE « TROQUE » SUR LA CÔTE DU GABON
361En 1484, le plus célèbre d’entre eux, Diégo Cam, découvrit l’embouchure du fleuve qui fut appelé d’abord Zaïre, puis Congo, du nom du royaume noir qui vivait près de là : il y éleva la première colonne marquant l’arrivée des Européens, le padrao de la découverte. Après avoir traité avec le roi du pays, Diégo Cam appela San Salvador la capitale qui fut transportée au dix-septième siècle à Saint-Paul de Loanda.
D’autres voyageurs suivirent, sans compter Barthélemy Diaz qui parvint au cap de Bonne-Espérance et Vasco de Gama qui devait le doubler peu après et trouver la route maritime des Indes. Partout les Portugais fondèrent des postes et des comptoirs. C’est de leur langue que vient le mot Gabon, car ils avaient trouvé que, par sa forme, cet estuaire ressemblait à un caban, gabao. Dès 1490 des missions jésuites portugaises allèrent évangéliser les noirs. Des capucins les suivirent et en 1645 on comptait près de vingt églises et sept couvents.
SAN SALVADOR SUR LE LEDUNDA (CONGO) (D’après une gravure portugaise du dix-septième siècle).
362 DON DANIEL DE SILVA, COMTE (Gravure de A. Tardieu). DE SOGNO (174I)On reconnaissait sur cette côte trois royaumes d’indigènes d’origine bantoue, Loango ou Brama qui allait de lOgooué au Congo, Congo ou Kakongo ou Mani Congo qui s’étendait jusqu’au Benguela et Anzika dont l’aire était vers l’intérieur. Plus au Sud étaient mentionnés les royaumes d’Angola, de Benguela et de Mataman avec des limites plus ou moins fantaisistes. Les vieilles cartes de l’époque retraçaient l’intérieur d’après les dires des indigènes, en y distribuant un peu au hasard des forêts, des lacs, des montagnes, comme le fait la carte Regna Congo et Angola, d’ailleurs très consciencieuse pour les côtes, et publiée à Amsterdam « apud Heredes Joannis Jansson » et qui sépare la côte de l’intérieur par trois chaînes de montagnes, successivement appelées Sierras de Ferro, Sierras d’Argente et Sierras d’Ouro !
Cette magnifique expansion portugaise n’avait pas un fondement assuré. Comme les Espagnols, les Portugais ont su conquérir des empires d’outre-mer, mais non pas en tirer toute la valeur ni les conserver. La décadence portugaise, après le seizième siècle, la perte des Indes et du Cap, le repli du Portugal sur lui-même amenèrent la disparition de ces diverses fondations, et les Portugais ne furent plus connus sur la côte que pour la part importante que, dès le début du seizième siècle, ils prirent dans la traite des esclaves, surtout pour le ravitaillement du Brésil. En vain, au dix-neuvième siècle, quelques officiers et marins essaieront-ils de renouer la tradition, comme Graca (1843-1847), Serpa Pinto, Montanha et Texeira (1852-1856) qui s’efforcèrent de réveiller les « droits dormants » des premiers Européens de la côte. La part faite aux admirables initiatives portugaises,
363• QUANTS FRANÇAIS ils n’étaient pas seuls à voyager sur les côtes africaines. On signale des navigateurs hollandais (et l’on croit trouver une corruption des mots hollandais Koning Eyland (Ile du Roi) dans le nom de la petite île du Coniquet placée dans l’estuaire du Gabon, peut-être des Anglais ; surtout il y avait des marins français, envoyés par les armateurs et marchands de Dieppe et de Rouen et, croit-on, dès le règne de François Ier. Les tabellionnages de la Haute-Normandie contiennent des documents probants sur les armements faits à Rouen pour la côte de Guinée, dès le milieu du seizième siècle avec des nefs qui portaient là-bas les noms bien français de Grande-Martine, Catherine, Madeleine. De 1546 à 1595 on a noté des voyages faits jusqu’à l’Angola par la Salamandre, la Belle-Aventure, la Prumerolle. Bientôt, de tous nos ports de l’Océan comme de ceux de la Manche, les navires marchands allaient, eux aussi, trafiquer sur la côte d’Afrique. Au dix-septième siècle, le gouvernement du roi tenta d’appliquer à ces régions lointaines le système des Compagnies de colonisation avec monopole. Une Compagnie obtint ainsi le monopole du commerce de Sierra Leone au Cap Lopez. La Compagnie des Indes occidentales et la Compagnie de Guinée le reçurent même jusqu’au cap de Bonne-Espérance et notamment sur la côte d’Angola qu’on appelait « Côte d’Angola » ou « Côtes nouvelles ». Il y eut au début du dix-huitième siècle une « Compagnie d’Angola ». Toutes échouèrent et dès 1769 la liberté du commerce avait été rétablie. A la fin du dix-huitième siècle nos marins connaissaient bien les côtes. On a noté qu’en 1785 près de soixante-dix maisons françaises chargeaient pour la côte d’Afrique. Il y en avait de Dunkerque, de Honfleur, de Saint-Malo, de la Rochelle, de Bordeaux, de Marseille, mais surtout du Havre et de Nantes. Sur les 1oo à rIo navires qui chaque année allaient en Afrique occidentale, on n’en comptait pas moins de 40 pour « la côte d’Angola », chaque cargaison valait environ 150 000 livres.
364LA TROQUE
« troque ». C’était l’échange de marchandises contre des Ce commerce s’appelait d’un nom qui a disparu, la marchandises sans intervention d’aucune monnaie, commerce presque « muet », comme disaient jadis les premiers navigateurs phéniciens et carthaginois qui, allant trafiquer sur la côte du Maroc et peut-être jusqu’à celle du Sénégal, déposaient leurs marchandises à terre et venaient ensuite y prendre les produits que les indigènes avaient à leur tour déposés en échange. Encore fallait-il bien connaître les goûts de ceux-ci et y adapter les marchandises offertes. Ce fut toujours, chose curieuse, une difficulté pour les commerçants français trop entraînés, même encore aujourd’hui, à imposer à l’acheteur africain un produit bon et fin même si celui-ci lui préfère un produit moins soigné, une « camelote » dont il a l’habitude.
HABITANTS DU CONGOLe choix de la cargaison comprenait ordinairement des tissus de lin ou de chanvre, les fameuses toiles de Rouen, d’Evreux et de Louviers, les platilles de lin de Cholet et de Beauvais, les coutils de Normandie et de Bretagne, les toiles flamandes, les guingans, néganépaux et bajutapaux ou toiles rayées, les tissus de coton filés en Normandie ou en Picardie, les toiles de coton venues des Indes ou imitées en Angleterre, en Allemagne et même en France, bien connues sous le nom de « guinées », de « perses » et d’ « indiennes », les tissus de laine et de soie, la quincaillerie et coutellerie, la verroterie et notamment les perles fausses dont les noirs ont toujours raffolé, la bijouterie fausse, les chapeaux blancs ou de couleur vive et à plumet, le tabac, les chaussures, un peu de vin et beaucoup de liqueurs, du rhum, du genièvre, du tafia, l’eau-de-vie bien connue sous le nom d’alougou. Il faut y ajouter les armes, les munitions, la poudre. De tout cela se composait la pacotille. La concurrence était vive sur la côte d’Afrique et cela jusqu’au Gabon entre les trafiquants français et les trafiquants anglais et américains et aussi entre les marchandises françaises et les marchandises étrangères. Le commerce français était à la fin du dix-huitième siècle nettement supérieur. Interrompu
(Cartouche d’une carte portugaise du Congo et de l’Angola) (dix-septième siècle). ou fort restreint pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, il reprit son cours après 1815, mais un cours ralenti par suite de la décadence de notre marine.
365 COUTA D’HOMMES A L’AFRIQUEEn échange de nos produits, les indigènes fournissaient ceux de leur pays, la poudre d’or, l’ivoire des dents d’éléphants, de l’huile de palme, des arachides, Porseille des noix, quelques bois, etc... L’ivoire était le plus recherché et la revente en était bonne puisqu’on a relevé un marché de 10g dents d’éléphants pesant plus de 2 15o livres et qui, prises à la côte, n’avaient coûté que 3 370 livres. C’était ce qu’on a appelé le « commerce licite ». Ce n’était pas le moins prospere n le moins fructueux.
Le principal article d’exportation du vieux Gabon comme de toute la côte d’Afrique, c’était l’esclave. La vraie « troque », c’était la traite des nègres, le commerce du « bois d’ébène ».
On a peine à penser aujourd’hui qu’il y a moins de cent cinquante ans, la traite était pratiquée dans toute l’Afrique et souvent par les maisons de commerce alors tenues pour les plus honorables. Jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, les trafiquants pouvaient acheter les esclaves sur toutes les côtes d’Afrique et les transporter et les vendre sans aucune limitation ni restriction. Les Portugais furent les plus actifs parmi ces négriers, mais il y en avait de toutes les nations. Ce commerce enrichissait vite et ne déshonorait pas. Les indigènes de la côte y trouvaient leur profit. Les chefs, rois et roitelets locaux achetaient des esclaves aux tribus voisines pour les revendre, mais le plus souvent ils les capturaient par la guerre et la razzia, ou bien encore accusaient quelques-uns de leurs administrés ou congénères, de sorcellerie, d’assassinat, d’adultère, etc., pour les vendre. Les enfants faisaient souvent partie des lots livrés aux navires européens pour l’Amérique, surtout pour le Brésil et Cuba.
Mais le plus douloureux pour l’honneur du monde civilisé, c’est que le fléau continua de sévir même bien longtemps après que les puissances européennes, au début du dix-neuvième siècle, eurent décidé l’abolition de l’esclavage. La traite continua dans toute l’Afrique : traite intérieure, car les populations africaines s’asservissaient les unes les autres, et les pistes étaient parcourues par les caravanes de traitants noirs allant vendre leur bétail humain sur tous les marchés d’esclaves, jusqu’au Moghreb, en Asie Mineure et en Turquie ; traite extérieure, car les négriers européens et américains tentèrent jusqu’au milieu du siècle dernier de continuer leur fructueux commerce en échappant aux croisières françaises et anglaises. « Les traitants espagnols et brésiliens, disait en 1845 le capitaine de vaisseau Bouët-Willaumez à la Conférence antiesclavagiste de Londres, font les commandes et les envois en marchandises dans l’intérieur de l’Afrique ; les rois africains les paient en esclaves qu’ils recrutent autour d’eux avec leurs troupes et leurs agents : c’est ainsi que se perpétue ce commerce criminel. »
II. — LA TRAITE MARITIME DES ESCLAVES
366 HABITANTS DU CONGOLa source n’a été tarie, pour l’Afrique intérieure, qu’à la fin du dix-neuvième siècle et même au début du vingtième, quand la France eut détruit les empires édifiés par les grands conquérants noirs, Ahmadou Cheikhou et Samori au Soudan, Rabah aux bords du Tchad, quand l’Italie, par l’occupation de la Tripolitaine, eut mis fin à l’exportation des esclaves vers la Turquie, quand la France eut supprimé l’esclavage au Maroc et quand le négus Tafari, empereur d’Ethiopie, eut pris les mesures nécessaires pour empêcher les dernières exportations d’esclaves qui se faisaient par la mer Rouge vers l’Arabie et le Hedjaz. Sur la côte d’Afrique et particulièrement au Gabon, la traite a continué de sévir jusqu’à ce que fussent taris, non plus les sources de l’esclavage, mais les débouchés qu’il trouvait en Amérique, mesure plus efficace pour supprimer le fléau que le blocus même le plus rigoureux. Peut-on croire que, d’après le témoignage de Sir Th. F. Buxton, président du Comité pour l’extinction de la traite et la civilisation de l’Afrique, I50 000 esclaves au moins étaient exportés annuellement de la côte d’Afrique en 1840, c’est-à-dire il y a moins de cent ans ? Et encore ce chiffre, qui comprenait notamment 76 330 nègres pour le Brésil et 60000 pour Cuba et, détail douloureux, 3 375 morts dans la traversée, devait être complété par les importations fournies à Porto-Rico, au Texas et aux républiques sud-américaines. On arriverait ainsi au chiffre de 187000 et même de 226000 par année. On voudrait croire à l’exagération. La traite a commencé en 1517 et elle a été admise pendant trois cents ans : on évalue à 12 millions le nombre des noirs qu’elle
(Cartouche d’une carte portugaise du Congo et de l’Angola) (dix-septième siècle). a enlevés à l’Afrique ! La côte de locéan Atlantique était, comme l’a écrit Georges Bruel, une ventouse accolée à l’Afrique tropicale.
367 ENTRETENAIENT LA TRAITELa géographie des côtes de l’Afrique et particulièrement de celles du Gabon servait merveilleusement les navires négriers. Ils y trouvaient facilement abri dans des criques et les embouchures de petits cours d’eau où ils pouvaient même se dissimuler grâce au faible tirant d’eau de leurs bateaux et échapper aux croisières très vigilantes des 26 bâtiments de guerre français, des 26 bâtiments de guerre anglais et des quelques navires américains qui, sur près de 8 oo0 kilomètres de côte, devaient leur donner la chasse. La difficulté consistait pour le négrier à franchir ensuite les limites de la zone surveillée, mais au delà, la route était libre jusqu’à l’Amérique où le compte de l’opération était bon. M. Léon Vignols, analysant dans la Revue d’histoire des Colonies françaises de mai-juin 1928, un registre de bord du navire négrier l’Actif, dans une campagne de traite faite dans le golfe de Guinée en 1821, calculait que chaque tête de nègre ne revenait pas même à 230 francs à la côte, même en ces temps où la surveillance maritime avait déjà fait monter les prix ! certes des négriers européens, mais des puis ES INDIGENES EUX-ILEIBO Il faut pourtant dire à la décharge, non pas sances civilisées qui se décidèrent si tard à supprimer et à pourchasser la traite, qu’elle était singulièrement encouragée par les Africains eux-mêmes. Les traitants n’avaient pas besoin d’aller capturer les esclaves. Dès que quelques coups de canon bien connus annonçaient l’arrivée du bateau, les marchands noirs affluaient avec leurs lots d’esclaves qui souvent venaient de l’intérieur lointain à la suite de ventes et reventes successives. On vidait alors les grandes cases ou barracons où ils attendaient le départ ; les malheureux pris dans les profondeurs du continent mystérieux étaient amenés la fourche au cou et en une longue chaîne jusqu’au marché le plus voisin de la côte et jusqu’au port, où ces hommes qui n’étaient jamais sortis de leurs savanes étaient empilés dans des cales de navires pour être conduits dans des pays dont leur imagination primitive ne soupçonnait pas l’existence. Ainsi les marchés d’esclaves fonctionnaient dans toute l’Afrique intérieure. Les Africains s’asservissaient et se vendaient les uns les autres.
LE BESOIN D’UNE BASE NAVALEL’esclavage était au fond un mal vraiment africain. Les indigènes — les « naturels », comme on les appelait alors — entretenaient eux-mêmes le fléau qui les décimait et dont l’Europe, surtout la France et l’Angleterre, durent les guérir contre eux-mêmes. A la traite extérieure s’ajoutait la traite intérieure et avec l’anthropophagie, elles dépeuplaient l’Afrique. En un mot, l’Afrique était restée barbare. L’Europe seule était capable de l’élever vers la civilisation et l’humanité. En fait, c’est la surveillance du commerce des esclaves qui a été la véritable cause de notre établissement définitif au Gabon et par suite au Congo et en Afrique équatoriale : la marine de guerre, appelée à exercer cette surveillance incessante sur une côte longue, difficile et hostile, y chercha une base pour son action contre les négriers.
368Le Gabon fournissait alors particulièrement le Brésil et Cuba, et les lots de « bois d’ébène » envoyés de cette région étaient estimés à près de 18 000 têtes par an, dont 12 800 pour le Brésil et 5 200 pour Cuba (chiffres de 1845). On connaissait les centres du trafic, Sangetang, au sud de l’estuaire du Gabon, Setté, Mayumba, Kilongo, Loango et divers points de l’estuaire du Congo et surtout de la côte méridionale, le long de l’Angola portugais.
La France avait accepté tout de suite les obligations que la lutte contre la traite entraînait pour elle, comme pour l’Angleterre, et notamment l’entretien d’une division navale. Après de longues négociations avec cette dernière puissance qui ne furent terminées qu’en 1833, elle finit par régler, en équité, la question épineuse du « droit de visite » qui permettait aux navires de guerre anglais de visiter dans un rayon déterminé les navires marchands français et réciproquement, aux navires de guerre français de visiter dans le même rayon les navires marchands britanniques.
CARTE DE L’AFRIQUE ÉQUATORIALE AU XVIIE SIÈCLEToutefois, la situation, égale en droit, ne l’était pas dans la pratique. Le « droit de visite » a toujours été en fait une cause d’ennuis graves pour les navires visités et de conflits souvent violents ; et nos armateurs s’en plaignaient d’autant plus que les officiers et marins anglais, assez habitués à se considérer comme les vrais et seuls maîtres de la mer, n’y mettaient le plus souvent nulle discrétion, allant jusqu’à fouiller les cales et à bouleverser la cargaison, parfois même à la détériorer. Sans doute, nos officiers et marins rendaient-ils parfois la pareille à des navires marchands britanniques. Mais les cas étaient plus rares, puisque nos navires de guerre étaient moins nombreux. De plus, les esclaves capturés et délivrés devant, d’un accord commun, être conduits et libérés dans les établissements européens Septentrio - BERDOA REGX REGN Tropicus Cancri VANGARA REGI CASSENA Tigremahon. Ambiam cantiva Tigra : Bagamidri Vangue Ambian Londe STal Corinte Boumele virt Tar de Twa her Cendr Mondombes NIGRITARUM REGNUM. Fragment d’une carte hollandaise, extraite de JOANNIS-JANSSONI. Novus Aflas... Amstelodami, MDCLVIII et années suivantes. PLANCHE VI TIST. COLONIES. — AFRIQUE.
III. - L’ETABLISSEMENT FRANÇAIS AU GABON
MEDRA
les plus proches, il se trouvait que presque tous étaient conduits à la colonie anglaise de Sierra Leone dont la capitale, Freetown, se peuplait ainsi grâce à notre surveillance et à nos prises.
SIONNAIRESC’est pour parer à ces inconvénients que le gouvernement français, tout en restant fidèle à ses accords franco-britanniques sur l’impopulaire droit de visite, résolut d’augmenter les forces navales de la côte, portées à 26 bâtiments, dont le rôle serait non seulement de battre la mer, mais aussi de fouiller les criques et embouchures de rivières où s’abritaient les négriers. Il y employa de petites unités, bricks et goélettes à faible tirant d’eau. Mais épuisant vite leurs munitions et leurs PALANQUIN approvisionnements, il était nécess o). trouver un point de refuge, une station, un dépôt, une base, bref de fonder à terre un établissement français durable, et ce fut la première mission donnée au contre-amiral Montagnès de la Roque, appelé au commandement de la nouvelle division navale. Cette idée aurait pu naître et se réaliser beaucoup plus tôt. Les Français étaient bienvenus sur cette côte. Notre marine avait été en général représentée par un nombre plus considérable de « commerçants licites » que de négriers. Des missionnaires français nous y avaient fait aimer. Au dix-huitième siècle la congrégation de Paris du Saint-Esprit, fondée en 1703 à Paris, rue des Postes, par l’étudiant Claude Paillard des Places, avait envoyé des missionnaires en Afrique comme en Extrême-Orient. En 1766, le missionnaire Belgarde était nommé préfet apostolique de la mission de Loango, Kakongo et autres pays en deçà du Zaïre. Ses prêtres rayonnaient sur la côte et dans les tribus immédiatement voisines de Loango. Aucun livre sur le Gabon ne valait celui que l’abbé Proyart, qui vécut à Loango au milieu du dix-huitième siècle avait publié à Paris en 1776 sous le titre Histoire du Loango, Kakongo et autres royaumes d’Afrique, rédigée d’après les mémoires des préfets apostoliques de la mission française. Aussi en décembre 1805, l’amiral Linois, revenant d’une croisière dans l’Océan Indien et passant sur les côtes du Gabon, écrivait-il au ministre de la Marine : « A mon passage à Loango et Mayombe, j’ai été visité par des naturels du pays qui m’ont témoigné le désir de voir se renouer les relations avec les Français dont ils pré- HISTOIRE DES COLONIES. T. IV.
fèrent les marchandises à celles des Anglais ; plusieurs d’entre eux parlaient notre langue à se faire bien comprendre. » L’indication ne fut pas recueillie ; à ce moment les préoccupations de la France étaient tournées vers d’autres champs d’action. Au début de la Restauration, le ministre de la Marine se bornait encore à encourager les missionnaires catholiques, notamment les Spiritains qui retournaient pour rétablir là-bas le nom français. On était à un moment d’indifférence. Le pays, luimême, épuisé par tant de dures années de révolution et de guerre, n’avait pas encore repris intérêt à ces parages lointains. Il les connaissait mal. Avec le livre de l’abbé Proyart, celui plus ancien du P. Labat et celui du P. Labarthe qui, en 1803, décrivait la côte jusqu’au cap Lopez, la littérature gabonaise ne comptait guère à l’époque que des ouvrages
LES PÈRES CAPUCINS REÇUS PAR LE ROI DU CONGO
(D’après le P. Labat, Description du Congo). publiés en italien par les missionnaires au siècle précédent et même plus anciennement, comme ceux de Odendo Lopez (1591), Michel-Ange de Gattini et Denys Carli de Plaisance (1680), Antoine Cavazzi (1690), qui décrivait les royaumes « Congo, Angola et Matampa », et surtout Zucchelli da Fradisca dont le livre Relazioni del viaggio et Missione di Congo, paru en 1712 à Venise, n’avait pas moins de 438 pages. Tous n’avaient pas été traduits en français. La vulgarisation de l’Afrique était réduite à cela.
L’AVENDURE DEEt l’exploration était aussi inexistante. Qui aurait pu susciter le goût des choses d’Afrique ? On ne signale, au début du dix-neuvième siècle, qu’un seul nom, celui de J.-B. Douville, et son cas fut ce que nous appellerions d’un mot à la mode aujourd’hui, le « scandale Douville ». 1 J.-B. DOUVILLE récits de voyages au Congo furent très populaires en 1832. J.-B. Douville était un explorateur français dont les Il venait de les publier dans un ouvrage intitulé Voyages au Congo et dans l’intérieur de l’Afrique équinoxiale (1828-1830) avec considérations générales, en trois volumes accompagnés d’un atlas. Il y racontait fort bien ses observations et ses aventures. Parti de France pour aller en Chine, il était passé à Rio de Janeiro où les récits de négociants portugais lui avaient fait abandonner son plan pour aller explorer le Congo inconnu. Il était arrivé le 18 décembre 1827 à Benguela, qui était le principal établissement portugais, et il en était reparti le 6 février 1828 pour s’enfoncer dans l’intérieur de ce qui est aujourd’hui la partie septentrionale de l’Angola portugais, dans les régions de Galungo Alto et de Couango. Il en rapportait des cartes, des renseignements géographiques et astronomiques et, plus nombreuses encore, des anecdotes qui plurent à l’opinion de l’époque comme les récits de voyages ont toujours plu au public de tous les temps. Il y décrivait d’une plume alerte les sorciers et magiciens épouvantant et dominant les noirs en dessinant à terre des cercles et des lignes, les indigènes cueillant le vin de palme aux arbres même, un chef local, le Joba du Haco, voulant le consoler de la mort de Mme Douville en lui offrant comme épouse l’une de ses filles et recevant du voyageur furieux un coup de sabre dans le dos, le marché d’esclaves de Bihé où la monnaie d’achat était le panno ou toile de coton de 3o pouces, ou des paquets de sel en bâtons ; ses ruses pour entreprendre un second voyage vers l’Etat de Cassango malgré le refus du gouverneur portugais de Loanda, le pays des Numé féroces qui ne vivent que de chair humaine et où le rang suprême ne peut être recherché que par le chef qui présente un bonnet couvert de 200 dents d’ennemis tués à la guerre ; la découverte du lac Couffoua ou lac des Morts, placé au centre de l’Afrique méridionale, long de 2o lieues, et large de 1o, dont les eaux portent souvent une couche épaisse de bitume ; la grande ville de Tandi-a-Voua, située dans une île fluviale, avec ses nombreuses maisons bâties en briques cuites au soleil et ses 15 000 habitants ; les mines de cuivre de Yanvo, son arrêt à Mouené-Haï, à I 0o0 milles de la côte où la fièvre le force à revenir, non sans avoir tué le Serpent-Dieu des gens de Samoiené-Hai et repoussé une troupe de lions et de panthères ; et enfin son arrivée à Ambriz presque seul, sans suite, dépouillé de tout et exténué.
371Son livre eut un grand succès : c’était le premier Européen qui eût pénétré à l’intérieur et peut-être était-il parvenu jusqu’au cours du Congo. La Société de Géographie lui décerna sa grande médaille d’or pour ses découvertes publiées dans un grand et bel atlas. Mais une revue anglaise, la Foreign Quarterly Review, dans son numéro d’août 1832, accusa le héros africain d’imposture. Cette revue reconnaissait que Douville avait bien voyagé à l’intérieur des pays dont les Portugais tenaient la côte, mais il n’était pas allé aussi loin qu’il le disait et son second voyage était une invention pure et simple. Il ne pouvait être à cette date en Afrique, puisqu’il se trouvait en Amérique du Sud et c’était là qu’il avait recueilli, d’agents portugais et brésiliens qui connaissaient l’Angola et le Congo pour y avoir fait la traite des esclaves, les renseignements d’ailleurs imprécis et souvent contradictoires amassés dans ses trois volumes ! Douville se défendit et publia dès la fin de 1832 : Ma défense ou Réponse à l’anonyme anglais de « Foreign Quarterly Review » sur le voyage au Congo. Il publia encore en 1833 : Trente mois de ma vie, quinze mois avant et quinze mois après mon voyage au Congo. Il n’arriva pas à réfuter les assertions portées contre lui.
372Le géographe Henri Lebrun, qui en 1845 publiait un ouvrage de vulgarisation : Voyages et découvertes dans l’Afrique centrale, concluait son étude sur le voyage de Douville par ces mots à la fois accablants et réservés : « On a prouvé par des pièces authentiques, qu’à l’époque indiquée dans sa narration, Douville ne pouvait pas être au Congo puisqu’il était en Amérique. Aujourd’hui il est à peu près démontré que Douville n’a fait que mettre en ordre des documents qu’il a eus on ne sait comment, mais qui présentent le cachet de la vérité. Son tort, et il est immense, a été de s’attribuer les honneurs des découvertes qu’il faisait connaître et de raconter ces aventures comme lui étant personnelles. »
ARTICLE PREMIER.Au résumé, ni le commerce modeste que les Français faisaient à ce moment au Gabon, ni les soucis de l’exploration n’attirèrent notre établissement sur ce point de la côte africaine. Il n’avait d’autre but que d’être le point d’appui de nos navires dans la chasse aux négriers. Ce fut le commandant Bouët-Willaumez qui eut l’honneur d’être chargé de cet établissement par l’amiral de la Roque. Ce grand marin qui a joué un rôle actif sur toute la côte d’Afrique avait déjà visité l’estuaire du Gabon en 1837. Il y revint officiellement au début de 1839 sur la Malouine et renoua bien vite des relations avec les chefs ou ogas des principales tribus et des villages voisins. Le 9 février 1839, à bord de son bateau, il signait avec un chef de la rive gauche, le roi Denis, le premier traité français d’établissement au Gabon. C’est comme l’acte de naissance de notre Afrique équatoriale française. Aussi faut-il reproduire ce texte où le roi Denis nous promettait « son alliance offensive et défensive » en échange de notre protection : — Le roi Denis s’engage à céder à perpétuité à la France deux lieues de terrain, en partant de la pointe Sandy se dirigeant vers le village du roi et dans toute la largeur de la rive gauche moyennant les marchandises de traite ci-dessous dénommées.
ARTICLE 2. — La France élèvera toutes les bâtisses, fortifications et maisons qu’elle jugera convenable. ARTICLE 3. — Le susdit roi s’engage à une alliance offensive et défensive avec la France, qui, d’un autre côté, lui garantit sa protection.
373ARTICLE 4. — La présente convention une fois ratifiée en France, la prise de possession pourra avoir lieu immédiatement.
Fait en triple au village et dans la case du roi Denis, le g février 1839. Le roi Denis, fort bon noir, a facilement tenu sa promesse. Cet introducteur de la France au Gabon était un personnage pittoresque, qui avait reçu son nom chrétien des missionnaires français, déjà âgé puisqu’il déclarait à nos officiers : « Mes bras étaient déjà assez forts pour manier la pagaie et remonter le cours des criques au moment où des marins blancs me racontèrent l’histoire d’un roi comme moi que ses sujets avaient fait mourir. » Le sous-lieutenant indigène N’Tchoréré, originaire du Gabon, dans une conférence faite le ter mars 1924, aux officiers du 14º régiment de tirailleurs sénégalais, a donné du roi Denis le portrait suivant :
De son vivant, aucun roite- VILLAGE DU ROI DENIS let des environs n’entreprenait (D’après un croquis de Bouët-Willaumez). quelque affaire sérieuse sans venir le consulter. Les Européens qui l’ont connu parlaient de sa dignité native et de son intelligence, inculte assurément, mais supérieure en son pays ; celle-ci se faisait même remarquer par une certaine habileté matoise qui l’aida à prospérer et à vivre heureux. Intermédiaire entre les vendeurs de l’intérieur et les acheteurs portugais, favorisé dans ses marchés par l’heureuse situation de son village sur la rive d’un estuaire calme, retiré et propice aux transactions, il avait vu croître ses biens avec ses vieux ans, que rassérénaient encore les égards des puissances européennes qui convoitaient son héritage. Hospitalier, il recevait honnêtement les étrangers et restait grave sous le clinquant de ses oripeaux. Cruel, non seulement de penchant, mais aussi façonné par l’habitude d’exercer des prérogatives illimitées que nul ne songea jamais à discuter, ce modèle des monarques noirs était cependant bon et plein de cœur pour ses sujets. Il favorisa les progrès naissants de la mission française et y fit
TRATTE AVEC LE ROI LOUIS. FONDATION DE LIBREVILLELe roi Denis est mort en 1876, son nom étant inscrit dans l’histoire par sa signature en bas de l’acte d’établissement du 9 février 1839. sement français fit bientôt apparaître de graves Le choix de la rive gauche pour l’établisinconvénients. La côte était basse et marécageuse, insalubre et placée sous le vent malsain venant de la langue de terre appelée Pointe Pungara. Aussi Bouët-Willaumez visa-t-il bientôt la côte Nord, plus élevée, et offrant notamment l’avantage d’un plateau. Toute l’activité commerciale s’y était déjà portée. Là régnait le « roi Louis » dont le nom rappelait, lui aussi, le rôle de nos missionnaires. Le 18 mars 1841, Bouët-Willaumez signait avec lui à bord du Nisus un second traité dont le dernier alinéa est curieux. — La souveraineté du territoire du roi Louis, situé entre le village du roi Glass et celui du roi Quabens, est concédée pleine et entière au roi des Français. Les Français auront donc seuls le droit d’y arborer leur pavillon et le roi Louis se range dorénavant sous la protection et la souveraineté de la France.
374ARTICLE 2. — Le roi Louis cède de plus en toute propriété aux Français le terrain de l’ancien village de son père pour y élever telle bâtisse ou fortification qu’il leur plaira.
ARTICLE 5. — Le roi Louis ne stipule aucune condition de cadeaux d’échange et s’en rapporte tout à fait à la générosité du gouvernement français.
VILLAGE DU ROI LOUIS ET FORT D’AUMALELes autres chefs suivirent peu à peu l’exemple. Le 27 avril 1843, le commandant Baudin obtenait la cession du village de Quabens, et de mars à juillet 1844, le commandant Darrican de Traverse venu sur l’Eper- (D’après un croquis de Bouët-Willaumez). lan passait des traités avec les chefs de terres, îles et presqu’iles baignées par les affluents du Gabon, Glass, Datyngha, Cringead, Cobangui, Passeli, etc.
C’était bien un établissement fait sans la moindre contrainte et d’accord avec les indigènes et non pas une prise de possession militaire ni même une installation commerciale, bien que Bouët-Willaumez eût été accompagné en 1839 d’un délégué de la Chambre de commerce de Bordeaux, le capitaine au long cours Broquant, chargé d’étudier « les ressources commerciales du littoral africain ».
La prise de possession officielle n’eut toutefois lieu que le I1 juin 1843. L’expédition était commandée par le capitaine de corvette de Monléon et comprenait un brick, une canonnière et un navire marchand chargé du matériel. A bord se trouvait une compagnie d’infanterie de marine commandée par le capitaine Guillemain, délégué par le gouverneur du Sénégal pour installer la petite garnison et le nouveau poste, qui fut appelé Fort d’Aumale.
Le Coniquet devint l’Ile d’Orléans. La mission catholique française prenait un nouvel essor et, en 1848, Mgr Bessieux devenait le premier évêque du Gabon.
SIVE DE LA CÔTENos navires de guerre continuaient de naviguer sur les côtes et le 4 septembre 1845 un nouveau traité fut conclu avec le roi des tribus de l’embouchure. Mais ce qui allait donner à l’établissement son caractère définitif, ce fut la fondation de Libreville. En 1849 nos navires avaient repris des esclaves à bord du brick négrier l’Elizia. Ils furent ramenés au Gabon et on leur donna sur la rive droite la liberté et des terres. Ainsi fut fondé un village de liberté qui fut appelé « Libreville », à l’exemple de Freetown ouvert par les Anglais aux esclaves libérés dans leur colonie de Sierra Leone. Le village s’agrandit bien vite. C’est le chef-lieu de la colonie du Gabon d’aujourd’hui et ce n’est toujours qu’un grand village, bien que les marins de l’époque et notamment l’amiral Fleuriot de Langle eussent entrevu pour lui l’avenir d’un port important. L’activité française ne se limita d’ailleurs pas à l’estuaire du Gabon. Nos navires ne cessèrent de visiter les côtes, passant des traités avec les petits chefs, de Rio Campo à l’embouchure du Congo. Un ponton militaire fut établi à l’ile Nengué-Nougué et un poste de douane à l’embouchure de la Mondah.
375En avril 1842, on signe avec le roi de la rivière Danger ou Mouni un traité pour la cession d’un mille de terrain et la reconnaissance de la souveraineté de la France. Paix et amitié sont renouvelées avec le même prince en 1845 ; la même année, quatre autres chefs de la rivière « reconnaissent que le seul bon commerce est celui qui se fait par l’échange des produits de la terre contre d’autres marchandises et que la vente des esclaves pour l’exportation est un trafic mauvais et criminel ; ils déclarent qu’ils le prohiberont et qu’ils feront tout ce qui dépendra d’eux pour le faire cesser ou le prévenir... »
Ainsi, non seulement les chefs indigènes reconnaissent la souveraineté de la France, mais encore ils abandonnaient la traite, leur principale source de bénéfices.
Cependant, les conquêtes pacifiques continuent. Le 18 septembre 1852, ce furent les chefs du cap Esteiras (au nord de l’embouchure du Gabon) qui se placèrent sous notre domination ; en avril 1855, l’ile Elobey (appartenant aujourd’hui à l’Espagne) reconnaît notre souveraineté ; en 1862, la possession des pays au sud du royaume de Denis nous est reconnue jusqu’à cap Lopez par des traités passés avec des chefs du pays. Puis, c’est le roi Glass, d’autres roitelets encore, qui suivent cet exemple. Il est à peine besoin d’ajouter que ces roitelets n’étaient pour la plupart que de simples chefs de villages, dont l’autorité s’étendait seulement sur quelques centaines d’hommes pour chacun d’eux ; de là cette multitude de traités ou conventions qui ont, peu à peu et sans coup férir, étendu et assuré notre domination. Enfin, en 1862, le contre-amiral Didelot fit admettre par les chefs du cap Lopez notre autorité sur tout le delta situé entre la pointe Pungara (rive gauche du Gabon) et les bouches du fleuve Ogooué. Sur toute la côte les indigènes ne connaissaient plus que notre drapeau.
376 PAR LE COMOEn France on suivait ce mouvement avec ferveur et la commission des « Comptoirs et du Commerce d’Afrique » réunie en 1851 pour donner un avis compétent sur l’utilité d’encourager nos établissements auxquels la Commission du budget de l’époque voulait marchander de maigres crédits, se prononça pour le maintien de Grand-Bassam et d’Assinie en Côte d’Ivoire, et aussi du Gabon « en raison de son importance comme point maritime indispensable et de tous les autres éléments de succès qu’il contient, lesquels n’attendent pour se produire que les occasions ou, pour mieux dire, les efforts nécessaires. » ne pouvait en être autrement à l’heure où le problème de Notre pavillon couvrait toute la côte. Allait-il y rester ? Il l’Afrique centrale mystérieuse commençait à passionner l’Europe. Les officiers de notre division navale et quelques explorateurs libres cherchaient, dès lors, à percer les ténèbres qui cachaient l’intérieur du pays. Une œuvre d’initiative, d’énergie et de science, comment n’aurait-elle pas tenté ces jeunes officiers de marine que l’inconnu même et le danger devaient attirer, ne fût-ce que pour échapper à l’ennui de la longue station ? « Le service n’est pas gai, écrivait en 1866 le lieutenant de vaisseau Henri Rivière, le futur commandant des troupes d’Indochine qui devait tomber sous les coups des Pavillons Noirs. Il s’agit le plus souvent de surveiller la côte à l’embouchure d’une rivière. Or la côte est nue et sablonneuse et les rivières sont habitées par les fièvres et les crocodiles. Aussi les moindres incidents de la vie de bord prennent-ils une grande importance. On regarde les caïmans qui s’agitent dans les roseaux ou se traînent dans le limon du fleuve et, si l’on est en mer, on suit de l’œil l’aileron des requins qui par les temps calmes sort de l’eau comme un fer de lance. »
De tels hommes ne pouvaient résister à l’appel de la terre intérieure et ce fut de 1846 à 1875 trente années de tentatives ignorées pour trouver la voie de pénétration qui devait conduire aux bassins de ces grands cours d’eau dont on ne connaissait que les estuaires. On fut d’abord hypnotisé par l’estuaire du Gabon. Or le Gabon est un bras de mer et non pas un fleuve et les rivières qui s’y jettent et par lesquelles les explorateurs cherchèrent d’abord à pénétrer dans l’intérieur, le Como et le Rhamboé, ne sont pas à son étiage. Si l’on jette les yeux sur une carte on voit que le grand fleuve Ogooué, alors inconnu, fait un grand arc de cercle entre la côte et le fleuve Congo et qu’après avoir coulé un instant droit de l’Est à l’Ouest, il s’infléchit vers le Sud-Ouest pour aller se jeter dans la mer bien au Sud de Libreville, au cap Lopez, le Port Gentil actuel. L’Ogooué, au lieu d’être appelé par le large estuaire du Gabon, le fuit pour aller se jeter à la mer par un nouvel arc de cercle qui le fait sortir près du cap Lopez au Nord de la lagune de Fernan Vaz. Il fallut bien du temps pour connaître ces cours capricieux, d’autant plus que les indigènes de cette région étaient hostiles à tout voyageur blanc.
IV. - LES PREMIÈRES EXPLORATIONS DANS L’INTÉRIEUR
377 PAR LE MOUNTLes marins français cherchèrent d’abord la voie de pénétration par le Como, affluent le plus large du Gabon qui remonte vers le Nord-Est. En septembre 1846, le lieutenant Pigeard et l’ingénieur Deschamps le remontèrent et constatèrent qu’il se rétrécissait vite et progressivement, jusqu’à ne plus avoir que 25 mètres de largeur au delà du point extrême connu avant eux : Cobangui. Les commandants Baudin et Bouët tentèrent eux-mêmes, en 1853, d’aller plus loin et atteignirent les villages du grand groupe indigène appelé Pahouins ou Mfans, situés sur le versant de monts que l’on croyait presque infranchissables et que les explorateurs portugais et espagnols avaient appelés la Sierra del Cristal : ce sont ces Pahouins, qui, venus de l’Est, d’après leurs plus anciennes traditions il y a un siècle, et confinés d’abord derrière la fameuse Sierra, finirent par le franchir et par se répandre sur tout le Gabon, dominant bien vite les M’Pongwes autochtones. Enfin, en mars 1857, l’enseigne de vaisseau Révérend du Mesnil atteignait le haut Como et en rapportait la preuve que la solution du problème n’était pas là. Ces conclusions furent encore confirmées par le voyage du lieutenant de vaisseau Braouezec en 1858-1859, du lieutenant de vaisseau Touchard en avril 1860 et du lieutenant de vaisseau Genoyer et du chirurgien Roullet qui remontèrent le Como jusqu’à en fixer approximativement la source. Cette étude du Como et de tout le système du Gabon fut poussée à fond par des reconnaissances soit contemporaines des précédentes, soit ultérieures, parmi lesquelles il convient de citer celles des commandants Méquet (1847), Vignon (11852), Guillet (1855), Hedde (1868), etc. La solution était-elle plus au Nord, par la rivière Mouni, qui est aujourd’hui en Guinée espagnole et où en avril 1842 Bouët-Willaumez et Camon avaient signé avec le roi Koako un traité renouvelé le 4 septembre 1845 ? Le Congo que l’on cherchait vers l’Est, le Nord-Est, le Sud-Est, coulait-il, comme le disaient des racontars indigènes, derrière les monts de Cristal considérés comme une limite au delà de laquelle les noirs de la côte ne voulaient pas s’aventurer et encore bien moins accompagner un blanc ? C’est ce qu’alla chercher en 1856 un voyageur américain, d’origine française, Paul Belloni du Chaillu, plutôt chasseur (surtout de gorilles) qu’explorateur et qui avait déjà voyagé et chassé sur les côtes et dans les rivières du Gabon. Parti de l’embouchure du Mouni pour aller chercher les grands singes et accessoirement le cours du Congo, Paul du Chaillu remonta la rivière, traversa les premiers chaînons des monts de Cristal et arriva chez les Mfans qui l’accueillirent bien, puis chez les Ostrébas qui le repoussèrent. Reconnaissant encore d’autres affluents du Mouni, il revint à la baie de Corisco, à l’embouchure de ce fleuve, et rentra au Gabon. Les reconnaissances du voyageur espagnol Iradier devaient confirmer en 1875-1877 l’inutilité du Mouni comme voie de pénétration.
378 PAR L’OGOOUE.Ainsi la preuve était faite que ni le Como ni le Mouni ni la baie de Mondah, ni aucun affluent du Gabon, n’ouvraient l’arrière-pays. Il fallait chercher ailleurs. — LES RECON- NAISSANCES DE DU CHAILIU de l’Ogooué. C’était le problème de la reconnaissance
Ce fut encore Paul du Chaillu qui le premier révéla l’existence de ce fleuve. De 1857 à 1859 il fit plusieurs reconnaissances qui lui permirent de reconnaître quelques affluents, d’explorer le Rembo et le delta du fleuve. Il était heureusement parti de la lagune de Fernan Vaz qui se confond avec l’embouchure de l’Ogooué et devait pénétrer dans le bassin de la Ngounié, l’un des plus grands affluents de gauche. C’est là que les indigènes lui avaient dit que cette Ngounié allait se jeter dans un grand fleuve appelé Ogabaï ou Ogowai : c’est de ce nom, rapporté la première fois par du Chaillu, qu’on a fait Ogooué.
Le ministère de la Marine avait accepté que des missions tentassent la pénétration et il y avait affecté un aviso à faible tirant d’eau, le Pionnier. En juillet 1862 le lieutenant de vaisseau Serval et le docteur Griffon de Bellay commencèrent à remonter le fleuve, mais bientôt le bateau s’échoua et ils durent continuer en pirogues, au milieu de populations hostiles, si bien qu’ils durent revenir à cause de la baisse des eaux. Quelques mois après, en décembre 1862, ils reprenaient la tentative en partant cette fois en baleinière par la Rhamboé. Mais le docteur Griffon de Bellay, malade, dut abandonner la marche et Serval, resté seul, la continua pour arriver le 17 décembre, épuisé de fatigue, au village d’Orongo, tout près de l’Ogooué, qu’il avait atteint le premier aussi loin dans l’intérieur, un peu au-dessus de Lambaréné.
379D’autres tentatives accrurent peu à peu les connaissances sur la route de pénétration. En 1864 les lieutenants de vaisseau d’Albigot et Touchardre montèrent le Rembo et le lieutenant de vaisseau Genoyer allait par terre du bassin de Bogoé à lOgooué !
En 1865 ce fut Paul de Chaillu qui, parti une fois encore de Fernan Vaz, faillit élucider le problème des sources de l’Ogooué en s’enfonçant dans l’Est à travers le pays des Aschango et des Njadi, et aurait pu atteindre quelques jours après le haut Ogooué si la maladresse d’un de ses noirs qui tua un indigène en nettoyant un fusil n’avait dressé les populations contre lui et ne l’avait obligé à fuir vers la côte, poursuivi par les Njadi.
Paul du Chaillu a raconté ses voyages dans des volumes qui ont fait à l’époque un bruit d’autant plus grand que les crânes de gorilles et autres magnifiques trophées de chasse qu’il avait rapportés leur faisaient une belle publicité. La Société de Géographie lui décerna en 1862 un de COIFFURE DE FEMME ses prix. INPONGIRÉE
Mais les critiques ne tardèrent pas à s’abattre sur lui, (D’après un dessin des voyages de Paul de Chaillu). sur ses récits et sur ses observations scientifiques. Son premier voyage déjà lui valait l’accusation d’avoir exagéré, et le grand voyageur allemand Henri Barth s’occupait à refaire la carte de voyages de P. du Chaillu en raccourcissant ses prétendus itinéraires. Le docteur Griffon du Bellay lui reproche d’avoir fait des lieux qu’il disait avoir visités « un dessin très pittoresque, mais peut-être un peu risqué, un vrai dessin de chasseur ». Chasseur, oui, explorateur, non, disait-on de lui. Et plus tard le marquis de Compiègne ira jusqu’à attaquer non seulement sa véracité, mais aussi sa valeur morale.
DE VAISSEAU AYMÈSD’autres voyageurs s’attachèrent encore à connaître l’Ogooué, tel que le négociant anglais Walker qui atteignit, en 1866, le confluent de l’Ogooué et de l’Okano, dans le pays de celui qu’on appelait le « Roi Soleil » N’Combé. Le couronnement en fut le voyage du lieu- (1867) tenant de vaisseau Aymès en 1867. Les instructions de l’amiral Fleuriot de Langle, qui vint au Gabon en 1867, reçut le salut du vieux roi Denis presque centenaire et visita une partie du cours de l’Ogooué, étaient d’ordre politique :
380Vous vous disposerez, écrivait à Aymès l’amiral Fleuriot de Langle, à visiter les eaux intérieures de l’Ogooué, qui servent de déversoir aux grands fleuves qui viennent de la partie intérieure de l’Afrique équatoriale... Le but de votre exploration doit être de pénétrer dans les eaux de l’Okanda, d’étudier des voies terrestres qui peuvent joindre le bassin de Rhamboé et celui de l’Okanda, de faire des traités d’amitié et de commerce, de souveraineté même avec les populations limitrophes de ces rivières.
Aymès s’engagea le 25 avril 1867 dans l’Ogooué avec le Pionnier. La navigation fut difficile. Le bateau s’échoua. Renfloué, il dépassa Orango, le point atteint par Serval en 1862, et ensuite la pointe Fétiche où les indigènes croyaient que jamais un blanc ne parviendrait. Aymès continua, remplaçant même ses mécaniciens malades par le pharmacien de la marine Barbedor. Mais, les eaux baissant, il mouilla à nouveau à la pointe Fétiche et pénétra chez les Irengas, population jusqu’alors fermée, dont le roi Rakenga ou Rénoqué, par traité du 10 mai 1867, reconnut « pour chef le représentant de la France ayant pour quartier général le Gabon ». Revenu à la fin de mai au Gabon, le lieutenant de vaisseau Aymès, accompagné du docteur Lartigues, étudie encore en janvier 1868 les déversoirs de l’Ogooué dans la lagune de Fernan Vaz, et conclut de nouveaux traités avec divers chefs de la région.
VILLAGE APOUYÉ (D’après les voyages de Paul de Chaillu).
381 ET COMPIEGNEAinsi la carte s’étendait peu à peu, mais le problème du cours moyen et supérieur et des sources de l’Ogooué restait entier. La guerre franco-allemande arrêta un temps les (1873) explorations et faillit aboutir à l’évacuation du Gabon pour raisons d’économie. Dans les premières années qui la suivirent, la marine resta d’abord indifférente. Mais les tentatives allaient reprendre grâce à une initiative entièrement privée, celle d’Alfred Marche et du marquis de Compiègne, que subventionne un naturaliste français, M. Bouvier. Arrivés au Gabon le 8 mars 1873, les deux hardis voyageurs atteignirent la pointe extrême de l’estuaire Aymès, Adoulinnanlago, résidence du roi Soleil N’Combé qui venait de signer un traité avec l’amiral Le Courault du Quilio, venu en inspection dans le fleuve ; ils furent bien accueillis par Rénoqué, le roi des Irengas avec qui Aymès avait traité, et avec lui, en quatre pirogues, ils remontèrent le fleuve, bien accueillis par les Apinjis, dépassant Lopé, point extrême que venait d’atteindre l’Anglais Walker et l’Allemand Schultez, trouvant enfin un bief navigable, quand le 1o mars, parvenus à l’embouchure de l’Ivindo, c’est-à-dire du grand affluent de droite de lOgooué, ils furent attaqués par les Mans Ossyébas. Les noirs de la mission, Galloas et Okandas, s’empressèrent de fuir et les deux| voyageurs ne purent les retenir. Ils durent rentrer à la côte où ils arrivèrent le 24 mai 1874.
ÉTRANGERESSi le marquis de Compiègne abandonnait la partie pour aller en Egypte comme secrétaire général de la Société khédiviale de Géographie — cet homme éminent qui s’était distingué en 1870 devait y mourir tragiquement en 1877 tué en duel — Marche songeait à reprendre la route, d’autant plus qu’à ce moment des tentatives, abritées sous le pavillon scientifique, dénonçaient des ambitions étrangères suspectes ce qui prouvaient bien que nos marins avaient été bien inspirés en signant avec les chefs indigènes ces traités d’amitié et de protection dont la forme à la fois naïve et solennelle faisait parfois sourire. En effet on vit arriver au Gabon l’expédition anglaise des frères Grandy, qui n’a pas marqué, et deux expéditions scientifiques allemandes. Si elles ne firent pas beaucoup d’explorations, elles produisirent d’abondants travaux scientifiques. Le docteur Ad. Bastion (1874-1875) diri-
382Notes de l'édition originale
- p. 361 (1) V. les publications décisives de M. Bensaube sur la découverte de l’astrolabe, sur les premières navigations portugaises, en référence avec les précieuses études de notre éminent collaborateur, M. de La Roncière.
Citer ce chapitre
Auguste Terrier, « L'établissement de la France au Gabon », dans Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau (dir.), Histoire des colonies françaises et de l'expansion de la France dans le monde, t. IV, Afrique occidentale — Afrique équatoriale — Côte des Somalis, Paris, Société de l'histoire nationale — Plon, 1931, p. 359-382.
Édition numérique : https://colonies-francaises.pages.dev/tome-4/aef/l-etablissement-de-la-france-au-gabon/ · Fac-similé : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1100274d